Chapitre 173
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« Tu as déjà un successeur. Sir Philip a-t-il dit qu'il était mécontent parce que Damian n'est pas qualifié pour succéder à la famille ? Mais même cela ne concorde pas. Je ne peux pas avoir de fils. Il est impossible que Sir Philip l'ignore. »
Hugo ne put dissimuler son trouble. Lucia comprit qu'elle venait de poser une question incisive. D'ordinaire, il lui répondait honnêtement, quoi qu'elle demande. Mais cette fois, peu importait le temps qu'elle attendait, il ne desserra pas les dents.
Elle ne voulait pas lui poser des questions qui le mettaient mal à l'aise. Si c'était quelque chose qu'il ne pouvait lui confier, elle n'avait pas l'intention d'insister.
Lucia aurait peut-être reculé si elle n'avait pas été enceinte. Cependant, les sensations intenses qu'elle avait ressenties lors des mouvements du bébé ne s'étaient pas encore apaisées. Elle éprouvait de l'émerveillement face à cette vie qui grandissait en elle, et un amour maternel naissant commençait à fleurir dans son cœur.
Elle ne pouvait pas laisser passer les problèmes liés à son bébé. Même si elle sentait que le cœur du secret qu'il voulait cacher était lié à cette question, elle n'avait d'autre choix que de se montrer obstinée.
« Tu me l'as promis, Hugh. Tu as dit que tu réfléchirais à nouveau à me révéler ton secret si je t'en suppliais. »
Ses yeux ambrés, fermes, brillaient d'obstination alors qu'elle le fixait droit dans les yeux. Hugo laissa échapper un soupir tourmenté.
« Si tu ne peux vraiment pas me le dire même après y avoir réfléchi, je respecterai ta volonté. Je veux juste savoir si la raison pour laquelle tu ne peux pas me le dire est que tu crains de révéler ton secret. »
« ... Ce n'est pas quelque chose de bon à entendre. Pour toi. Et pour l'enfant non plus. »
« Je vais bien. Notre bébé ira bien aussi. Tu t'es vanté en disant que ton enfant ne pouvait pas être faible, n'est-ce pas ? »
Hugo laissa échapper un bref rire, mêlé à un soupir.
« Je ne peux pas lutter contre toi. »
Hugo lui révéla tous les secrets qu'il connaissait. Il lui raconta tout : le secret de sa famille, la vérité concernant les mariages incestueux, et même les mensonges de Philip.
La seule chose qu'il omit fut le fait que son identité était celle du « Hue » abandonné. Ce fait restait l'écaille inversée du dragon qu'il n'osait pas effleurer.
« Alors, Sir Philip ne peut pas échapper à son délire insensé. »
Lucia exprima simplement ce qu'elle ressentait. Contrairement à ses craintes, elle accepta son histoire surprenante avec calme.
« Hugh. Damian est mon fils. Et il sera le grand frère de notre enfant à naître. Je veux élever mes deux enfants comme un frère et une sœur proches. Je ne veux pas transmettre le secret de la famille Taran aux enfants. »
« Je suis du même avis. »
« Est-ce que cela t'inquiète toujours ? Est-ce pour cela que tu ne pouvais pas me le dire ? »
« Je ne te l'ai pas dit parce que... c'était tellement répugnant. »
Voyant son mari se murer à nouveau dans le silence, Lucia soupira.
« ... Pensais-tu que je pourrais te regarder différemment... ? »
« ... »
Son absence de réponse valait une confirmation. Lucia se demanda ce qu'elle devait faire de ce timide lion noir.(1) Elle avait envie de pleurer, tant elle éprouvait de la peine pour lui et tant il lui semblait attachant. Elle se redressa, passa ses bras autour de son cou et enfouit son visage contre sa joue.
Lucia aurait souhaité que l'amour puisse être vu à l'œil nu. Elle voulait ouvrir son cœur et lui montrer à quel point elle l'aimait. Comment lui expliquer que même s'il cachait un secret effroyable, son amour pour lui ne changerait pas ?
« En fait, Hugh, j'ai aussi un secret que je n'ai pas pu te dire. Veux-tu entendre mon histoire ? »
Lucia ouvrit les portes du secret qu'elle avait tenté d'enterrer toute sa vie. Elle commença son récit à partir du matin où elle s'était réveillée à l'âge de 12 ans.
« ... Et c'est ainsi que cette terrible vie conjugale a finalement pris fin. »
Lucia s'arrêta un instant et jeta un coup d'œil vers lui pour observer son expression.
« Pourquoi t'arrêtes-tu ? Continue. »
« ... Tu as l'air très effrayant. »
Son visage ruisselait d'une intention meurtrière. Ses yeux rouges étaient si intensément perçants que, pour la première fois, Lucia le trouva un peu effrayant.
« Penses-tu... que c'est trop ridicule, et cela te déplaît ? »
« Ce n'est pas ça ! »
Hugo respira bruyamment et passa ses mains dans ses cheveux d'un geste brusque.
Le Comte Matin. Il n'aurait pas dû tuer ce bâtard aussi facilement. C'était plus qu'exaspérant. Il grinça des dents, empli d'indignation. Apprendre qu'elle avait vécu comme l'épouse d'une telle ordure et enduré toutes sortes de souffrances lui déchirait les entrailles.
De plus, en pensant à la mine impudente du Roi, il fut soudain très irrité. Le Roi était le principal instigateur. Kwiz avait vendu sa propre sœur.
Non. Le plus gros problème était cette femme innocente devant lui.
« Ma femme, pourquoi es-tu comme ça, vraiment ? Pourquoi ne peux-tu pas être remplie de rancœur ? »
« ... Hein ? »
« Tu as dû subir tout cela. Mais... Tu me demandes seulement de prendre des mesures pour que ce bâtard ne puisse pas épouser la princesse ? »
S'il avait su cela, il aurait infligé à ce bâtard toutes les souffrances possibles au monde et l'aurait tué de la manière la plus misérable qui soit ! Le fait que ce bâtard soit déjà mort le rendait furieux.
« ... Hugh. Merci de m'écouter sérieusement. Ce n'est pas quelque chose qui est arrivé dans la réalité, alors... »
« Si tu t'en souviens, alors ce n'est pas différent de l'avoir vécu. Ce n'est pas un simple rêve pour toi, n'est-ce pas ? C'est une expérience que tu as traversée. »
« ... Oui. Oui, mais... »
« Si j'avais su à l'époque que ce bâtard... ! »
« Il est déjà mort. Que peut-on faire contre les morts ? »
Elle pensait que le Comte Matin était mort dans un accident, et le fait qu'il ne puisse pas lui avouer qu'il avait agi pour se débarrasser de lui le frustrait encore davantage.
« Si tu t'énerves autant, je m'arrêterai là. »
Hugo prit quelques inspirations pour se calmer. Il devait en entendre davantage. Bien que son histoire fût irréaliste, il ne pensait pas qu'elle fût absurde.
Étrangement, cela donnait du sens à beaucoup de choses. Que ce soit son calme inadapté à son âge, ou sa capacité de gestion avisée, bien différente d'une princesse enfermée au palais depuis l'enfance. Parfois, il s'était posé des questions à son sujet, mais les avait simplement enfouies ; pourtant, toutes ces questions trouvaient désormais leurs réponses.
De plus, Hugo en savait long sur les outils magiques, grâce à la pièce secrète de sa famille. Comme sa femme l'avait dit, le pendentif était très probablement un outil magique, et une capacité aussi bizarre était tout à fait possible pour un tel objet.
La raison pour laquelle la plupart des outils magiques connus aujourd'hui n'étaient considérés que comme des jouets, était que les humains de l'ère actuelle n'avaient pas la capacité de reconnaître les outils magiques dotés de fonctions plus complexes.
« Continue, je t'écoute. »
Lucia ravala son rire en observant son mari, qui semblait sur le point d'exploser si quelqu'un l'effleurait. Elle était reconnaissante qu'il l'écoute sérieusement sans supposer qu'elle racontait des absurdités. Au contraire, elle était plus inquiète car il semblait trop sérieusement immergé dans son histoire.
Note du traducteur :
1. Si je me souviens bien, le lion noir est le symbole de la famille Taran. Merci de me corriger si je me trompe.
Note de traduction : Une dernière fois, le hangul pour :
[Hugo] est [휴고]
[Hugh] est [휴]
[Hue] est [히우]
Le [Hugh] que Lucia appelle est comme une forme courte de Hugo. [Hue] est le nom de naissance de Hugo. [Hugo] est le nom de naissance de son frère. Son frère est mort, il a pris la place de son frère ainsi que son nom. Fin.