Chapitre 82
<–Histoire supplémentaire – Dans un autre futur – Philip–>
Le jour déclinait rapidement. Philip leva les yeux vers le ciel pour deviner l'heure et estima la distance jusqu'à la montagne qui se dressait un peu plus loin.
Il serait difficile de gravir la montagne aujourd'hui. À moins qu'il ne s'agisse d'une urgence, il valait mieux ne pas escalader une montagne dans l'obscurité.
Philip était un voyageur aguerri doté d'une longue expérience, mais il refusait de prendre le moindre risque. Il dormirait à nouveau dans la rue cette nuit. Une fois habitué à ce mode de vie, préparer son couchage pour la nuit devenait une formalité très rapide.
Il alluma un feu de camp et prit son dîner, composé de rations sèches et d'eau. L'esprit de Philip retourna vers le village qu'il avait quitté aujourd'hui. Tout comme dans les autres endroits, les villageois, naïfs, s'étaient montrés méfiants au début, mais ils lui avaient rapidement ouvert leur cœur.
Il était toujours triste de se défaire des mains qui le retenaient lorsqu'il était temps de partir. Très rarement, il tombait sur des endroits qui lui donnaient envie de s'installer. Cependant, il ne pouvait jamais le supporter bien longtemps et finissait toujours par reprendre sa vie d'errance.
C'était une errance sans destination ni fin connue. Ce n'était pas pour la liberté. Il ne faisait qu'errer sans but. Philip estimait que le karma de sa famille s'était accumulé pour devenir son châtiment.
« Hu-hu... mon attachement est tenace. »
Le visage de la patiente du village, croisée plus tôt, lui revint soudainement en mémoire. La femme semblait âgée, mais elle avait une expression claire et agréable. Philip n'aurait jamais imaginé rencontrer une patiente qui consommait de l'armoise, et encore moins une patiente qui en prenait depuis ses premières règles dans un endroit pareil.
Il avait déjà vu des patientes dont les règles s'étaient interrompues pendant un certain temps après avoir consommé de l'armoise, mais c'était la première fois qu'il rencontrait un cas comme celui de tout à l'heure. Il s'agissait d'une situation où cela n'avait pas été fait intentionnellement, mais de son propre chef. Le monde était vaste, en effet, et des choses inattendues arrivaient constamment.
Philip donna le remède à la femme. Il l'avait entièrement arraché du carnet transmis comme la vision de sa famille. Le remède était de toute façon gravé dans sa mémoire, mais il y avait une raison pour laquelle il s'était donné la peine de l'arracher.
C'était un geste lourd de sens que d'arracher ce dernier vestige d'attachement qui persistait encore en lui. Quoi qu'il en soit, une fois que Philip, cet homme sans famille, serait mort, ces secrets seraient enterrés avec lui pour toujours. Mais même alors, il n'avait pas réussi à s'en défaire ; enfin, à présent, il en était capable.
« Je lui ai même demandé si elle était vierge. Quelle stupidité. »
Philip se tourna en dérision. Il se demandait pourquoi cette question était sortie de sa bouche à ce moment-là. Peu importait désormais que cette femme soit vierge ou non.
Des larmes commencèrent à monter à ses yeux tandis qu’il fixait le feu de camp, le regard vide. À cause de son grand âge, un flot de larmes se mit à couler sur ses joues. Chaque fois qu’il se remémorait soudainement le jeune maître, il ne pouvait supporter la tristesse et l’envie de pleurer.
Même s’il était devenu un homme remarquable, pour Philip, il restait toujours le petit jeune maître. Les souvenirs de lui tenant la petite main de l’enfant pour l’emmener auprès du Duc étaient encore vivaces dans son esprit. Philip se contentait déjà de contempler cette silhouette mature de loin.
Cela faisait déjà plusieurs années que l’homme qui représentait le dernier espoir de Philip avait été enterré dans le sol froid(1). Et depuis lors, le Duc avait abandonné le Nord pour ne plus errer que sur les champs de bataille(2).
Tout était fini. Le cours des choses touchait à sa fin.
« Jeune maître Damian... »
Les épaules de Philip tremblèrent tandis qu’il sanglotait. Tout comme le jour où il avait serré contre lui le cadavre du jeune maître ramené au château en pleurant sans fin ; Philip s’effondra sur le sol et pleura.