Chapitre 457
Avec un soupir, je renonçai à ma forme de titan. Depuis tout ce temps, je m’y étais accroché, m’attendant à une nouvelle vague de dangers, mais assez de temps avait passé et, si un danger approchait, il était encore loin.
Mon corps se replia sur lui-même et, en une dizaine de secondes, je passai de titan à homme. Quand ce fut terminé, j’étais toujours assis près du crâne. J’attirai à moi la plume que j’avais laissée tomber quand la lame avait pénétré en moi, puis la contemplai avec affection.
Il était vrai que c’était l’outil qui faisait le mage, et le voyage destiné à rassembler les matériaux pour mon Grimoire ne me semblait plus si insensé. Si je pouvais maîtriser autant de puissance avec un seul outil de mage, la plume d’Inscription, alors mon Grimoire me réservait des surprises encore plus spectaculaires.
Je baissai les yeux vers mon corps et fus surpris de voir que des lambeaux de vêtements y adhéraient encore. Sous mon regard, ils se raccommodaient. Une légère brume blanche s’élevait de la vallée et était absorbée par eux ; lentement, mes vêtements se reconstituaient à partir des morceaux.
Ils seraient bientôt intacts, et rien ne laisserait deviner que je venais de livrer l’un des combats les plus éprouvants de ma vie.
Merde, Dorrik avait fait du bon travail. La dette que j’avais envers ce dieu ne cessait de grandir.
Je ricanai et fermai les yeux pour tourner mes pensées vers l’intérieur.
Si ma chair dépassait la puissance de mon âme, je devais savoir dans quelle mesure. Impossible d’équilibrer ce qu’on ne voyait pas.
La plupart de mes sens étant toujours scellés, je dus recourir à la Perception eldritch, qui avait progressé à pas de géant pendant le combat. Chaque progrès dans cette compétence m’offrait davantage de contrôle sur elle et m’aidait à mieux comprendre son fonctionnement. Même sans m’en servir activement pour chercher mes compagnons, je pouvais dire que la bande n’était pas morte.
Cette compétence était très mystérieuse, et la diriger vers ma propre âme revenait à essayer de regarder l’arrière de ma tête. Mais j’avais pris l’habitude de tordre mon esprit pour accueillir ce genre de Magie, celle qui repoussait les limites de ma santé mentale.
Ma perception se tordit, et je vis mon âme en moi. Elle était cristalline, encore inachevée par endroits, et plus brillante que dans mon souvenir. Plusieurs facettes sombres l’entouraient, l’enserrant comme un filet… le sceau.
Je distinguais les endroits où le filet était tendu, ainsi que la fissure que j’avais ouverte avec la plume : une fine ligne lumineuse traversait le sceau, laissant filtrer l’Anima. Je voyais mon corps tout autour, mes canaux reliés à mon âme et chaque parcelle de ma chair rattachée à elle… et je compris le problème.
Mon corps était immense. Je ne parlais pas de sa taille, mais de son poids. La Loi de la Chair le traversait comme l’ossature d’une forteresse, et la moelle brûlait dans chacun de mes os. À présent, la Loi du Sang circulait partout en lui, telle une lente marée rouge. À côté de tout cela, mon âme ressemblait à une bougie posée au milieu d’une cathédrale.
C’était une bougie très brillante… mais ça restait une bougie, et la marée venait lécher ses bords.
Chaque fois que mon nouveau cœur battait, une faible pulsation rouge parcourait mon corps et venait déferler contre le bord de mon âme. En se retirant, elle tirait doucement dessus. Mes canaux maintenaient fermement mon âme en place, qui ne bougeait pas. Mais à présent que j’y prêtais attention, je sentais cette traction et compris ce que j’avais ressenti plus tôt, quand mon âme s’était inclinée vers mon corps.
C’était comme si mon corps invitait mon âme à s’installer en lui, pour ne plus former qu’une seule entité.
J’ouvris les yeux.
La Boucle était ancrée dans mon âme. Chaque fois que j’étais revenu d’entre les morts, je l’avais dû au fait que mon âme se souvenait parfaitement de son état, presque comme la Loi de la Chair se souvenait de mon corps. Si mon âme dérivait dans ma chair, comme la puissance d’un dieu résidait dans son cœur, j’ignorais si elle pourrait encore revenir à sa place. Peut-être qu’elle y parviendrait, mais que mon corps ne suivrait pas. Peut-être que rien ne changerait… Je n’avais pas envie de le découvrir en mourant.
Je réfléchis à une solution et compris sans mal que le sceau posé sur mon âme était l’un des principaux facteurs à l’origine du problème.
Mon âme et mes canaux étaient ridiculement puissants, à une échelle que je n’avais même pas entièrement déterminée. Mon corps serait toujours à la traîne de mon âme, mais cet équilibre avait basculé quand mon âme avait été scellée : on m’avait privé non seulement de mes compétences et de mes sorts, mais aussi des fondements mêmes de mon existence en tant que mage.
Au début, j’avais cru que seuls mes sorts m’étaient inaccessibles, mais je me rendais maintenant compte que le danger était bien plus profond. Je risquais de subir une perte fondamentale de mon identité si mon âme restait scellée ainsi.
C’était comme si, en cette époque, on niait jusqu’à l’existence des mages.
Le Système m’avait indiqué la solution évidente à mon arrivée dans cette époque.
[État de l’âme : scellée]
[L’âme du porteur a été liée par une autorité extérieure. L’accès aux fonctions du noyau Céleste est restreint. L’autorité de Gardien est suspendue. La compréhension des Lois est limitée. La véritable nature du porteur lui a été dissimulée, même à lui-même.]
[Condition de déverrouillage : localisez le temple de votre dieu tutélaire et accomplissez le Rite de la Levée du sceau.]
Qui était mon dieu tutélaire, et en quoi consistait le Rite de la Levée du sceau ? Je l’ignorais, mais je n’avais jamais envisagé de suivre cette voie pour libérer mon âme. Peut-être y aurais-je songé si ce sceau avait pu retenir l’une de mes capacités ayant atteint le rang de Souverain.
Ainsi, le Titan d’adamantium, ma Résonance de la Foudre et, désormais, mon Inscription avaient toutes forcé le sceau. La dernière m’avait même surpris en y perçant directement un trou.
Si je pouvais m’élever par mes propres moyens jusqu’à un rang où aucune puissance extérieure ne pourrait me lier, je choisirais cette voie plutôt que de m’incliner devant un dieu. Ce n’était pas qu’une question d’orgueil : je n’avais tout simplement pas d’autre chemin à suivre… La tâche qui m’attendait était si immense que même les dieux ne suffisaient pas. Me soumettre à l’autorité de l’un d’eux, même pour un court moment, n’était pas une option.
∞
La voie à suivre était évidente. Je devais amener davantage de mes compétences au rang de Souverain, et surtout ma Profondeur d’Anima. Le seul moyen que je connaissais pour faire atteindre le rang de Souverain à mes compétences consistait à leur appliquer la puissance des Lois.
Le sceau m’empêchait d’accéder à mes titres et de toucher aux autres Éclats de la Loi de la Foudre dans mon âme. Mais je pensais que cette fissure pourrait me permettre d’accéder lentement à au moins un Éclat de Loi et de le déchiffrer. Si j’y parvenais, je savais quelle serait la prochaine compétence que j’amènerais au rang de Souverain : l’Enveloppe mortelle.