Chapitre 60
< — Le médecin de famille du Duc de Taran — > (4)
TN : Vision = manuel secret.
Hugo détestait qu’elle soit malade. Les gens ouvraient la bouche à tort et à travers pour lui dire que son état n’était pas normal. Tel un perroquet, la seule chose que le médecin Anna répétait était qu’il cherchait un remède. En effet, les compétences médicales du vieil homme semblaient différer de celles des autres.
« Je n’ai aucune intention de rencontrer ce médecin. Non seulement vous n’aimez pas l’idée que je le voie, mais vous ne le souhaitez pas non plus. Ai-je tort ? » (Lucia)
« ...Vous avez raison. »
« Ce médecin vous a-t-il fait du mal par le passé ? Y a-t-il une raison de garder près de vous quelqu’un que vous appréciez si peu ? »
Il existait plusieurs raisons complexes pour lesquelles Hugo maintenait Philip en vie. La plus importante était qu’il lui devait la vie de son frère.
« Je lui dois une vie. Mon frère a survécu à plusieurs reprises grâce à lui. »
Bien sûr, il y avait une raison secondaire. Philip connaissait tous les secrets inavouables de la famille Taran. L’existence de Philip empêchait Hugo d’oublier les ténèbres qu’il portait en lui. Jusqu’au jour où Philip mourrait, Hugo devait vivre avec l’inconfort de sentir le sable sous ses pieds.
Hugo supportait cela comme une punition envers lui-même et une expiation envers son défunt frère. Cependant, quelle que soit la raison, si Philip était un jour jugé dangereux, Hugo n’hésiterait pas à l’éliminer.
Pour l’heure, cependant, le vieil homme n’était à ses yeux qu’un simple médecin. Lorsqu’il ouvrait la bouche, ses discours sur « la lignée » étaient exaspérants, mais il agissait véritablement selon la volonté du défunt Duc, comme sa famille le faisait depuis des générations.
S’agissant de la poursuite de la lignée, tant que Hugo ne coopérait pas, c’était sans issue. Et quant à rencontrer Damian, Hugo avait complètement bloqué cette voie. Finalement, le vieil homme ne faisait que s’accrocher à la vie.
« Je vois. » (Lucia)
Les doutes de Lucia furent dissipés et elle se sentit rassurée. Le bienfaiteur de son rêve n’était pas une mauvaise personne.
« Mais vous avez dit qu’il connaissait le remède. » (Hugo)
« Oui, mais vous ne faites pas confiance à ce médecin. Pourrez-vous lui confier mon traitement ? »
« ... »
Un vieil homme qui n’était rien de plus qu’un simple médecin. Bien qu’Hugo dénigre Philip de la sorte, il se sentait toujours mal à l’aise. Il ne serait pas du tout soulagé de laisser le traitement de sa femme entre les mains de ce vieillard. Mais les compétences médicales de Philip étaient réelles. Le vieil homme n’était pas du genre à prétendre pouvoir soigner quelque chose s’il en était incapable.
« Pour être honnête, je connais le remède. » (Lucia)
« Quoi ? »
« Eh bien, j’ai manqué l’occasion de vous le dire au début. Et après cela, j’étais en colère contre vous parce que vous me disiez de le traiter à tout prix, alors je ne vous ai rien dit. Ce que je veux dire, c’est que je n’ai pas besoin de l’aide du médecin. »
« ... »
Hugo se sentait à la fois soulagé et perplexe. Ses sentiments étaient complexes. Plus il en apprenait sur elle, plus elle lui semblait mystérieuse. Sa femme était douce et délicate. Mais, à des moments inattendus, elle brisait ce moule et le déstabilisait.
« Je ne suis pas malade. Je n’ai aucun problème dans ma vie quotidienne et ma santé est bonne. Je peux me soigner à tout moment et le fait de ne pas le faire est mon propre choix. »
« Est-ce à cause de moi ? Parce que j’ai dit que je ne voulais pas d’enfant... »
« Je comprends votre point de vue. Donc, tout va bien. Nous pouvons prendre notre temps et y réfléchir. Si vous ne le souhaitez pas, je ne le souhaite pas non plus. Mais je ne me soignerai pas sans vous en parler d’abord. »
« Mais... ce n’est pas votre corps le problème. »
Hugo ne pouvait se résoudre à lui dire qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant.
« Si elle l’apprend, elle pourrait me quitter. »
Il avait l’impression de s’enfoncer lentement dans un bourbier sans fond.
« Pourquoi suis-je né avec ce corps ? »
Jusqu’à présent, il avait pensé qu’il était heureux de ne pas pouvoir laisser de descendance. Mais maintenant, il réalisait que c’était une malédiction. Une malédiction qui ne lui permettait pas d’avoir une famille normale avec la femme qu’il aimait, comme les autres pouvaient le faire.
Il se souvint du visage de son frère lui confiant qu’il y avait une femme qu’il voulait épouser. Si son frère savait que son fils était né, serait-il toujours heureux après avoir appris les secrets derrière la naissance de son fils ?
Il le serait. S’il s’agissait de son frère, il accepterait la situation et ne penserait qu’au bonheur futur.
Au contraire, Hugo enviait son frère. Cet homme était tombé amoureux sans savoir qu’il s’agissait de sa demi-sœur et était mort sans jamais le savoir. S’il devait accomplir l’acte écœurant de donner son sang à quelqu’un d’autre, Hugo ne voulait pas d’enfant. Il avait l’impression qu’au moment où il ferait cela, il deviendrait vraiment un monstre.
Il était déjà trop tard pour utiliser cette méthode avec elle de toute façon, mais même s’il le pouvait, il ne le voudrait pas.
« Faites comme vous voulez. » (Hugo)
Son traitement était totalement hors de son contrôle. Hugo ne pouvait pas lui dire de se soigner ou non. Il ne voulait pas lui donner l’espoir de tomber enceinte en lui demandant de se soigner, et il ne voulait pas qu’elle pense qu’il était opposé à avoir des enfants en lui disant de ne pas le faire.
« Venez ici. »
Hugo écarta les bras. Lucia laissa échapper un petit rire et se leva du canapé pour marcher vers lui. Lorsqu’elle fut à sa portée, il l’attira dans son étreinte.
Elle tomba sur ses jambes avec un bruit sourd et Hugo enroula ses bras autour de sa taille, enfouissant sa tête dans sa poitrine généreuse.
« Autre chose ? » (Hugo)
« Non. Ah... il y a eu une lettre de Damian. »
« ... Une lettre arrive chaque jour. »
« Ce n’est pas tous les jours. C’est une ou deux fois par mois. »
Dès que Damian devenait le sujet de la conversation, les yeux de Lucia se mettaient à pétiller. Hugo n’était toujours pas ravi de l’attention excessive qu’elle portait au garçon. Mais avec le temps, il avait appris à comprendre leur lien mère-fils et se montrait plus indulgent.
« Qu’a dit le garçon ? »
« Il a dit qu’il allait bien. »
Lucia commença à l’inonder de détails sur la vie de Damian à l’Académie, qu’elle avait lus dans la lettre. Hugo gloussa en se souvenant du rapport qu’il avait reçu quelque temps auparavant. Il y était écrit que le garçon portait l’écharpe rouge qu’elle lui avait envoyée tous les jours jusqu’à ce que le temps se réchauffe.
« Vous avez dit que lorsque vous avez vu Damian pour la première fois, vous aviez l’impression de me voir, n’est-ce pas ? »
« Oui. C’était comme si je vous voyais enfant. »
Elle, enfant. Quel effet cela ferait-il de voir un petit enfant qui serait le portrait craché de son enfance ? À quoi ressemblerait un enfant sans la trace de son sang maudit, sans cheveux noirs ni yeux rouges ? La poitrine d’Hugo se serra.
Il pouvait lui offrir une abondance de richesses et de pouvoir, mais il ne pouvait pas lui donner d’enfant. Et si cela la blessait plus tard ? Que pourrait-il faire si elle le suppliait d’avoir un enfant ? Hugo avait l’impression d’errer dans un labyrinthe éternel sans issue.
Le coin du traducteur :
* Dirty laundry = secrets inavouables.
* Oh et euh... vous allez adorer/détester la suite...