Chapitre 74
< — La haute société de la Capitale[1] – > (4)
TN : (๑˃ᴗ˂)ﻭ
Hugo, assis dans la voiture en route vers la résidence ducale, était plongé dans ses pensées, les bras croisés. À voir son expression, il était impossible de deviner ce qui lui traversait l'esprit. Fabian, assis en face de lui, tentait prudemment de jauger l'humeur de son maître.
« Dois-je me renseigner sur l'endroit où se trouve Sir Krotin ? »
Selon le Prince héritier, le chevalier Roy Krotin avait disparu sans un mot et nul ne savait où il était. Insubordination, absence non autorisée et négligence. Si l'on devait inculper Roy pour ces crimes, ce ne serait pas la première fois.
« Pour quelqu'un comme lui, il a tenu bon assez longtemps. »
Fabian ne put s'empêcher d'être entièrement d'accord avec cette affirmation. En vérité, il était stupéfiant que Roy ait tenu plus d'un an sans causer le moindre problème et qu'il ne proteste qu'aujourd'hui.
« Laisse tomber. Il dort probablement quelque part et finira par ramper jusqu'ici plus tard. »
Quand Roy aurait fini de faire l'idiot et se montrerait, Hugo prévoyait de lui donner quelques « conseils » qui se faisaient attendre depuis longtemps. Il était à peu près temps que l'effet de son dernier « médicament » s'estompe.
« Et pour ce qui est de l'escorte, je pense que cela suffit, on peut arrêter maintenant. »
Bien que Kwiz fût toujours prince, le fossé entre son autorité royale actuelle et celle qu'il possédait avant la mort du Roi était immense. Kwiz bénéficiait d'une escorte et d'une garde qui n'avaient rien à envier à celles d'un Roi.
Si quelqu'un devait agir imprudemment contre Kwiz, il serait accusé de trahison et sa famille entière risquerait l'extermination ; par conséquent, personne ne prendrait de risques inconsidérés en ce moment.
« Oui, Votre Grâce. »
« Comme je m'y attendais. Votre Grâce est indulgente avec Roy. »
Si Roy entendait cela, il arguerait frénétiquement qu'il n'y a aucune chance que le Duc soit indulgent avec lui, puisqu'il se fait battre sans ménagement. Pourtant, l'indulgence du Duc était reconnue par tous, sauf par Roy.
Son maître ne traitait personne d'autre comme il traitait Roy. Fabian avait l'impression de savoir pourquoi. Roy était la seule personne qui affrontait le Duc de Taran avec insolence et sans peur. Quand le Duc de Taran était avec Roy, il semblait parfois être un homme ordinaire.
« Chien enragé, hein... quel surnom approprié. »
De nos jours, dans la Capitale, le chevalier Krotin était surnommé le « chien enragé Krotin ». Il fut un temps où Fabian craignait que Roy ne s'attire des ennuis pour son insolence devant le Duc.
Ce type méritait assurément ce nom de chien enragé. Car un chien enragé ne connaît pas la peur.
« Quel est le créateur le plus célèbre de la Capitale ? » (Hugo)
« Il y en a quelques-uns. Par ici... »
Fabian regarda par la fenêtre et évalua grossièrement leur position actuelle.
« L'endroit le plus proche est la boutique de Monsieur Jeffrey ou celle de Madame Antoine. »
Le créateur masculin fut immédiatement exclu des choix d'Hugo.
« Faites pivoter la voiture. Direction la boutique d'Antoine. »
Aussitôt, la voiture changea de direction et se dirigea vers la boutique de Madame Antoine. Antoine était sans conteste l'une des créatrices les plus célèbres de la capitale. Cependant, il était difficile de dire qu'elle était la plus renommée.
Selon le style vestimentaire que l'on préférait, le meilleur créateur différait d'une personne à l'autre. Si Antoine pouvait décrocher une cliente de marque aujourd'hui, c'était d'abord parce qu'elle était une femme, et ensuite parce que sa boutique était la plus proche de la voiture du Duc.
Bien que le Duc de Taran n'ait pas pris rendez-vous à l'avance et qu'il interrompît la fermeture, il fut traité comme un client VVIP et reçu dans le salon privé.
Les boutiques de haute couture étaient très sensibles aux informations concernant l'équilibre des pouvoirs dans le pays. Leurs principales clientes étaient fortunées, ces personnes fortunées étaient principalement des nobles de haut rang, et ces nobles de haut rang étaient principalement des gens au pouvoir.
C'était une période sensible, maintenant que le pouvoir était réorganisé à une telle échelle. Bien qu'il y eût un certain climat d'instabilité, la plupart des gens s'attendaient à ce que le Prince héritier devienne Roi sans faute.
Le fait que le Duc de Taran fût le conseiller le plus proche du nouveau Roi était une chose que quiconque ayant une once de compréhension de l'atmosphère politique actuelle savait. C'était l'émergence d'une puissance avec laquelle personne ne pourrait rivaliser à l'avenir.
Pour le puissant Duc, sa richesse n'était qu'un bonus, mais ce bonus était ce qu'il y avait de plus attirant pour Antoine.
En tant que créatrice très fière et propriétaire de sa propre boutique, Antoine s'efforçait d'imposer son prestige devant ses nobles clientes, mais aujourd'hui, devant le Duc de Taran, elle n'avait pas l'intention de le faire. Elle fut très aimable et accueillit ses invités en personne.
« C'est un honneur de rencontrer votre distinguée personne, Votre Grâce. »
« Je n'aime pas les longs discours, alors je serai bref. »
« Je vous en prie, je vous écoute. »
« J'ai besoin d'une robe pour ma femme. »
Le sujet le plus brûlant de la société, la Duchesse ! Antoine lutta pour contrôler son expression afin d'éviter de révéler son intérêt.
« Votre Grâce est-elle avec vous ? Attend-elle dans la voiture ? »
« J'ai entendu dire que les créateurs pouvaient se déplacer sur commande. »
« Oui, bien sûr, Votre Grâce. Quand souhaiteriez-vous que je passe ? »
« Demain... »
À la réflexion, demain n'était pas possible. Aujourd'hui était le cinquième jour de la règle du « une fois tous les cinq jours ». Peut-être à cause de la fatigue accumulée par le voyage, mais depuis son arrivée dans la capitale, il lui était difficile de satisfaire ses désirs à sa guise.
De plus, hier, il n'était rentré qu'avec un léger retard, mais elle était déjà profondément endormie. Elle avait eu une forte fièvre avant de venir à la capitale, alors Hugo était très attentif à la santé de sa femme.
Il ne voulait pas la réveiller alors qu'elle était fatiguée et plongée dans un sommeil profond, alors il s'était contenté de la serrer dans ses bras pour dormir.
Aujourd'hui, il prévoyait de passer une nuit passionnée avec elle, en rattrapant à la fois aujourd'hui et hier. Si elle se reposait toute la journée de demain, il ne serait pas trop demander à la créatrice de lui rendre visite après-demain.
« Non. Venez plutôt après-demain. »
« Vous voulez dire... dans deux jours ? »
Antoine était une créatrice célèbre. Il y avait des files de personnes attendant d'être essayées pour ses robes. De nos jours, surtout à cause du couronnement imminent, elle était occupée jour et nuit. Son emploi du temps était complet pour un mois.
Même quand elle n'était pas occupée, elle laissait généralement une marge d'au moins une semaine pour fixer une date. La demande soudaine d'un rendez-vous dans deux jours était difficile. Cependant, Antoine ne s'inquiéta que brièvement. Après tout, le client devant elle était une pointure monumentale.
Antoine fit mentalement le calcul et compara la publicité qu'elle gagnerait en voyant la Duchesse porter une robe signée Antoine, face aux désagréments causés par ce changement d'emploi du temps immédiat et peu pratique.
La Duchesse était au centre de toutes les conversations dans les cercles mondains. Elle était partie directement dans le domaine de son mari dès son mariage et personne ne l'avait jamais vue correctement.
Chaque fois que les nobles dames venaient faire des essayages dans la boutique d'Antoine, elles remplissaient ses oreilles de commérages sur la Duchesse. La première apparition de la Duchesse dans les cercles serait certainement un événement d'un grand intérêt.
« Entendu. Je ferai comme vous le souhaitez. »
Antoine répondit avec empressement. Elle avait hâte de rencontrer la fameuse Duchesse, ce qui avait également joué un rôle dans sa réponse.