Chapitre 174
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Lucia reprit son récit. Lorsqu’elle en arriva à la partie où elle commençait à se lier avec un chevalier alors qu’elle tenait son atelier, l’expression de Hugo devint considérablement sombre.
Tandis qu’elle racontait comment elle s’était fait escroquer et avait perdu tout son argent, Lucia jeta un coup d’œil furtif à son visage et constata, non sans surprise, qu’il semblait plutôt calme. Elle fut soulagée de voir qu’il comprenait que cette histoire ne relevait pas de la réalité.
Cependant, intérieurement, Hugo pensait à tout autre chose.
« Alors, il reste un type sur qui je peux passer mes nerfs. »
Il y avait un salaud qui pourrait subir le reste de la colère qu’il avait réservée au Comte Matin. Hugo se dit qu’il devait l’amener, par la douceur, à lui révéler l’identité de cet homme.
Lorsqu’elle eut terminé sa longue histoire, Lucia prit une profonde inspiration et ferma les yeux un instant. Elle avait toujours considéré son rêve comme un secret qu’elle ne pourrait jamais confier à personne. Pour la première fois, elle mettait des mots sur ce qui n’avait été qu’une pensée logée dans son esprit, et ce faisant, elle parvenait une fois de plus à le percevoir comme une autre vie.
Lucia sourit timidement à son mari, qui la dévorait du regard.
« Tu ne te dis pas que cette femme est folle, n’est-ce pas ? »
Hugo fut stupéfait, mais incapable d’expliquer pourquoi, il se contenta de l’enlacer en silence. Il ne prononça aucun mot de réconfort concernant la vie épuisante qu’elle avait vécue. Au contraire, c’était lui qui se sentait apaisé.
Elle l’avait sauvé, contrairement à lui-même dans son rêve. Son autre moi, incapable de la trouver, aurait passé sa vie entière avec le cœur desséché.
« Hugh, j’ai vécu une vie où j’étais ballottée de gauche à droite. Je ne suis pas une princesse qui a grandi confortablement au palais. Est-ce que je te semble différente maintenant ? »
« Tu sais bien que c’est impossible. »
« C’est la même chose pour moi. Peu importe les secrets que tu caches. Tu es toi. »
Hugo laissa échapper un rire léger, tout en continuant de la serrer dans ses bras. De quoi avait-il eu peur, au juste ? Les ténèbres qui l’avaient enchaîné pendant tant d’années s’étaient dissipées d’un simple geste de sa main.
Cette femme svelte dans ses bras possédait une force de caractère qui l’étonnait. Il n’avait jamais compris les gens qui disaient que la volonté d’une femme était parfois plus forte que celle d’un homme. Mais maintenant, il le savait.
« Le problème, c’est Damian. »
« Damian ? »
« Quand cet enfant grandira et trouvera une femme qu’il aime, il ne pourra pas avoir d’enfant de manière normale. Mais comme je connais la méthode, cela devrait bien se passer. Hugh, je t’ai dit que ma maladie avait été guérie parce que j’avais rencontré un médecin itinérant, n’est-ce pas ? Ce médecin était en réalité Sir Philip. »
« ...Quoi ? »
Lucia décrivit le Philip qu’elle avait rencontré dans son rêve.
« Je n’ai pas rencontré Philip personnellement dans la réalité, mais le médecin que j’ai croisé est-il bien Sir Philip ? »
« ...Je pense que oui. »
« Tu sais, j’y ai réfléchi et je crois que l’armoise est la clé pour assurer la lignée de la famille Taran. »
« ...Tu as... raison. »
Hugo murmura ces mots, l’esprit ailleurs. L’ordonnance qu’elle avait reçue dans ses rêves devait être la vision transmise dans la famille de Philip, de génération en génération. Cette vision était l’unique solution. Il devait la trouver.
« Où diable l’ont-ils cachée ? »
Un document conservé depuis si longtemps devait être assez volumineux. Pour le dissimuler, ils avaient dû le placer dans un endroit discret, mais suffisamment spacieux.
Hugo se remémora un vieux souvenir. À l’époque où il agissait comme une marionnette, suivant les instructions du défunt ancien Duc, il rencontrait son frère une fois par mois pour s’assurer de sa sécurité.
Il voyageait toute la journée dans une calèche sans fenêtre, arrivait dans une vaste plaine déserte, puis la calèche transportant son frère arrivait à son tour. Lorsqu’il demandait à son frère où il logeait, celui-ci répondait :
[Je ne sais pas non plus. C’est un très petit village, mais je ne peux pas me déplacer librement car quelqu’un me surveille. On me donne toujours des somnifères avant de monter dans la calèche pour te voir. D’après la fréquence à laquelle je me réveillais pour manger, la calèche devait rouler pendant quelques jours.]
Le petit village dont parlait son frère se trouvait dans un endroit très isolé, et il avait pensé qu’il s’agissait d’une sorte de maison sécurisée. Peut-être que la cachette de la famille de Philip s’y trouvait, et que les documents y étaient également.
Lorsqu’il devint Duc, il passa beaucoup de temps à essayer de trouver cette cachette, mais en vain. La zone de recherche correspondant à « quelques jours » était trop vaste.
« Elle a dit que le vieil homme était allé dans un lieu secret et avait rapporté le remède en une semaine. »
Le témoignage d’Anna était un indice crucial. Philip avait dû se rendre à la cachette pour préparer le remède. Étant donné sa prudence, il n’avait pas dû prendre de calèche. Il avait dû marcher avec précaution pour ne pas être suivi, et si l’on soustrayait le temps nécessaire à la préparation du médicament, il fallait environ trois jours au vieil homme pour s’y rendre à pied. Avec cette information, la zone de recherche s’était considérablement réduite et n’était plus trop vaste pour être passée au peigne fin.
L’estimation de « quelques jours » basée sur le temps de trajet en calèche avait été trompeuse.
« Ce doit être un village enclavé. L’entrée du village sera dissimulée. »
Il devait envoyer un ordre au Nord, donnant immédiatement des instructions de recherche précises. Mais malgré la réduction de la zone, il ne pouvait garantir quand il serait trouvé.
Une pensée traversa soudain son esprit. C’était comme si le brouillard qui l’aveuglait venait de se dissiper.
Hugo se leva brusquement, surprenant sa femme dont les yeux s’écarquillèrent. En la voyant ainsi, il se dit qu’elle ne pouvait pas être plus belle. Il saisit son visage et l’embrassa partout.
« Ma femme. Tu as dit que tu te souvenais du remède, n’est-ce pas ? Dis-le-moi. »
« Oui, bien sûr. »
Répondit Lucia, l’air perplexe.
« Merci. C’est tout ce dont j’ai besoin. »
Hugo laissa sa femme stupéfaite derrière lui et sortit rapidement de la chambre.
Lucia ne comprenait pas ses derniers mots ni ses étranges agissements, mais elle sentait que, pour une raison quelconque, il était très enthousiaste, ce qui la fit glousser. Lucia s’allongea sur le lit et posa ses deux mains sur son ventre. Elle voulait ressentir à nouveau les mouvements du bébé qu’elle avait sentis plus tôt.
« Bébé. Bouge. C’est maman. »
Lucia continua de parler doucement. Après un long moment, elle ressentit une vibration, comme si du liquide bougeait, comme si le bébé lui répondait. Lucia éclata d’un rire joyeux.