Chapitre 215
Finn rit à ses propres dépens, un rire sincère et détendu. « Eh bien, au moins, je peux l'admettre. »
Le vieil homme se contenta de le fixer un instant, le visage marqué par les années et indéchiffrable, avant de reporter son attention sur son travail et de poursuivre en silence.
Les autres ouvriers, visiblement curieux de voir comment Finn s'en sortirait, gardèrent un œil sur lui tout en essayant de maintenir une cadence suffisante pour ne pas prendre de retard sur leurs propres objectifs. Le hangar s'était figé dans un rythme tendu, chacun conscient du pari mais feignant de se concentrer sur sa tâche.
Finn s'installa sur un tabouret bas près du poste du vieil homme et tira vers lui une bobine de corde noircie par le goudron. Quelqu'un avait déjà posé une épissoir à côté de l'espace de travail. Il la ramassa, en jaugea le poids, et testa la pointe contre son pouce.
Son visage conservait cette expression calme, presque paresseuse, tandis qu'il positionnait la corde et commençait à gratter.
Les premiers coups furent maladroits. L'épissoir glissa sur la surface durcie, l'angle était totalement mauvais. Les mouvements de Finn manquaient de l'économie de geste efficace des ouvriers expérimentés. Il grattait trop fort par endroits, et à peine la surface à d'autres.
Des ricanements et des rires étouffés parcoururent le hangar parmi ceux qui étaient les plus proches.
« Regardez-le faire... »
« Il va lui falloir toute la journée juste pour nettoyer une section... »
« Et certains d'entre vous pensaient qu'il savait ce qu'il faisait, hein ? Je reconnais un grande-gueule quand j'en vois un ! »
Mais Finn ne réagit pas aux moqueries. Il ajusta simplement sa prise, modifia son angle et réessaya. Ses yeux traquaient les subtiles failles dans la structure de la corde goudronnée et, très lentement, il commença à s'adapter, à corriger ses gestes, ciblant ces faiblesses.
En quelques minutes, quelque chose changea. La maladresse fit place à une compétence naissante. Ses coups devinrent plus délibérés, suivant le grain de la corde plutôt que de lutter contre. L'épissoir glissa moins. Le goudron noir commença à s'écailler par morceaux plus réguliers.
Certains des ouvriers les plus expérimentés près de lui cessèrent de rire. Leurs yeux exercés avaient remarqué la facilité avec laquelle Finn était passé d'une incompétence totale à une maîtrise des bases. Et il l'avait fait en quelques minutes, pas en des heures ou des jours.
Un ouvrier, un homme grisonnant à la peau abîmée par le soleil, fronça profondément les sourcils et échangea un regard avec son voisin, qui affichait la même expression mais ne dit rien, se contentant d'observer.
Finn continua à travailler, son visage un masque de concentration décontractée. Gratter, gratter, tourner la corde, gratter encore. L'odeur sulfurique du goudron ne le dérangeait plus, ou du moins, il avait cessé d'y prêter attention.
Ses mains commençaient déjà à noircir, mais contrairement aux autres, le goudron qui aurait dû s'infiltrer dans les plis de ses paumes et sous ses ongles restait simplement en surface, comme s'il avait oublié comment se comporter.
Lorsque Finn termina sa première section complète de corde après plus d'une heure et demie de travail soutenu, ses mouvements avaient atteint un niveau que n'importe qui dans le hangar qualifierait de décent. Pas expert, pas même particulièrement efficace, mais compétent. Comme quelqu'un qui faisait ça depuis quelques mois plutôt que quelqu'un qui en était à son premier jour.
Déjà, même ceux qui avaient les yeux les moins exercés s'étaient tus. Le mouvement des mains de Finn, ses gestes, la façon dont il passait sans transition du travail à l'épissoir à celui des doigts pour séparer les fibres de chanvre... tout semblait pratiqué d'une manière qui n'aurait pas dû être possible.
Plus personne ne riait.
Le vieil homme à côté de Finn avait complètement arrêté de travailler. Il restait là, à regarder les mains de Finn alors qu'elles démêlaient avec adresse les dernières fibres de chanvre de cette première section pour les ajouter à son tas. Il observait avec évaluation, et lentement, son expression vira vers quelque chose qui ressemblait à de la méfiance.
Un ouvrier plus jeune, proche du vieil homme, se pencha et murmura, sa voix à peine audible au-dessus des bruits de grattage qui remplissaient le hangar. « Ce type est un monstre. Comment quelqu'un peut-il s'améliorer aussi vite ? » Il regarda Finn commencer sa deuxième section avec des mouvements déjà plus fluides que pour la première. « Il est né pour faire ce boulot ou quoi ? »
La voix du jeune ouvrier prit une tournure désespérée, comme s'il essayait de se convaincre lui-même. « Mais il n'y a aucun moyen qu'il puisse remplir le sac avant la fin de la journée, n'est-ce pas ? C'est impossible. Peu importe à quelle vitesse il s'améliore, il ne pourra jamais atteindre l'objectif du pari. »
Il cherchait une confirmation auprès du vieil homme, une assurance que l'ordre naturel des choses tenait toujours.
Le vieil homme regarda Finn terminer la deuxième section en deux fois moins de temps que la première. Il soupira lourdement, secouant la tête, avant de retourner à son propre travail.
Il murmura si bas que le jeune ouvrier dut tendre l'oreille. « Le Vieux Mendoza va perdre beaucoup d'argent cette semaine. »
Les pupilles du jeune ouvrier se contractèrent. Il s'écarta lentement, le visage blême alors qu'il réalisait ce que cela signifiait. Il fixa le vide, pensant clairement à l'argent qu'il allait lui aussi perdre, ayant parié contre Finn parmi les ouvriers peu de temps auparavant.
Entendre ces mots de la bouche du vieil homme confirmait tout. Si c'était quelqu'un d'autre, il aurait pu garder espoir, mais le vieil homme était l'un des plus expérimentés — si ce n'est le plus expérimenté — de tous ici. Finn avait de très fortes chances, avec au moins quatre-vingts pour cent de certitude, de terminer la tâche.
Et à mesure que le temps passait, ce fait devint de plus en plus évident pour tout le monde dans le hangar.
Finn était devenu rapide. Effroyablement rapide. Ses mains noircies dansaient sur la surface goudronnée avec une grâce qui semblait impossible pour quelqu'un qui, au début de la journée, n'avait jamais touché une épissoir. Il retirait le revêtement durci avec des coups précis et efficaces. Et la façon dont il démêlait les fibres souples à l'intérieur était presque artistique dans sa dextérité.
Il bougeait avec plus d'habileté que les vieux routiers du métier. Des ouvriers qui faisaient cela depuis des années se surprenaient à ralentir pour regarder, leurs propres quotas oubliés.
Le hangar était devenu silencieux, hormis les bruits du travail. Personne ne plaisantait. Personne ne ricanait plus.
Avant que la soirée ne s'installe vraiment, le Vieux Mendoza savait déjà qu'il avait perdu. Il était assis au fond du hangar, censé faire l'inventaire, mais écoutait en réalité. Les quolibets et les mots cinglants qu'il s'attendait à entendre à l'approche de l'heure de fermeture ne vinrent jamais. Le silence était assourdissant.
On aurait pu entendre une mouche voler dans le hangar à étoupe. Si calme que, même depuis le fond où il se trouvait, sans rien voir directement, le Vieux Mendoza connaissait déjà l'issue.
Alors, quand les cloches du port brisèrent le silence, leur son grave parvenant au hangar depuis le centre lointain des quais pour signaler la fin de la journée de travail, le Vieux Mendoza ne put que se lever péniblement et boiter vers l'avant pour faire face à Finn.
Les ouvriers s'étaient déjà rassemblés autour du poste de Finn, fixant son résultat.
Un sac complètement rempli. Et presque la moitié d'un autre.
Le Vieux Mendoza fendit la foule et fixa lui-même les sacs. Finn se tenait à côté d'eux, ce même sourire paresseux étirant son visage en sueur et strié de goudron.