Chapitre 108
La panique commença à s'insinuer. Que laissait-il savoir à Osmund en cet instant précis ?
Une partie de lui voulait rompre la connexion immédiatement. Tout annuler.
Mais la partie analytique de son esprit reprit le dessus. Il se concentra sur ce qu'il percevait encore d'Osmund — cette surprise, répétée en boucle. Elle étouffait tout le reste.
C’est délibéré, réalisa Finn.
Il utilise la surprise comme un bouclier. Il la laisse être si prédominante qu’elle occulte ses autres émotions.
Finn pouvait faire de même.
Il lui fallait quelque chose de naturel, quelque chose qu’il ressentait sincèrement et qui était assez fort pour éclipser tout le reste. Quelque chose qui ne révélerait pas ce qu’il voulait vraiment cacher.
Ma méfiance.
Finn la laissa déferler. Sa méfiance profonde, viscérale, envers Osmund. Sa prudence. Sa certitude que cet homme de petite taille jouait un jeu bien plus complexe qu’il ne l’avait laissé paraître. Il y pensa intensément, encore et encore, laissant ce sentiment colorer chaque aspect de son état émotionnel durant la poignée de main.
Il maintint cet état pendant ce qui sembla durer une éternité, jusqu’à ce que, finalement... la connexion se stabilise et que, soudain, la fuite émotionnelle cesse.
Finn ne pouvait plus percevoir les sentiments d’Osmund. Et à en juger par la manière dont la connexion s’était apaisée pour devenir plus structurée, il était certain qu’Osmund ne pouvait plus sentir les siens non plus.
La poignée de main était terminée. Cette phase était close, et la négociation du contrat pouvait commencer.
Une courte seconde de silence total s'écoula, où leurs deux consciences semblèrent attendre une action de l'autre...
Puis Osmund frappa.
Sans préambule, ses termes et conditions se déversèrent dans la conscience de Finn comme un torrent.
Finn avait pensé qu’ils traiteraient les points un par un, mais à la place, l’âme d’Osmund projetait de multiples clauses simultanément dans un flux en perpétuel changement. L’homme apportait des ajustements à la volée. Modifiant la formulation, ajoutant des sous-clauses, affinant les conditions, le tout à une vitesse qui aurait été impossible par communication verbale.
L’esprit de Finn vacilla pendant une demi-seconde alors qu’il tentait de décrypter les informations :
—que la Seconde Partie (Finn) suivra une formation sur l’utilisation des fragments sous la direction de la Première Partie (Osmund) pour une période minimale de—
—qu’une fois une maîtrise suffisante atteinte, la Seconde Partie assistera dans—
—que la Première Partie garantit une protection contre les entités hostiles à l’intérieur des frontières du Territoire Sud, à l’exclusion de—
—qu’aucune des parties ne pourra divulguer l’existence ou les termes de ce contrat à—
—que les obligations de la Seconde Partie concernant la libération du peuple Anaelle seront limitées à—
C’était écrasant.
Finn comprit instantanément que cela exigeait une force de l’âme immense. Entrer dans le contrat d’âme n’était pas le problème, mais il réalisa vite que pour suivre la vitesse de pensée de l’autre partie, son âme devait impérativement égaler sa force.
Sinon, ils pouvaient vous glisser des choses en douce dans le chaos, et même avec des termes immédiatement compréhensibles, ils pouvaient cacher des formulations vagues dans le torrent d’informations. À moins qu’ils ne ralentissent délibérément à votre niveau.
Osmund ne ralentissait pas.
Finn serra les dents et riposta.
Sa propre âme s’éleva pour s’aligner sur ce rythme, analysant les clauses aussi vite qu’Osmund pouvait les projeter. Identifiant les problèmes. Signalant les ambiguïtés. Rejetant les termes trop larges ou trop restrictifs :
REJETÉ : « Période minimale de deux ans » est excessif.
CONTRE-PROPOSITION : « Jusqu’à ce que la Seconde Partie démontre une maîtrise suffisante, déterminée par accord mutuel. »
REJETÉ : « Toute assistance raisonnable » est trop vague.
CONTRE-PROPOSITION : « Liste spécifique des actions que la Seconde Partie est obligée d’accomplir. »
REJETÉ : « Protection excluant les cas d’intervention divine » crée une faille. CONTRE-PROPOSITION : « Protection s’étendant à toutes les menaces, sauf celles qui mettraient l’existence même de la Première Partie en danger immédiat. »
La négociation devint une partie d’échecs mentale à haute vitesse. Osmund proposait un terme avec une formulation délibérément vague. Finn le repérait, le rejetait, et contre-attaquait avec quelque chose de plus précis.
Osmund tentait de glisser une sous-clause restrictive dans une condition apparemment raisonnable. Finn la signalait, exigeant son retrait ou sa modification.
Et puis, Finn commença à remarquer quelque chose.
Son fragment d’Erreur s’actualisait à nouveau.
C’était subtil au début, cette sensation familière mais ténue de fausseté lorsqu’Osmund tentait d’insérer une phrase particulièrement ambiguë. Mais à mesure que la négociation se poursuivait, cela devenait plus fort et plus précis.
Finn commença à repérer non seulement les ambiguïtés dirigées contre lui, mais aussi les failles dans la concentration d’Osmund. Des moments où l’attention de l’homme vacillait, où son focus se détournait de certaines clauses qu’il avait déjà projetées.
Et dans ces instants, Finn pouvait sentir des vulnérabilités, des endroits où la formulation d’Osmund pouvait être exploitée, des termes qui pouvaient être interprétés de multiples façons malgré la clarté supposée de leur communication par contrat d’âme.
C’était comme si son fragment d’Erreur mettait en lumière les failles de concentration d’Osmund en temps réel. Les écarts microscopiques dans son attention, les brefs instants où sa garde baissait.
Et Finn exploita chacune d’entre elles.
Lorsque l’attention d’Osmund se déplaça pour élaborer une clause complexe sur les obligations de formation, Finn glissa une modification dans un terme précédent sur la protection, qu’Osmund avait déjà « accepté » en principe.
Lorsque Osmund se concentra sur le calendrier des obligations de Finn, Finn ajouta une petite clause sur les obligations d’Osmund à fournir ressources et informations.
C’était brutal et extrêmement méthodique, au point d’en être presque injuste.
Mais Finn s’en moquait. C’était son avenir qui se jouait. Sa liberté. Peut-être sa vie.
Il sentit le choc d’Osmund onduler à travers la connexion lorsqu’il réalisa ce qui se passait. L’homme tenta de s’adapter et de maintenir sa concentration sur toutes les clauses actives simultanément.
Mais il ne pouvait pas.
Malgré sa plus grande expérience des contrats d’âme, malgré sa pratique évidente de la négociation à haute vitesse, il ne pouvait égaler la combinaison de la force brute de l’âme de Finn, qui égalait la sienne, et la capacité de son fragment d’Erreur à repérer chaque vulnérabilité.
Pour Osmund, c’était comme si sa propre âme le trahissait. Comme si elle voulait volontairement se faire baiser par Finn, l’appelant avec empressement, suppliant d’être exploitée dès que la concentration d’Osmund faiblissait, ne serait-ce que d’un iota.
Finn sentit le moment où Osmund renonça à tenter de lui faire avaler des couleuvres. Le style de négociation de l’homme passa brusquement d’une exploitation agressive à une proposition très honnête et directe.
L’homme devint beaucoup plus calme et conciliant, espérant que Finn serait également honnête maintenant que les choses ne tournaient plus en sa faveur.
La négociation se poursuivit, et cette fois, elle était réellement « équilibrée ». Les deux parties proposèrent des termes raisonnables, tentant sincèrement de parvenir à un accord servant leurs intérêts mutuels.
Ils négocièrent les obligations de formation de Finn :
Osmund apprendrait à Finn à contrôler activement son fragment et à ne pas simplement compter sur une manifestation passive.
La formation se poursuivrait jusqu’à ce que Finn puisse utiliser son fragment de manière fiable dans des situations de combat.
Pas de calendrier précis, mais les deux parties évalueraient honnêtement le moment où une maîtrise suffisante serait atteinte.
Ils négocièrent les obligations de Finn envers les Anaelle :
Finn aiderait à une tentative significative pour les aider à franchir ou à traverser de manière permanente la Mer Stagnante.
La méthode serait déterminée conjointement, en utilisant les capacités de Finn d’une manière qui ne l’obligerait pas à sacrifier sa vie ou à endommager son âme de façon permanente.
Si la tentative s’avérait réellement impossible malgré leurs meilleurs efforts, l’obligation serait considérée comme remplie.
Ils négocièrent également la protection et les ressources. Et c’est là que le fragment d’Erreur de Finn avait été utilisé au maximum. Finn s’était assuré de bien baiser Osmund — mais toujours dans des limites raisonnables :
Osmund protégerait Finn contre les entités hostiles dans le Territoire Sud, y compris l’ingérence des autres porteurs de fragments, jusqu’à risquer des dommages importants pour lui-même, mais pas une mort certaine.
Osmund fournirait un accès gratuit aux connaissances des Anaelle sur les fragments, les Transcendants et ce monde emprisonné.
Finn aurait la liberté d’explorer et d’apprendre, avec seulement des restrictions raisonnables pour sa propre sécurité...