Chapitre 468
À vrai dire, j’étais stupéfait que ce que j’avais fait ait fonctionné. Ça semblait presque trop tiré par les cheveux. Le Système lui-même avait examiné mon œuvre et l’avait qualifiée d’anomalie, sans trouver de catégorie où classer mes capacités.
Cela voulait-il dire que ce que je venais de faire était unique ?
Le Système semblait presque omniscient et tout-puissant. Il n’avait aucun mal à m’attribuer des titres ni à déchiffrer jusqu’à la plus insaisissable de mes capacités. J’avais été un Porteur, un Gardien, un Tue-Dieu. C’était la première fois que je créais quelque chose qu’il ne pouvait pas définir… Je ne savais pas exactement ce que je ressentais à cet instant, mais je savais une chose : ça me plaisait plutôt… beaucoup.
Bon, il était temps de vérifier si cette poche fonctionnait.
∞
Je fus immédiatement tenté d’y glisser le cristal ou la boussole, mais je me retins, regardai autour de moi et ramassai une pierre.
Hmm, comment m’y prendre ? Je crus d’abord devoir matérialiser le stylet, mais ça ne semblait pas nécessaire. Je sentais l’espace à l’intérieur de mon âme. Je levai la pierre et, en gardant cet espace bien présent à l’esprit, je pensai simplement à la déposer. La pierre disparut.
J’écarquillai les yeux : je sentais la pierre dans la poche, intacte, qui attendait.
Une partie de moi avait craint qu’elle ne soit réduite en poussière au moment de pénétrer dans cet espace, mais rien de tel ne se produisit.
Je souris, puis tendis la main à travers l’espace dans mon esprit et m’imaginai en train de ramasser la pierre. Elle apparut dans ma paume.
[Résonance de l’Espace : 59 → 61 (Acolyte → Adepte)] — Épique → Légendaire
Je me figeai. Depuis quelque temps, je ne recevais plus aucune notification concernant la progression de mes compétences. Mais ce que je venais de faire avait franchi la fissure dans le sceau. C’était sûrement pour cela que je pouvais observer la progression de ma Résonance de l’Espace et voir jusqu’où elle avait grimpé tandis que le sceau me la cachait.
J’avais tant concentré mes efforts sur l’Inscription que j’avais oublié que c’était peut-être mon affinité avec l’Espace qui rendait tout cela possible. Je n’avais ni sorts ni compétences liés à l’Espace. J’avais acquis cette Résonance en me lançant dans des endroits complètement dingues.
Au rang d’Adepte, mes autres Résonances auraient été classées au rang Épique, mais celle de l’Espace était Légendaire. Et je crois qu’elle le méritait.
Je répétai le même geste avec la pierre encore et encore, pour comprendre les dimensions de l’espace en moi. Enfin, je tendis la main au-dessus du sol, et le sable et les pierres devant moi commencèrent à disparaître.
Je continuai ainsi plusieurs secondes, jusqu’à creuser devant moi un trou de plus de trois mètres cinquante de profondeur et d’un mètre vingt de largeur. Puis je commençai à sentir l’espace se remplir et une légère pesanteur dans ma poitrine, comme si je portais quelque chose d’un peu lourd.
Un instant, je fus tenté de continuer à entasser de la terre dans mon âme pour voir ce qui arriverait si je dépassais mes limites, mais je me retins. Ce n’était pas le moment de tenter ce genre d’expérience.
Je commençai à libérer toute la terre que j’avais dans mon âme pour reboucher le trou, mais je sentis alors que quelque chose avait changé. Je ne compris pas tout de suite quoi, puis je me rendis compte que la terre ressortie de mon âme était morte.
Chaque ver et chaque minuscule organisme qui y vivait n’avait pas survécu au passage. Hmm, cela signifiait donc que, pour l’instant, je ne pourrais rien faire entrer de vivant dans mon espace. Ou peut-être que cela dépendait du degré de vitalité. J’imaginais que ce qui tuait un ver aurait plus de mal à tuer un Adepte, mais ces expériences attendraient.
Maintenant que j’en avais fini avec le banal, il était temps de passer au surnaturel. Je n’avais pas créé une Anomalie que le Système ne pouvait pas reconnaître juste pour transporter de la terre.
Je sortis d’abord la boussole. C’était l’objet qui comptait le plus pour moi, du moins jusqu’à ce que je comprenne chaque recoin de ce monde.
Tenant la boussole, je la laissai tomber dans l’espace. L’image sembla brièvement se brouiller, et la boussole vacilla dans l’air comme si elle n’était pas réelle, comme un reflet dans une eau calme que l’on venait de troubler. Puis elle disparut, et je tombai à genoux en gémissant de douleur.
J’avais entassé environ dix tonnes de terre dans cet espace avant de ressentir une impression de trop-plein, et son poids était presque négligeable. Pourtant, au moment où je déposai la boussole dans mon âme, alors qu’elle ne devait pas peser plus d’une livre, j’eus l’impression d’avoir avalé une montagne.
Recroquevillé au sol, je tremblais. Je sentis Ruggah s’approcher et levai la main pour lui faire comprendre que ça allait. Je restai dans cette position près d’une heure, jusqu’à ce que le Système m’envoie une nouvelle notification.
[Résonance de l’Espace : 61 → 64 (Adepte)]
La pression s’allégea un peu et je pus respirer plus librement. J’étais stupéfait que ma Résonance de l’Espace puisse progresser ainsi. Je regardai dans la poche : elle s’était agrandie.
La boussole reposait au centre de cet espace et dégageait une telle puissance qu’elle en étirait les parois à l’intérieur de moi. Je fixai cette énergie, et je commençai lentement à comprendre que, tant que je portais cette boussole, c’était le monde lui-même qui en supportait le poids.
J’ignorais comment Dorrik l’avait créée, mais il avait fusionné le poids de montagnes avec cette boussole. Il fallait bien qu’elle soit métaphysiquement lourde pour pouvoir me guider vers les lieux où subsistaient les anciennes puissances de ce monde.
Eh bien, je venais de gagner sans le savoir un moyen de faire progresser ma Résonance de l’Espace. Je n’envisageais donc pas de ressortir la boussole avant de pouvoir la porter sans avoir l’impression que mon âme allait se déchirer en deux.
Je jetai un coup d’œil au cristal et sus d’instinct que, si j’essayais de le placer dans mon âme, je serais réduit en morceaux. Il était rempli de la force vitale de millions d’êtres, et j’étais certain qu’ils n’avaient pas paisiblement fini leurs jours dans leur lit. Chaque parcelle de cette force avait été arrachée à l’âme hurlante d’un mourant.
Si je sentais la pression du cristal à mains nues, le placer dans mon âme reviendrait à essayer d’avaler un océan entier de lave.
∞
Je restai ainsi toute la nuit. Quand la bande se rassembla au matin, je lui dis de partir sans moi et que je la rattraperais.
Je l’avais déjà fait plusieurs fois, alors personne n’y vit rien d’anormal. Même Ruggah crut que cela faisait partie de mes étranges expériences. Seul Ogg me regarda d’un air bizarre. Il hocha la tête dans ma direction avant de partir.
Je les regardai disparaître au loin et poussai un soupir. Je voulais poursuivre ce voyage avec eux, mais le temps me manquait.
Au loin, les corbeaux se comptaient par milliers, et d’autres arrivaient.
[Résonance de l’Espace : 64 → 69 (Adepte)]