Chapitre 44
Les notifications arrivèrent en une cascade telle que je n'en avais jamais vu, car elles ne s'affichaient pas une par une, comme à l'accoutumée.
Elles déferlèrent comme une vague, comme si le système expulsait tout ce qui s'était produit durant le rêve et la mort.
Je restai allongé sur la couchette un long moment, les notifications empilées dans mon champ de vision, attendant d'être lues, et je les parcourus lentement.
Rien ne pressait ce matin. Peu importe ce que j'étais devenu au cours de la dernière heure subjective, le monde à l'extérieur de ma tente suivait son cours habituel, et l'éruption n'aurait lieu que dans près d'une heure.
[État de l'âme : Stable]
C'était la première chose.
L'état « Sous tension » qui avait survécu à la réinitialisation précédente, cet état qui m'avait accompagné sans relâche depuis que le démon plus imposant avait brisé mon titre, avait disparu.
Le rêve du foyer avait fait son œuvre ; quelque chose dans mon subconscient m'avait guéri, mais il m'avait aussi offert un nouveau cauchemar, et ce cauchemar était le savoir.
« J'avais vu Dieu. »
Je fermai les yeux, et derrière mes paupières, tout était sombre et ordinaire. Aucun démon, aucune voix de damnés ne se frayant un chemin à travers ma gorge.
Ouvrant les yeux, je fixai le plafond de toile, et je restai immobile un long moment à savourer la sensation d'être à nouveau pur, car je ne l'avais plus été depuis que le démon imposant m'avait désigné du doigt à travers le camp.
Je soupirai de soulagement avant de lire le reste de la cascade.
[Démonologie 31 → 39 (Acolyte) — Rare — Non enregistré]
La compétence approchait du prochain seuil significatif, et je pouvais sentir le changement dans son fonctionnement.
Lorsque je pensais au démon imposant maintenant, mon esprit cherchait des catégories et des structures plutôt que de l'horreur.
L'aberration et l'horreur étaient toujours là, mais sous elles se trouvait une couche analytique qui n'était pas présente auparavant.
Je savais des choses que j'ignorais hier. Je savais que le démon imposant était une créature d'un rang supérieur à ceux faits de chitine. Je savais que le rituel de l'offrande du cœur possédait une structure.
Je savais que la langue démoniaque avait une grammaire, une vraie grammaire, avec des règles que je pouvais ressentir même si je ne pouvais pas encore les articuler.
Mon intuition me disait que si je poussais ma Démonologie un peu plus loin, elle deviendrait « Enregistrée » et, à ce moment-là, je serais capable de connaître les noms des démons, ce qui serait une prochaine étape bienvenue.
La compétence construisait le cadre, mais il me faudrait encore du temps pour comprendre ce qu'elle m'avait apporté.
[Profondeur d'Anima : 47 (Acolyte)]
Trois rangs de plus qu'auparavant. J'approchais de la limite supérieure du rang Acolyte. À cinquante, je franchirais le seuil où les disciplines de niveau Adepte deviendraient techniquement accessibles, même si mes propres disciplines n'étaient pas encore à ce rang.
Le seuil pour Adepte était de soixante, et je m'en approchais rapidement. Bien que la progression des compétences ralentisse après cinquante, chaque point gagné entraînait des changements massifs.
[Concentration 37 → 39 (Acolyte)]
[Observation 35 → 37 (Acolyte)]
[Méditation 21 → 26 (Initié)]
[Tireur d'élite 30 → 32 (Acolyte)]
[Endurance 26 → 31 (Acolyte)]
[Premiers secours 11 → 14 (Initié)]
L'Endurance était passée au rang Acolyte, et je ressentis ce changement différemment des autres.
La Concentration et l'Observation avaient franchi le cap plus tôt, et le corps avait enregistré le changement subtilement. Le passage de l'Endurance était physique : une densité dans mes membres qui n'était pas là hier, un poids stabilisé dans ma poitrine, m'indiquant que mon corps avait été forcé d'absorber un stress soutenu et qu'il en était ressorti plus fort qu'avant.
Quatre compétences auxiliaires au rang Acolyte désormais. Concentration, Observation, Endurance et Tireur d'élite.
Le corps qui avait entamé cette expédition il y a quatre jours n'était plus celui qui reposait sur cette couchette.
Je lus la dernière notification, et je ne m'attendais pas à ce que je vis.
[Nouvelle compétence acquise]
[Enveloppe mortelle — 0 → 6 (Initié)]
[Rang : Céleste-brisé]
J'arrêtai ma lecture et m'assis sur la couchette, relisant la ligne.
Céleste-brisé.
Le mot qui était apparu sur l'écran du titre Tueur de démons le premier matin après le massacre, la même branche de magie qui n'avait aucune entrée dans aucune taxonomie de Discipline que j'avais étudiée, celle que l'Académie n'enseignait pas.
J'avais porté ce mot à travers la dernière boucle sans savoir ce qu'il signifiait ; maintenant, le système avait répondu, et je détenais une compétence Céleste, même si elle semblait être d'une variété plutôt inférieure.
Je ne savais pas ce que cela impliquait. Le système m'avait donné un nom de rang et un niveau de départ, avec l'implication qu'il s'agissait d'une catégorie de pouvoir existant au-dessus de celles que j'avais rencontrées, et je n'avais pas le cadre nécessaire pour évaluer ce que je possédais.
J'ouvris la description avec des mains qui n'étaient pas tout à fait stables.
[Enveloppe mortelle — Céleste-brisé]
[Acquise par : la survie à la dépossession de son propre corps par une force extérieure]
[Effets :]
— Résiste aux tentatives extérieures de remodeler le corps physique
— Résiste aux tentatives extérieures de prendre le contrôle de la volonté
— Renforce le lien entre l'âme et la chair
— Les dommages subis par le corps deviennent de plus en plus difficiles à traduire en dommages pour l'âme à mesure que la compétence grandit
— Chaque rang renforce progressivement le corps lui-même, durcissant la chair, les os et le canal contre les dommages extérieurs
— Chaque rang réduit progressivement le coût que le corps paie pour maintenir une âme sous tension
[Note :]
— La compétence n'est pas un bouclier. C'est un approfondissement du lien, et le lien renforce les deux moitiés.
Je lus la description de cette compétence deux fois, puis une troisième, et le sens commença à s'assembler.
Le démon avait tenté de m'expulser de ma propre chair. Tout ce qui m'était arrivé à ce moment-là, de la décomposition de mes mains, mes os devenus des lances, la voix qui avait prononcé des mots démoniaques à travers ma bouche, jusqu'à mon bras qui avait arraché mon cœur de ma poitrine pour l'offrir.
Rien de tout cela n'était moi. C'était mon corps opérant sous le contrôle de quelque chose qui m'avait éjecté du siège du conducteur.
Le démon avait essayé de prendre le vaisseau à l'âme qui l'habitait, et il avait presque réussi.
Que me serait-il arrivé si je n'étais pas mort avant de lui donner mon cœur ?
La boucle aurait-elle pu me ramener de là ?