Chapitre 29
< — Couple ducal — > (16)
TN : La traduction littérale de ce nom est Ashin. J'envisage de le changer pour Ashen afin de lui donner une sonorité plus « anglaise », qu'en pensez-vous ? Et un IMMENSE merci à mon deuxième mécène, Tofu !
Il parcourut rapidement les documents et apposa sa signature au bas de chacun d'eux. Ceux qui nécessitaient un examen approfondi furent marqués et mis de côté.
À gauche se trouvaient les dossiers qu'il devait traiter, et à droite, ceux qu'il avait également à traiter, le tout formant une pile imposante.
Peu importait à quel point ses yeux semblaient vouloir se fermer ou combien il massait ses tempes douloureuses, il ne voyait pas le bout de la pile de documents sur sa gauche.
À un moment donné, il jeta sa plume et se renversa en arrière pour se reposer. Bien qu'il fermât les yeux, son esprit était saturé de choses à faire.
Il en avait assez. Il se demanda combien de temps encore il devrait subir cela.
« Peut-être encore dix ans ? En y réfléchissant, quel âge aura ce garçon dans dix ans ? »
Il en aurait dix-huit. À cet âge, il sortirait tout juste de l'Académie. Dans ce cas, ce ne serait pas dans dix ans. Peut-être dans quinze ans ?
Ce garçon n'était pas un enfant stupide ; s'il recevait une éducation pendant quatre ou cinq ans, il deviendrait utile.
« Quinze ans, hein... »
Même ce délai minimum semblait interminable.
« Je dois faire cette corvée pendant encore quinze ans... »
Comme il pleuvait, il regarda par la fenêtre, fixant le ciel sombre. La pluie tombait depuis le matin.
Au début, il ne regardait jamais par la fenêtre, mais il y a trois jours, il avait surpris Lucia en train de se promener dans le jardin sans même aller sur le balcon.
Il ne réalisa pas à quel point son comportement était inhabituel et se contenta de grommeler de ne pas pouvoir la voir à cause de la pluie.
« Si je ne la vois pas maintenant, je ne la verrai pas du tout. »
Il marmonna avec irritation avant de s'interrompre avec un petit rire.
« Tu es pathétique. Pourquoi ne pas simplement aller jeter un œil ? »
Ce n'était pas loin, il lui suffisait de descendre les escaliers et de marcher un peu. À cette heure de la journée, elle se trouvait généralement dans le salon de réception au rez-de-chaussée.
Sa façon de vivre était monotone et simple, mais réglée comme du papier à musique, avec des activités prévues presque à chaque heure.
Elle ne semblait pas vouloir sortir ces derniers temps, si bien qu'il connaissait son emploi du temps mieux que le sien.
« Je fais des choses stupides. »
Il évitait désormais sa femme. Pour être plus précis, il fuyait son propre cœur.
« L'amour ? Quelle absurdité. »
Il le niait continuellement. Son cœur ne devait appartenir qu'à lui-même. Il ne vacillerait jamais pour quelqu'un d'autre.
Malgré une telle confiance en lui, il n'avait pas le courage de la rencontrer. Il avait l'impression que s'il la voyait, tout s'effondrerait en un instant.
Sous prétexte qu'il avait beaucoup de travail, il restait tard dans la nuit dans son bureau, à traiter des documents.
Après quoi, il quittait le bureau pour dormir dans sa propre chambre, celle qu'il n'avait pas utilisée depuis quelques mois.
« Je peux très bien m'en sortir sans elle. »
C'était son excuse pour continuer. Sa rationalité le traitait de perdant et de lâche, mais il l'ignorait.
Les deux premiers jours, tout allait bien.
« C'est ça. Il est hors de question que je me laisse influencer par une femme. »
Il s'était senti exalté, comme un enfant immature. Mais cette confiance ne tarda pas à s'évaporer.
Au fil du temps, son humeur déclina progressivement et le contenu des documents ne parvenait plus à pénétrer son esprit, ralentissant son rythme de travail.
Bien qu'il y consacrât le même temps, son efficacité en baisse allongeait ses heures de travail.
Il était mal à l'aise avec cet état, si différent de ce à quoi il était habitué, et son travail entra dans ce cercle vicieux.
Mais il refusait toujours de l'admettre. Il niait son manque d'elle et persistait dans son entêtement.
Malheureusement, il n'y avait personne autour de lui pour lui tirer les oreilles et lui crier la vérité.
« Votre Grâce. »
Au moment où il entendit cette voix familière venant de l'extérieur, une vague d'agacement monta en lui. Le propriétaire de cette voix lui apportait toujours une montagne de travail.
Et comme prévu, une fois que l'homme entra, ce ne fut pas une vaine impression.
Ashin, l'un des secrétaires du Duc, l'officier administratif, entra et trouva Hugo le fixant férocement, ce qui lui fit dresser les cheveux sur la tête, mais il resta ferme et déposa une pile de documents sur le côté gauche du bureau de Hugo.
Regardant avec dédain Ashin qui s'éloignait furtivement, Hugo parla sèchement.
« Quand sont les vacances de ce garçon ? »
Ashin était confiant dans sa capacité à répondre à n'importe quelle question, en tout temps et en tout lieu, mais il commença à transpirer face à la question inattendue du Duc.
Heureusement pour lui, son esprit était clair et il trouva la réponse sans hésiter.
« ...Je sais qu'il n'a pas de vacances. »
Il n'y avait qu'une seule personne qui pouvait pousser le Duc à parler de vacances. Celui qui avait été désigné comme successeur et le fils unique du Duc, Damian Taran.
Pour être précis, il était l'enfant naturel du Duc, mais à moins de vouloir mourir, personne n'oserait prononcer de tels mots devant lui.
Aucun des vassaux du Duc ne mentionnait Damian en sa présence.
« Ils doutaient encore de la possibilité... »
Ils pensaient tous que les choses pouvaient changer et espéraient ce changement, après tout, le Duc était encore très jeune et venait tout juste de se marier.
Beaucoup ne comprenaient pas que l'enfant naturel devienne l'héritier légitime du Duc.
Cependant, Ashin était convaincu qu'en l'absence d'événement imprévu, le successeur du nom du Duc serait ce jeune seigneur illégitime.
C'était une chose que le Duc avait annoncée en réunissant ses vassaux, et le Duc n'était jamais revenu sur sa parole.
L'annonce de la succession avait provoqué une onde de choc dans toute la région. Si ce scandale n'avait pas pris plus d'ampleur, c'était uniquement parce que les vassaux du Duc avaient su tenir leur langue.
Ils étaient mal à l'aise à l'idée qu'un enfant illégitime puisse devenir leur maître à l'avenir et ne souhaitaient pas ébruiter la nouvelle.
« Bien qu'il ait fait une entrée fracassante dans la société, la relation entre ce père et ce fils est complètement... »
Dès que son fils eut six ans, le Duc l'envoya dans un internat.
Franchement, son entourage avait tenté de l'en dissuader. Ils lui avaient dit que Damian était jeune et que le Duc pourrait peut-être attendre un ou deux ans de plus avant de l'envoyer en pension, mais le Duc s'était contenté de ricaner.
[Jeune ? À six ans, il devrait être capable de survivre même s'il est jeté dans un désert.]
Ils avaient tous été choqués par les standards qu'il imposait à Damian. Mais les mots qui étaient sortis de la bouche du jeune seigneur furent encore plus stupéfiants.
[Le taux de survie d'un internat est sûrement plus élevé que celui d'un désert. Merci pour votre générosité.]
Et ainsi, le jeune maître, d'une maturité déconcertante pour son âge, partit en internat sans la moindre hésitation.
< — Couple ducal — > (16)
TN : Question : Je pars du principe que la plupart d'entre vous lisent sur leur téléphone, alors j'ai activé le thème mobile. Est-ce mieux pour votre expérience de lecture ?
Deux ans passèrent et le Duc ne mentionna pas une seule fois son fils, au point que l'on se demandait s'il en avait réellement un. De même, le jeune seigneur ne prit jamais contact avec sa demeure.
« Je ne serais pas surpris que cela reste ainsi jusqu'à ce qu'il obtienne son diplôme dans dix ans. »
Par ironie du sort, l'indifférence du Duc envers Damian avait neutralisé les forces hostiles et les avait empêchées d'agir précipitamment contre lui.
« Le Duc l'a peut-être fait exprès. »
« Il ne peut pas partir du tout ? » (Hugo)
Ashin chassa rapidement ses pensées parasites.
« Une sortie est possible. »
« Dis-lui de venir, alors. »
« ...Voulez-vous dire maintenant ? Mais le semestre vient de commencer et nous devons les prévenir au moins une semaine à l'avance pour obtenir l'autorisation de sortie... »
« Depuis quand remets-tu mes ordres en question ? »
Si on te donne des ordres, contente-toi de les suivre.
Ashin fut immédiatement envahi par des sueurs froides et son expression se raidit alors qu'il répondait.
« ...Je comprends. Je vais envoyer un message immédiatement. »
« J'ai envoyé quelqu'un dans la capitale pour dire à Fabian de préparer le registre familial et de le rapporter avec lui à son retour. »
« Alors il veut élever le statut du petit seigneur. Si son statut est élevé... personne ne pourra plus émettre la moindre plainte. »
Il avait été annoncé que le petit seigneur deviendrait le successeur du Duc, mais il n'était encore qu'un enfant illégitime.
Mais si son statut légal était élevé, il cesserait d'être un point faible pour le Duc et deviendrait le successeur parfait.
Ceux qui attendaient encore un changement dans le futur devraient abandonner une fois le statut du petit seigneur officialisé.
« La Duchesse a dû accepter son inscription au registre familial. J'ai entendu dire que leur relation conjugale était excellente, mais que se passera-t-il si la Duchesse donne naissance à un enfant ? Si elle accouche d'un fils, cela posera problème... »
« C'est Elliot, Votre Grâce. »
À l'instant même où ces mots furent prononcés, un chevalier d'âge mûr à l'air sévère entra. Le capitaine des chevaliers, Elliot Caliss, présenta ses respects comme il se doit, puis leva le long tube en bambou.
Hugo reçut le tube et en retira le couvercle, révélant la lettre roulée à l'intérieur.
Ashin sentit un frisson lui parcourir l'échine en voyant Hugo lire la lettre, plisser les yeux et esquisser un sourire sinistre.
« Putain, il me fait encore plus peur quand il est comme ça. »*
« Mobilise sept personnes. Je te laisse le soin de répartir les tâches et nous partirons dès qu'ils seront prêts. »
La pluie avait presque cessé, mais le soleil déclinait déjà sur l'après-midi.
C'était différent du départ habituel à l'aube, mais le fidèle chevalier Caliss répondit par quelques mots seulement et se retira.*
« La chasse après tout ce temps, hein. » (Caliss)
« La chasse à l'homme. »
Aux murmures de Hugo, Ashin ajouta ces mots pour lui-même.
« Ouf... les rêves de cette nuit ne seront pas paisibles. »
Ashin avait autrefois suivi le Duc sur le champ de bataille par inadvertance, il y a quelques années, en tant qu'officier administratif, bien qu'il fût resté loin des combats.
De temps à autre, il revoyait des scènes de cette époque qui lui faisaient battre le cœur.
Ses frissons n'étaient pas causés par la vision du carnage. Au contraire, c'était plus facile à supporter que la vue irréelle et vertigineuse du Duc tranchant la gorge de quelqu'un et voyant les têtes voler vers le ciel.
Le Lion noir ? Ashin trouvait ce surnom bien trop édulcoré.
Le Duc de Taran, vêtu d'une armure noire alors qu'il déchirait le champ de bataille, était certes un don du ciel, mais assurément un démon.
En voyant le Duc couvert de sang comme une bête sauvage et riant avec aisance, Ashin avait murmuré quelque chose sans s'en rendre compte.
« Quel fou. »
Il fut surpris par ses propres paroles et s'inquiéta de savoir si quelqu'un l'avait entendu, mais heureusement, son monologue fut étouffé par les cris des soldats ivres de la folie de la guerre.
Ashin n'avait peur de rien au monde. Il ne retenait jamais ce qu'il voulait dire, et ses compétences étaient à la hauteur de sa personnalité téméraire, ce qui faisait fuir ses supérieurs comme ses subordonnés.
Mais, depuis ce jour, Ashin devint un mouton docile devant le Duc de Taran.
Il comprit à quel point le Duc de Taran était terrifiant. Bien sûr, le Duc était publiquement connu pour être un homme effrayant, mais il sentait que le Duc était bien plus terrifiant que ce que l'on racontait.
En dehors du champ de bataille, le Duc portait un masque de bonnes manières et son côté brutal ne transparaissait jamais.
Les gens qui interagissaient avec lui se concentraient uniquement sur le fait qu'il était un jeune duc et un excellent danseur.
C'était pour cela que c'était plus effrayant. Il était terrifiant de constater que la chose sanglante dont il avait été témoin sur le champ de bataille pouvait cacher sa folie et prétendre être un noble classique qui n'avait jamais tenu une épée de sa vie.
« L'ordre du jour sera-t-il prolongé ? »
« Je sais que je dois y aller, mais je crains que cela ne prenne un certain temps. »
« Alors, pendant votre absence, le jeune seigneur pourrait s'en occuper. »
Hugo réfléchit un instant.
Bien que cet enfant fût jeune, il possédait le sang des Taran. Il était difficile de le considérer comme un enfant de huit ans ordinaire.
Ce garçon avait plongé une épée dans le cœur d'un homme dont Hugo avait piégé la cheville, l'achevant sans hésiter.
Il se remémora le passé un instant avant de revenir à la réalité. Ce garçon n'avait jamais été innocent.
Il n'y avait pas encore de folie coulant dans ses veines, mais qui sait quand elle apparaîtrait. Mais pour l'instant, il était du type doux.
Selon les rapports qu'il recevait continuellement, il n'était pas niaisement gentil comme son père, mais il n'avait pas non plus un tempérament cruel.
La première fois que Hugo avait rencontré Damian, s'il n'avait pas vu des yeux semblables à ceux de son frère décédé, il l'aurait tué sur-le-champ.
Peu importe sa douceur, la malveillance ne passerait pas. Comparée à Damian, sa femme était un lapin docile.
Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter à l'idée qu'ils ne soient que tous les deux. Il ne trouvait pas cela étrange, car il s'inquiétait inconsciemment pour elle.
« Pourquoi n'iriez-vous pas le chercher vous-même ? »
« ...Hein ? »
« Assure-toi de l'avertir, à son arrivée, de témoigner le respect dû à sa mère. Si je reviens et que j'entends quoi que ce soit d'étrange... »
« Ah, oui. Je ferai en sorte qu'il n'y ait rien à craindre. »
Peu après le départ d'Ashin, Jerome se précipita dans le bureau après avoir appris que les chevaliers se préparaient à partir.
« Je crois que cela a commencé le lendemain du jour où nous avons appelé le médecin... »
Il ne savait pas ce qui s'était passé entre eux, mais depuis ce jour, leur relation était devenue étrange.
Son maître prenait l'initiative de s'éloigner de Sa Grâce. Dire qu'il était occupé n'était qu'une excuse.
Son maître avait toujours beaucoup de travail, mais jamais au point de ne plus pouvoir manger ou dormir.
Selon les femmes de chambre, ils dormaient également séparément. Chaque fois qu'il voyait Sa Grâce essayer de faire comme si tout allait bien alors qu'elle était désemparée, il sentait son cœur se serrer.
« Ne faites pas ça, maître. »
Pour la première fois, il ressentit de la rébellion envers son maître.
Il réussit à peine à s'empêcher de lui demander pourquoi il partait pour une longue absence sans résoudre cette situation.
Jerome apporta du thé chaud comme d'habitude et son parfum délicat embauma la pièce. Il versa le thé, remplissant la tasse vide.
« Que dois-je faire pour votre repas du soir ? »
« Mmm, inutile de le préparer. Je pars bientôt. »
Hugo leva la tête et porta la tasse de thé à ses lèvres.
« Je pars à la chasse, mais je ne connais pas l'horaire exact. »
« ...Il est déjà tard. Pourquoi ne pas partir demain à l'aube ? »
« Non, je m'apprête à partir et j'ai déjà donné les ordres. »
« Quant à Sa Grâce... »
« Informe-la pour moi. »
« ...Sa Grâce a-t-elle commis une grave erreur ? »
Jerome parla fermement alors que le regard de Hugo se posait sur lui.
« Même si elle a fait une erreur, j'espère que vous pourrez généreusement lui pardonner. Ces derniers jours, Sa Grâce n'a échangé aucun mot avec Votre Grâce. »
« Ce n'est pas quelque chose dont vous avez à débattre. Vous dépassez les bornes. »
« Oui. Je dois dire quelque chose de présomptueux. Sa Grâce est la Duchesse. Elle est différente des autres femmes que vous avez fascinées un temps avant de les jeter. Vous devez la traiter avec considération. »
Hugo fixa Jerome avec des yeux légèrement écarquillés. Observant le regard baissé de Jerome qui persistait avec obstination, Hugo plissa les yeux.
Coin du traducteur :
*Je n'avais jamais entendu ce premier mot auparavant, alors j'ai fait une recherche et tout ce que j'ai pu trouver, c'est que c'est une « profanation vulgaire ». Cela ressemble beaucoup au mot pour « merde » cependant. Au fait, ce livre est tagué « smut » et « mature », donc vous n'aurez aucune censure de ma part.
* La traduction brute dit qu'il répond avec seulement deux mots, mais je n'ai pas pu traduire cette phrase en deux mots seulement. Je veux dire qu'en coréen, c'est bien deux mots, mais l'anglais n'a pas de mots qui signifient une phrase entière.
Et un nouvel objectif sur Patreon pour une sortie supplémentaire ici.