Chapitre 214
Chapitre 214
VIE QUOTIDIENNE DU COUPLE DUCAL (3)
N/T : Avertissement : à partir de maintenant, 90 % de cette histoire secondaire est du contenu érotique. Je m'excuse par avance si vous trouvez cela gênant. Comme toujours, j'ai fait de mon mieux pour que la lecture soit la plus fluide possible.
La pile de lettres dans le plateau que Jerome apporta était plus mince que d'habitude. Méfiante, Lucia demanda :
« Jerome, c'est tout ? »
« Oui, Milady. Ce sont celles qui sont arrivées ce matin. »
« Et celles d'hier ? Il n'y en a pas eu hier ? »
« Celles d'hier... »
Jerome fit traîner sa phrase en se remémorant les événements de la veille.
Après avoir reçu une convocation soudaine de son maître, Jerome s'était rendu dans le bureau de ce dernier et avait reçu un ordre.
[Les invitations pour ma femme. Apporte-les-moi toutes.]
Comme aucun des courriers reçus hier n'était une lettre personnelle pour la Duchesse, Jerome n'avait vu aucune raison de s'inquiéter et avait tout apporté au bureau de son maître. En entrant, il avait trouvé son maître debout près de la cheminée flamboyante, bien qu'il ne fît pas si froid.
Son maître avait tendu la main, comme pour lui demander de les lui remettre. D'une certaine manière, Jerome eut l'impression de pouvoir lire le destin de ces lettres et hésita. Une fois qu'il les eut remises, son maître les jeta toutes dans la cheminée sans la moindre hésitation.
Jerome regarda, hébété, les lettres s'enflammer et se transformer en cendres noires. Il resta un moment comme si son âme avait quitté son corps, puis il jeta un coup d'œil à son maître, mais l'expression de ce dernier était si effrayante qu'il se retira sans dire un mot.
« Le Duc les a brûlées. »
« Pardon ? »
Jerome s'éclaircit doucement la gorge et conseilla sa maîtresse.
« Milady, il semble que le Duc soit un peu contrarié. Dernièrement, Milady a pris l'habitude de se coucher avant lui, alors... »
Le visage de Lucia s'empourpra.
Ce mari, vraiment ! Elle se sentait trop embarrassée pour croiser le regard du majordome.
« Milady, il semble que vous ayez eu beaucoup d'engagements à l'extérieur ces derniers jours. Que diriez-vous de vous reposer aujourd'hui ? »
« Les rendez-vous que j'ai déjà pris... »
« Un rendez-vous peut être annulé en cas d'imprévu. »
En tant que majordome de cette maison, il était du devoir de Jerome de préserver la paix du foyer.
« ...Très bien. Je vous laisse en juger. »
« Oui, Milady. »
Lucia resta sans voix devant le comportement si puéril de son mari. Elle rit d'incrédulité à quelques reprises, puis, un peu plus tard, elle gloussa en se disant qu'il était adorable.
« Je suppose qu'un peu de repos ne me fera pas de mal ? »
Alors qu'elle se demandait comment l'apaiser, elle se souvint soudain du cadeau qu'elle avait reçu de Katherine. Elle l'avait accepté, mais s'était sentie trop gênée par la suite pour y jeter un second regard. Elle sortit la boîte qu'elle avait enfouie au fond de son tiroir.
Lucia fixa la boîte, puis en souleva le couvercle avec une extrême précaution. Dès qu'elle vit la lingerie blanche à l'intérieur, elle fronça les sourcils, l'examina attentivement, puis la sortit pour l'observer sous toutes les coutures.
Lucia scruta la pièce pour vérifier qu'elle était bien seule. Prise d'anxiété, elle verrouilla la porte, bien que personne n'oserait entrer sans sa permission. Puis, elle retira tous ses vêtements et se tint devant le miroir, vêtue seulement de cette lingerie indécente.
« Mon Dieu. »
Son visage devint écarlate. Elle ne pouvait supporter d'ouvrir les yeux devant le miroir. Mais, curieusement, les humains ont une grande capacité d'adaptation. Lucia se regarda dans la glace, marmonnant sur l'indécence de la chose, mais après un moment, elle se mit à examiner la coupe du sous-vêtement.
« Je crois que c'est un peu grand. »
C'était un sous-vêtement conçu pour la morphologie de Katherine, il n'était donc pas exactement à la taille de Lucia. Une taille légèrement inférieure conviendrait parfaitement et serait ravissante.
Elle y réfléchit, puis l'enleva et se rhabilla. Elle remit le sous-vêtement dans la boîte et la rangea à nouveau au fond de son tiroir. Puis, elle se prépara à sortir. Sa destination : la boutique d'Antoine.
* * *
En sortant de la salle de bain, Hugo trouva la porte de sa chambre grande ouverte depuis le salon. La porte de sa chambre était toujours fermée, car il n'y allait jamais. D'habitude, lorsqu'il terminait son bain, il se rendait directement du salon à la chambre de sa femme.
Perplexe, Hugo entra dans sa chambre et sentit immédiatement une présence sur le lit. Face à sa femme, enveloppée dans des rouleaux de couverture avec seulement sa tête qui dépassait et un léger sourire aux lèvres, il ne put s'empêcher de sourire à son tour. Il s'approcha immédiatement du lit, s'assit et lissa les cheveux de sa femme, éparpillés sur les draps.
« Et moi qui pensais que tu dormais. »
« Pourquoi es-tu si en retard ? »
Lucia grogna. Il était bien plus en retard que ce qu'il avait annoncé. Elle avait fait semblant de dormir et n'était pas allée l'accueillir. Et pendant qu'il se lavait, elle s'était glissée dans sa chambre.
« J'ai eu un imprévu. »
Ses doigts s'arrêtèrent un instant avant de balayer les mèches rebelles qui tombaient sur son front. La vue du front arrondi de sa femme était si mignonne qu'il sourit sans s'en rendre compte. La voyant étroitement emmitouflée dans la couverture, il demanda :
« As-tu froid ? »
« ...Je crois qu'il fait un peu frais ici. »
« C'est parce que je n'utilise jamais cet endroit. »
Mais c'est ta chambre.
Même si c'était le cas, il ne l'utilisait pas. Parce qu'il dormait dans la chambre de Lucia. En réalisant cela, le visage de Lucia s'empourpra légèrement. Il venait dans sa chambre chaque soir, mais c'était la première fois qu'elle venait dans la sienne.
Devrais-je m'enfuir par honte ? Non, je suis déjà arrivée jusqu'ici, il est trop tard.
Tandis qu'elle livrait une bataille acharnée dans son cœur, il continuait de l'observer.
Il croisa son regard en silence, sans rien dire. Parfois, il semblait être une averse orageuse, et d'autres fois, une mer infinie sans la moindre vague. Rien que de le regarder ainsi lui faisait du bien. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine.
« Je suis allée à la boutique d'Antoine aujourd'hui. »
« Toi ? En personne ? »
« Oui, dans la journée. »
« Quel vent t'a amenée là-bas ? »[1]
« Je... eh bien, j'ai acheté quelque chose qu'on m'a recommandé là-bas... et je voulais te le montrer. »
« Ça a dû te plaire. »
« On m'a dit que ça te plairait. »
« À moi ? »
« Tu veux voir ? »
« Bien sûr. Je reviendrai tôt demain, montre-le-moi à ce moment-là. »
« Non. Je veux dire, maintenant. »
« Maintenant ? »
« Je le porte, tu vois. »
Ses yeux se plissèrent et il jeta un bref coup d'œil à Lucia, enveloppée dans sa couverture comme une chenille.
« Je suis sûr que ta robe va se froisser si tu restes comme ça. »
« ...ce n'est pas une robe. »
« ... »
Il regarda Lucia avec une expression qui rendait impossible de deviner ses pensées. L'herbivore sensible qu'était Lucia sentit instinctivement un danger subtil. Quelque chose ne semblait pas aller. Elle serra la couverture contre elle et recula doucement. Sa main la retint alors qu'elle bougeait, comme pour bloquer son mouvement.
Elle n'avait rien fait de mal et il n'était pas en colère. Mais, d'une certaine manière, Lucia se sentait nerveuse en plongeant son regard dans ses yeux rouges. Lorsqu'il saisit la couverture autour d'elle, un soupir lui échappa malgré elle.
« Tu as dit que tu me le montrerais. » (Hugo)
« Euh... Mmm. Tu... tu pourras voir ça plus tard. » (Lucia)
« Tu n'allais pas me le montrer maintenant ? Tu as dit que ça me plairait. »
« Je n'en suis pas sûre. Elle a fait de grandes promesses sur le fait de me rembourser si ça ne te plaisait pas, alors... »
De plus, Antoine avait ajouté que personne n'avait jamais demandé de remboursement auparavant.
« Quelle grande confiance, hein. Dans ce cas, nous devrions vérifier. »
Lucia agrippa la couverture pour résister alors qu'il tirait dessus. Même ainsi, s'il utilisait assez de force, elle ne pourrait pas gagner, mais il semblait ne pas en avoir l'intention, n'utilisant que la force nécessaire pour que Lucia puisse lutter. Lucia renonça à jouer au chat et à la souris. De toute façon, elle s'était cachée dans sa chambre parce qu'elle avait l'intention de lui montrer, alors cacher son corps maintenant semblait ridicule.
« ...Pousse-toi un peu. Je vais te montrer. »
Une fois qu'il eut écarté son bras, Lucia se dégagea. Elle descendit du lit, toujours enveloppée dans la couverture, et lui tourna le dos. Pendant ce temps, il la dévorait des yeux depuis sa place sur le lit.
Lucia se souvint de ce qu'Antoine avait dit plus tôt.
[L'atmosphère. L'atmosphère est la clé ! Comme si tu essayais de séduire. Tu comprends ?]
Antoine avait ri en disant qu'il suffirait d'agir comme d'habitude, mais Lucia n'avait pas su quoi répondre et s'était contentée de sourire. Elle ne savait pas comment agir comme si elle « essayait de séduire ».
Lucia hésita un instant, puis, dos à lui, elle lâcha la couverture qu'elle tenait. La couverture tomba doucement à ses pieds et elle sentit l'air froid de la chambre. Elle tourna lentement son visage et son corps pour lui faire face, à moitié. Il la fixait, sans le moindre mouvement. Le calme momentané de Lucia s'envola et elle se sentit plutôt embarrassée.
Soudain, il s'approcha d'elle en un éclair, la poussa sur le lit, se hissa sur elle et se jeta sur ses lèvres. Sa langue força ses lèvres et envahit avidement sa bouche, dévastant tout sur son passage. Sa main soutint sa nuque, approfondissant leur baiser.
Lucia ferma les yeux et se perdit dans ce baiser qui caressait chaque recoin de sa bouche. Elle sentit un frisson remonter le long de son dos. Il retira ses lèvres une fraction de seconde avant de les recouvrir à nouveau. Il répéta ce geste encore et encore. Alors qu'elle peinait à reprendre son souffle, Lucia eut l'impression que c'était tout son corps qui était dévoré, et non seulement ses lèvres. Ce n'est que lorsque sa tête se mit à tourner qu'il s'écarta. Alors qu'elle le regardait à travers ses yeux embrumés, Lucia murmura :
« Je crois... que je n'ai pas besoin de remboursement. »
Coin du traducteur :
[1] Quel vent t'a amené là-bas : une expression utilisée quand quelqu'un fait quelque chose d'inattendu.