Chapitre 66
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La discussion qui suivit fut informelle, mais avec la participation de personnes plus importantes ; à voir les visages des personnes impliquées, on aurait presque cru assister à un conseil des ministres.
Une fois la longue discussion terminée, Hugo se leva et tapota l'épaule de l'homme remarquable qui se tenait sur le côté, faisant mine de ne rien savoir depuis un moment déjà.
« Vous avez travaillé dur. »
L'homme remarquable, Roy, eut un sourire en coin comme pour dire que ce n'était rien de spécial. Après le départ d'Hugo, Kwiz ne put supporter de voir Roy jeter des coups d'œil vers la porte, tel un chien attendant son maître, et il prit la parole.
« Sir Krotin, n'avez-vous vraiment aucun intérêt à devenir mon chevalier ? »
« Aucun. »
Au début, lorsque le Duc de Taran avait annoncé qu'il placerait un chevalier garde du corps à ses côtés, Kwiz avait été quelque peu mécontent du statut roturier de ce dernier.
De plus, il s'agissait d'un homme sans manières et incroyablement impertinent. Si Roy n'avait pas été un proche associé et l'ancien garde du Duc de Taran, Kwiz l'aurait chassé.
Cependant, avec le temps, sa valeur fut mise en lumière. Au cours de l'année écoulée, le nombre de fois où la vie de Kwiz fut sauvée grâce à Sir Krotin était incalculable. Devant Sir Krotin, les assassins qui tentaient de s'échapper étaient capturés et massacrés comme de vulgaires insectes.
Connaissant ses capacités prodigieuses, Kwiz tentait à chaque occasion d'inciter Krotin à devenir son chevalier, mais Krotin ne semblait même pas envisager la chose.
« Quelle en est la raison ? Si vous deveniez mon chevalier, vous pourriez obtenir plus de pouvoir et de rémunération qu'actuellement. Cela ne vous intéresse pas du tout ? »
« Je ne m'en soucie guère. »
« Alors, qu'obtenez-vous du Duc ? Est-ce parce que vous l'admirez en tant que chevalier ? »
« Il y a une raison plus réaliste. Mon Seigneur me permet de me battre en duel. »
« En duel ? N'est-ce pas quelque chose que vous pouvez faire n'importe où ? »
« Ce n'est qu'avec mon Seigneur que je peux me battre à fond sans me soucier de blesser mon adversaire. Je ne peux pas m'amuser autant ailleurs. »
« ...Je vois. »
Kwiz se sentit légèrement agacé. Krotin était extrêmement doué et aucun de ses chevaliers ne pouvait tenir plus d'une douzaine de rounds face à lui. Néanmoins, il était évident que Krotin contrôlait son rythme et ajustait sa force pour correspondre à celle de ses adversaires.
Cela fut un choc pour Kwiz, qui avait toujours été fier d'avoir les meilleurs chevaliers à ses côtés. Mais il finit par admettre que ce n'était pas ses chevaliers qui étaient faibles, mais Krotin qui était terriblement fort.
« Le Gong de Taran est-il à ce point puissant ? »
Kwiz avait vu personnellement le Duc de Taran manier l'épée sur le champ de bataille à maintes reprises. Il savait que c'était impressionnant, mais comme la bataille était si déséquilibrée, tel un tigre au milieu d'un troupeau de moutons, il ne pouvait pas vraiment mesurer l'étendue de la maîtrise du Duc.
« Et maintenant que j'y pense, je n'ai jamais vu le Gong de Taran se battre en duel avec quelqu'un depuis ce jour. »
La seule fois où le Duc de Taran tirait son épée, c'était pour abattre son ennemi. À bien y réfléchir, c'était assez effrayant. Les guerriers aimaient montrer leur force, mais le Duc de Taran ne le faisait jamais, bien qu'il fût un chevalier.
Peut-être était-ce pour cela que, lorsqu'il faisait face au Duc de Taran sans son épée, Kwiz oubliait parfois que le Duc était un chevalier.
« Qui gagne si vous vous battez en duel ? Avez-vous déjà gagné, ne serait-ce qu'une fois ? » (Kwiz)
Roy leva les yeux au ciel et éclata de rire. Ceux qui assistaient à la scène étaient désormais habitués à l'attitude désinvolte et impolie de Roy devant le prince, si bien qu'ils ne manifestèrent aucune réaction extérieure.
« Gagner ? Qui ? Moi ? C'est le but de ma vie. Bien que je ne sache pas si cela sera un jour réalisable. »
« Voulez-vous dire que vous n'avez jamais gagné auparavant ? »
« Honnêtement, mon Seigneur ne se donne pas à fond lors de nos duels. Apparemment, c'est ennuyeux. Il dit qu'il ne voit pas pourquoi il devrait faire des efforts pour quelque chose qu'il ne peut pas tuer. »
« ... »
« Parfois, mon Seigneur ne me laisse même pas dégainer mon épée. Je dois être prudent avant de brandir la lame. »
« ...Pourquoi ? »
« Parce qu'il pourrait être de mauvaise humeur. Dans ce cas-là, bataille ou pas, je me fais juste tabasser. »
« ...Même avec un tel traitement, vous aimez être là-bas ? »
« Cela signifie que je suis l'une des rares personnes en qui mon seigneur a confiance. »
« Se faire tabasser ? »
« C'est la preuve de sa confiance. Mon seigneur préférerait tuer quelqu'un plutôt que de s'embêter à le battre. »
Kwiz n'avait plus rien à ajouter. Quoi qu'il en soit, c'était une récolte inattendue. Le Duc de Taran avait une nature bien plus infecte que ce que l'on racontait.
***
« Gong de Taran ! »
Hugo s'arrêta de marcher et se retourna. Le propriétaire de la voix qui l'appelait s'approcha rapidement de lui.
« Si vous avez un peu de temps, souhaiteriez-vous m'accompagner un instant ? »
Le jeune homme au sourire aimable était le Comte David Ramis. Lorsqu'il atteignit sa majorité en tant que fils aîné du Duc Ramis, il reçut une partie du domaine de son père ainsi que le titre de Comte. Il était également le beau-frère du Prince héritier.
Une fois que Kwiz monterait sur le trône, David était assuré de se retrouver au centre du pouvoir.
David avait le même âge qu'Hugo. Pourtant, une différence énorme existait entre eux. Hugo était un Duc et chef de sa famille, tandis que David n'était rien de plus que l'héritier d'un Duc.
Ainsi, le fait que David appelle Hugo « Gong de Taran » était un acte très impoli. Pour pouvoir interpeller Hugo de la sorte, il fallait au moins être Duc. Et si l'on voulait chipoter, même un Duc devait s'adresser à Hugo avec des titres honorifiques.
Même formellement, la position du Duc de Taran était sujette à un traitement royal. Hugo pouvait voir clair dans le jeu de David.
En apparence, l'homme souriait aimablement, mais intérieurement, il était rempli de rivalité. Un bleu. Hugo ricana intérieurement, mais en surface, son expression demeura taciturne.
« Je ne pense pas que j'y aurais ma place. »
Hugo répondit après avoir brièvement fixé David et ses suiveurs qui lui collaient aux basques comme une traîne. Quoi qu'il en soit, Hugo pensa au visage du Duc Ramis et les traita avec une courtoisie adéquate.
« Ha-ha. De quoi parlez-vous ? Je suis certain que si le Gong est parmi nous, l'occasion n'en sera que plus brillante. »
« Je veux dire que je crains que seul moi ne brille. »
Personne ne pouvait ignorer le sens de cette remarque sarcastique. Les yeux de David s'écarquillèrent de gêne et ses oreilles devinrent rouges.
C'était la première fois qu'il se faisait rejeter aussi ouvertement. Les gens autour de David essayaient toujours de prouver leur loyauté envers lui, car il était en position de devenir le prochain Duc.
« Hahaha, tout comme j'ai entendu dire, vous êtes une personne franche. Accepteriez-vous de partager vos précieux avis avec moi ? »
« Écoutez cela de la bouche de votre père. Si votre père n'a rien à dire, venez me trouver. »
Le Duc de Taran pivota soudainement et commença à s'éloigner, si bien que David ne put le retenir davantage. Il serra les poings face à l'humiliation et ses suiveurs, sentant son humeur, commencèrent à le flatter furtivement. (1)
« J'ai entendu dire qu'il était chevalier, mais quelle impolitesse. »
« Cela aurait été plus préjudiciable s'il était venu à notre réunion. »
David sourit largement.
« Même s'il est issu de la chevalerie, c'est une personne excellente. C'est pourquoi Son Altesse le Prince héritier lui fait tant confiance. » (David)
« Même ainsi, peut-il être comparé à l'Aîné ? L'Aîné n'est-il pas le père de la future Reine de cette nation ? Si l'on regarde plus loin, Monsieur deviendra l'oncle de celui qui montera sur le trône de cette nation. »
David sourit, satisfait de la flatterie de son suiveur.
« En effet. Peu importe à quel point il agit avec arrogance, on ne peut surpasser mon père. Après tout, nous sommes étroitement liés à Son Altesse par le sang. »
Hugo n'en avait absolument rien à faire de David, mais David brûlait de rivalité envers le Duc de Taran. Il y avait beaucoup de nobles avec un statut et une autorité plus élevés que ceux de David. Mais ils étaient tous des anciens, bien avancés en âge.
Par conséquent, il n'y avait aucun concurrent de l'âge de David, à l'exception du Duc de Taran. Et bien que le Duc de Taran eût le même âge que David, il était déjà Duc. Il avait acquis une réputation en balayant le champ de bataille et était très célèbre pour les efforts que le Prince héritier avait déployés pour l'acquérir.
Même son père vantait le Duc de Taran jusqu'aux nues. Son père l'avait averti à plusieurs reprises que le Duc de Taran portait la peau d'un ours, mais qu'en réalité, c'était un renard, et qu'il fallait faire attention à ses paroles et à ses actes en sa présence.
David répondit par l'affirmative, mais ricana intérieurement. Il était très mécontent que, chaque fois que le Duc de Taran apparaissait, l'attention de tous se tournait vers lui. Qu'y avait-il de si extraordinaire à ce qu'il ait balancé son épée sur le champ de bataille à quelques reprises ?
Si David avait vu le Duc de Taran sur le champ de bataille ne serait-ce qu'une fois, il n'aurait pas eu cette pensée, mais tout au long de la dernière guerre, il était resté en sécurité à l'arrière.
« Quoi qu'il en soit, ce n'est qu'un chevalier ignorant. »
David débordait d'une confiance sans fondement.
Coin du traducteur :
1) Ne prenez pas cela au pied de la lettre.
2) Par Aîné, il fait référence au père de David. Par Monsieur, il fait référence à David.