Chapitre 5
L’après-midi s’est étiré dans une lourdeur insupportable. Les cours d’anatomie théorique se succédaient, mais la voix du professeur ne me parvenait plus que comme un bourdonnement distant. Mon regard revenait constamment vers la place vide à côté de moi, celle où Jun-ho s'asseyait habituellement en griffonnant des dessins absurdes dans la marge de ses cahiers.
Il ne répondait à aucun de mes messages. Mes appels passaient directement sur sa messagerie vocale.
Vers seize heures, alors que la pluie recommençait à frapper violemment contre les hautes vitres de l'amphithéâtre, la porte arrière de la salle s'est ouverte dans un grincement sonore. Deux délégués de promotion sont entrés, le visage décomposé. Ils se sont approchés à pas feutrés du professeur pour lui murmurer quelques mots.
J'ai vu le visage de l'enseignant se déformer, passant de l'exaspération à une pâleur spectaculaire. Il a baissé ses notes, nettoyé ses lunettes d'un geste machinal, puis a relevé la tête vers nous.
Le silence est tombé sur l'amphithéâtre, lourd, suffocant.
— Chers étudiants..., a commencé le professeur, la voix cassée. Je viens de recevoir une nouvelle tragique de la part de l'administration et de la police. Votre camarade... Kim Jun-ho... a été retrouvé sans vie à son domicile en début d'après-midi.
Un hoquet collectif a parcouru la salle. Des murmures étouffés, des cris d'effroi étouffés sous des mains tremblantes ont jailli de toutes parts.
Autour de moi, le monde s'est effondré. Une vague d'angoisse d'une intensité inouïe m'a submergé, me coupant le souffle. Mes mains ont commencé à trembler si fort sur la table que j'ai dû les serrer l'une contre l'autre sous le bureau. Jun-ho. Mon meilleur ami. Mort. Quelques heures à peine après m'avoir mis en garde.
« Elle est dangereuse... Tu dois couper les ponts avec elle... »
Ses derniers mots résonnaient dans mon crâne avec la force d'un marteau piqueur. Les questions se bousculaient, terrifiantes, incontrôlables. Était-ce possible ? Était-ce elle ? Comment aurait-elle pu faire ça en si peu de temps ? Elle avait été présente à la faculté une partie de la matinée, mais que faisait-elle ensuite ?
Une sueur froide coulait le long de mon dos. La suspicion n'était plus une théorie abstraite nourrie par des articles de journaux vieux de quinze ans ; elle devenait une réalité sanglante et tangible.
Au milieu du chaos ambiant, alors que les étudiants éclataient en sanglots et se regroupaient sous le choc, mon regard s'est déplacé vers le rang supérieur.
Seo-yun était assise à sa place habituelle, un rang au-dessus de moi, légèrement sur le côté.
Alors que tout le monde cédait à la panique, elle restait d'une immobilité de statue. Ses longs cheveux blancs retombaient autour de son visage comme une cascade de glace. Elle ne pleurait pas. Elle ne montrait aucun signe de surprise.
Elle s'est lentement tournée vers moi. À travers le tumulte de la pièce, ses yeux sombres sont ancrés dans les miens. Un regard d'une profondeur insondable, dans lequel se lisait une sérénité absolue, presque compatissante.
Elle a penché doucement la tête, ajustant une mèche blanche derrière son oreille, avant de me dévier un minuscule signe de tête. Un geste qui semblait me dire : « Je suis là pour toi. »
À cet instant précis, la terreur pure s'est emparée de chaque fibre de mon être. Je n'étais plus seulement terrifié par ce qu'elle pouvait être. J'étais terrifié à l'idée que le piège s'était refermé, et que j'étais désormais totalement seul avec elle.