Chapitre 91
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TN : Très bien ! Après avoir lu vos commentaires et y avoir réfléchi, je vais garder les crochets. Aucune raison de les supprimer si certains d'entre vous en ont besoin. Bonne lecture !
Hugo saisit fermement le poignet de Lucia et l'entraîna au loin. Ses enjambées couvraient une telle distance que, bien qu'il marchât seulement d'un pas rapide, Lucia dut trottiner pour réussir à le suivre.
« Hugh. Est-il arrivé quelque chose ? Pourquoi es-tu si… »
… contrarié, était ce qu'elle s'apprêtait à dire. Il s'arrêta brusquement et l'attira vers lui pour l'embrasser. Ils se trouvaient dans le jardin, un espace ouvert de tous côtés, et il était impossible de savoir si quelqu'un allait surgir.
Lucia, alarmée, tenta de le repousser, mais il resserra sa prise sur son menton. Il embrassa ses lèvres avec rudesse, les faisant gonfler et picoter. Sa langue brûlante envahit sa bouche en un instant, balayant ses dents et explorant les profondeurs de son palais. Sous ce baiser violent qui ne lui laissait même pas le loisir de respirer, Lucia haleta, essoufflée, tout en parvenant à suivre son rythme.
Il se détacha, changea d'angle et leurs lèvres se retrouvèrent, encore et encore. Le baiser, qui se prolongea jusqu'à ce qu'elle manque de souffle, finit par s'achever. Pour conclure, il lécha doucement ses lèvres, ses yeux écarlates rayonnant de désir.
« Je vais renvoyer ton couturier. »
Son désir persistait, alors il déposa plusieurs baisers légers sur ses lèvres.
« Hein ? »
« Qui t'a dit de sortir en étant aussi jolie ? Qu'elle l'ait fait avec négligence, passe encore ! »
Celui qui s'était rendu personnellement dans une boutique pour exiger un couturier hors de prix se plaignait désormais. Lucia trouvait son entêtement déraisonnable, mais elle était heureuse qu'il la trouve belle, alors elle lui lança un regard en coin gracieux.
Lorsqu'elle s'était vue dans le miroir avant de sortir, elle s'était trouvée plutôt ravissante. Recevoir pour la première fois de sa vie la cour agressive d'un homme, et entendre son mari lui dire qu'elle était belle, avait renforcé sa confiance en elle.
« Ne fais pas ça. Antoine a travaillé très dur ce matin. Et c'est toi qui as dit que ma tenue était une question de prestige familial. »
Hugo se moquait bien du prestige. Il voulait simplement lui acheter une robe. Bien qu'il ne voulût pas qu'elle se promène en haillons, il ne voulait pas non plus qu'elle sorte en étant si jolie. Il était perdu dans ses contradictions.
« De plus, comment pourrions-nous partir ainsi ? Ce serait impoli envers Sa Majesté la Reine. » (Lucia)
« Est-ce si important dans cette situation ? »
« Quelle situation est "cette situation" ? »
« Oh, je ne sais pas... ce type qui te tournait autour ! »
« ... Oui ? »
Lucia éclata de rire en le voyant fulminer.
« Ce n'est pas ce que tu crois. Il a simplement ramassé mon chapeau qui était tombé par terre. »
Lucia n'était pas sotte, elle savait très bien ce qui s'était passé. Mais elle n'avait aucun besoin de se vanter auprès de lui qu'un homme l'avait invitée à sortir. Elle ne voulait pas qu'il se méprenne et pense qu'elle avait entaché l'honneur du Duc par une conduite légère.
« Qu'est-ce que tu racontes ? J'ai tout entendu. C'était la technique classique pour draguer une femme. » (Hugo)
Lucia lui lança un regard prude et fit un son de gorge : « Hmmm ».
« J'imagine que tu t'y connais, puisque tu as plus d'expérience. »
Pourquoi la conversation avait-elle dévié sur ce terrain ? Hugo ferma la bouche. Dans des moments pareils, il aurait voulu donner une bonne correction à son ancien lui pour l'avoir rendu incapable de répondre.
« Même si la situation précédente ressemblait à celle d'un homme courtisant une femme... » (Lucia)
Ce n'était pas « comme si », c'était exactement ça ! (Hugo)
« ... cela ne mène à rien, puisque je n'avais pas cela en tête. » (Lucia)
La colère montante de Hugo finit par s'apaiser. Sa réaction extrêmement calme le soulagea.
« Pourquoi as-tu réagi avec autant de sensibilité ? Ne t'inquiète pas. Je ne ferai rien qui puisse nuire à l'honneur du Duché. » (Lucia)
« ... Ce n'est pas ça. »
L'expression de Lucia devint étrange. Avant qu'elle ne puisse réfléchir davantage à ses paroles, elle commença à observer les environs et son esprit s'évada. Son regard se fixa un peu plus loin, au-delà de lui.
Hugo tourna la tête dans la direction de son regard. Comme il l'avait entraînée sans réfléchir pour l'éloigner de ce bâtard, il n'avait pas fait attention à l'endroit où ils se trouvaient. Ils étaient au milieu d'une section de la roseraie remplie de roses jaunes.
Juste là, de tous les endroits possibles. L'expression de Hugo se crispa. Il n'avait déjà pas apprécié d'apprendre qu'elle se trouvait au Palais des Roses.
Dans le Nord, Lucia avait échoué à créer une roseraie. Jerome avait tout fait pour l'en empêcher. Il avait diligemment avancé raison sur raison : que son maître détestait les roses, ou n'importe quelle autre absurdité qui lui passait par la tête. Quelque chose ne collait pas, mais les efforts de Jerome étaient si pathétiques que Lucia avait décidé de renoncer à son projet.
Cependant, en voyant l'expression de Hugo, il semblait qu'il détestait vraiment les roses. Lucia fit comme si elle n'avait rien remarqué et changea de sujet.
« Sa Majesté la Reine prépare des rafraîchissements. As-tu le temps de nous rejoindre ? »
« ... Pour le thé ? »
Hugo n'avait pas le temps. Il devait partir car la réunion allait bientôt commencer. Cependant, en y réfléchissant, David ne serait-il pas là, lui aussi ? Si ce bâtard devait être présent, il se devait de protéger sa position.
« Mm. Très bien. » (Hugo)
Tous deux se mirent en marche pour quitter le jardin. Hugo voulait échapper à ces maudites roses aussi vite que possible. À cet instant, il en avait par-dessus la tête. Il n'aurait jamais cru éprouver une émotion aussi intense envers des fleurs.
La question de David pesait constamment sur l'esprit de Lucia. C'était encore une affaire lointaine, et nul ne pouvait savoir si la rébellion réussirait, mais quoi qu'il en soit, il avait échoué et était mort.
Mais Lucia craignait que la rébellion de David n'ait un léger impact négatif sur Hugo.
Que pouvait-elle lui dire ? Qu'elle l'avait vu en rêve ? Ce n'était pas quelque chose qui arriverait immédiatement. Mais elle voulait qu'il se méfie un peu de David. Elle ne pensait pas qu'il fût du genre imprudent à ignorer les gens autour de lui.
Cependant, d'après ce qu'elle avait vu plus tôt, son attitude envers David semblait trop dédaigneuse. Lucia regarda autour d'elle. Après avoir confirmé que personne n'était là, elle baissa la voix.
« Hugh. C'est une question vraiment inutile, mais s'il te plaît, écoute-la et oublie-la ensuite. Existe-t-il une possibilité que la Maison ducale de Ramis commette une trahison ? »
« ... Une trahison ? »
C'était une question dangereuse. Ce n'était pas un mot à prononcer à la légère. Qui plus est, dans le palais.
« J'ai été... imprudente, n'est-ce pas ? »
Si quelqu'un d'autre avait posé cette question, Hugo l'aurait totalement ignorée. Il se serait méfié de leurs intentions et les aurait considérés comme une cible à surveiller. Mais face à la question de son épouse, il y réfléchit sérieusement, sans la moindre réserve.
Hugo se remémora le Duc de Ramis. Une telle chose ne faisait pas partie du caractère du vieil homme. C'était un politicien rusé qui s'adressait régulièrement à Hugo avec déférence, bien que ce dernier fût beaucoup plus jeune. Kwiz était sélectif dans ses choix. Il ne gardait pas le Duc de Ramis près de lui simplement parce que l'homme était son beau-père.
« C'est un proche conseiller du roi, et sur ses trois petits-enfants, l'un deviendra roi. Il n'a aucune raison de saccager son propre parterre de fleurs. » (Hugo)
« Je ne parle pas du présent. Hum... je veux dire, dans un futur lointain, quand le Comte Ramis que nous avons vu tout à l'heure deviendra Duc. »
« ... »
Après que David soit devenu Duc. En pensant à cette époque, Hugo ne pouvait garantir que les choses resteraient telles quelles. Pour l'instant, l'homme agissait comme un jeune premier immature, mais avec les années, il vieillirait et se transformerait en un politicien habile et intrigant. Hugo savait aussi que l'homme se constituait un groupe de partisans. Si cet homme devenait Duc et gagnait en puissance, puis tentait de se soulever avec cette force...
« Il mourra de mes mains avant de pouvoir se rebeller. »
Il avait été négligent et n'avait pas étouffé les braises. Il avait laissé faire, par égard pour le Duc de Ramis et le roi. Comme l'homme était si ridicule, Hugo le méprisait.
Cependant, après l'avoir écoutée, il réalisa que ce n'était pas quelque chose à prendre à la légère. L'homme était le fils aîné du Duc de Ramis et hériterait du titre. Hugo ne pouvait garantir combien de temps le vieux Duc pourrait conserver ce titre. Il classa David Ramis comme une cible à surveiller dans un coin de sa tête.
« Pourquoi es-tu curieuse à ce sujet ? » (Hugo)
« Si c'est délicat, tu n'es pas obligé de répondre. C'est juste que tout à l'heure, son regard sur toi était un peu... »
« Tu t'inquiètes ? Pour moi ? »
« Est-ce une inquiétude inutile ? »
« Pas du tout. »
Hugo souleva la main qu'il tenait et embrassa le dos de celle-ci.
« Je suis heureux que tu t'inquiètes pour moi, mais tu n'as pas à le faire. Je m'occuperai de tout. »
Comme toujours, il débordait de confiance. Lucia rit silencieusement. Avec cet homme, peu importe la crise qui surviendrait, il la surmonterait. Le sentiment d'être entourée et protégée par un rempart solide était douillet et réconfortant. Sa légère anxiété disparut complètement.
« J'ai entendu dire que tu avais interrogé le majordome au sujet des roses jaunes. » (Hugo)
Bien qu'ils eussent déjà quitté le jardin, l'esprit de Hugo était continuellement troublé par l'abondance de ces roses jaunes et il ne pouvait l'ignorer.
« C'est une affaire qui remonte à quelque temps. J'ai appris par le majordome que tu t'en étais occupé entièrement. »
Lucia sourit et tenta de passer à autre chose. Elle ne voulait pas que les roses jaunes restent le sujet de conversation.
« À l'avenir, ne demande pas ce genre de choses au majordome, demande-moi. » (Hugo)
« Qu'est-ce que "ce genre de choses" ? »
« Tout ce qui te rend curieuse. »
« Ça va t'agacer énormément. »
« Pas du tout. »
« Si tu as du temps pour parler à un autre type, parle-moi plutôt. »
Hugo pensait de manière puérile. Même son fidèle majordome Jerome était devenu « un autre type ». De telles pensées enfantines ne lui étaient jamais venues par le passé, et bien qu'il n'eût pas encore exprimé de telles choses à voix haute, il pensait avec assurance de cette manière.
Lucia sourit doucement. Sa promesse d'essayer d'être un mari digne de confiance n'était pas vaine. Les traces de ses efforts étaient visibles ici et là. Chaque soir, il lui résumait brièvement son emploi du temps du lendemain afin que Lucia puisse savoir, en gros, où il était, ce qu'il faisait et pourquoi il rentrait tard.
Elle ne doutait pas qu'il pût rencontrer une autre femme en secret, mais en connaissant son emploi du temps, elle savait qu'il n'en avait pas le loisir, et son cœur était en paix.