Chapitre 38
Finn se figea instantanément, se tournant lentement vers l'intrus.
C'était un homme, mince et à l'allure décontractée, avec des cheveux blonds en bataille flottant au vent. Mais cette image ne trompa pas Finn ; il sentait, au plus profond de ses fibres, que cet homme était dangereux. Le fait qu'il n'ait entendu aucun bruit avant que l'homme ne soit à proximité immédiate prouvait son haut niveau de compétence.
Finn sourit nerveusement, levant les mains en signe de reddition : « Je vous demande pardon, je ne suis qu'un voyageur. Je n'espionnais rien du tout. Je voulais juste voir comment les choses fonctionnaient avant d'entrer... C'est ma première fois ici. »
« Un voyageur, tu dis ? » L'homme ricana doucement, dévisageant Finn. « Eh bien, au moins tu n'as pas la tête d'un bandit, je te l'accorde... Mais un voyageur ? » fit-il en claquant de la langue.
« Zane ! Qu'est-ce que tu fabriques, bordel ?! Toute la caravane attend— ! » Un homme avec une large hache sanglée dans le dos surgit soudain des buissons, s'interrompant net en apercevant Finn.
« C'est qui, lui ? »
« Un voyageur, apparemment. »
L'homme toisa Finn de haut en bas. « Voyageur, mon cul. Il ressemble à un de ces petits héritiers efféminés qui paradent en ville », cracha-t-il avant d'interpeller Finn : « T'es qui, gamin ?! »
Finn baissa les mains, déjà moins tendu maintenant que l'attention s'était déplacée de la possibilité qu'il soit un éclaireur bandit vers une simple question d'identité et d'origine.
« Je m'appelle Finn... » Il marqua une pause, hésitant à révéler son véritable objectif. Althea était certainement entrée en ville et avait très probablement obtenu un permis auprès des autorités locales. Mais on ne pouvait jamais être sûr.
C'est pourquoi il avait choisi d'attendre le lever du jour. Peut-être qu'à ce moment-là, les gardes aux postes de péage auraient été informés de leur arrivée.
Mais alors que l'idée de révéler la raison de sa présence lui traversait l'esprit, il l'écarta immédiatement.
« ...Je suis là pour mes propres affaires, ce qui ne vous concerne en rien », lança Finn avec assurance. « D'ailleurs, pourquoi m'interrogez-vous ? Qui êtes-vous, bordel ? »
Un rire échappa aux lèvres du premier homme face au changement soudain de ton de Finn, mais le second, plus imposant, ne sembla pas apprécier. Il tendit la main pour bloquer le passage de Finn. « Si tes affaires ici ne nous concernent pas, je suis sûr qu'elles intéresseront les gardes aux postes de péage », dit-il sèchement. « Tu n'as pas d'objection à nous suivre jusqu'aux portes, n'est-ce pas ? »
Finn fixa l'homme droit dans les yeux. Ils se dévisagèrent en silence pendant quelques secondes avant que Finn ne hausse les épaules. « Aucune objection. »
L'homme hocha la tête et Finn fut escorté hors des bois. Il fut conduit dans une zone dégagée où une douzaine de chariots marchands, chargés de marchandises, attendaient impatiemment. Un homme, qui semblait être le chef de la compagnie marchande, se lança dans une réprimande virulente pour exprimer son mécontentement face à ce retard soudain.
Mais comme si ses paroles entraient par une oreille pour ressortir par l'autre, les deux hommes escortant Finn, et surtout le premier, d'une décontraction excessive, ne semblaient pas s'en soucier.
« Désolé, désolé. On a repéré un potentiel éclaireur bandit et on a dû prendre des précautions », fit l'homme le plus imposant d'un geste vague.
Cela sembla calmer le marchand, qui prit le temps d'observer Finn. Ce dernier semblait inoffensif, voire curieux, observant les caravanes avec l'intérêt de quelqu'un découvrant quelque chose de nouveau.
« Ce n'est pas un éclaireur bandit », grogna le marchand après avoir jaugé Finn du mieux qu'il pouvait.
« Eh bien, c'est ce qu'on va voir, non ? » L'homme imposant semblait déterminé à aller jusqu'au bout, ce qui exaspéra encore plus le marchand, contraint d'attendre davantage.
Finn fut mené par les deux hommes jusqu'aux péages, dépassant ceux qui faisaient la queue pour se diriger directement vers l'avant.
« Hé, Greg ! »
Un homme tout aussi massif, marqué par les combats, se redressa en entendant son nom, plissant les yeux vers les trois individus qui arrivaient sur le côté.
« Bron, Zane... vous avez intérêt à avoir une bonne raison de doubler la file. » Greg parla d'un ton plat, alors que des murmures de mécontentement montaient déjà des rangs des marchands et voyageurs qui attendaient patiemment.
« On a trouvé un type suspect qui observait la ville depuis les arbres, au loin. » L'homme massif, Bron, alla droit au but en désignant Finn.
Le garde du péage, Greg, tourna ses yeux vers Finn avec menace, faisant vaciller légèrement la façade de calme que ce dernier affichait. Il avait l'impression qu'une bête dangereuse le fixait, prête à bondir au moindre mouvement.
Qu'est-ce qu'un type aussi fort fout ici, bordel ! pensa Finn, alarmé. La seule autre personne dont il avait ressenti une telle pression était son père ! La sensation dangereuse qui émanait de cet homme était moindre, certes, mais pas de beaucoup !
Finn abandonna immédiatement toute idée de mensonge, convaincu que la vérité était sa seule chance de se sortir de cette situation défavorable.
Il déglutit en silence et s'avança vers l'homme, qui haussa un sourcil face à ce mouvement inattendu.
Il s'arrêta à trois pas de lui et parla à voix basse, pour que seul l'homme puisse l'entendre : « Je... je viens de l'École d'Ossuaire du Sénéchal... » Il marqua une pause, espérant une réaction, mais il n'y en eut aucune, comme si ces mots ne signifiaient rien.
Mais Finn insista : « Je suis un Initié de rang 3 de l'école. Je ne sais pas si vous avez été informé, mais nous avons été envoyés pour purger des foyers de masses d'âme chaotiques dans la région... ? »
L'homme restait impassible, observant Finn d'un regard vide, son aura menaçante s'échappant librement.
« N... n'avez-vous pas encore vu ma supérieure ? Une fille ? Elle aurait dû arriver bien plus tôt... » demanda Finn nerveusement, attendant une réponse. Tout dépendait de lui maintenant. S'il avait déjà reçu l'avis des autorités, Finn savait qu'il était libre d'entrer, malgré les préjugés que l'homme pouvait avoir contre les Ossuaristes.
Mais s'il ne l'avait pas reçu... alors Finn était dans de beaux draps. Si l'homme avait la moindre hostilité envers les Ossuaristes, au-delà de l'opinion générale des habitants d'Aethelos, Finn venait de se livrer pieds et poings liés à sa merci.
L'homme laissa le silence s'étirer pendant quelques secondes, avant que le regard dans ses yeux ne change brusquement.