Chapitre 310
La forme serpentine massive du dragon se déplaçait dans la haute atmosphère avec une grâce silencieuse et terrifiante qui démentait sa taille impossible. Les nuages eux-mêmes semblaient se dissoudre devant lui, comme si la simple présence de la créature était un affront à l'ordre naturel du ciel.
Madoc et Osmund se tenaient derrière Finn sur la tête aux écailles d'obsidienne de la bête, contemplant l'horizon avec des expressions oscillant entre la crainte et un sentiment croissant d'insignifiance. Le monde à l'intérieur de cette rupture était vaste, s'étendant dans des directions apparemment infinies.
« Cet endroit », murmura Osmund, sa voix à peine audible au-dessus du sifflement du vent à cette altitude. « C'est bien plus grand que ce que j'avais imaginé. Nous voyageons depuis près d'une journée entière et le terrain ne s'arrête jamais. On dirait que nous traversons un monde à part entière, pas juste une poche d'espace contenue dans une rupture. »
Madoc hocha la tête en signe d'accord, mais ne répondit pas immédiatement. Il fixait le même horizon qu'Osmund.
« C'est très certainement un monde à part entière, pas juste une poche spatiale », finit-il par dire. « Les Transcendants ont peut-être été vaincus par nos Dieux, mais cela n'enlève rien au fait qu'ils possédaient assez de puissance pour créer des merveilles comme celle-ci... »
Finn, debout à l'avant, écoutait en silence les paroles de Madoc et d'Osmund. Et bien qu'il fût intérieurement d'accord avec l'analyse de Madoc, ce n'était pas sa préoccupation. Ses pensées étaient ailleurs, tournées vers la veille, juste après qu'ils eurent traversé la Mer Stagnante.
Avant de s'engager dans ce long vol vers le centre de la rupture, Finn avait utilisé le dragon serpentin pour effectuer un balayage systématique de la forêt préhistorique qu'ils venaient de quitter. Finn avait poussé la bête dans ses derniers retranchements, couvrant toute l'étendue de cette verdure ancienne en une seule heure.
Il avait utilisé sa Vision d'Erreur à son rendement maximal, scrutant la canopée, les sous-bois et le sol lui-même. Il cherchait la moindre trace du Chef des Carcasses ou du reste de ces abominations à la peau grise qui l'avaient traqué lors de sa dernière visite.
Mais malgré son examen minutieux, il n'avait rien trouvé. Aucune empreinte magique, aucune décomposition spatiale, aucun nid, et aucune odeur persistante de leur existence liée au vide. Si les Carcasses étaient encore en vie, elles avaient totalement déserté la forêt pour une raison inconnue. Finn en était certain. Sa Vision d'Erreur garantissait qu'aucune supercherie ou dissimulation de haut niveau n'était à l'œuvre. S'il y en avait eu, il aurait au moins vu quelques anomalies.
Mais non. Les créatures avaient disparu, laissant la forêt aux bêtes préhistoriques normales et à une faune trop primitive pour comprendre le changement dans la hiérarchie.
L'attention de Finn revint au présent lorsqu'il sentit le dragon sous ses pieds déplacer son poids. Il avait finalement décidé de donner un nom à la créature durant leur long voyage à travers le ciel.
Ryuga était le nom qu'il avait choisi.
Lorsqu'il regardait la forme serpentine du dragon, son corps massif enroulé et sa taille de monstre, cela lui rappelait les mythes des dragons orientaux de son dernier cycle de vie sur Terre. Le nom semblait juste. Il portait un poids qui correspondait à l'élégance prédatrice et à l'âme ancienne de la créature.
Après avoir voyagé sur Ryuga pendant près d'une journée, ils étaient tombés sur un spectacle qui changea toute la tonalité de leur périple. Au loin, s'élevant des plaines plates comme une colline déchiquetée et solitaire, se dressaient les grands restes calcifiés de ce qui fut autrefois une créature massive. C'était une montagne d'os blancs et de calcium durci, austère et morbide sous le ciel.
Et sur les plaines devant elle gisaient les preuves indéniables d'une bataille terrible. Le sol était calciné, criblé de cratères et physiquement déchiré.
Avant même de s'être approché de l'étendue dévastée par la guerre, Finn avait déjà un sourire froid et paresseux aux lèvres. Ses yeux brillaient d'un vert incandescent alors qu'il fixait directement le ciel au-dessus de certaines zones du champ de bataille.
Il pouvait sentir des traces évidentes de destruction spatiale flotter dans l'air. Le monde s'était refermé et tentait de se guérir, mais même à cette distance, les sens de Finn ne pouvaient être trompés. Il percevait plusieurs puissances distinctes qui s'étaient affrontées ici :
D'abord, il y avait le résidu spatial mort et familier du Chef des Carcasses qu'il avait cherché. C'était une énergie brute et mordante qui ressemblait à une lame dentelée faite de vide.
Mais par-dessus, se superposait un résidu plus grand, beaucoup plus raffiné et terrifiant de puissance. Cette signature était exquise dans sa complexité, éclipsant presque toutes les autres traces aux sens de Finn par sa pure autorité. C'était indéniablement Casmir. Personne d'autre ne pouvait manipuler l'espace avec une telle précision et une telle maîtrise écrasante.
À mesure qu'ils s'approchaient, même Madoc et Osmund sentirent le chaos spatial. Leurs visages pâlirent en réalisant que leur ancien détenteur de fragment était passé par là. Ils commencèrent immédiatement à employer leur propre magie spatiale pour tenter de déchiffrer les échos du combat, leurs propres fragments vibrant de peur et de révérence.
Alors qu'ils se concentraient sur les ondulations spatiales, le regard de Finn s'était tourné vers un autre endroit. Sur le côté, près de ce qui semblait être les restes calcinés d'un camp, il sentit une multitude de masses d'âmes chaotiques en ébullition. Des Arcanistes morts depuis longtemps s'étaient transformés en masses d'âmes chaotiques et écervelées. Mais ce n'était pas sa préoccupation. Ses yeux étaient fixés sur un point précis du sol, non loin du camp.
Là, il pouvait sentir une trace qui le fit sourire sincèrement, surpris. C'était une signature qu'il connaissait bien, une qui ressemblait à une pulsation apaisante et ordonnée au milieu du chaos.
« Althea... » murmura-t-il doucement, son sourire s'élargissant.
À partir de là, il avait également senti des signes de vie. Des signatures humaines provenant de la direction des os calcifiés, hauts comme une colline, au loin. Il se dirigea rapidement vers eux, espérant trouver des gens capables de lui dire ce qui s'était passé ici.
Avant même d'être arrivé, il avait repéré et analysé les quelques personnes qu'il pouvait voir.
Des Ossuaristes.
Rien que de les voir, il fut encore plus certain qu'ils auraient des informations tangibles à lui donner...
Mais au final, toute cette affaire n'avait été qu'une sacrée galère. Les Ossuaristes en question étaient des Adeptes qui avaient littéralement chié dans leur froc au moment où ils avaient vu une créature de la taille d'une montagne fondre sur eux depuis les nuages.