Chapitre 59
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Dès que Jerome apprit que la réunion était levée, il se rendit dans la salle de conférence. Hugo était assis au bout de la table, en train d'examiner des documents.
Pour les nouveaux venus, l'atmosphère était tendue, mais pour ceux qui vaquaient à leurs occupations quotidiennes, c'était comme toujours. Ils savaient tous que le Duc avait l'habitude de passer en revue le contenu des réunions pendant environ 30 minutes après leur clôture.
« Votre Grâce. » (Jerome)
« Mm. »
Hugo répondit d'un geste de la main, signalant qu'il ne souhaitait pas de thé.
« Fabian est là. »
« Dites-lui d'entrer. »
Quelques instants plus tard, Fabian entra et remit son rapport. Hugo jeta un coup d'œil à Fabian, l'accusa réception d'un signe de tête, puis prit le rapport. Alors qu'il le parcourait, il fronça les sourcils. Pourquoi la Comtesse de Falcon s'intéressait-elle soudainement à la romancière, une connaissance de sa femme ?
« ...C'est quoi ce bordel ? »
Fabian se raidit face à la réaction féroce du Duc.
« Ce n'est pas la première ni la deuxième fois que cela arrive depuis votre arrivée, et vous ne m'apportez ça que maintenant ? »
Fabian déglutit difficilement. S'il ne l'avait pas apporté maintenant, il aurait été dans de beaux draps.
« Je vous présente mes excuses. C'était une erreur de jugement. »
Connaissant le tempérament de son maître, Fabian admit immédiatement sa faute. Il avait été témoin à plusieurs reprises de scènes où d'autres personnes cherchaient des excuses et finissaient par recevoir un objet en plein visage.
Hugo continua de lire le rapport et son expression devint de plus en plus menaçante. Le rapport complémentaire indiquait que la Comtesse de Falcon avait fait vérifier les antécédents de la Princesse Vivian.
Faute de temps, l'enquête était encore en cours pour savoir comment la Comtesse de Falcon avait découvert la relation entre la romancière et la Princesse Vivian.
« Une vérification d'antécédents ? »
En entendant le ton du Duc, chargé de menaces, Fabian fut pris de sueurs froides.
« Qui est responsable des investissements ? Faites-le entrer. »
Un peu plus tard, Ashin entra. Ashin n'était pas exactement le responsable, mais il était en mesure de comprendre le flux des investissements et la comptabilité, il remplaçait donc la personne absente ce jour-là.
« Avons-nous investi dans un marché ou une entreprise appartenant au Comte Falcon ? »
Hugo se souvenait avoir demandé au responsable d'examiner un plan d'affaires qui lui avait été transmis par la Comtesse de Falcon. Si le plan était jugé rentable, le responsable était chargé de décider s'il fallait investir. Normalement, Hugo laissait les questions d'investissement au gestionnaire et, à moins qu'une perte ne soit signalée, il ne s'en mêlait pas.
Ashin parcourut rapidement les documents qu'il avait apportés et trouva le dossier concerné.
« Retirez tous les investissements. Immédiatement. » (Hugo)
« Voulez-vous dire... tout de suite ? Il y a au moins un préavis d'un mois... » (Ashin)
« Tout de suite. Maintenant. »
Hugo fit craquer ses articulations pour insister, et Ashin se redressa.
« Oui, Monsieur. Je m'en occupe immédiatement. »
Après qu'Ashin eut quitté la pièce d'un pas prudent, Hugo donna un ordre au nerveux Fabian.
« Faites passer cet avertissement. Si une telle absurdité se reproduit, la prochaine fois, ce sera la tête de quelqu'un qui tombera. »
Retirer des investissements et proférer des menaces. Pour la première fois, Fabian trouva la Comtesse de Falcon légèrement pitoyable. La Famille Taran investissait à une échelle considérable ; perdre soudainement une telle somme d'argent ébranlerait les affaires du Comte Falcon.
Pourtant, pour une femme avec qui il avait autrefois partagé une intimité, c'était vraiment impitoyable. Le Duc de Taran n'était pas du genre à poursuivre le rendement d'un investissement à moins d'avoir subi une perte, c'était donc la première fois que Fabian voyait le Duc retirer un investissement pour des raisons émotionnelles.
« Devrais-je essayer de m'attirer les bonnes grâces de la Duchesse ? »
Fabian révisa son jugement : le Duc ne s'amusait pas simplement à jouer les jeunes mariés fascinés. Ce n'était pas qu'une simple fascination, c'était plutôt comme si son maître était tombé amoureux de sa femme.
***
Après le dîner, Lucia demanda à Hugo de lui accorder un peu de son temps. Ils se rendirent dans le salon de réception et s'assirent face à face.
« Pendant votre absence, on m'a dit que le médecin du Duc souhaitait me rencontrer. » (Lucia)
L'expression d'Hugo se figea instantanément. Il avait formellement ordonné qu'elle n'apprenne jamais l'existence même de ce vieil homme. C'était la première fois que Jerome ne respectait pas ses ordres.
Sentant le regard de son maître sur lui, Jerome baissa la tête, le visage rigide.
« Ne soyez pas en colère contre lui. C'est mon médecin qui a désobéi à vos ordres. Il semble que mon médecin ait rencontré le vôtre alors qu'il cherchait un remède partout, et lui ait demandé conseil. J'ai appris que vous appeliez mon médecin une fois par semaine pour vous renseigner sur le traitement, alors je pense que la pression sur elle a dû être considérable. »
Lucia ne savait pas qu'il appelait Anna pour s'enquérir du traitement. Elle pensait qu'il l'avait déjà oublié, et le fait qu'il s'en soit constamment soucié la touchait. Mais elle pouvait aussi comprendre quel fardeau mental cela avait dû représenter pour Anna.
« Anna, mon médecin, va démissionner. J'espère que vous ne la punirez pas davantage. »
Lucia avait une haute estime des efforts d'Anna. La femme était allée au-delà de son rôle de médecin traitant et avait fait de son mieux pour soigner Lucia. Elle avait fait tout le travail que Lucia avait accompli dans son rêve. Elle avait trouvé Philip, que Lucia avait miraculeusement rencontré dans son rêve.
Elle avait rencontré le médecin du Duc et, après avoir interagi constamment avec lui, elle avait saisi sa personnalité et ses compétences médicales avant de demander conseil, puis, lorsqu'elle avait reçu le médicament, elle l'avait personnellement testé sur elle-même. Ainsi, le remède avait été trouvé grâce aux efforts d'Anna.
Cependant, Anna avait été imprudente. Heureusement que Lucia savait de quel médicament il s'agissait, sinon elle aurait pris une drogue aux ingrédients inconnus. Peu importait que le médicament soit le vrai remède ou non.
Anna semblait ignorer l'ampleur de son erreur. Si Jerome l'apprenait, il le dirait certainement à son mari, et une fois que son mari serait au courant, la vie d'Anna serait en jeu.
La décision arbitraire d'Anna était née de son attention sincère, alors Lucia ne voulait pas que cette femme soit accusée d'un crime à ce point, et elle décida de garder cette affaire entre elle et Anna.
« Très bien. » (Hugo)
« Mon médecin semblait convaincu que votre médecin connaît le remède. » (Lucia)
« ...Je vois. »
Hugo reconnut que le vieil homme possédait des compétences médicales remarquables. Si c'était lui, il n'était pas surprenant qu'il connaisse le remède.
« Est-ce que ce type a utilisé votre médecin pour essayer de vous rencontrer ? » (Hugo)
Au-delà des compétences médicales de Philip, Hugo ne pouvait pas faire confiance à l'homme lui-même.
« Non. Mon médecin a dit qu'elle avait activement organisé la rencontre. On m'a dit que votre médecin ne voulait pas se révéler jusqu'à la fin. »
Anna avait pris toute la responsabilité sur elle pour couvrir Philip. Elle ne voulait pas impliquer Philip, qui était déjà sous surveillance ; pour Anna, Philip était un mentor qui lui était cher et une personne authentique.
« Jerome. »
Hugo fit un geste des yeux, signalant à Jerome de sortir. Jerome inclina la tête en réponse et quitta la pièce.
« Il y a une raison pour laquelle j'ai pris des mesures pour vous empêcher de rencontrer mon médecin. »
Le vieil homme ne pouvait rien lui faire, et il n'avait aucune raison de lui nuire. Ce que le vieil homme désirait obsessionnellement de la part d'Hugo, c'était une fille, c'est-à-dire une épouse pour Damian, et elle ne pouvait pas avoir d'enfant du sang de Taran.
Hugo s'inquiétait simplement des absurdités que le vieil homme pourrait lui raconter, alors il l'avait tenue à l'écart.
« Ah, oui. Vous ne feriez pas ça sans raison. » (Lucia)
« Si vous voulez le rencontrer, vous pouvez le faire pendant que je suis là. »
S'ils le rencontraient tous les trois ensemble, le vieil homme ne pourrait pas dire de bêtises. Hugo ne voulait plus revoir ce vieil homme, mais s'il connaissait le remède, il n'y avait pas d'autre choix.
Note du traducteur :
*Au cas où : je n'ai pas traduit par erreur Comtesse de Falcon au lieu de Comte de Falcon. L'entreprise appartient bien au défunt (?) Comte Falcon, ou disons qu'elle est sous son nom.
*Mdr pour Fabian.