Chapitre 150
< — Négociation — > (3)
Le Duc de Ramis ouvrit le dernier document, redoutant l'issue de cette affaire. Mais, en parcourant les lignes, il fronça les sourcils et tourna la page. Le document contenait des informations sur les préférences sexuelles de son fils, des détails qu'il n'avait jamais voulu connaître.
Durant cette période, la division d'information du Duc de Taran avait continué de fouiller les bas-fonds à la recherche du moindre scoop concernant David. Si ce dernier avait un penchant pour la violence envers les femmes, il était probable que cela dégénère en accident. Au cours de leurs investigations, ils découvrirent que David avait étranglé une prostituée jusqu'à ce que mort s'ensuive.
« Ce dernier document est mon ultime recours. »
Le Duc de Ramis se renfrogna. Les informations contenues dans ce document avaient la valeur la plus dérisoire parmi tous les outils de négociation que le Duc de Taran avait apportés ce jour-là. Il ne comprenait pas ce que le Duc de Taran espérait obtenir avec de tels éléments, alors que son fils était déjà mort. Le linge sale, comme la mort de quelques prostituées, était un sujet bien trop sordide pour que les nobles s'en saisissent. Ils aimaient les rumeurs, certes, mais ils restaient muets sur celles qui entachaient leur réputation.
« Le lieu de l'incident était le salon de repos de la Princesse Katherine. Comme le sait Votre Grâce, Sa Majesté a strictement interdit de désigner ce lieu comme étant le salon de la princesse. »
L'action du Roi s'était révélée efficace et le public qualifiait l'affaire d'incident survenu au sein du palais. Très peu de gens savaient que cela s'était produit dans le salon de la Princesse Katherine. Le Roi avait ainsi bloqué toute possibilité d'impliquer sa sœur. C'était une manœuvre similaire à celle qu'Hugo avait employée.
« Si les négociations d'aujourd'hui échouent, je porterai ce document à Sa Majesté. Je l'informerai que deux rumeurs sont sur le point de se répandre dans la haute société : les préférences sexuelles répugnantes du Comte Ramis et le fait qu'il nourrissait des sentiments lubriques envers la Princesse Katherine. Le salon de la princesse s'avère être l'endroit idéal pour cela. Je demanderai à Sa Majesté de choisir entre le Duc de Ramis et sa sœur. » (Hugo)(1)
« Osez-vous... menacer Sa Majesté ? » (Duc de Ramis)
« Je dis simplement qu'à l'heure actuelle, il n'y a rien que je ne sois prêt à faire. » (Hugo)
La main du Duc de Ramis qui tenait le document tremblait. Après un long silence, le Duc de Ramis prit la parole, l'air épuisé.
« À quoi jouez-vous ? »
« Je dois sauver mon chevalier sacrifié pour protéger l'honneur de mon épouse. »
« Impossible ! »
Le Duc de Ramis réagit avec véhémence avant même qu'Hugo n'ait fini sa phrase.
« Écoutez jusqu'au bout. Je protégerai l'honneur du Comte de Ramis. »
« Tant que vous êtes en vie. »
ajouta Hugo intérieurement. Il voulait résoudre cet incident rapidement et le faire disparaître de la mémoire des gens. Il prévoyait de mettre Roy à l'abri, là où personne ne pourrait le voir, jusqu'à ce que le Duc de Ramis soit mort et que l'affaire soit tombée dans l'oubli. Ils pourraient alors prétendre que Roy avait été exécuté injustement alors que le véritable coupable était quelqu'un d'autre, et le réintégrer discrètement.
Pour y parvenir, il lui faudrait renégocier avec le Roi et le nouveau Duc de Ramis, mais cela ne serait pas difficile.
Hugo exposa brièvement son plan : remplacer Roy par un condamné à mort. Le Duc de Ramis le regarda avec une expression étrange, semblable à celle que Kwiz avait eue. C'était le regard de quelqu'un qui se demande : « Comment avez-vous pu imaginer une telle chose ? »
Pour le Duc de Ramis, l'honneur de sa famille était ce qu'il y avait de plus précieux. Il n'avait plus l'énergie de lutter contre le Duc de Taran. Il était devenu trop vieux. C'était un vieil homme qui préférait le compromis à l'affrontement.
À moins qu'il ne s'agisse d'une situation injuste où son fils mourait innocent, il pouvait fermer les yeux sur sa mort si son honneur était sauf.
« De plus, même Sa Majesté ignore que mon épouse est impliquée dans cette affaire. Je n'ai révélé cette vérité qu'à Votre Grâce pour obtenir votre coopération. Je ne veux pas que cela s'ébruite, pour quelque raison que ce soit. Vous emporterez ce secret dans votre tombe. » (Hugo)
« ...Très bien. En échange, veuillez détruire toutes les informations que vous possédez sur cette association de jeunesse. Quant à l'association, je m'en occuperai moi-même. » (Duc de Ramis)
« C'est entendu. » (Hugo)
Les négociations avaient abouti à un accord. Hugo récupéra l'un des trois documents, celui contenant la vérité sur l'implication de son épouse.
« Pourquoi aller aussi loin ? »
« Tout comme le Duc de Ramis souhaite protéger sa famille, je souhaite protéger mon épouse. »
Parce qu'il semblait dire « vous voulez protéger votre famille à l'apparence parfaite, moi je veux protéger les miens », le Duc de Ramis fixa Hugo, interdit. Mais il n'y avait aucune trace de moquerie dans ces yeux rouges et froids.
Le Duc de Ramis était stupéfait à chaque fois qu'il voyait Hugo. Il était le maître de ces vastes terres appelées le Nord et, en tant que Duc de Taran, il était d'une droiture absolue. Il ne s'embarrassait pas de mesquineries et faisait toujours ce qu'il voulait avec assurance. Les gens ne lui en tenaient pas rigueur et acceptaient ses décisions « parce qu'il est le Duc de Taran ».
C'était un talent politique immense que de ne pas susciter la jalousie dans le cœur d'autrui. C'est pourquoi, lorsqu'il voyait son fils, du même âge que le Duc de Taran, il avait toujours le sentiment que ce dernier était bien en deçà.
« C'est ma propre vertu qui a fait défaut. Qui puis-je blâmer ? »
Plutôt que de pointer du doigt les lacunes de son fils, il aurait dû guider ses bons côtés et couvrir ses erreurs avec magnanimité. Le Duc de Ramis ressentit profondément ses propres manquements en tant que père et en tant que chef de famille.
* * *
Tandis que l'accord secret entre le Duc de Taran et le Duc de Ramis prenait forme, le Roi fit semblant de ne rien savoir, et la situation s'écoula comme un ruisseau.
Fabian fouilla tout le pays et trouva un remplaçant convenable parmi les condamnés à mort. Lors de son interrogatoire, l'homme avait été sévèrement battu, ce qui le rendait encore plus crédible. Après tout, si le chevalier ayant tué le fils aîné du Duc avait été en bonne santé lors de son exécution, les gens auraient trouvé cela suspect.
Le Roi rendit une brève déclaration. Aucune information détaillée sur la vérité de l'affaire, simplement que Sir Krotin avait avoué ses crimes et devait être exécuté. S'agissant d'une affaire impliquant une personne de si haut rang, même sans connaître les détails, les gens ne pouvaient que spéculer entre eux.
Roy sortit du cachot, portant une capuche en forme de sac, et après avoir marché entravé par des cordes, il fut substitué en chemin. Celui qui se dirigeait vers l'exécution était le condamné à mort imitant Roy.
La calèche transportant Roy n'avait même pas de fenêtres et se dirigea droit vers le portail.(2) Il devait quitter la capitale au plus vite sans être vu par quiconque. Hugo avait déjà usé de son influence pour que Roy puisse franchir le portail sans passer par le processus d'identification.
Lucia faisait les cent pas dans le salon de réception, impatiente. Officiellement, c'était l'heure de l'exécution de Roy.
Hugo était au palais pour rencontrer officiellement le Roi et le Duc de Ramis. C'était une formalité pour montrer que les deux forces proches du Roi n'avaient aucune animosité l'une envers l'autre.
« A-t-il franchi le portail en toute sécurité ? »
Lucia regrettait de ne pas avoir pu faire ses adieux à Roy, mais elle ne pouvait prendre le risque de faire entrer un criminel, dont l'exécution était publique, dans la résidence ducale.
Lorsque la porte du salon s'ouvrit et que Jerome entra, Lucia cessa ses allées et venues et leva la tête. Fabian le suivait de près.
« Sir Krotin... ? » (Lucia)
« Il est parti sain et sauf. »
Lucia poussa un immense soupir de soulagement.
« Je me sens si coupable, je ne sais que faire. À cause de moi, Sir Krotin a perdu son honneur de chevalier et est parti pour le Nord comme s'il était chassé. »
Hugo avait envoyé Roy à la frontière nord. C'était une région où Roy aimait semer le trouble. Entre-temps, Roy avait joyeusement demandé s'il pouvait tous les tuer, car son corps le démangeait depuis un moment.
Fabian ne pouvait pas sympathiser le moins du monde avec la tristesse de la Madame, mais à l'idée de ne plus voir ce type pendant longtemps, il était partagé.
« Lui avez-vous dit que j'étais reconnaissante et désolée, et qu'il devait prendre soin de sa santé ? »
« Oui, je le lui ai dit. Mais Sir Krotin a dit qu'il y avait quelque chose qu'il voulait demander à Milady... »
« Quoi donc ? »
*Espèce de fou furieux.* Ravalant ces mots, Fabian répondit :
« Il a demandé si Milady se souvenait de toutes les nobles que vous rencontrez lors des soirées. Apparemment, il était curieux de savoir cela. »
Roy avait dit cela avec un air très sérieux et avait demandé à Fabian d'obtenir la réponse et de le lui faire savoir lorsqu'il viendrait dans le Nord plus tard. Fabian ne pouvait vraiment pas comprendre l'état d'esprit de ce type.
Lucia éclata de rire.
« C'est impossible. Je fais seulement semblant. »
« ...Oui, je lui dirai cela plus tard. »
Fabian répondit avec une grimace, et Lucia rit de nouveau.
« C'est vraiment une bonne personne. Il est prévenant jusqu'au bout pour que je ne me sente pas coupable. »
Le malentendu de Lucia ne faisait que grandir. Et il n'y avait personne pour la détromper.
Notes du traducteur :
[1] Si vous n'aviez pas compris... eh bien, il va faire croire que David essayait de faire quelque chose avec la Princesse Katherine dans son salon de repos.
[2] Rappel : un [portail] est un dispositif magique. Je pense que c'est le meilleur terme pour le décrire.