Chapitre 153
< — Tout est comme il se doit — > (1)
Le jour du banquet royal pour l'anniversaire du Roi, la Reine fit une apparition lors d'une occasion officielle après une très longue absence. Sous prétexte d'une santé fragile, la Reine était restée cloîtrée chez elle après la mort de son frère, et des rumeurs circulaient selon lesquelles elle aurait perdu son enfant sous le choc et serait alitée, le cœur brisé.
Cependant, ces rumeurs furent balayées lorsque la Reine apparut, soutenant calmement son ventre proéminent qui semblait presque montagneux. Les nobles dames se bousculèrent pour approcher Beth et lui présenter leurs salutations.
Lucia s'approcha également de Beth. Cela faisait quelques mois qu'elles ne s'étaient pas vues.
Intérieurement, Lucia éprouvait de la compassion pour la Reine. Son mari lui avait dit que la Reine ignorait que Roy s'était fait passer pour mort afin de s'enfuir. Il valait bien mieux qu'elle ne le sache pas, mais voyant que la Reine ignorait les détails exacts et avait soudainement perdu son frère, elle devait souffrir de cette perte.
Lucia regrettait d'autant plus de ne pouvoir apaiser le cœur endeuillé de la Reine, qui devait traverser cette épreuve alors qu'elle était enceinte.
« Vous portez-vous bien, Votre Altesse Royale ? »[1]
« Duchesse, comment allez-vous ? Cela fait bien longtemps. »
La voix de Beth était douce, contrairement à ce que Lucia craignait — elle redoutait que la Reine ne l'affronte avec dureté. Voyant la Duchesse afficher prudemment un air contrit, Beth sourit.
« Qu'a donc fait cette personne de mal ? »
Après avoir perdu son frère, Beth en avait voulu à la Duchesse pendant un temps. Ce n'était pas parce qu'elle pensait que la Duchesse avait commis une faute, mais simplement parce qu'elle en voulait à tous ceux qui étaient impliqués.
Son père était venu la voir alors qu'elle était clouée au lit par le désespoir, et il semblait avoir vieilli de dix ans.[2] En le voyant, Beth avait pensé que son père souffrait lui aussi de la perte de son fils, mais il lui avait raconté une histoire légèrement différente de ce qu'elle avait imaginé.
« Vous devriez oublier cela maintenant, Votre Altesse Royale. Ce garçon... il a fait quelque chose, c'est pourquoi il a fini ainsi. »
« Quoi... Père. De quoi parlez-vous, bon sang ? »
« Je ne peux vous donner les détails exacts. Sachez simplement que ce garçon, David, n'est pas mort sans raison. Vous portez en vous une précieuse vie royale. Ne vous tourmentez pas trop et reprenez-vous. »
« Père. »
Après un long soupir, son père avait ajouté :
« Il semble que votre stupide père n'a pas été à la hauteur de son rôle. »
Beth avait vu les années peser sur les épaules affaissées de son père alors qu'il se détournait. À cet instant, il n'était plus ce père toujours fort et rassurant. En continuant de méditer sur les paroles qu'il lui avait laissées, Beth ressentit un peu de rancœur envers son défunt frère.
« Comment se fait-il que, même dans la mort, tu continues de planter des clous dans le cœur de ceux qui restent ? »
Beth pensa à son bébé et tenta de chasser peu à peu le souvenir de la mort de son frère. Katherine, avec qui elle pensait ne pas entretenir de relations très étroites, venait la voir chaque jour et lui offrait un grand réconfort.
Lorsqu'elle sentit les premiers mouvements dans son ventre après s'être abstenue de toute activité extérieure pour se concentrer sur son enfant, Beth chassa tous les sentiments négatifs qui subsistaient dans son cœur. Son cœur de mère souhaitait ne transmettre que de belles pensées à son enfant encore à naître.
« J'ai pris pas mal de poids, n'est-ce pas ? Quand on porte un enfant, le corps change ainsi. » (Beth)
« Au contraire, vous semblez plus sereine. » (Lucia)
« En effet. Ces jours-ci, je me sens apaisée. Mon enfant s'amuse aussi à l'intérieur. »
« Pour quand est prévu l'accouchement ? »
« Il reste environ un mois. Maintenant que j'y pense, il serait temps d'avoir des nouvelles de votre côté, Duchesse. Cela fait deux ans que vous êtes mariée, n'est-ce pas ? »[3]
« ...Oui. »
Lucia sourit faiblement et jeta un coup d'œil au ventre gonflé de Beth.
« Qu'est-ce que cela fait d'avoir une autre vie qui grandit en soi ? »
Lucia était curieuse de cette sensation qu'elle n'avait jamais connue dans son rêve et qu'elle ne connaîtrait probablement jamais dans la réalité. Elle avait entendu dire qu'à mesure que le bébé grandissait, il bougeait et donnait des coups à l'intérieur. Quelle sensation cela procurait-il ?
Elle avait entendu dire que la douleur de l'accouchement était atroce, au point d'en mourir. Il n'était pas rare non plus que des femmes connaissent des complications après avoir donné la vie. C'était une expérience risquée pour une femme que de mettre un enfant au monde.
« Même ainsi, cela ne fait rien. Je pense que je pourrais supporter n'importe quelle douleur. »
Lucia regarda son mari, qui se tenait à quelque distance, discutant avec le roi et quelques nobles. Il n'avait jamais abordé le sujet d'un enfant.
« Ne veut-il toujours pas d'enfant ? »
Peut-être était-ce parce que le printemps battait son plein et que le temps s'était nettement réchauffé. La brise printanière se faufila dans le cœur de Lucia, le faisant vaciller.
Elle voulait un enfant. Elle voulait porter amoureusement son enfant et devenir sa mère après l'avoir mis au monde. « Devrais-je prendre le remède contre l'infertilité sans lui en parler ? » Elle y avait songé à quelques reprises. Elle savait qu'ils étaient encore jeunes et qu'il leur restait beaucoup de temps. Mais Lucia trouvait que les jours qui passaient étaient un gâchis.
« J'ai entendu dire que Sa Majesté poussait au mariage des princesses qui restent au palais. »
« Je l'ai entendu aussi. Combien reste-t-il exactement de princesses au palais ? »
Occupée par ses pensées sur l'enfant, l'attention de Lucia fut instantanément détournée par le sujet abordé par les nobles dames qui jacassaient.
Hugo faisait semblant d'écouter son interlocuteur tout en cherchant sa femme du regard. Il n'aimait pas cette coutume qui voulait que les hommes et les femmes se rassemblent séparément pour discuter.
Il voulait garder sa femme à ses côtés, mais le problème était que personne d'autre ne faisait cela. Et sa femme n'aimait pas se faire remarquer.
Parfois, il vérifiait où elle se trouvait. C'était devenu une habitude. S'il ne la voyait pas pendant un long moment, il devenait inutilement nerveux. Il vit son regard se détourner un instant alors qu'elle parlait avec les nobles dames.
Au début, il n'y prêta pas attention, mais après l'avoir vu faire plusieurs fois, il se demanda ce qu'elle regardait et suivit son regard. La Reine se tenait là où sa femme posait les yeux.
« Est-elle encore troublée par les événements d'il y a quelques mois ? »
Il craignait que sa femme n'ait toujours pas oublié l'incident lié à la mort de David.
Mais en regardant de plus près, il réalisa qu'elle ne regardait pas la Reine, mais un peu plus bas, vers le ventre remarquablement proéminent de cette dernière.
Soudain, il eut l'impression qu'un coup de tonnerre résonnait à ses oreilles.
Notes du traducteur :
[1] J'ai utilisé « Votre Altesse Royale » au lieu de « Votre Altesse la Reine » comme je le faisais jusqu'ici.
[2] Son père est le Duc Ramis.
[3] Avoir des nouvelles : il est temps d'avoir des nouvelles de la grossesse de Lucia.
***Le prochain est... deux fois plus long ( ͡° ͜ʖ ͡°).