Chapitre 58
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TN : J'avais prévu de faire « une mise à jour dans 5 minutes pour le vrai chapitre », mais ce sera peut-être pour la prochaine fois <img class="emoji" draggable="false" src="https://s0.wp.com/wp-content/mu-plugins/wpcom-smileys/twemoji/2/svg/1f642.svg" alt="?">
« Bienvenue, Kate. »
Bien que Kate soit venue à l'improviste, Lucia l'accueillit avec une légère étreinte et lui souhaita chaleureusement la bienvenue. Leur amitié était restée intacte.
Malgré le fossé qui les séparait en tant que Duchesse et fille de vassal, leurs personnalités respectives parvenaient à briser ces barrières. Lucia, qui n'imposait jamais son autorité de Duchesse, et Kate, qui était directe et ne profitait jamais de son amitié avec elle, se traitaient simplement d'égal à égal.
« Te sens-tu mieux maintenant ? » demanda Lucia.
« Oui. Je suis complètement rétablie, alors je suis venue te voir. »
Kate était restée cloîtrée chez elle pendant près d'un mois à cause d'une fièvre persistante.
« Je voulais venir te voir, mais... je suis désolée. »
Lucia n'avait pas pu se déplacer car Hugo s'y était catégoriquement opposé. Même lorsqu'elle avait tenté d'expliquer qu'il ne s'agirait que d'une courte visite et qu'elle ne risquait pas d'attraper la fièvre en si peu de temps, il avait fait la sourde oreille. Pire encore, sous prétexte qu'une épidémie de fièvre sévissait, il lui avait totalement interdit de sortir.
« De quoi parles-tu ? Tu as bien fait de ne pas venir. »
Kate craignait par-dessus tout les conséquences si elle avait eu le malheur de transmettre sa maladie à Lucia. Elle ne souhaitait en aucun cas s'attirer les foudres du Duc.
D'un autre côté, Kate brûlait d'envie de parler à Lucia des changements dans l'atmosphère du Nord ces derniers temps. Hormis ses thés deux ou trois fois par mois, la Duchesse n'avait aucune activité officielle, et pourtant, sans le savoir, elle était devenue une figure incontournable des cercles mondains.
Cependant, bien qu'elle fût une figure de proue, elle restait en retrait des projecteurs.
C'était un peu comme la façon dont le Duc de Taran régnait sur le Nord sans jamais se montrer. Lucia recevait au maximum quinze personnes à la fois, et ces thés en petit comité limitaient la perception que le public avait de sa personnalité. Sa présence était pourtant bien plus recherchée au cœur de la haute société du Nord qu'elle ne pouvait l'imaginer.
Kate voyait bien que les cercles du Nord étaient à l'affût de la moindre nouvelle sur la Duchesse ; elle avait supplié sa grand-tante de tenir Lucia informée, mais celle-ci l'avait rabrouée pour sa précipitation.
Madame Michelle lui avait dit fermement que si la Duchesse entendait de tels propos de la bouche d'autrui avant d'avoir pris conscience de sa propre position, elle aurait du mal à jauger correctement son entourage.
« Son Excellence inspecte le domaine ? » demanda Kate.
« Oui. Cela prend généralement quatre à cinq jours, il devrait donc être de retour demain. Comment va Madame Michelle ? »
« Comme toujours. Ses remontrances n'ont fait qu'augmenter. Je suis lasse de l'entendre dire que je devrais au moins ressembler à la moitié de la Duchesse. »
« Tu sais bien qu'elle dit cela sans le penser. Tout le monde sait à quel point tu es belle et charmante, Kate. »
« Je trouve Lucia bien plus charmante. »
« Merci. »
En voyant le sourire de Lucia, qui semblait prendre cela pour une simple politesse, Kate ne chercha pas à insister, même si elle le pensait sincèrement. Si elle le faisait, cela ne serait pris que pour une flatterie.
Chaque fois qu'elle voyait Lucia, elle se sentait étrangement séduite. Lucia n'était pas d'une beauté renversante, mais plus on la regardait, plus on était attiré par elle. Ce n'était pas une beauté luxueuse, mais elle dégageait un parfum qui attirait les gens. Comme une pièce remplie de fleurs : même après que les fleurs ont été retirées, l'image persistait, résonnant dans la mémoire.
« Le temps s'est adouci, alors je pensais aller à la chasse au renard. Viens avec moi. » proposa Kate.
« Est-ce bien raisonnable alors que tu viens tout juste de te rétablir ? »
« Bien sûr, il n'y a aucun problème. Par contre, comme tu n'as pas de renard, tu ne pourras que regarder. »
« L'expérience me suffira amplement. »
Tuuung...
Le son d'un cor retentit.
« Son Excellence doit être de retour. »
À ces mots, Kate commença à se lever, mais Lucia la retint et elle se rassit.
« Tu es mon invitée, alors reste donc. Je m'absente un instant. »
Lucia sortit et Kate, restée seule dans le salon, s'enfonça confortablement dans le canapé. Elle se souvint du visage de Lucia s'illuminant au son du cor et un petit rire lui échappa. C'était une scène adorable.
Aimait-elle son mari à ce point ? En discutant avec Lucia, Kate la voyait souvent se transformer en jeune fille timide dès qu'il était question de son époux. La rumeur selon laquelle le couple ducal entretenait une relation harmonieuse était très répandue, mais les gens restaient sceptiques, faute de l'avoir constaté par eux-mêmes.
Ceux qui avaient vu la Duchesse inclinaient la tête, affirmant prudemment qu'elle n'était pas assez belle pour que le Duc en soit éperdument amoureux. Pourtant, Kate ne pensait pas qu'on puisse comprendre le charme de Lucia après avoir simplement partagé un thé ou deux avec elle. Kate comprenait parfaitement comment le Duc avait pu succomber.
Alors que le thé dans sa tasse devenait tiède, la porte s'ouvrit. Kate tourna la tête et ses yeux s'écarquillèrent. Un homme à la carrure imposante et aux cheveux sombres entra à grands pas, tenant la Duchesse par la main et l'entraînant avec lui. Dès que la Duchesse eut franchi le seuil, il la plaqua contre la porte fermée et commença à l'embrasser.
« Waouh... »
Incapable de détourner le regard face à cette situation inattendue, Kate fixa, hébétée, la démonstration d'affection qui se déroulait sous ses yeux. Le Duc avait reçu son titre avant que Kate ne fasse ses débuts dans le monde, et pendant la guerre, elle n'avait jamais eu l'occasion de voir son visage. Depuis que le Duc s'était marié et était revenu dans le Nord, il n'avait jamais assisté à une réception mondaine, si bien que Kate ne l'avait jamais rencontré en personne.
Cependant, cet homme aux cheveux noirs qui embrassait la Duchesse ne pouvait être que le Duc.
« La relation du couple ducal est plutôt bonne ? »
La rumeur était fausse.
« Je ne pense pas qu'on puisse qualifier cela de juste plutôt bonne. »
Le visage de Kate s'empourpra progressivement. Ce n'était pas un baiser bref et rafraîchissant pour partager la joie des retrouvailles. C'était un baiser empreint d'une passion brûlante et d'un désir explicite de se débarrasser de ses vêtements et d'entremêler leurs corps.
Le canapé sur lequel Kate était assise faisait face à l'entrée, légèrement en diagonale, si bien qu'elle pouvait voir le visage de Lucia appuyé contre la porte. Lorsque ses yeux s'agrandirent, son regard croisa celui de Lucia, et en voyant le visage de cette dernière devenir écarlate, le sien s'enflamma également. Malgré elle, un petit rire lui échappa et elle détourna les yeux.
Lucia avait oublié la présence de Kate un instant, et en croisant son regard, elle fut saisie d'une gêne intense. Elle frappa la poitrine de Hugo aussi fort qu'elle put, et Hugo, sentant cette résistance farouche, retira sa langue de sa bouche. Il aspira ses lèvres, embrassa le coin de sa bouche, puis s'écarta.
« Quoi ? » demanda Hugo.
« Une invitée... Il y a une invitée... »
Ses yeux ambrés étaient remplis d'embarras. En voyant ses cils humides qui semblaient annoncer des larmes, Hugo eut une envie folle de la prendre sur-le-champ.
« Ne peut-on pas le faire ici ? Je ne tiendrai pas jusqu'au soir. »
Il ne l'avait pas eue depuis quelques jours et son corps était en proie à un désir dévorant. Elle aimait la propreté, il était donc rare qu'elle l'autorise à l'avoir sans s'être lavée et préparée au préalable. Elle détestait également tout autre endroit que la chambre.
Toute tentative de renvoyer les domestiques pour essayer dans le couloir ou le jardin se soldait par un refus. Même lorsqu'il travaillait dans son bureau, il ne savait plus combien de fois il avait réprimé l'envie de la porter jusqu'à sa table pour faire ce qu'il voulait d'elle. Il voulait vraiment le faire un jour.
« Une invitée ? »
Hugo répéta ses mots et tourna la tête sur le côté pour découvrir une femme assise sur le canapé, la tête basse. Mais son expression ne changea pas. Sa main, qui tenait la taille de Lucia pour la serrer contre lui, ne bougea pas.
« Lady Milton... » murmura Lucia.
« Ah. »
La fameuse Lady.
Hugo se dirigea vers le canapé, sa main toujours posée sur la taille de Lucia, et Kate se leva précipitamment pour faire une profonde révérence.
« Salutations à Votre Grâce le Duc. Je suis Kate, fille du Comte Milton. »
« Ravi de vous rencontrer, Lady Milton. Il semble que j'aie interrompu votre collation. »
Il déposa un léger baiser sur Lucia.
« Passez un bon moment. »
Il lâcha la taille qu'il tenait et quitta le salon. Il était comme une tempête qui s'était abattue et avait disparu aussi vite qu'elle était venue. Ce qui restait à faire incombait aux personnes présentes.
Lucia ne pouvait pas être aussi effrontée que Hugo et faire comme si de rien n'était. Elle ne pouvait cacher son embarras et resta silencieuse, sirotant son thé froid. Ainsi, elles restèrent assises toutes les deux, sans dire un mot pendant un long moment.
« Tu... tu parlais de chasse. C'est pour quand ? » demanda Lucia.
« Dans... cinq jours. J'espère que tu pourras venir. »
Leur conversation se poursuivit maladroitement et quelque peu hors de propos.