Chapitre 4
Le lendemain matin, le ciel au-dessus de la faculté était lourd et gris. Le sommeil m'avait fui toute la nuit, me laissant avec des yeux cernés et une sensation lancinante de malaise. Chaque fois que je fermais les yeux, l'image du journal d'archives s'imposait à moi, mêlée à ce message reçu à trois heures du matin.
J’ai franchi les portes du hall principal avec la ferme intention d'agir normalement. Après tout, je n'avais aucune preuve directe que Han Seo-yun savait ce que je savais. Peut-être était-elle simplement une victime des actes de son père, une fille qui cherchait désespérément à vivre une vie ordinaire, loin de l'ombre d'un passé qu'elle n'avait pas choisi. C'est ce que je m'efforçais de croire pour préserver ma propre santé mentale.
C'est alors que je l'ai vue, debout près du grand escalier de marbre.
Sous les néons crus du couloir, sa silhouette ressortait avec une clarté presque irréelle. Ses cheveux d'un blanc pur et immaculé, longs et lisses, lui tombaient jusqu'au milieu du dos. Contrairement à la veille, où la pluie les avait assombris sous son parapluie, la lumière directe mettait en valeur cette chevelure singulière qui la distinguait de n'importe quelle autre personne sur ce campus. Ce contraste entre ses cheveux couleur de neige et ses yeux sombres, presque profonds, lui donnait une allure à la fois élégante et étrangement détachée du monde réel.
En m'apercevant, elle s'est arrêtée de feuilleter son carnet. Un sourire très doux est apparu sur ses lèvres, et elle est venue à ma rencontre. Ses cheveux blancs ondulaient légèrement à chacun de ses pas.
— Bonjour, Min-jae, a-t-elle dit d'une voix calme, comme à son habitude. Tu as l'air fatigué. Tu n'as pas bien dormi ?
J'ai ravalé ma salive, sentant ma gorge se nouer malgré moi.
— Bonjour, Seo-yun. Si... enfin, j'ai juste un peu trop révisé cette nuit.
Elle s'est approchée d'un pas. Ses yeux sombres ont balayé mon visage avec une attention minutieuse, comme si elle cherchait à lire à travers ma peau. Elle a levé une main pour ajuster une mèche de ses cheveux blancs qui lui tombait sur la joue, un geste gracieux mais qui, ce matin-là, me paraissait empreint d'une précision troublante.
— Je t'avais dit de te reposer, a-t-elle murmuré, son ton se teintant d'une légère nuance de reproche attentionné. Tu ne prends pas assez soin de toi. Si tu continues ainsi, c'est moi qui vais devoir m'occuper de tes journées.
Ses mots, en apparence anodins, ont résonné d'une façon toute particulière dans mon esprit. S'occuper de mes journées. Était-ce une simple marque d'affection ou une volonté de garder le contrôle ?
— Je vais bien, l'ai-je rassurée en esquissant un sourire forcé. Ne t'inquiète pas.
Au même moment, un groupe d'étudiants est passé à côté de nous. En apercevant Seo-yun et sa chevelure blanche si reconnaissable, leurs conversations se sont arrêtées net. Ils ont accéléré le pas, serrant leurs livres contre eux, évitant soigneusement de croiser son regard. La panique sourde qui émanait d'eux était désormais criante à mes yeux.
Seo-yun n'a pas prêté la moindre attention à leur réaction. Elle est restée fixée sur moi, posant doucement sa main sur mon bras. Ses doigts étaient frais, presque glacés.
— Jun-ho n'est pas venu en cours ce matin, a-t-elle remarqué négligemment, en inclinant légèrement la tête. C'est étrange, non ? Il avait l'air très agité hier soir.
Un frisson glacial a parcouru mon échine. La mention du nom de Jun-ho dans sa bouche m'a fait l'effet d'une décharge électrique.
— Il... il devait avoir un empêchement, ai-je balbutié en essayant de garder une voix neutre. Tu sais comment il est.
— C'est vrai, a répondu Seo-yun sans quitter mon regard des yeux. Mais il ne faudrait pas qu'il te donne de mauvaises idées, ou qu'il te dise des choses inutiles qui pourraient perturber tes études. Tu as un avenir brillant devant toi, Min-jae. Ce serait dommage que des distractions viennent tout gâcher.
Elle a relâché mon bras, mais son regard restait ancré dans le mien. Ses cheveux blancs glissaient sur ses épaules alors qu'elle me contemplait avec ce mélange d'affection et d'intensité froide qui commençait véritablement à me terrifier.
Je me tenais devant elle, partagé entre l'envie irrépressible de m'enfuir et la certitude absolue que si je faisais un seul pas en arrière, elle comprendrait immédiatement que je sais