Chapitre 165
Hugo rentra tôt chez lui aujourd'hui et fut accueilli par Jerome, venu à sa rencontre. Lorsqu'il apprit de la bouche de ce dernier que Lucia faisait la sieste et dormait encore, il fronça les sourcils.
« N'est-elle pas souffrante ? Je suis certain d'avoir demandé à ce que le médecin l'examine aujourd'hui. »
« Le médecin souhaite vous voir au sujet de Madame. »
Hugo alla immédiatement trouver le médecin, sans même prendre la peine de changer de tenue. La praticienne était nerveuse. Contrairement à Madame, face à qui elle se sentait relativement à l'aise, le Duc lui inspirait de l'appréhension à chaque entrevue. Elle ne savait plus combien de fois elle s'était émerveillée du fait que ces deux êtres si différents aient pu s'unir.
« Je crois que Madame est enceinte. »
L'inquiétude de Lucia, qui se demandait si elle devait en parler à son mari ou non, fut vaine. Elle avait complètement oublié de demander au médecin de ne pas encore en informer son époux.
Depuis qu'elle avait commencé à travailler pour eux, elle rapportait systématiquement les résultats des soins prodigués à Madame au Duc, et elle ne pensa pas qu'il en serait autrement cette fois-ci.
Hugo resta silencieux un instant tandis qu'il écoutait Jerome, à ses côtés, murmurer que « c'était une nouvelle digne d'être célébrée ».
« ... Quoi ? Enceinte ? Vous voulez dire un enfant ? »
« Rien n'est encore certain, mais les symptômes de Madame présentent les signes typiques d'une grossesse. »
Le médecin poursuivit en expliquant que Lucia avait été examinée par une infirmière du Palais royal aujourd'hui, et que ses symptômes étranges de ces derniers temps concordaient avec les signes d'une grossesse ; celle-ci était donc fort probable. Hugo resta silencieux, écoutant le médecin énumérer les états psychologiques d'une future mère et les précautions à prendre.
« Quelle est la probabilité qu'il ne s'agisse pas d'une grossesse ? »
Le médecin observa avec prudence le Duc, dont la réaction différait grandement de celle des gens ordinaires à l'annonce d'une future paternité. Elle avait entendu dire que lorsque l'entente au sein d'un couple était trop fusionnelle, certains maris ne voyaient pas d'un bon œil l'arrivée d'un enfant ; elle se demanda si tel était le cas ici.
« Il existe une condition très rare, appelée grossesse nerveuse. Elle survient lorsqu'une femme désire désespérément un enfant ; dans cette situation, elle ressent des symptômes presque identiques à ceux d'une grossesse. Mais comme je l'ai dit, c'est très rare. Madame n'est pas du genre à s'attrister ou à s'impatienter à ce sujet, donc je ne pense pas que cela s'applique ici. »
L'expression d'Hugo ne changea pas, mais il était en réalité très troublé. Son esprit était vide, comme s'il venait de recevoir un choc soudain, et il n'avait pas le temps de réfléchir plus avant.
Après avoir révélé le secret de sa famille à son épouse, celle-ci n'avait plus jamais évoqué le sujet d'un enfant. Hugo avait donc relégué la question au second plan, la jugeant sans importance.
« Quand pourrons-nous en être certains ? »
« La période la plus probante se situe vers le cinquième mois, car les mouvements fœtaux se font sentir à ce moment-là. Je pense que Madame est enceinte de deux mois tout au plus. »
Hugo fronça légèrement les sourcils. Selon le médecin, il faudrait attendre trois mois de plus pour en avoir le cœur net. C'était trop long.
« J'ai déjà informé Madame des précautions à prendre, mais vous devez être particulièrement vigilant concernant vos relations intimes. Par conséquent, les rapports sont proscrits pour les trois prochains mois, jusqu'à ce qu'elle atteigne une période de stabilité définitive. »
« Quoi ?! »
Hugo hurla frénétiquement sur le médecin.
* * *
Dans le doute, toujours envisager le pire. C'était un principe qu'Hugo appliquait chaque fois qu'il devait porter un jugement. Dire qu'il considérait la grossesse comme le pire serait un malentendu, mais en partant du principe que la grossesse était avérée, il commença à réfléchir à la façon dont un phénomène qui ne devrait pas se produire était possible. Il passa tout en revue, point par point.
« Ma femme a dit que son état l'empêchait d'avoir des enfants. »
Son épouse avait affirmé qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfant en raison d'une absence de règles, et qu'elle était donc stérile. En même temps, elle avait prétendu connaître le remède pour se soigner à tout moment.
La question de savoir si sa femme était guérie était secondaire ; dans tous les cas, il revit son postulat en partant du principe qu'elle était une femme normale capable de porter un enfant. Qu'elle puisse ou non en avoir n'était pas le point crucial ici.
Le cœur du problème était Hugo lui-même, et la lignée étrange du sang des Taran.
« Vous devez consommer du sang... »
Hugo tambourina des doigts sur la table, ruminant les paroles que Philip avait prononcées il y a fort longtemps. À l'époque, il n'avait pas eu l'ombre d'un doute sur les dires de Philip. À ce moment-là, sa haine et son dégoût pour sa famille avaient atteint un paroxysme, si bien qu'il avait trouvé que la méthode répugnante de l'ingestion de sang dont parlait Philip correspondait parfaitement.
Bien qu'il fût méticuleux en tout, la raison pour laquelle Hugo n'avait jamais remis en question la véracité des propos de Philip était qu'il ne voulait même pas y penser.
« Du sang, hein ? Ça semble tellement ridicule, putain. »
En réfléchissant rationnellement, Hugo analysa ce que Philip avait dit à l'époque et la situation d'alors.
Philip était resté sur ses positions, affirmant qu'il ne pouvait pas parler de la vision de sa famille, puis, de manière inattendue, il avait confessé docilement. Maintenant qu'il y pensait, il était peu probable que Philip révèle aussi facilement un secret qui ne figurait même pas dans la salle secrète des Taran, et qui avait été protégé et transmis dans sa famille depuis des générations.
Philip était un vieil homme à la volonté de fer. Il aurait plutôt offert son cou que de révéler honnêtement le secret de sa famille.
« Alors il m'a menti. Voilà ce qu'il en est. »
Un sourire froid étira les lèvres d'Hugo.
« Quel culot. »