Chapitre 164
Finn venait tout juste de fermer les yeux lorsqu’une poussée brutale le tira de son sommeil.
Il se redressa, en alerte, et vit le visage de Keeva tout près du sien, un doigt sur ses lèvres pour lui intimer le silence.
« On a de la compagnie », murmura-t-elle.
Finn activa instinctivement la Perception Nulle et se leva. Ses yeux cherchèrent la menace et repérèrent rapidement une traînée de lumières au loin, se dirigeant vers la ville.
Il s’approcha de Thalia et observa la procession avec la Vision d’Erreur activée.
« Qui sont-ils ? »
« Je ne sais pas... » répondit Thalia. « Ils nous ont pratiquement surpris. On ne les a pas sentis, on n’a même pas vu leurs lumières avant qu’ils ne soient trop proches. »
Finn fronça les sourcils. Une force aussi imposante et aussi visible aurait dû être repérable à des kilomètres à travers le désert plat. À moins que quelqu’un ne les ait délibérément dissimulés jusqu’au dernier moment. Ce qui suggérait une magie sophistiquée... ou, dans ce cas précis, une intervention divine, ce qui n’avait rien de rassurant.
« Heureusement que Keeva n’était pas trop profondément endormie et qu’elle a entendu notre appel pour lancer un sort de camouflage », marmonna Ailin. « Ces types semblaient nous avoir repérés avant ça. »
« Il y a indéniablement quelque chose de divin là-dedans... » déclara Deacon d’un ton plat, ses yeux brillant d’un éclat doré dans l’obscurité de l’aube naissante.
« Sans aucun doute », renchérit Finn, soucieux. Il pouvait littéralement sentir la divinité pulser depuis tout le convoi de carrosses. Surtout celui du milieu. Un carrosse à la facture exquise, dont le prestige surpassait largement celui des autres, même à cette distance et malgré la pénombre ambiante.
Son essence divine volée réagit à cette puissance lointaine. Pas avec de la faim cette fois, mais avec quelque chose qui ressemblait à de la reconnaissance. Comme un appel entre semblables à travers le sable. Finn la réprima, refusant de laisser la moindre signature divine s’échapper de lui, surtout avant de savoir à quoi ils avaient affaire.
La procession se dirigeait vers la ville, où des silhouettes commençaient à converger vers les portes.
« Hein ? Qui sont ces gens ? » demanda Tavian avec un air perplexe. « Il n’y avait pas de gardes aux portes hier soir, si ? »
« Ce sont des croyants de l’Un Radieux », dit Deacon, percevant la vérité de leur identité depuis cette distance. « Ce sont probablement des fidèles de haut rang au sein de la cité. Ils devaient savoir que cette force arrivait et se sont préparés à les accueillir. »
« En route », ordonna Thalia avec détermination.
Himothy grogna aussitôt, frappant son poing dans sa paume avec impatience.
« Enfin, tu parles ma langue. Je ne sens pas cette divinité dont vous parlez. Mais je sais qu’il y a un sacré adversaire dans ce groupe », il prit une profonde inspiration, et les yeux de tous s’écarquillèrent en le voyant s’apprêter à hurler une déclaration.
« — »
Heureusement, Osric étendit l’effet de son concept de silence et effaça tout son du rugissement du Porteur de Gloire.
L’imposant colosse se retourna, visiblement furieux que sa déclaration ait été étouffée, mais au lieu de montrer son mécontentement, il s’élança vers la dune pour rejoindre la procession.
Mais dès qu’il fit le premier pas, son corps fut violemment tiré en arrière.
Thalia le retenait fermement par le poignet, comme un étau, immobile.
« On avance à mon rythme », dit-elle en le fixant droit dans les yeux.
Finn haussa un sourcil, surpris.
Il savait que Thalia était physiquement forte pour l’avoir vue lors des séances d’entraînement à Astoria. Elle avait pratiquement perfectionné l’art de fusionner sa magie d’Ordre avec son physique pour accroître sa force.
Finn n’arrivait pas à comprendre l’interprétation qu’elle avait dû élaborer pour matérialiser sa magie sous une telle forme et à un tel degré, mais elle y était parvenue. Allant jusqu’à renforcer ses os par la Transmutation Somatique.
Mais il ignorait qu’elle était à ce point puissante.
Assez pour maintenir fermement la Gloire. Quelqu’un dont le concept était littéralement orienté vers une force explosive.
Himothy fronça les sourcils. Et son froncement ne fit que s’accentuer à chaque seconde où il tentait de libérer son bras de la poigne de Thalia.
Ce n’est que lorsque Thalia lâcha son bras de son plein gré — après avoir vu qu’il commençait à prendre cela comme un défi, une opportunité de triompher, une chance de nourrir son concept de gloire — qu’il fut libéré.
Son corps fut propulsé en arrière, défiant les lois de la physique, s’envolant dans les airs et dévalant les dunes à cause de l’arrêt brutal de la résistance face à la force qu’il déployait.
Mais l’objectif de Thalia était déjà atteint.
Le convoi au loin était déjà entré dans la ville.
Thalia et les autres se dirigèrent vers la cité, leur vigilance revenant au premier plan.
Finn était particulièrement aux aguets, analysant les implications de ce nouveau groupe sur ses plans.
Tout venait de s’accélérer. Sa fenêtre de tir pour usurper l’identité du Gardien venait de passer de quelques jours à quelques heures. Peut-être moins. Quelle que soit la force divine arrivée, elle agirait rapidement pour consolider son contrôle. Si Finn voulait voler la foi du Gardien, il devait agir avant que l’influence de l’Un Radieux ne devienne absolue.
Lui et Deacon échangèrent un regard, avant que Finn ne porte son regard vers l’avant, résolu.
Il verrait comment les choses évolueraient avant de décider de la suite.
.
.
Ils se glissèrent dans la colonie juste derrière la queue du convoi de caravanes.
De près, la procession était encore plus impressionnante.
Finn pouvait voir des chariots de marchands mélangés au convoi. Ils formaient le cercle extérieur, mais même là, ce n’étaient pas des commerçants ordinaires. Les marchandises qu’ils transportaient étaient des produits de luxe. Or, soie, épices exotiques. Une richesse étalée, destinée à impressionner et à intimider.
Le message que leur présence cherchait à faire passer était clair : suivez l’Un Radieux, et la prospérité suivra. Rejetez-le, et restez piégés dans la pauvreté et l’isolement.
C’était une forme de conquête sophistiquée. Pas seulement militaire ou religieuse, mais aussi économique. Ces marchands allaient établir des routes commerciales, créer des dépendances, tisser la colonie dans un réseau plus vaste où l’influence de l’Un Radieux serait absolue. Même si certains résistaient à la conversion religieuse, ils seraient pris au piège par le besoin matériel.
Mais la position de ces marchands à l’extrême périphérie en disait long sur la structure de la religion de l’Un Radieux.
Car plus loin dans le cercle des caravanes, plus près du centre, se trouvaient des guerriers. Pas des gardes ou des mercenaires, mais de vrais guerriers entraînés, pur sang. Ils portaient des armures qui brillaient même dans la faible lumière de l’aube.
Chacun d’eux portait des armes qui semblaient cérémonielles mais parfaitement entretenues. Et la discipline avec laquelle ils se déplaçaient en disait long sur leur niveau de compétence. Leurs manières et leur professionnalisme rappelaient presque à Finn les Chevaliers Arcanes de Flumen dans son propre monde.
Les guerriers entouraient un carrosse en plein centre. Le même carrosse que Finn et les autres avaient repéré au loin plus tôt.
Il était massif. Doré et peint en or et blanc, couvert de symboles solaires et de motifs de flammes. Huit chevaux le tiraient, chacun d’un blanc pur et drapé de tissus dorés. Les roues seules étaient presque plus hautes que Finn.
Mais ce qui attira son attention, ce qui fit picoter son sens de l’Erreur, et son essence divine avec familiarité, c’était l’aura qui l’entourait.
Le carrosse dégageait une chaleur qui n’avait rien à voir avec la température. Une lumière qui semblait se courber vers le carrosse plutôt que de s’en éloigner. Et une pression, subtile mais indéniable, qui rendait l’air lui-même plus lourd.
Il y a quelqu’un d’extrêmement puissant là-dedans...