Chapitre 158
Lucia Chapitre 111 [partie 2]
< — Un quotidien paisible — > (1)
Édité par : ShadowDog
N/T : Les conversations qui se déroulent dans le passé sont en italique.
Hugo expliqua sa situation familiale à Lucia en mêlant quelques vérités à des mensonges. Certaines parties furent révélées, d'autres dissimulées.
Il révéla que sa famille ne pouvait perdurer sans relations entre proches parents, mais il remplaça « demi-sœur » par « cousine ». Il ajouta que, pour qu'une femme sans lien de parenté puisse porter un enfant, elle devait consommer une herbe spéciale plutôt que du sang.
L'expression de Lucia changea constamment tandis qu'elle l'écoutait et, après avoir mis de l'ordre dans ses pensées, elle prit la parole.
« Vous devez épouser une cousine pour avoir un fils. Sinon, vous devez prendre une herbe spéciale dès le moment de la pureté. Et la seule personne qui connaisse cette herbe, c'est le médecin ducal, Sir Philip. »
« Je sais, cela semble fou. »
« Je ne dis pas que je ne vous crois pas. Donc, la mère de Damian était votre cousine. »
« ...En gros. »
Lucia était très confuse, mais après réflexion, cela avait du sens. Malgré le fait qu'il y ait eu beaucoup de femmes autour de lui, il n'avait aucun enfant illégitime, et elle comprenait désormais pourquoi il ne s'était pas soucié de la contraception dès leur première nuit.
« Des cousins... ? »
La loi de Xenon interdisait le mariage entre parents de sang jusqu'au second degré. Cependant, beaucoup de pays autorisaient le mariage entre cousins ; en particulier, les familles royales étaient tolérantes envers les unions entre proches parents. Le fait qu'il montre une aversion aussi forte pour les mariages entre cousins était étrange. Il ne semblait pas être du genre à être si sensible à la discipline morale.
« Est-ce plus proche qu'un cousin... comme un mariage au sein de la famille immédiate ? »
Lucia cessa de creuser le sujet. Elle ne voulait pas déterrer des choses qu'il n'avait pas dites.
« Alors, il devait y avoir une femme désignée pour vous épouser. »
« Elle est morte. Et il n'y a plus une telle femme dans la famille Taran. Les seules personnes restantes de la lignée Taran sont Damian et moi. Même s'il y avait une telle femme, je ne me marierais pas pour avoir un enfant. Je pensais que ma lignée familiale s'éteindrait avec moi. Je vous l'ai dit. Elle est maudite. Je voulais mettre fin à cette lignée maudite. »
Alors que Lucia gérait ses sentiments complexes, ses sens furent en alerte. Il était profondément désabusé par sa famille, tout comme par lui-même. Il semblait fait d'acier, mais en réalité, il était blessé à l'intérieur. La douleur dans le cœur de Lucia lui donnait l'impression qu'elle allait pleurer.
« Vous n'êtes pas une malédiction, Hugh. Un enfant aussi adorable que Damian ne peut pas être une malédiction non plus. Je suis reconnaissante que vous soyez dans ce monde. Si vous n'étiez pas là, vous ne m'auriez pas rencontrée, et moi non plus. Alors, s'il vous plaît, aimez-vous autant que je vous aime. »
Hugo posa ses mains sur celles de sa femme qui étaient sur son visage et ferma les yeux. Peut-être ne serait-il pas capable de s'aimer jusqu'à sa mort. Mais au moins, il ne maudirait plus le fait d'être en vie. Tout comme elle l'avait dit, il avait pu la rencontrer parce qu'il était en vie.
« C'est donc pour cela que vous disiez ne pas vouloir d'enfant. »
« Ce n'est pas parce que je ne veux pas d'enfant avec vous. »
« Oui, je comprends. »
Répondit Lucia, la voix engourdie.
« J'adorerais voir votre enfant si cela était possible. »
Les yeux de Lucia brillèrent.
« Vous avez dit que vous n'aimiez pas avoir d'enfant. » (Lucia)
« Je n'aime toujours pas ça. Mais votre enfant, ça me va. » (Hugo)
« Est-ce que... cela signifie que, si j'étais enceinte de notre enfant, vous l'auriez accepté avec joie ? »
« Avec joie. Et je suis sincère. »
« Je vous crois. »
Le fait qu'il soit prêt à être père, même s'il était impossible qu'un enfant naisse entre eux, toucha profondément le cœur de Lucia. C'était un homme qui n'aimait pas les enfants, mais il disait qu'il aimerait le sien. Elle pouvait ressentir son amour profond pour elle.
« Merci, Hugh. Je vous comprends. Tout va bien. Ah... alors cela signifie que Damian ne pourra pas avoir d'enfant non plus. J'espère que cela ne blessera pas l'enfant. »
« ...Vous pensez au garçon au milieu de tout ça ? »
« Bien sûr. Je suis sa mère, Hugh. Vous devez en parler à Damian. »
« Je m'en occuperai. »
Lucia se sentait vidée de toute énergie. Bien qu'elle ait pensé avoir renoncé, elle était incapable de lâcher prise sur son infime attachement. Elle ne voulait pas lui montrer cette facette d'elle-même. Elle essaya de lui offrir un sourire éclatant.
Mais des larmes lui montèrent aux yeux, dues à un mélange de tristesse inévitable et de soulagement, car tout était enfin sorti. Lucia essaya de sourire en essuyant ses larmes. Lorsqu'elle vit l'immense douleur dans ses yeux, son cœur se serra également.
« Je suis désolé. » (Hugo)
« Pourquoi vous excusez-vous auprès de moi ? » (Lucia)
Hugo sentit son cœur se briser et il la serra dans ses bras.
« Et moi qui essayais de ne pas pleurer. Je crois que je suis terriblement faible. » (Lucia)
« De quoi parlez-vous ? » (Hugo)
Hugo soupira profondément.
« Je n'ai jamais vu de femme plus forte que vous. » (Hugo)
Hugo garda Lucia contre lui en silence pendant un moment tandis qu'elle pleurait. Il n'y avait aucune différence avec l'époque où il était frustré par sa propre impuissance en regardant son frère mourir. Pour la première fois de sa vie, Hugo pensa qu'il voulait pleurer.
* * *
Les jours paisibles s'écoulèrent rapidement.
Lucia se rendit dans une boulangerie du centre-ville avec les nobles dames présentes au thé. Après avoir entendu l'enthousiasme d'une noble sur la qualité fantastique des gâteaux d'une boulangerie nouvellement ouverte, elles furent toutes charmées à l'idée d'y aller, et Lucia se joignit à elles.
Depuis quelques jours, elle avait une envie étrange de sucreries. Lucia mangea deux parts de gâteau à la boulangerie et en emporta quelques autres. Sur le chemin du retour, de petits flocons de neige voltigeaient devant la fenêtre de sa calèche.
« Ce serait bien si cela ne se transformait pas en tempête de neige... »
Quand la neige s'accumulait, il était difficile pour les calèches de circuler et les accidents étaient plus fréquents. Sachant qu'Hugo rentrerait tard aujourd'hui, elle s'inquiéta. Il était devenu très occupé en tant que chef de la nouvelle structure administrative centrale, formée avec ambition par le Roi. Les jours où il rentrait après minuit avaient considérablement augmenté. Lucia se couchait donc souvent seule.
Elle ne parlait généralement pas du travail de son mari à l'extérieur, mais quelques jours auparavant, elle avait râlé en disant qu'elle voulait qu'il démissionne. Quand Lucia avait dit : « Démissionnez. Je n'ai pas assez de temps à passer avec vous », le regard dans ses yeux lui avait fait comprendre qu'il voulait qu'elle en dise plus. Lucia sourit doucement en se rappelant l'image de lui, râlant seul après qu'elle ait fait semblant de ne rien savoir.
Il ne restait que dix jours avant la fin de l'année. Lucia prévoyait de clore ses activités sociales de l'année avec la fête de charité de demain. Le reste de l'année serait passé à se détendre à la maison, puis elle commencerait la nouvelle année avec le bal du Nouvel An.
« Waouh. L'année est déjà terminée. »
Lucia repensa à l'année passée dans la haute société de la Capitale, où de petits événements n'avaient cessé de se produire. Le plus grand événement de l'année était sans aucun doute la naissance de la Princesse Selena.
La jeune princesse grandissait magnifiquement, comblée par l'amour et l'attention du couple royal et de ses trois frères aînés.
Et l'événement suivant fut le mariage de Katherine. Katherine accepta un prétendant et se maria en quelques mois. Le mariage eut lieu un an plus tôt que dans le futur que Lucia avait vu. Son partenaire était un étranger. C'était un magnat des affaires internationales qui détenait des titres dans plusieurs pays en tant que Marquis allié de Xenon.
Kwiz autorisa le mariage et lui conféra un titre à la condition qu'il reste à Xenon un tiers de l'année. Quelques jours avant son mariage, Katherine avait dit ceci à Lucia :
« J'étais envieuse parce que vous aviez l'air heureuse, Duchesse. Alors, j'ai voulu me marier. Pensez-vous que je puisse avoir un mariage heureux comme le vôtre, Duchesse ? »
« Bien sûr. Vous serez heureuse. Je vous soutiens, Sœur. » [1]
Katherine jeta un regard surpris à Lucia avant de lui adresser un sourire radieux.
« Merci, Vivian. »
Katherine se maria et quitta le pays, suivant son mari. Elle vivait dans la patrie de son mari et avait fait savoir qu'elle reviendrait à la fin du printemps prochain.
Le futur que Lucia avait vu dans son rêve avait beaucoup changé. Le Comte Alvin, qui aurait dû devenir le mari de Katherine, avait épousé Sofia. Le Marquis Dekhan, qui aurait dû épouser Sofia, était resté célibataire après le décès de sa femme, la Marquise.
Lucia ne s'attardait plus sur ses souvenirs du rêve. Parfois, quand les choses se produisaient en accord avec ses souvenirs ou qu'il y avait une divergence, elle y pensait un instant et riait pour elle-même. Elle sentait aussi que les souvenirs de son rêve, qui étaient autrefois très clairs, devenaient de plus en plus flous.
De retour à la maison, Lucia se retira tôt au lit. Peut-être était-ce dû au long trajet en calèche, mais elle se sentait extrêmement fatiguée.
Le coin du traducteur :
[1] Elle l'appelle « Unni », c'est pourquoi Katherine était surprise. Unni signifie essentiellement « grande sœur ».