Chapitre 213
Chapitre 213
VIE QUOTIDIENNE DU COUPLE DUCAL (2)
Katherine fut plongée dans ses pensées un instant, puis, soudain, elle s'exclama et se leva.
« Attends une minute. J'ai quelque chose à te donner. »
Katherine s'absenta un moment avant de revenir avec une petite boîte à la main.
« C'est quelque chose que j'ai acheté il y a quelque temps, mais je ne l'ai jamais porté. »
Lucia prit la boîte que Katherine lui tendait et l'ouvrit. À l'intérieur se trouvait un amas de dentelle blanche qui, au premier coup d'œil, ressemblait à de la lingerie.
Lucia pencha la tête, puis elle souleva délicatement le contenu pour voir de quoi il s'agissait. Son visage devint progressivement rouge, et elle lâcha précipitamment l'objet, effrayée, avant de refermer la boîte d'un coup sec.
« Qu... Qu'est-ce que c'est ? »
« Je l'ai acheté pour tenter l'expérience une fois dans ma vie, mais une fois rentrée chez moi après l'achat, j'ai réalisé que ce n'était pas vraiment à mon goût. »
« Tu veux que je porte ça ? Ce genre de chose... »
« Penser que seules les prostituées portent ça est un cliché. Il y a très peu de femmes nobles qui ne possèdent pas de sous-vêtements de ce genre. »
« C'est impossible... »
Il était difficile pour Lucia de croire que la plupart des nobles dames qui aimaient jouer les hautaines possédaient en réalité quelque chose d'aussi indécent.
« Je savais que ça finirait comme ça. »
Katherine claqua la langue. Le fait que Lucia soit mariée depuis plus de dix ans et n'ait jamais vu de lingerie pareille était un problème.
« Petite sœur. Depuis combien d'années es-tu mariée ? L'époque où le feu s'allumait dès que vos regards se croisaient est révolue. Dans une relation, les deux parties doivent faire des efforts. »
« ... Quel rapport avec les efforts ? »
« Bien sûr que c'est lié aux efforts ! Sais-tu ce qu'il y a de plus effrayant dans un mariage ? C'est la lassitude conjugale[1]. Ce genre de chose ne prévient pas. Tu ne sais même pas quand elle arrive. Quand tu t'en rends compte, tu es déjà dans cet état. C'est dans ces moments-là que l'homme trompe sa femme. Son épouse n'est plus une nouveauté, alors son regard se tourne vers une autre femme, plus fraîche. »
« ... »
« C'est pourquoi une stimulation est nécessaire. Montre-lui un charme nouveau et frais. Les hommes sont, à l'origine, des créatures visuelles. »
Katherine fit de son mieux pour persuader Lucia, qui hésitait encore.
« Cette lingerie n'a rien d'anormal ou d'étrange. J'en ai quelques-unes moi-même. Et pour ton information, la créatrice de cette lingerie est Antoine. »
« An... toine ? »
« Je n'aime peut-être pas les robes d'Antoine, mais il y a quelque chose de différent dans la lingerie qu'elle confectionne. Elles sont très populaires, d'ailleurs. »
Lucia n'en avait aucune idée. Antoine n'avait jamais abordé un tel sujet avec elle.
Antoine avait déjà assez de maux de tête en essayant de concevoir des robes qui respectaient les critères de « décence » du Duc de Taran. Elle craignait de dire quelque chose d'inutile à la Duchesse et de se retrouver sur la liste noire du Duc, alors elle n'avait même pas songé à mentionner la lingerie à la Duchesse.
* * *
« Lassitude conjugale ? »
Lucia se sentit étrangement mal à l'aise.
« Maintenant que j'y pense, cela fait déjà des années que nous sommes mariés. »
Il s'était écoulé assez de temps pour que le monde change. Cela faisait déjà un moment que la fraîcheur de ses vingt ans avait disparu. Bientôt, dix autres années passeraient en un clin d'œil, et elle aurait des rides autour des yeux.
Pourtant, même lorsqu'elle imaginait son mari dix ans plus tard, il était toujours aussi splendide. Au contraire, comme il était devenu plus élégant et imposant, les nobles dames s'empressaient de lui jeter des coups d'œil lors des occasions officielles. Pour une raison quelconque, cela l'énervait.
« Il rentre tard très souvent ces derniers temps, aussi. »
Lucia regarda l'espace vide à côté d'elle sur le lit. Il était rentré tard hier également. Bien qu'elle sût que c'était généralement la période la plus chargée de l'année, Lucia lui en voulait, comme s'il était entièrement responsable de ses retours tardifs.
Elle se coucha pour dormir, mais son esprit devint plus alerte et elle eut du mal à respirer. Puis, elle ressentit une pointe de douleur dans le bas-ventre et caressa son estomac. Cela lui parut étrange, alors elle se rendit à la salle de bain et découvrit une tache de sang sur ses sous-vêtements, signifiant que ses règles avaient commencé.
Elle retourna au lit, s'allongea et gloussa. C'était donc probablement pour cela que ses émotions étaient si vives. Après avoir trouvé la cause, son esprit, qui s'était soudainement emporté, s'apaisa. Comme son esprit était tranquille, elle commença rapidement à sombrer dans le sommeil.
Lucia sombra dans un sommeil languissant, puis elle sentit quelque chose et se réveilla. Les mouvements de son mari, alors qu'il s'allongeait à côté d'elle, avaient fait bouger le lit.
« ... Tu viens juste de rentrer... ? »
« ... Tu ne dors pas ? »
« Je dormais, mais... »
Avant qu'elle ne puisse dire qu'elle s'était réveillée à cause de ses mouvements, il se redressa et se pencha sur elle. Lucia regarda distraitement ses baisers sur sa mâchoire et ses mains se glisser sous sa chemise de nuit. Elle cligna des yeux, chassant la somnolence. D'une certaine manière, le voir si excité la fit rire.
Malheureusement, elle n'eut d'autre choix que de dire quelque chose qui allait le décevoir.
« Nous ne pouvons pas. J'ai commencé aujourd'hui. »
« Quoi... »
Il comprit rapidement ce qu'elle voulait dire et fut très déçu. En voyant sa déception manifeste, Lucia gloussa.
« C'est deux jours en avance ce mois-ci, n'est-ce pas ? »
Lucia regarda son mari, qui connaissait mieux son cycle menstruel qu'elle-même.
« Ça peut arriver quelques jours en avance ou en retard. »
« Non. Tu es presque toujours régulière. Demande au médecin de t'examiner. »
« Pourquoi appeler le médecin pour quelque chose comme ça ? »
Comme il insistait, Lucia finit par céder et accepta de voir le médecin le lendemain.
L'humeur de Lucia s'envola et elle fut remplie de bonheur en se blottissant contre la poitrine de son mari, ses bras puissants entourant son dos. Lassitude conjugale ? Il semblait qu'elle n'avait pas encore à s'en soucier.
Hugo eut du mal à s'endormir en écoutant la respiration régulière de sa femme. Il allait falloir du temps pour que son corps échauffé se refroidisse.
« Bon sang. »
Hugo était très agacé par cette chose appelée menstruation, dont chaque femme normale et en bonne santé faisait l'expérience une fois par mois.
Les règles de Lucia avaient commencé environ quatre mois après son accouchement. C'était le signe que tous les effets de l'armoise avaient disparu et qu'elle avait retrouvé un corps normal.
Cependant, Hugo avait l'impression que les choses avaient empiré. À l'approche de ses règles, sa femme se plaignait de maux de ventre et devenait nerveuse. Le pire, c'était qu'il ne pouvait pas l'approcher pendant quatre ou cinq jours par mois. Si l'on ajoutait les jours où il rentrait tard et cette période d'exclusion de cinq jours, cela signifiait qu'il devait vivre dans la solitude plus de dix jours par mois.
Pourquoi ?! Pourquoi une femme doit-elle souffrir de tels symptômes plusieurs jours par mois ?! grommela-t-il intérieurement jusqu'à ce qu'il s'endorme.
* * *
« ... La Duchesse dort. »
Encore aujourd'hui ? À une heure pareille ? Il est encore tôt dans la soirée !
Hugo lança un regard furieux à son innocent majordome.
Il avait attendu quatre jours que les règles de sa femme se terminent, puis le lendemain, il était inévitablement rentré très tard, alors cette journée avait été perdue. De plus, hier comme avant-hier, sa femme dormait déjà quand il rentrait, bien qu'il ne fût pas si tard. Selon le majordome, les dates des mondanités auxquelles sa femme devait assister se chevauchaient, si bien qu'elle s'était déplacée d'un endroit à l'autre toute la journée. Elle devait bouger et respecter son emploi du temps.
« L'emploi du temps de ma femme était chargé aujourd'hui aussi ? »
« Oui, Votre Grâce. Et il semble que cette activité ait causé une accumulation de fatigue ces derniers jours. »
Bon sang ! Hugo fit volte-face. Il était à bout et sur le point d'exploser. Mais malgré cela, en la regardant dormir paisiblement, il ne put se résoudre à la réveiller pour satisfaire son désir.
Note du traducteur :
[1] Lassitude conjugale : Peut aussi être traduit par ennui dans le mariage.
*Je crois... que c'est la première fois que je m'identifie à Hugo. Pour des raisons totalement différentes, cependant XD