Chapitre 11
Quand le halo doré se dissipa, Wang Ping put enfin distinguer ce qui l’entourait : il se trouvait dans une réserve.
La lumière des lampes y était faible.
Dix statues de bronze d’un réalisme saisissant se tenaient dans un espace dégagé. Wang Ping se trouvait parmi elles, tel un husky au milieu d’une meute de loups.
*Ça ne va pas.*
Wang Ping passa rapidement en revue les souvenirs liés à sa transmigration, et son cœur s’alourdit. Sa situation actuelle n’était guère meilleure que celle qu’il avait connue sous la dynastie de Shun.
À vrai dire, elle était même pire.
Dans la Secte immortelle, les Guerriers n’étaient pas autorisés à avoir une conscience. Ils ne possédaient que les connaissances nécessaires et leurs actes suivaient des instructions prédéfinies.
*Autrement dit, un Guerrier n’est qu’un objet inanimé à forme humaine. Que je possède une personnalité propre et la capacité de penser, c’est forcément un problème. Si on le découvre, ce sera la catastrophe. Je ne dois surtout pas me faire démasquer avant que le Démon d’Outre-Ciel ait récupéré.*
En réalité, c’était extrêmement difficile.
La principale différence entre une personne et un objet inanimé, c’est la capacité de penser. Dès qu’on pense et qu’on éprouve des émotions, on ne peut pas réprimer à volonté toutes ses réactions.
*Il faut que je trouve une solution.*
Wang Ping serra les dents et fouilla plus profondément dans ses souvenirs de Guerrier, en quête d’informations utiles.
La Secte immortelle méritait bel et bien son nom.
*Il y a quelque chose !*
Même les Guerriers de plus bas niveau n’étaient pas de simples marionnettes rigides et sans vie. Dans les souvenirs du Guerrier, Wang Ping découvrit une méthode magique complète !
Elle s’appelait la Suppression du qi.
En cultivant cette technique, on pouvait raffiner une étrange force appelée le vrai qi, capable d’arrêter les saignements, de régénérer la chair, de ressouder les os, de réparer les tendons et de rendre le corps invulnérable aux lames comme aux lances.
À cette pensée, Wang Ping sentit une excitation si vive qu’il en avait des démangeaisons.
Si son environnement n’avait pas été aussi contraignant et s’il n’avait pas dû se faire discret, il se serait exercé quelques fois à la Suppression du qi, ne serait-ce que pour goûter aux sensations que procurait la pratique d’une méthode magique.
Après tout, pour pratiquer la magie, il fallait passer à l’action ; les simulations mentales ne servaient à rien.
Wang Ping ne se pressa toutefois pas.
*Ce n’est pas grave. Je suis devenu un outil de cultivation, et quelqu’un semble déjà m’avoir commandé. Le moment venu, j’aurai sûrement de nombreuses occasions de pratiquer la magie.*
Sur cette pensée, Wang Ping s’installa et attendit patiemment.
Un temps indéterminé s’écoula. Il ne fut tiré de son étude de la Suppression du qi que par un grand bruit qui retentit soudain au-dehors.
« CLANG ! »
C’était le bruit de la grande porte qui s’ouvrait.
Aussitôt après, une lumière aveuglante inonda le champ de vision de Wang Ping et dévoila la scène à l’extérieur de la réserve. C’était un temple taoïste simple, d’un style classique.
Le temple taoïste semblait niché au cœur d’une vieille forêt montagneuse. Le soleil matinal brillait haut dans le ciel, tandis qu’en contrebas s’étendait une nature luxuriante et magique. L’air résonnait du chant des oiseaux et embaumait le parfum des fleurs. Des nuages de bon augure dérivaient dans le ciel, et des traînées de lumière couraient sur le sol. À l’entrée de la réserve, Wang Ping vit trois silhouettes se faire face : une à gauche et deux à droite.
« Sœur aînée You, voici les dix Guerriers que vous avez demandés. »
Parmi les deux silhouettes de droite, l’une était petite et corpulente, avec un visage rond ; quand elle souriait, ses dents acérées apparaissaient. L’autre était grande et décharnée, affublée d’un long visage chevalin.
La troisième personne, qui se tenait face à eux, tranchait avec ces deux-là.
C’était une nonne taoïste vêtue d’une robe taoïste bleu et blanc. Avec ses cheveux qui lui descendaient jusqu’à la taille, elle ressemblait à une fée prête à s’envoler au gré du vent.
« Merci, mes deux petits frères martiaux. »
Ses lèvres vermeilles s’entrouvrirent, et sa voix claire et mélodieuse s’éleva. Elle atténua aussitôt son aura transcendante et lui donna une touche de monde profane.
Wang Ping ne se considérait pas comme un homme lubrique. Pourtant, dès qu’il posa les yeux sur cette nonne taoïste, un désir inexplicable jaillit du fond de son cœur. Presque malgré lui, son esprit fit surgir une image violente : la faire tomber de son piédestal, la plaquer au sol et lui arracher cette aura transcendante.
*… Quelque chose cloche !*
Dès que cette pensée lui traversa l’esprit, Wang Ping comprit que quelque chose n’allait pas. Il se concentra sur les souvenirs du Guerrier ; toutes ces pensées profanes s’apaisèrent et s’évanouirent.
Presque au même instant,
« Hum ? »
La nonne taoïste, qui parlait avec les deux disciples chargés de la livraison, fronça soudain les sourcils. Elle se retourna et fixa la réserve.
Heureusement, il y avait dix Guerriers en tout dans la réserve.
À cet instant, Wang Ping sentit distinctement le « poids » du regard de la nonne taoïste, comme si de petites mains douces lui caressaient le corps et éveillaient ses sens.
Wang Ping ne put que mobiliser toute sa concentration sur les souvenirs du Guerrier, en parcourir le contenu et se forcer à ne penser à rien d’autre.
« Sœur aînée You ? »
Voyant Daoïste You fixer la réserve, le disciple trapu de la Secte immortelle demanda avec curiosité : « Qu’y a-t-il ? Ces Guerriers ne vous conviennent pas ? »
« … Petit frère martial, vous vous méprenez. »
Daoïste You secoua la tête et répondit d’un ton léger : « Ces Guerriers sont de bonne qualité. Ils conviennent parfaitement à la culture de l’Art véritable de la Gourde tueuse d’immortels. »
À ces mots, le cœur de Wang Ping manqua un battement.
L’Art véritable de la Gourde tueuse d’immortels. Les souvenirs de Guerrier de Wang Ping contenaient également cette technique de cultivation, car elle comptait parmi les usages prévus d’un Guerrier.
Sous le règne de la Secte immortelle, il existait des millions de voies mystiques différentes, mais toutes dérivaient, sans exception, des « Trois Voies, Huit Techniques et Soixante-douze Arts ». Les Soixante-douze Arts étaient accessibles à tous et n’étaient soumis à aucune restriction. En revanche, seuls les vrais disciples étaient autorisés à consulter les Trois Voies et les Huit Techniques.
*Et l’Art véritable de la Gourde tueuse d’immortels est l’une des Huit Techniques.*
Wang Ping le savait parce que cette technique de cultivation nécessitait qu’un Guerrier serve de « pierre à aiguiser », et que sa pratique exigeait la coopération active du Guerrier.
*Ça ressemble un peu à une cultivation en tandem.*