Chapitre 305
Cette déclaration tonitruante fit s'arrêter une grande partie des Anaelle en fuite. Beaucoup s'immobilisèrent et fixèrent avec hésitation la silhouette qui se tenait sur la tête de cette... immense calamité ambulante de loup.
En réalité, ce n'est qu'à cet instant qu'ils remarquèrent la présence de quelqu'un là-haut. Voir une créature aussi massive et terrifiante que Syf suffisait à faire oublier tout le reste. Ils n'avaient que la survie et la fuite en tête.
Tous, sauf un...
« Je suis venu vous libérer de cette prison ! »
Finn poursuivit sa déclaration tout en observant ceux qui parvenaient à bouger malgré la présence de Syf.
Parmi eux, il isola un Anaelle en particulier qui retint son attention.
C'était un jeune garçon, pas plus de dix-huit ans — si Finn devait juger son âge selon les standards humains.
Contrairement aux autres Anaelle qui couraient ou restaient pétrifiés par la peur, celui-ci fit l'inverse. Lentement, mais avec une détermination évidente, il s'avança vers Syf.
Et ses yeux... ses yeux n'étaient ni effrayés ni frénétiques ; ils brillaient d'une impatience et d'une excitation que Finn fut très surpris de constater. Il ne laissa cependant rien paraître sur son visage. En fait, il ne jeta même plus un regard au jeune Anaelle après cette première observation.
Il continua de parler, observant de plus en plus d'Anaelle ralentir et se calmer pour l'écouter — aidé en cela par Syf qui contenait son aura passive autant qu'elle le pouvait.
« Beaucoup d'entre vous me reconnaissent comme l'humain qui a échoué sur vos rivages il y a des semaines », dit Finn en abaissant ses bras grand ouverts, adoptant un ton plus naturel. Un sourire paresseux étirait toujours ses lèvres.
« Je sais que vous avez des avis divergents sur mon compte. Certains me voient comme le Pionnier. Celui dont la prophétie dit qu'il ouvrira une voie vers l'extérieur pour vous tous... » Il marqua une pause, observant leurs réactions avec désinvolture. « D'autres sont d'un avis différent. Vous me traitez de déchu. Celui qui est destiné à vous mener tous à votre perte. »
Un silence pesant s'installa, toute l'attention étant désormais braquée sur Finn.
Finn eut un sourire plus large.
« Mais je vais vous dire une chose. Je ne suis ni l'un ni l'autre. Mais je peux être les deux... Tout dépend de vous. »
« Dans trois jours, je traverserai la Mer Stagnante et je commencerai ma quête de rétribution contre mes ennemis. » Il leva la main vers la vague de temps gelée, immense, qui touchait le ciel au loin.
« Que vous traversiez cette barrière avec moi est un choix que je vous laisse entièrement. Je peux être le sauveur que vous avez prié, ou celui qui verrouillera ces portes et vous condamnera à rester ici jusqu'à la fin des temps », dit-il en haussant les épaules.
« Honnêtement, les deux me vont. Votre bien-être est secondaire par rapport à mes propres objectifs, alors ne pensez pas une seconde que je vais mendier votre loyauté. »
Le silence qui suivit fut absolu. Un calme tel que le souffle rythmé de Syf résonnait comme un tonnerre lointain. Les Anaelle restaient immobiles comme des statues, leurs cheveux blancs emmêlés par la poussière soulevée par l'arrivée du Rôdeur de Tempête. Beaucoup fixaient le sol, incapables de soutenir le regard de Finn, tandis que d'autres contemplaient les portes brisées avec un sentiment de vide.
C'est alors que le jeune Anaelle que Finn avait remarqué fit un pas de plus. Il ne se contenta pas de s'avancer ; il le fit avec une assurance qui attira les yeux de tous les anciens et guerriers alentour. Il s'arrêta juste à la limite de l'ombre projetée par la tête massive de Syf, levant les yeux vers la petite silhouette humaine perchée là-haut.
« Que faut-il faire ? » demanda le garçon. Sa voix était stable, dépourvue du tremblement qui affligeait les membres plus âgés de son peuple.
Finn ne répondit pas immédiatement. Il baissa les yeux, son sourire paresseux toujours en place, mais son regard était tranchant. Il ne voyait pas quelqu'un qui voulait se lamenter sur son sort ou débattre de la prophétie du Pionnier. Il ne voyait pas le doute qui caractérisait la majorité de ceux qui le prenaient pour un déchu ou un héraut du malheur...
Au lieu de cela, il vit une question ancrée dans la dure réalité de leur situation. Le jeune Anaelle savait que Finn n'était pas venu faire un sermon gratuitement. Un étranger capable de contrôler une calamité ambulante et assez confiant pour promettre une traversée de la Mer Stagnante ne perdrait pas son temps en paroles inutiles.
Si Finn leur parlait de tout cela, c'est qu'il voulait quelque chose en retour.
Finn plongea son regard dans celui du garçon, et une confirmation silencieuse s'installa en lui. Il ne s'était pas trompé sur celui-là. Ce qu'il voyait dans ces yeux, c'était de la curiosité... la seule force de la nature impossible à réprimer.
Ce garçon se fichait des légendes du passé ou des peurs du présent. Il voulait savoir ce qui se trouvait au-delà de l'île. Il voulait voir ce qui existait derrière cette vague de temps gelée, impossible et imposante, qui retenait son peuple comme du bétail depuis des générations.
Alors que les autres brûlaient de méfiance ou de défi, ce garçon brûlait d'une faim avide d'explorer. C'était une expression qui intrigua Finn au plus haut point.
« Quel est ton nom ? » demanda Finn.
« Cordoza », répondit le garçon, se tenant aussi droit que sa carrure le permettait. « Cordo, pour faire court. »
Finn hocha lentement la tête, prenant acte du nom.
« Cordoza. Tu es nommé mon Champion parmi la race des Anaelle. Tu es désormais le champion divin de l'Errant. Je suis le maître des failles dans les systèmes et des fissures entre les espaces. Je suis le détenteur de l'autorité de l'Erreur. Je suis le tueur de Dieux et de Divinités. Tu sers Finn, l'Hérétique Errant. »
L'introduction provoqua une onde de choc dans la foule. Les murmures qui avaient commencé à monter quand Cordoza s'était avancé furent instantanément étouffés. Les titres que Finn s'était arrogés étaient lourds, sonnant plus comme des malédictions antiques que comme de simples noms. Tueur de Dieux ? L'Hérétique Errant ? Ces titres étaient une déclaration de guerre contre le concept même du divin !
Une nouvelle lueur apparut dans les yeux des Anaelle. Une lumière étrange et soudaine, comme si les mots de Finn avaient fait appel à une part de leur nature qu'ils avaient oubliée.
Bien plus bas, près des pattes massives de Syf, Osmund restait stupéfait. Il savait que Finn était puissant, mais c'était différent. Il ne l'avait jamais entendu se présenter avec des titres aussi grandioses et terrifiants.
Champion ? Autorité de l'Erreur ? L'esprit d'Osmund s'emballa, parcourant les éclats de souvenirs qu'il avait reçus de son propre fragment au fil des ans. Il connaissait une partie de l'histoire du Transcendant de l'Espace, surtout en ce qui concernait les Dieux que les Transcendants avaient affrontés. Pourtant, il n'avait jamais entendu parler d'une autorité nommée « Erreur ».