Chapitre 7
Lucia Chapitre 6
Devrions-nous nous marier ? (4)
traduit par : iseuli
édité par : lili
Lucia laissa Hugo attendre dans le salon de réception, tandis qu'elle retournait dans sa chambre pour se changer.
« Princesse, où sont vos femmes de chambre ? »
« Hum... Voyez-vous... »
Lorsqu'elle marmonna les raisons aux servantes qui la suivaient, leurs visages se décomposèrent. Les femmes de chambre en chef étaient généralement celles chargées de répartir les tâches entre elles. Par conséquent, elles seraient les premières à être punies suite aux événements de la journée.
Pendant qu'elle se changeait, les servantes firent tout leur possible pour prendre soin d'elle. Elles tentaient le tout pour le tout afin d'alléger leur future punition.
Lucia feignit l'ignorance. C'était elles qui avaient choisi de ne pas remplir leurs devoirs. Elle n'avait aucune intention de les dénoncer, mais elle ne comptait pas non plus protester si elles étaient sanctionnées.
Les servantes présentes aujourd'hui n'étaient pas là par inquiétude pour elle. Elles étaient là parce qu'elles craignaient l'invité de marque qui rendait visite. En d'autres termes, elles avaient peur de la princesse qui bénéficiait du soutien d'un puissant Duc.
Dans le salon de réception, Lucia observa le thé servi par les servantes avec des yeux ébahis. Elles avaient donc de telles compétences. Il n'y avait pas de thé dans ce palais, mais elles avaient réussi à s'en procurer et à le préparer si rapidement. Combien de temps s'était-il écoulé depuis la dernière fois qu'elle avait bu un thé servi par les femmes de chambre du palais ?
Il jeta un regard vers les coins de la pièce ; deux servantes se tenaient dans chaque angle. Elles étaient prêtes à exécuter le moindre ordre et étaient là pour éviter qu'une princesse célibataire ne se retrouve seule dans une pièce avec un homme.
« Vous portez-vous bien ? Au vu de votre vigueur tout à l'heure, vous sembliez aller bien. »
Le visage de Lucia s'empourpra à la salutation du Duc.
« Oui, Votre Grâce. Vous portez-vous bien ? J'ai été surprise par votre visite soudaine. »
« Je n'ai fait que suivre votre exemple. »
Il faisait allusion à son action précédente, lorsqu'elle avait soudainement rendu visite au manoir du Duc. Elle était en tort, elle ne pouvait donc rien dire. Cet homme était vraiment rancunier.
« Alors, quand il y a d'autres personnes autour... il me parle formellement. »
Ce n'était pas surprenant, mais elle avait l'impression qu'il se montrait très aimable envers elle. Ce changement soudain de ton l'avait quelque peu choquée.
« J'ai des choses importantes à discuter avec vous, il serait donc préférable que vous remplaciez ces servantes par vos domestiques de confiance. »
« Hein ? Ah... Je n'ai pas de servantes avec moi en ce moment... »
« Sont-elles parties pour une tâche ? Il n'y en a pas une seule ? »
Pour être précise, elle n'avait aucune servante du tout. Cependant, Lucia se contenta d'hocher la tête. Il réfléchit en silence un instant, puis se leva.
« Cela vous dérangerait-il de faire une petite promenade ? »
Lucia jeta un coup d'œil aux deux servantes en attente et se leva également. Le seul endroit où ils pouvaient marcher était le minuscule jardin du palais, mais s'ils s'éloignaient un peu, ils pourraient parler sans être entendus.
« Pourquoi supervisez-vous personnellement les tâches de vos servantes ? Vous êtes-vous prise pour une femme de chambre ? Vous quittez même le palais avec un laissez-passer de servante. »
Dès qu'ils furent seuls, il abandonna toute formalité. Il semblait que son style était de parler familièrement lorsqu'ils étaient en privé. C'était choquant la dernière fois, mais en l'entendant parler ainsi une seconde fois, elle eut le sentiment qu'ils s'étaient un peu rapprochés et cela ne lui déplaisait pas.
« ...Il n'y a personne d'autre pour le faire. »
« Que font les servantes, alors ? »
« Hum... C'est que... Pour être honnête... Je vis ici seule. »
« ...Vous n'avez pas de servantes ? »
« Non. »
« Dans ce palais détaché, vous vivez seule ? »
« Oui. »
« Qu'en est-il de vos repas et du ménage ? Vous occupez-vous de tout cela vous-même ? »
« ...Oui. Ce n'est pas trop fatigant. Je ne m'occupe de personne d'autre, je n'ai qu'à prendre soin de moi, après tout... »
« Pensez-vous que cela ait le moindre sens ? »
Il avait contenu sa voix jusqu'à présent. Il éclata soudain d'un rire tonitruant.
« Depuis quand ? »
« ...Cela fait plusieurs années maintenant. »
« Incroyable. »
C'était donc ce que Fabian voulait dire lorsqu'il avait rapporté qu'elle n'avait aucune autre servante résidant au palais avec elle. Il avait supposé qu'elle avait une personnalité particulière qui faisait fuir les gens.
Bien qu'elle fût de rang inférieur, elle restait de sang royal. Il était inconcevable qu'une personne de descendance royale n'ait pas un seul serviteur. C'était une faute majeure de la part de l'administration. Il était ahurissant qu'ils gèrent si mal le personnel du palais. Si les subordonnés travaillant sous ses ordres accomplissaient leurs devoirs de la sorte, ils seraient exécutés sur-le-champ sans autre forme de procès.
« Quelles choses importantes vouliez-vous discuter avec moi ? »
« Sa Majesté a donné son autorisation pour notre mariage. Lorsque la date exacte sera fixée, je vous en informerai à l'avance. Vous n'aurez pas à attendre plus d'un mois. »
Il se sentait épuisé après une longue matinée à lutter contre l'Empereur pour prendre le dessus. L'Empereur ne s'était jamais soucié de la princesse auparavant, mais durant l'échange, il avait parlé d'elle comme de la plus précieuse fille de son palais royal. L'esprit de l'Empereur était empli d'intentions cupides alors que la guerre des nerfs s'éternisait. Finalement, ils avaient trouvé un compromis sur des termes acceptés par les deux parties.
Elle avait dit que l'Empereur ne se souviendrait pas de son existence. Durant leur discussion, il était clair comme de l'eau de roche que l'Empereur ne savait pas qui elle était. Ses mensonges étaient trop évidents. Hugo l'avait désignée comme « la 16e princesse » du début à la fin, prenant soin de ne pas révéler son nom. En conséquence, l'Empereur avait désigné sa propre fille comme « la 16e princesse » jusqu'au bout, incapable de prononcer son nom une seule fois durant tout l'entretien.
À l'heure qu'il est, l'Empereur devait être occupé à essayer de découvrir l'identité de la « 16e princesse ». Bien qu'en réalité, ce seraient les serviteurs sous ses ordres qui courraient dans le palais comme s'ils avaient le feu aux trousses.
Hugo ne comprenait pas pourquoi, mais il ressentait une grande irritation envers l'Empereur. Il ne l'avait jamais apprécié, mais il n'avait aucune rancœur particulière contre lui non plus. Bien qu'il fût un père, comment avait-il pu être aussi négligent pour qu'une jeune fille seule doive se rendre chez un homme pour demander sa main ? Dans son propre palais, elle devait faire sa lessive et nettoyer de ses propres mains. Elle était clairement victime de discrimination, malgré son identité royale.
Il compatissait un peu à sa détresse, tout en étant d'accord avec la critique acerbe de Kwiz envers l'Empereur : l'Empereur ne savait que répandre sa semence dans le palais.
« ...Vous êtes incroyablement... rapide pour régler les affaires. »
Lucia prit un moment pour assimiler ses paroles. Elle avait pensé qu'il faudrait au moins six mois pour tout finaliser. Cette rapidité était stupéfiante.
« Je vais enquêter sur ce qui s'est passé avec les servantes. »
« Ce n'est pas nécessaire. Même si vous n'agissez pas, quelqu'un finira par être puni. Si Votre Grâce s'en mêle personnellement, tout le monde finira avec une punition plus sévère. Je ne souhaite pas une telle issue. »
« Les personnes qui n'ont pas correctement rempli leurs devoirs doivent être légitimement punies. Vous êtes inutilement tolérante. »
« Vous pouvez le penser, mais j'aimais vivre seule dans ce palais. J'avais un contrôle total sur ma liberté. Au final, vous en avez aussi bénéficié. »
« ...Comment cela ? »
« Ce mariage. N'êtes-vous pas satisfait de notre accord ? Je crois que c'est la raison pour laquelle vous avez pu conclure l'affaire si rapidement. Si j'étais restée tranquillement au palais, je n'aurais jamais pu proposer ce mariage, non plus. »
Elle avait un esprit fort. D'où une telle force de volonté pouvait-elle provenir dans un si petit corps ? Elle semblait être une bonne candidate pour devenir la maîtresse de maison. Hugo commença, hébété, à imaginer son avenir en tant que maîtresse du Duché de Taran.
« Dès que notre mariage sera officiel, je prévois de retourner dans le Nord. Nous y resterons un moment. »
Le territoire du Duc de Taran était situé dans le Nord. C'était une terre vaste et aride, en proie à des guerres incessantes.
« Je ne prévois pas d'organiser de cérémonie de mariage. Qu'en pensez-vous ? »
Sans cérémonie, tout ce qu'ils auraient à faire serait de trouver quelques témoins pour signer le certificat de mariage. Elle ne voulait pas remonter l'allée de l'église en tenant la main de son père. La seule personne qui aurait voulu féliciter Lucia pour son mariage était Norman, mais en raison de son statut de roturière, elle ne pourrait pas y assister. Lucia se moquait bien de la manière dont leur mariage serait réglé.
« Oui, c'est très bien. »
Toute autre femme aurait bondi de colère si son mariage se résumait à signer des documents. Un mariage était quelque chose dont les femmes rêvaient toute leur vie. Cependant, ce n'était pas un mariage ordinaire, car une partie le menait sans vergogne, tandis que l'autre acceptait comme s'il s'agissait d'une affaire triviale.
« Votre Grâce, j'ai une requête. Il s'agit de Norman... l'auteure que vous connaissez. J'ai écrit une lettre simple pour elle. Serait-il possible que vos gens la lui remettent pour moi ? Il n'y a aucune information importante dedans. Vous pouvez lire le contenu si vous le souhaitez. Si nous partons pour le nord, il s'écoulera un certain temps avant que je puisse la contacter à nouveau. Je ne veux pas qu'elle s'inquiète pour moi. »
« C'est entendu. Donnez-moi votre lettre, je la ferai livrer pour vous. »
Un silence étrange s'installa et Hugo détourna le regard tandis que ses sourcils se contractaient. Lucia l'avait fixé avec des yeux débordants d'une gratitude immense, les mains jointes. C'étaient les mêmes yeux qu'il recevait des femmes après leur avoir offert de coûteux colliers de perles. En fait, les yeux de Lucia pétillaient d'une joie encore plus aveuglante.
« Merci, Votre Grâce. Votre Grâce est bien plus attentionnée que je ne le pensais... Je veux dire, vous êtes une personne gracieuse, comme je l'avais pensé au départ. »
Cette femme ne le craignait pas, mais elle l'avait pris pour un méchant sans vergogne. Il semblait très simple de changer son opinion préconçue de lui en tant que vilain pour celle d'un être humain bon.
Il ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou non. Quoi qu'il en soit, il se sentait très étrange en ce moment. Cependant, ce n'était pas un sentiment désagréable.
« Il semble que je n'aurai pas à dépenser trop d'argent. »
Il s'éclaircit légèrement la gorge et prit la parole.
« Vous devrez déménager d'ici. Cet endroit est trop isolé et la sécurité est médiocre. La nouvelle de ma venue va se répandre rapidement. Ceux qui s'intéressent à moi ne vous laisseront pas tranquille. De nombreux invités viendront vous trouver. »
« ...Je vois. »
« Ne vous éloignez pas seule, soyez sage et restez chez vous. N'acceptez pas de rencontrer tous ceux qui veulent vous voir. »
Comment était-il possible pour une personne de parler aussi durement ? Comme si elle était une fille stupide, comme s'il parlait à son subordonné. Plus tôt, Lucia l'avait vu sous un nouveau jour, plus doux, mais maintenant, tous ces sentiments avaient disparu. Tous les points charmants qu'il avait réussi à accumuler étaient retombés dans le négatif.
« C'est étrange... que je ne le déteste pas... »
Était-ce là le charme qui faisait que toutes ces femmes s'accrochaient à lui ? Il était égoïste et impoli, mais il ne semblait pas détestable.
« Oui. Avez-vous d'autres ordres ? »
Il marqua une pause un instant et répondit : « Non », avec un sourire.
Cette femme était définitivement différente. Elle disait toujours ce qu'elle pensait, mais restait consciencieuse lors des moments importants. Pourtant, en même temps, elle n'était pas servile. Il trouvait les gens sans vergogne et fiers désagréables, mais il méprisait ceux qui rampaient en léchant ses bottes. Il était difficile de trouver l'équilibre parfait entre ces deux extrêmes. Elle était une personne satisfaisante pour le contrat.
***
Le Duc retourna à son manoir et se dirigea vers le salon de réception. Jerome et Fabian le suivirent. Hugo retira son manteau, tandis que Jerome le prit et quitta la pièce. Fabian, qui était resté silencieux jusqu'alors, ouvrit soudain la bouche et un flot de paroles s'en échappa.
« Où êtes-vous allé ? Je vous ai dit que vous ne devriez pas partir seul en secret. Est-ce si difficile de nous faire savoir au moins où vous allez ? »
Fabian était la seule personne assez courageuse pour sermonner Hugo. Même les vassaux dont les cheveux avaient blanchi avec l'âge n'avaient pas cette audace. Hugo imaginait souvent trancher la poitrine de ce type pour voir si elle n'était remplie que de tripes(1).
« N'avez-vous pas dit que c'était votre jour de repos aujourd'hui ? »
Fabian respectait ses heures de travail comme s'il s'agissait de la loi. Après avoir travaillé cinq jours, il s'assurait de prendre un jour de congé. Fabian affirmait que sa famille était aussi importante que ses devoirs envers le Duc. Il était la seule personne à pouvoir déclarer cela sans vergogne au visage du Duc.
Malgré cela, Fabian n'hésitait jamais à suivre le Duc dans des guerres durant des mois. Fabian n'était pas un homme sournois ou calculateur par nature. Il ne refusait jamais les tâches importantes, mais s'assurait toujours d'obtenir tous les avantages annexes dans le processus. De cette manière, Fabian et Jerome, bien que frères, étaient des opposés complets.
« Vous n'avez rien dit à propos de quitter la maison hier. Si vous en aviez parlé, je vous aurais assisté. »
« Je suis allé au palais. »
Fabian poussa un soupir. Comment un Duc pouvait-il entrer au palais sans un seul accompagnateur à ses côtés ? Il ne réagissait pas ainsi par peur que des dangers ne surviennent pour le Duc. Il n'existait probablement aucune force sous les cieux capable d'éliminer le Duc par la force physique.
Ce n'était pas le champ de bataille. Même sans épée, cet endroit possédait d'innombrables autres moyens de tuer une personne. Un simple prétexte à un événement pouvait faire boule de neige et devenir un désastre immense.
La famille Taran était à l'origine neutre vis-à-vis de toutes les factions politiques. Mais c'était différent cette fois. C'était la première fois dans l'histoire que la famille Taran décidait de soutenir un camp. Ce n'était pas encore annoncé publiquement, mais s'allier au prince héritier revenait à mettre le pied dans le tourbillon des luttes de pouvoir entre les différentes factions.
Le prince héritier avait de nombreux ennemis. Tout le monde les observait, cherchant la moindre faille pour créer le chaos. Les nobles dotés d'un fort pouvoir politique ne se déplaçaient jamais seuls. Il devait y avoir un témoin autour, au cas où quelque chose arriverait.
Il y avait des moments où le Duc se montrait trop insensible. La personne qui devait courir pour régler tous les problèmes était Fabian. Le Duc ne se souciait pas du tout des circonstances. Après avoir ordonné à Fabian de régler le problème, il ne s'en préoccupait plus. Il n'y avait rien de plus agaçant que de voir le Duc se déplacer seul.
« ...Êtes-vous allé rendre visite au Prince Héritier ? »
« Hmm ? Ah... J'aurais dû le faire puisque c'était sur le chemin. »
« Si vous n'aviez pas besoin de rendre visite au Prince Héritier, quelle était votre raison... ? »
« Je vais me marier. Je viens d'obtenir la permission de Sa Majesté. »
« ... »
Fabian prit de profondes inspirations. Il garda la bouche fermée, car seuls des mots impolis auraient pu en sortir à cet instant.
« Avec cette princesse ? »
« Oui. »
« Quand ? »
« Probablement d'ici un mois. »
Un mois ? Fabian fit de son mieux pour réprimer la colère qui lui chauffait la poitrine.
Durant la guerre, il était son adjudant. Dans la vie quotidienne, il était son aide. Il avait toujours su cela à propos du Duc, mais le Duc le jetait souvent dans une situation aléatoire sans la moindre explication. En d'autres termes, le Duc prenait toutes les décisions, puis il était responsable de faire en sorte que tout se réalise.
« Ne laissez pas cela se répandre dans le Royaume. »
« ...Hein ? »
« Dès que nous aurons terminé les documents nécessaires, nous partirons pour le Nord. »
« Et quand avez-vous décidé cela ? » Fabian était désespéré à l'idée de devoir organiser un déménagement vers le Nord. Heureusement, il avait un mois pour tout régler.
« Il n'y a aucune raison pour que les gens du Duché viennent pour le mariage. Une simple note de mon mariage suffira. »
Il avait décidé qu'aucun de ses vassaux n'avait besoin d'assister au mariage. Fabian pensa aux quelques personnes qui seraient stupéfaites et ressentit de la pitié pour elles.
L'actuel Seigneur et Duc de la famille Taran régnait comme un dictateur. Personne d'autre ne pouvait agir avec autant d'orgueil et d'autosuffisance que le Duc de Taran.
Fabian honorait son Seigneur en tant que Duc, mais en tant qu'être humain, il ne voulait rien avoir à faire avec lui. Le Duc piétinait facilement la vie des gens. On ne devrait même pas espérer quelque chose comme de la considération ou de la bienveillance.
Il ressentait une grande sympathie pour la princesse qui deviendrait l'épouse du Duc. Si l'épouse du Duc espérait quoi que ce soit de ce mariage, elle vivrait une vie très triste.
« N'avions-nous pas une île ? Avec une mine ? »
« ...Parlez-vous de la mine de diamants sur les îles de l'archipel de Saint ? »
« Oui. Préparez cela comme dot. »
« ...Votre Grâce, c'est trop... »
Fabian ne put rester silencieux comme à l'accoutumée. Ce n'était pas seulement extrême, c'était grave. Fabian avait été chargé de l'enquête, il était donc au courant de chaque détail de la situation. C'était une princesse de bas rang dont l'Empereur ne pouvait même pas se souvenir. L'identité de sa mère biologique était ambiguë, et elle n'avait aucun parent.
« J'ai déjà conclu les discussions avec l'Empereur. Nous n'organiserons pas de mariage séparé. Nous réglerons tout avec des documents. »
« ... »
Il était à court de mots. Ce n'était pas une simple facture ; comment le Duc de la nation pouvait-il ne pas organiser de cérémonie de mariage ? Bien qu'elle ne fût pas de naissance royale, elle restait une princesse. Ne serait-ce pas la même chose que de se moquer de la famille royale ? Quoi qu'il en soit, il était tout aussi bouche bée concernant le père qui échangeait sa fille contre une mine de diamants si facilement.
Il n'était pas inhabituel qu'un mariage soit conclu de manière informelle. Parfois, la situation était trop urgente, comme durant les périodes de guerre ; les mariages informels étaient courants. Une pensée traversa l'esprit de Fabian.
« Est-ce pour cela que vous retournez sur notre territoire immédiatement ? »
Le territoire Taran bordait un groupe de barbares très violents. Il n'y avait jamais de moment de répit. Ils avaient toujours l'excuse d'affaires urgentes dans le Royaume.
« Ce serait bien, et nous pourrions aussi bien le faire. »
« ...Se passe-t-il vraiment quelque chose sur notre territoire ? »
Le Duc répondit avec un léger rire. Fabian le comprenait bien. Il ne se passait rien sur le territoire Taran. La raison pour laquelle ils sautaient le mariage était que le Duc trouvait cela trop fastidieux. Un vrai mariage prenait au moins une demi-journée. Il ne voulait absolument pas faire quelque chose d'aussi ennuyeux.
« Je vais vous transmettre quelques éléments à gérer. Je n'aime pas les choses ennuyeuses, alors assurez-vous que les rumeurs ne se propagent pas. »
« Oui, Votre Grâce. »
Fabian se soumit facilement aux décisions de son Seigneur. Il connaissait très bien sa place. Il devait simplement aider à régler les détails des décisions du Duc. Il n'avait pas à assister le Duc dans la prise de ces décisions. Il ne franchissait jamais la ligne tout en travaillant ensemble, c'est pourquoi il avait pu continuer à servir sous les ordres du Duc pendant si longtemps.
« Est-ce... à cause de son fils... ? »
C'était la seule raison pour laquelle le Duc penserait au mariage.
« Quelle princesse pitoyable. »
Il se fit une image mentale d'une princesse solitaire pleurant chaque nuit alors qu'elle était piégée dans le manoir du Duc monstre. Si Jerome savait que Fabian considérait leur Seigneur comme un monstre, il le punirait à mort.
C'était parce que Jerome n'avait jamais vu leur Seigneur en action. S'il voyait le Duc se battre lui-même... Fabian frissonna soudainement alors qu'un froid glacial lui parcourait l'échine. Mais ce n'était pas comme si Fabian souhaitait que Jerome voie un jour ce côté de leur Seigneur. Il espérait que Jerome verrait le Duc de Taran comme rien de plus que leur noble Seigneur.
Combien de temps la princesse pourrait-elle endurer sous cet homme égoïste et sans cœur ? Les femmes étaient des êtres qui vivaient pour l'amour. C'est ce que la femme de Fabian lui avait appris toutes ces années. Elle deviendrait comme une fleur se fanant lentement alors que le Duc continuerait de l'ignorer.
Elle deviendrait probablement alcoolique pour endurer sa solitude. Peut-être essaierait-elle de combler le vide dans son cœur avec des luxes. Il n'y avait qu'une seule chose qui était garantie. Peu importe à quel point l'épouse du Duc changerait ou désespérerait, le Duc ne s'en soucierait pas le moins du monde.
Le jour où le Duc rendit visite à Lucia fut le jour où on lui dit de déménager. Elle fut transférée de son palais détaché vers un beau petit palais situé à l'intérieur du palais central, là où résidaient les personnes de haut rang. Bien que l'endroit fût considéré comme petit, il était plus spacieux que le palais détaché où elle avait vécu pendant toutes ces années.
C'était un petit coin du palais central connu sous le nom de Palais des Roses. L'Empereur avait une grande affection pour cet endroit. Le palais représentait le respect et l'honneur qu'il portait à ses proches. Le petit palais était entouré d'une immense roseraie. À la fin du printemps, toutes sortes de roses de toutes les couleurs pouvaient être vues en pleine floraison. Les roses abondantes répandaient un doux parfum au loin.
Lucia ne pourrait probablement pas voir cette vue. C'était bien dommage, pensa-t-elle.
Sa vie dans le palais intérieur était très confortable. Toutes les femmes de chambre agissaient comme ses bras et ses jambes, et elle se sentait comme une personne extrêmement importante, dont la vie était noyée dans le luxe. Contrairement à son avertissement, les invités ne venaient pas lui rendre visite. Il n'y avait qu'une seule personne qui venait constamment l'importuner.
« S'il vous plaît, dites-leur que je suis malade. »
Aujourd'hui, le Grand Chambellan était là. Lucia était assise à une table sur la terrasse et buvait du thé comme toujours. Peu importe comment on regardait la situation, elle feignait la maladie en ce moment. Le Grand Chambellan était en difficulté.
« Princesse, Sa Majesté ne se sent pas bien et espère que la Princesse pourra venir lui rendre visite. »
« Quel dommage. Veuillez lui transmettre mes salutations. J'espère qu'il retrouvera la santé bientôt. Je me sens malade moi aussi et je suis incapable de bouger. »
« Princesse. »
« Veuillez vous retirer. Ne gaspillons pas notre énergie ici. Vous savez déjà que je n'irai pas là-bas. »
Lucia ne se souciait pas du fait que le Grand Chambellan se ferait remonter les bretelles par l'Empereur. Bien que ce fût trivial, c'était sa propre façon d'exercer sa vengeance.
« Puisque vous ne vous êtes jamais retourné pour me voir, je ne vous chercherai pas non plus. »
Quand l'Empereur avait envoyé des gens vers elle, c'était ce qu'elle avait décidé dans son cœur.
L'Empereur ne voulait pas voir sa fille. La personne qu'il voulait rencontrer était la fiancée du Duc de Taran. Cette position détenait un grand prestige. Bien qu'elle fût une simple 16e princesse, l'Empereur ne pouvait pas la traîner dehors par la force.
Les servantes ne semblaient pas être au courant qu'elle était la fiancée du Duc de Taran encore. Même ainsi, elle était capable de traiter l'Empereur si grossièrement sans que rien ne lui arrive. Les femmes de chambre du palais luttaient toutes pour donner le meilleur d'elles-mêmes afin d'éviter de l'offenser.
C'était risible. Son statut avait changé du jour au lendemain. Elle commença à comprendre pourquoi le Duc était si arrogant. Si quelqu'un était entouré de telles personnes toute sa vie, n'importe qui finirait comme le Duc.
Le temps passa ; personne ne savait que cette fille se marierait le lendemain. Lucia pensa qu'il ne souhaitait pas de rumeurs insensées, alors elle n'en dit pas un mot à personne. Peu importe à quel point les servantes du palais la flattaient, Lucia maintenait ses distances avec elles.
Il était déjà tard dans la nuit, mais elle ne parvenait pas à s'endormir. Elle s'assit près de la fenêtre et contempla la lune dans le ciel nocturne. Son cœur était agité.
Tout ce temps, il n'était pas revenu lui rendre visite. De temps à autre, il envoyait des gens vérifier si elle avait besoin de quelque chose. Elle avait déjà tout ce dont elle avait besoin dans cet endroit, mais une seule fois, elle demanda quelque chose.
« Je ne veux pas rencontrer l'Empereur. S'il vous plaît, protégez-moi de lui. »
Elle avait peur qu'il apparaisse comme témoin lors de leur mariage informel. Elle avait demandé cela il y a deux jours et elle n'avait pas encore reçu de réponse. Cependant, il semblait qu'il avait reçu le message et avait envoyé ses gens pour que cela se produise.
La lune était très brillante aujourd'hui. Elle se sentait un peu pleine de regrets. L'un de ses vœux dans la vie était de vivre une vie heureuse avec son futur mari, entourée de leurs enfants.
« C'est moi qui ai choisi cette voie. »
Elle n'allait rien regretter. Peu importe ce qui se précipitait dans sa direction, elle ne ferait pas une chose pareille que regretter. Elle avait déjà assez regretté dans son rêve.
***
« Serez-vous vraiment comme ça ? »
Kwiz hurla à pleins poumons. L'approche douce et gentille n'avait pas fonctionné, il était donc temps d'utiliser la colère. S'il échouait encore une fois, il essaierait l'approche douce une fois de plus. Ces jours-ci, c'était une répétition de cette situation.
« Tout ce que vous dites est inutile, je m'en vais. »
Hugo buvait calmement son thé tandis que Kwiz continuait de bondir sur son siège.
« Pourquoi maintenant ? Ne savez-vous pas combien de personnes visent ma gorge... ? »
Après qu'Hugo eut informé Kwiz qu'il retournait sur son territoire, il avait agi comme un enfant mendiant. « Vous ne pouvez pas partir comme ça, vous devrez me tuer avant de pouvoir partir, comment pouvez-vous être comme ça ? » Si quelqu'un entendait, il penserait qu'il essayait de courtiser un amant.
Les serviteurs du Prince Héritier étaient embarrassés, mais comme Hugo, ils gardaient une expression vide.
« La famille Taran possède ce territoire dans le Nord depuis des dizaines et des centaines d'années déjà. Juste parce que le Duc prend un congé pour un moment, la terre ne disparaîtra pas. »
« Un propriétaire de magasin qui laisse sa boutique vide aura des ennuis. »
Il avait quitté son territoire trop longtemps à cause de la guerre. S'il voulait se reposer un peu, Kwiz s'accrochait à lui sans le lâcher. Il avait promis d'aider le prince héritier, mais il n'avait aucune pensée de le protéger de chaque ennemi politique. Sa base était dans le nord.
« Alors vous partirez dans deux jours ? »
« Je vous l'ai déjà dit maintes fois. »
« Même quand je vous supplie dans cet état ? »
« S'il vous plaît, arrêtez avec vos pleurs. Juste parce que je ne suis pas ici, cela ne signifie pas que quelque chose vous arrivera. Même si je reste ici, il n'y a rien avec quoi je peux vous aider. »
« Pourquoi pas ? Juste en restant là, les gens se méfieront de moi ! »
« Et cela vous plaît ? Ils devraient se méfier du Prince Héritier. Pourquoi devraient-ils se méfier de moi ? »
« C'est mieux ainsi. Puisque la guerre est terminée, les gens vont commencer à faire officiellement leurs mouvements. Savez-vous combien ils se battent pour les dépouilles de guerre en ce moment ? »
« Les dépouilles de guerre ? »
Hugo rit par le nez.
« Tout est à moi. »
« Oui, tout est à moi. »
« Je vous ai dit que c'était à moi. »
« Tout ce qui appartient au Duc m'appartient. »
Hugo poussa un petit soupir. Son esprit était probablement rempli de rien d'autre que de serpents diaboliques. Mais Hugo ne détestait pas le caractère du prince héritier. C'était mieux que ceux qui étaient trop prudents.
Parmi ceux qui avaient le pouvoir, Kwiz était la première personne à le traiter de la même manière devant et derrière son dos. Jusqu'à présent, il était la seule personne avec une telle personnalité. Ainsi, il avait décidé de s'allier au Prince Héritier.
« Je resterai là-bas pour seulement deux ans. »
« Trop long ! Seulement un an ! »
« Deux ans. Qui sait ce qui arrivera après que le prochain Empereur soit intronisé. La santé de Sa Majesté ne semble pas bonne ces jours-ci. »
« Avec toutes ces maladies chroniques, l'âge de son corps devrait être dans les 80 ans. Il y a quelques jours à peine, il avait une fille à son chevet. Ce vieux gâteux. Il n'a d'énergie que pour de telles choses. »
Le lieutenant du Prince Héritier fit semblant de tousser par embarras. Le Prince Héritier lança un regard noir au lieutenant pour avoir interrompu son bavardage.
Le Prince Héritier désignait toujours l'Empereur comme : ce vieil homme, vieux gâteux, horrible vice-empereur. Peu importe combien de fois ils entendaient cela, ils ne pouvaient jamais s'y habituer. La seule personne qui pouvait écouter avec une expression vide était le Duc de Taran.
« Je vais prendre congé. »
« Pourquoi ne mangez-vous pas avant de partir ? »
« Je suis occupé. »
« Vous ne laissez jamais personne vous retenir. »
« Oh. Je me marie demain. »
Pendant un moment, le silence plana sur la pièce. Le Prince Héritier et tous les autres dans la pièce étaient figés.
« ...Que ferez-vous... ? Duc, que ferez-vous ? »
Un diamant sur un tas de fumier restait un diamant. En tant qu'Empereur, il l'était jusqu'au bout des ongles. L'Empereur avait promis que sa date de mariage ne serait connue de personne. Jusqu'à la fin, même le Prince Héritier n'avait pas été au courant du mariage. Bien que le Prince Héritier parlât mal de l'Empereur, il n'avait jamais pris de mesures pour aller contre lui. S'il agissait de manière imprudente, il ne subirait qu'un retour de bâton.
« J'en ai déjà discuté avec l'Empereur. Le mariage sera célébré de manière informelle, il n'est donc pas nécessaire que vous y assistiez. Oh, au fait, la personne que j'épouse est une princesse. »
« Duc ! »
Le prince héritier cria, mais Hugo s'inclina simplement et quitta la pièce. Une fois qu'Hugo eut quitté la pièce, le comportement de gosse gâté du prince héritier disparut instantanément. Son expression était aussi effrayante que celle d'un démon(3). Il rugit vers son adjudant.
« Que faites-vous ?! Comment se fait-il que le Duc de Taran se marie demain, alors que je n'étais pas au courant jusqu'à ce qu'il me le dise personnellement ? »
« Je m'excuse. »
Le visage de l'adjudant pâlit.
« Dépêchez-vous de découvrir ce qui se passe, bon sang ! »
« Oui ! Votre Altesse ! »
Ses yeux brûlaient de rage alors qu'il fulminait, respirant bruyamment.
« Princesse ? Conneries. Combien de princesses y a-t-il dans cet endroit ? S'il s'intéressait aux princesses, il aurait dû me le dire plus tôt. Je lui aurais volontiers donné ma sœur. »
Quand Hugo l'informa qu'il allait se marier avec une « princesse », il put imaginer ce qui s'était passé.
« ...Ce misérable vieux gâteux. »
Kwiz grinça des dents. L'Empereur semblait distant des affaires mondaines alors qu'il restait confiné dans le palais intérieur, mais derrière des portes closes, il contrôlait tout depuis les ombres sombres. Il imagina le visage suffisant de l'Empereur : « Peu importe ce que tu fais, tu resteras dans la paume de mes mains. »
Kwiz détestait l'Empereur. Il le haïssait jusqu'au plus profond de ses os. Bien que l'Empereur fût conscient de ce fait, il donna quand même à Kwiz la position de Prince Héritier tout en riant moqueusement, comme s'il demandait une bagarre.
« Voyons combien de temps tu pourras rester ainsi. »
Les yeux bleus de Kwiz brûlaient de rage.
(fin)
Notes de bas de page :
(1) : Hugo imaginait souvent trancher la poitrine de ce type pour voir si elle n'était remplie que de tripes. – En coréen, Tripes/Foie/Bravoure s'écrivent de la même manière. Dans le texte coréen, il était dit que sa poitrine n'était remplie que de foie. C'est un jeu de mots sarcastique impliquant que Fabian est stupidement courageux.
(2) : « Famille Taran » – Je ne veux pas gâcher l'histoire. Mais comme nous l'avons déjà vu, Hugo vit pratiquement seul avec des serviteurs dans son manoir. Mais quand même, j'ajoute « famille » pour inclure tous les anciens avant lui.
(3) (L'expression de Kwiz) était aussi effrayante que celle d'un démon : Le texte coréen disait « un démon femelle ». Mais, cela ne se traduit pas très bien. LoL.