Chapitre 16
Dans la Morgue, Wang Ping ouvrit les yeux.
Puis il se prit soudain la tête entre les mains. Ses pupilles tremblèrent violemment tandis que des passages ensorcelants d’une écriture sacrée surgissaient dans son esprit, les uns après les autres.
Le Livre céleste des cieux du désir et de la transformation !
Rien qu’en lisant le titre, Wang Ping eut l’impression d’apercevoir vaguement un bodhisattva étrange qui récitait une écriture. Il avait un corps à la fois masculin et féminin et siégeait sur un piédestal de lotus.
Selon cette écriture, le monde des mortels était une vaste Mer du Désir où tous les êtres vivants luttaient. S’abandonner au plaisir et céder à tous ses caprices n’avait rien que de naturel. Cependant, les désirs du monde des mortels avaient leurs limites. Une fois tous les plaisirs goûtés, on s’en libérait naturellement, et ils ne trouvaient plus jamais place dans son cœur.
Voilà ce qu’était le « vide ».
Ainsi, « s’abandonner au plaisir, c’est le vide ». Cette écriture reconnaissait tous les désirs et encourageait même chacun à les satisfaire pour pouvoir s’en affranchir…
L’écriture s’interrompit brusquement.
La récitation qui résonnait dans son esprit se dissipa soudain, laissant Wang Ping planté là, hébété, la bave presque aux lèvres. Il lui fallut un moment pour reprendre ses esprits.
« … Pourquoi ça s’est arrêté ?! »
C’était vrai. Ce Livre céleste des cieux du désir et de la transformation n’avait qu’un début. Il avait à peine fini d’exposer sa philosophie centrale qu’il s’était interrompu sans cérémonie.
Si cette écriture cherche à mener un cultivateur du « plaisir » à la « libération », le texte lui-même ne traite que du « plaisir »… Non, même pas complètement. Après avoir simplifié et élagué le texte, Wang Ping parvint tout juste à en tirer une technique secrète.
La Méthode de naissance céleste du royaume du désir.
Cette technique secrète sert à transformer son propre corps. Une fois que je la maîtriserai, mon corps se muera en une constitution de cultivation particulière : un Être céleste du royaume du désir.
Cette constitution permet non seulement de percevoir les pensées et les émotions d’autrui, mais aussi de condenser un sens spirituel — pouvoir normalement réservé aux cultivateurs — sans même suivre de pratique de cultivation officielle.
C’est du grand art !
Wang Ping brandit le poing, tout excité. Il n’aurait jamais cru qu’après avoir servi de sacrifice humain à la secte immortelle, une expérience qu’il pensait entièrement vaine, il recevrait une telle occasion inespérée à la veille de sa mort.
Et c’était Daoïste You qui la lui avait presque imposée.
Quelle brave femme.
Quelle bonté. La prochaine fois, il faudra que je trouve l’occasion parfaite de la remercier du fond du cœur… en le lui arrachant de la poitrine.
Dommage que l’écriture soit incomplète. Je n’ai que cette technique secrète pour transformer ma constitution, pas de véritable Porte magique qui me permettrait de commencer officiellement la cultivation immortelle. Sinon, j’aurais vraiment décroché le gros lot.
À cette pensée, Wang Ping prit rapidement une profonde inspiration.
Du calme. Pas la peine d’être trop gourmand.
Après tout, la cultivation immortelle n’est pas ma seule option. Il y a aussi la dynastie de Shun, avec son monde des arts martiaux en plein essor. Si je m’entraîne jusqu’au sommet, ce n’est pas comme si je n’avais aucun avenir.
Wang Ping avait toujours laissé les circonstances dicter sa manière de penser ; ses principes étaient souples.
Un instant plus tôt, il songeait à rentrer à Da Shun pour écraser quelques faibles. Mais à présent que la voie de l’immortalité lui était fermée, il soutenait fermement la Voie martiale. Un grand maître des arts martiaux ne valait pas moins qu’un immortel !
Sur cette résolution, Wang Ping arrêta aussitôt son plan.
D’abord, je retournerai dans la dynastie de Shun, je maîtriserai la Méthode de naissance céleste du royaume du désir et je m’exercerai à quelques arts martiaux. Une fois devenu assez fort, je reviendrai explorer le Monde de la Porte immortelle !
Il tourna aussitôt les yeux vers l’Écriture de Taiping.
Mais à cet instant précis, Wang Ping remarqua que de nouveaux mots étaient apparus sur la page de titre du Démon d’Outre-Ciel, dans le magnifique tome devant lui :
[Identité actuelle : vagabond (gens du peuple)]
[Fortune actuelle : 1 (chef de l’Église du Lotus Blanc)]
[Dépenser de la Fortune pour échanger contre une nouvelle identité ?]
« Qu’est-ce que… ? »
En lisant ces mots sur le Parchemin des Écritures, Wang Ping se rappela aussitôt une autre fonction du Démon d’Outre-Ciel : il était possible de dépenser de la Fortune pour échanger contre une nouvelle identité !
Mais la description précisait que cette fonction ne pouvait être utilisée que dans certains mondes.
Par « monde spécifique », faut-il entendre la dynastie de Shun ?
Après tout, l’identité de chef de l’Église du Lotus Blanc m’a été attribuée la première fois que je suis mort, mais aucun message ne m’a proposé d’en choisir une nouvelle quand je suis arrivé dans le Monde de la Porte immortelle.
Il existe six niveaux d’identité.
Gens du peuple, greffier noir, lettré azur, robe vermillon, Pourpre et Azur, noblesse dorée… Pour chaque niveau de Fortune que je possède, je peux échanger contre une identité du niveau correspondant.
Ça tombait à pic !
De toute façon, c’est la Fortune de la Secte du Lotus Blanc. Si elle disparaît, tant pis. Et puis, ce vieux démon de Shouchong, c’est lui qui m’a donné cette fonction. Je serais perdant si je ne m’en servais pas, non ?
Sur cette pensée, Wang Ping acquiesça sans attendre. « Vas-y ! »
À peine eut-il parlé que les mots inscrits sur l’Écriture de Taiping se mirent à flotter. Sa Fortune tomba aussitôt à zéro, tandis que l’emplacement de son identité se mettait à briller.
Une lumière mystérieuse.
Wang Ping vit alors la mention de sa catégorie d’identité passer de [gens du peuple] à [greffier noir], puis son identité même commença à changer.
Marchand, membre d’un clan influent, lettré… De nombreuses identités défilèrent. Finalement, le choix s’arrêta sur une identité qui surprit même Wang Ping :
[Agent de police].
La seconde suivante, Wang Ping prit une profonde inspiration et s’avança vers l’entrée du Démon d’Outre-Ciel. Peu à peu, la lumière lui enveloppa la vue.
………
Wang Ping ouvrit les yeux.
Devant lui se trouvait une petite pièce.
Il se tenait dans la pièce, face à un miroir de bronze. Celui-ci reflétait le visage d’un homme d’une vingtaine d’années, aux traits légèrement fatigués.
C’est… moi ?
Wang Ping comprit aussitôt. Cette fois, il n’avait pas pris possession du corps d’un autre. Ce visage était identique à celui qu’il avait autrefois, mais plus jeune.
À cet instant, Wang Ping éprouva des sentiments quelque peu mêlés.
Ça me va aussi. Au lieu de prendre possession d’un inconnu, on m’a simplement attribué une nouvelle identité. Je suis toujours moi, mais comme un feu d’artifice d’une autre couleur…
Bientôt, des souvenirs lui revinrent.
Il s’agissait moins de souvenirs que d’un résumé de sa situation. Wang Ping comprit rapidement ce qui lui arrivait, et son expression, qui venait de s’adoucir, s’assombrit de nouveau.