Chapitre 443
Le dieu était déjà rapide, mais il avait dû se retenir jusque-là, car il fondit sur moi bien plus vite qu’avant.
Sa faux visa ma gorge. Je levai ma lame pour parer, mais le choc faillit m’arracher l’épée des mains. La lame de la faux glissa le long du tranchant du cadeau de Dorrik, faisant jaillir des étincelles, puis le dieu fit pivoter son poignet et ramena son arme pour frapper une seconde fois.
Je trébuchai en reculant et évitai le coup de justesse. La lame passa si près qu’elle déchira ma robe, et je sentis son souffle me frôler la peau.
La langue du dieu goûta l’air. Il pencha fortement la tête sur le côté et m’observa. « Tu n’es pas un épéiste, susurra-t-il. Et tu tiens la lame d’un dieu ? Les prétendus dieux libres sont donc tombés si bas ? »
Il ne me laissa pas le temps de réfléchir à sa question. Il m’attaqua de tous les côtés, maniant sa faux comme le prolongement de son corps. La lame siffla dans l’air ; je parai, esquivai, reculai, perdant du terrain à chaque échange.
J’avais une douzaine d’entailles et je saignais. L’adamantium résistait à ses griffes, mais la faux, c’était autre chose. Elle portait quelque chose en elle : une malédiction, un poison, un poids de malveillance que je sentais jusque dans mes os. Chaque coupure me brûlait, et mes plaies se refermaient moins vite qu’elles n’auraient dû.
Pourtant, je peinais à retenir mon sourire. Ce n’était pas comme si je n’étais pas en danger, mais quelque chose dans mon âme exultait à l’idée d’être au bord de la mort. Et dans cet endroit, ma progression était terrifiante.
Chaque coupure était une leçon. À l’épaule, parce que j’avais baissé le coude. À l’arrière de la cuisse, parce que j’avais mal tourné en sortant d’un pas. Au-dessus de la hanche, parce que j’avais tressailli vers le cristal quand sa queue s’en était approchée ; il m’avait vu faire et, ensuite, il s’en était pris au cristal une attaque sur trois, juste pour me voir mal esquiver.
Je saignais de partout. La Loi de la Chair refermait les plaies qu’elle pouvait, mais ne parvenait pas à suivre le rythme auquel elles s’ouvraient. Mon sang, qui aurait dû être argenté, coulait rouge, tandis que le cristal dans ma main gauche brillait un peu plus fort.
Cela n’aurait pas dû être possible. Je n’aurais pas dû saigner comme un humain, à moins que l’orbe dans ma main n’influe d’une manière ou d’une autre sur ma vitalité. Fascinant et terrifiant.
Le dieu prenait son pied. Je le voyais à ses yeux, à sa langue qui dardait pour goûter mon sang dans l’air.
« Tu saignes, dit-il. C’est bien. Je commençais à croire que tu étais autre chose qu’un mortel. »
« Ah, tu aurais dû me voir avant, quand je n’étais pas entravé. » Je poussai un soupir. « Mais je suis assez mortel. »
Le dieu sourit de toutes ses dents. « Alors meurs comme tel. »
∞
Il se rua sur moi en multipliant les coups, et je parai, encore et encore. Les impacts faisaient vibrer mes os, mais il se laissait emporter par sa soif de sang, ce qui me permit de placer deux coups.
J’enfonçai mon épée dans la chair de sa cuisse. La blessure fuma, alors que je m’attendais à voir sa jambe s’embraser sous la chaleur de la lame. Pourtant, son cri de douleur me stupéfia : on aurait dit qu’il n’avait jamais ressenti une telle souffrance.
Son attention fléchit pendant une demi-seconde, et je lui envoyai un coup de coude sur le côté de la tête, qui le fit tomber sur un genou. Il me trancha alors le tendon d’Achille et je tombai sur les deux genoux. Nous nous regardâmes à la même hauteur, à un mètre vingt l’un de l’autre, séparés par des cadavres et des morceaux de corps. Il esquissa un sourire douloureux en haletant.
« Voilà, dit-il. Maintenant, tu pries. »
Je lui montrai les dents. « Qui donc ? »
« Moi ! » rugit-il en se redressant d’un bond. Il fit tourner sa faux dans son mouvement et en enfonça la lame dans ma poitrine avant que je puisse parer.
D’un geste brutal, il me piétina le ventre, puis s’appuya de tout son poids sur moi. Il ramena sa faux, puis me l’abattit sur la poitrine à plusieurs reprises, chaque coup atteignant sa cible.
La faux me transperça la chair et les os, et je la sentis pénétrer dans mon cœur.
La douleur était tout. Blanche, brûlante, absolue, elle emplit mon monde pendant une seconde interminable. Je sentis mes vaisseaux sanguins se déchirer tandis que ma chair et mes os s’écartaient.
Je me tordis de douleur. Le dieu posa sa main libre à plat sur ma poitrine pour m’immobiliser, puis poussa la lame de côté, la faisant trancher sous mes côtes. Je la sentis traverser le muscle, puis autre chose, avant de ressortir de l’autre côté de mon corps. Et ce salaud ne se pressait pas.
Sous la douleur, une partie de moi s’étonnait de perdre autant de sang, et de le voir rouge. Pourquoi ce cristal affectait-il ainsi ma vitalité, alors qu’il était rempli de force vitale ?
Le dieu se pencha vers moi, ses yeux jaunes à quelques centimètres des miens. « Tu ne comprends pas ce que tu tiens, dit-il, et son haleine n’avait aucune odeur. Je te l’ai déjà dit, et je voulais être gentil. »
Il fit pivoter sa faux. « Maintenant, murmura-t-il, tu vas mourir. »
∞
Je regardai le serpent me narguer, son sourire aux lèvres, et je sentis la colère monter. Grâce à mon Titre de Titan indestructible, je pouvais retrouver mon état parfait après avoir subi un coup fatal. Ce pouvoir avait un long délai de récupération, qui se comptait en mois, alors je ne craignais pas trop de mourir… Mais malgré la douleur, une blessure comme celle-ci n’était pas mortelle pour quelqu’un comme moi.
Je poussai un soupir résigné. Alors, sans mes sorts ni ma Magie, j’étais un si mauvais combattant ?
« Tu aurais dû viser ma tête… » grognai-je.
Le sourire du dieu vacilla. « Quoi… »
Mon corps se mit à luire et j’attrapai la main du dieu qu’il avait posée sur ma poitrine. Il tenta de la retirer, mais il était déjà trop tard.
Mon corps brilla d’un bleu éclatant, faisant ressortir chacun de ses canaux. Avec la Résonance de la Foudre au rang de Souverain, je n’avais pas besoin de sorts pour transformer mon Anima en Foudre. Il me suffisait d’y penser.
Je murmurai au dieu, dont les yeux s’étaient écarquillés en voyant mon corps : « À mon tour. »
Toute la Foudre que mon corps produisait passivement se rassembla aussitôt dans ma poitrine, autour de mon cœur. Dans un cri mêlant douleur et colère, je libérai toute cette Foudre en un rayon concentré. Une onde de choc déferla depuis mon corps et réduisit en lambeaux tous les cadavres alentour sur des centaines de mètres.
Le trait bleu jaillit de moi. Il vaporisa la lame de la faux plantée dans mon cœur, puis poursuivit sa course et frappa le dieu à la poitrine avec une telle force qu’il le transperça. Son corps fut projeté loin de moi, emporté dans les airs par la Foudre sur trois cents mètres, jusqu’à ce qu’il percute le plafond de la caverne. Le rayon continua de le plaquer contre la roche, provoquant une pluie d’énormes blocs de pierre.
Je gémis de douleur, puis regardai ma main et vis que je tenais la main gauche du dieu, arrachée de son corps.