Chapitre 169
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Dean était de retour. Un mois s'était écoulé depuis que Hugo lui avait ordonné de capturer Philip. Il s'était rendu au village indiqué par Hugo, mais comme Philip était parti depuis un certain temps, il avait dû mener des recherches qui lui avaient pris du temps. Dean expliqua qu'heureusement, il avait fini par localiser Philip non loin du village et avait pu le ramener.
« Je l'ai conduit à la planque. »
« Bon travail. »
Un vieux manoir, situé à la périphérie de la Capitale, servait actuellement de planque à la division d'information de Taran. Le bâtiment dégageait une atmosphère sombre et vétuste ; il était entouré d'une cour assez vaste, ce qui empêchait quiconque de savoir ce qui se tramait derrière ses murs. Seules couraient des rumeurs selon lesquelles le propriétaire des lieux était un vieil homme grincheux qui ne mettait jamais le nez dehors.
L'entrée de la planque passait par un passage secret situé à quelque distance du manoir, si bien qu'extérieurement, seuls quelques domestiques s'y rendaient fréquemment pour l'entretien.
Hugo partit pour la planque tard dans la nuit afin d'éviter d'être aperçu.
L'intérieur du manoir, malgré son apparence décrépite, était renforcé par une isolation phonique. Surtout au sous-sol, où il n'y avait aucun risque que le moindre bruit ou vacarme ne s'échappe à l'extérieur.
Les chevaliers montant la garde devant la pièce inclinèrent la tête à l'apparition de Hugo. Même après que les lourdes portes de pierre furent entièrement ouvertes, Hugo resta un instant immobile.
« Ne me suivez pas à l'intérieur. »
Hugo s'apprêtait à entrer dans la pièce lorsqu'il s'arrêta. Il regarda Dean et tendit la main.
« Ton épée. »
Dean retira immédiatement l'épée attachée à sa taille et la tendit à Hugo. Tandis que ce dernier s'avançait, l'épée à la main, la porte se referma rapidement derrière lui.
La pièce dans laquelle il pénétra était faite de murs de pierre sur tous les côtés et n'était pas très spacieuse. L'isolation était si parfaite qu'aucun son ne pouvait filtrer de l'intérieur une fois la porte close.
Deux chaises étaient disposées au milieu de la pièce, face à face. Sur l'une d'elles était assis Philip, les mains liées derrière le dos à la chaise. Cette dernière, faite de fer, était solidement boulonnée au sol. Comme des mesures de sécurité strictes avaient été prises, les chevaliers avaient obéi sans discuter à l'ordre de Hugo de pénétrer seul dans la pièce.
Hugo s'assit sur la chaise opposée. Il fixa Philip, qui gardait la tête basse.
Le teint de Philip était livide lorsqu'il releva lentement la tête. Il n'était pas blessé, mais il avait été transporté en calèche sans pouvoir se reposer correctement, et il était à bout de forces. Il possédait une grande endurance, mais l'âge ne pardonnait pas. Philip esquissa un faible sourire en croisant les yeux rouges et froids qui lui faisaient face.
« Cela fait bien longtemps. »
« Épargne-moi tes salades. »
Bien que la réponse de Hugo fût glaciale, Philip n'en eut cure. Malgré la situation, lui qui avait été soudainement enlevé et ligoté, son expression ne différait en rien de l'accoutumée.
Hugo savait que le vieil homme était ainsi fait. Il s'attendait à ce que, même quelques instants avant d'avoir la gorge tranchée, il garde ce calme imperturbable. Aujourd'hui plus que jamais, cette expression lui était insupportable.
« Je suis sûr que tu sais pourquoi tu es ici, espèce de bâtard. »
« Je le saurai quand vous me le direz. »
Hugo réprima l'envie meurtrière qui montait en lui de briser la nuque du vieillard sur-le-champ.
« C'est toi qui m'as dit de venir, n'est-ce pas ? Ou vas-tu prétendre que tu as déblatéré tout ça sans raison ? »
« Non. Cependant, il existe de nombreuses raisons pour que le jeune maître vienne me trouver. Avez-vous besoin d'un traitement pour la Duchesse ? Ou bien, la Duchesse est-elle tombée enceinte ? »
Voyant la tempe de Hugo tressaillir, les yeux de Philip s'agrandirent.
« ... Alors, elle est enceinte. »
Comme Philip l'avait espéré, les cieux ne l'avaient pas abandonné. Bien qu'il eût mélangé le médicament dans le remède contre les maux de tête de la Duchesse, Philip n'était pas certain du résultat.
Il y avait trop de variables. Il ne pouvait garantir que la Duchesse prendrait ce remède régulièrement, et comme l'efficacité du médicament était affaiblie, non seulement la neutralisation de l'armoise était plus lente, mais la probabilité de conception était extrêmement faible. Pourtant, cela avait fonctionné, et elle était enceinte après deux ans.
« Félicitations. »
Les félicitations de Philip n'avaient rien de souhaitable. Hugo serra l'épée dans sa main, retenant son désir de la dégainer sans pitié.
« Comme je le pensais, c'est ton œuvre. Du sang, as-tu dit ? Quand tu m'as méprisé, tu as dû renoncer à ton désir de vivre. »
« Pourquoi êtes-vous si sûr que j'ai menti ? Peut-être que la Duchesse a eu un enfant avec un aut... »
Sentant la lame froide sous sa gorge, Philip se tut. Tout se passa en un instant. Hugo s'était levé, avait dégainé son épée et la pointait vers la gorge de Philip. La pointe de l'épée s'enfonçait dans la peau de Philip, prête à le transpercer au moindre mot de trop.
« Encore une seule connerie de ta part. »
Philip leva les yeux vers Hugo et hocha imperceptiblement la tête. Une expression glaciale, un regard rempli de soif de sang et une voix contenue.
Philip comprit que Hugo était hors de lui. Lui qui ne se laissait pas facilement impressionner, sentit un frisson lui parcourir l'échine. Lorsque l'épée fut retirée, il reprit son souffle.
« C'était la vision de ma famille. Je n'avais pas d'autre choix que de mentir. »
« Même si je te le demande maintenant, je suis sûr que tu ne me diras rien. »
« Le croiriez-vous si je vous le disais ? »
« Je me moque bien de ta vision. Elle sera enterrée avec toi quand tu mourras de toute façon, vieil homme. »
« Vous n'êtes pas du genre à m'amener ici simplement parce qu'un mensonge proféré par le passé vous agace. »
« Assez de balivernes. Je dois savoir quel tour tu as joué. »
Hugo ne pouvait supporter l'idée qu'il y eût une faille dans la protection entourant son épouse.
« C'était le remède contre les maux de tête. »
Philip confessa docilement. Il n'avait de toute façon pas l'intention de jouer l'innocent.
« Le remède contre les maux de tête. »
Hugo répéta ces mots pour insister, puis laissa échapper un rire forcé. Il devrait découvrir exactement ce qui s'était passé une fois rentré. Son premier objectif en capturant Philip était atteint.
« Dis-moi pourquoi tu voulais me voir. »
Philip fixa Hugo d'un air absent.
« Pourquoi êtes-vous si curieux de savoir ce que j'ai à dire ? »
« Ne te fais pas d'idées. Tu ne sortiras pas vivant de cette pièce. »
« Tuez-moi. Quels regrets un vieil homme comme moi pourrait-il avoir ? J'ai vécu assez longtemps. Mais vous ne me tuerez pas. Après tout, il y a quelque chose que vous voulez savoir de moi. »
Lorsqu'il vit les yeux rouges de Hugo vaciller, Philip soupira.
« Comment est-ce possible. »
Il avait pensé que la probabilité était extrêmement faible. Lorsque le Duc avait eu une réaction inhabituelle envers la Duchesse à Roam, Philip avait eu un soupçon, mais il avait cru que c'était impossible. Et il espérait que ce ne fût pas le cas.
Un homme occupant la position élevée de seigneur du Nord et de la famille Taran ne devrait pas se laisser aller à porter une femme dans son cœur et à se créer une faiblesse.
Philip avait fini par réaliser la vérité au cours de sa longue existence : les choses en ce bas monde ne se déroulent pas toujours comme prévu. Les plans des hommes sont inférieurs à l'ordre du grand monde. Il avait appris qu'il valait mieux consacrer tous ses efforts à saisir l'opportunité qui se présentait plutôt que de faire des plans.
Et c'est pourquoi Philip s'était accroché à la grossesse de la Duchesse. À l'époque, c'était la seule opportunité. Ce n'était pas parce qu'il avait un grand plan par la suite, mais parce qu'il fallait qu'il y ait un enfant avant qu'il puisse envisager l'avenir.