Chapitre 149
Chapitre 107 [partie 1]
Les négociations avec le roi furent aisées.
Kwiz n'était généralement pas satisfait de son beau-frère, dont le tempérament différait de celui de son beau-père, mais il appréciait personnellement Roy. Fort de son expérience, ayant été protégé par Roy pendant plus d'un an, il était convaincu que ce dernier n'était pas une brute capable de tuer sans raison.
Ainsi, lorsque Hugo proposa de l'aider à combler le déficit financier chronique, Kwiz mordit à l'hameçon avec empressement.
« Mais Sir Krotin a-t-il dit qu'il le ferait ? Vous autres, vraiment... »
Pour les nobles, l'honneur passait avant la vie. Il en allait de même pour les chevaliers. Ils ne pouvaient même pas concevoir l'idée de sauver leur peau en abandonnant leur honneur. Kwiz ne parvenait à comprendre ni Roy, qui avait accepté une telle chose, ni Hugo, qui avait suggéré un tel plan.
Roy, qui se relèverait sans peine même après avoir marché dans de la fiente de chien. Kwiz, capable de jeter sa vie pour l'honneur comme s'il s'agissait d'une chose sans valeur. Ils se tenaient tous deux aux antipodes. Il leur serait impossible de se comprendre.
« Il y a une condition. L'accord de ce roi ne suffit pas. Si mon beau-père donne son aval, alors ce roi le donnera aussi. Quant à persuader mon beau-père, je laisse cela au Gong. »
« Je comprends. J'ai une condition moi aussi. Veuillez fermer les yeux sur la vérité concernant cet incident. »
Les morts ne parlent pas ; moins il y a de bouches pour en parler, plus les secrets sont préservés. Hugo ne s'inquiétait nullement des efforts qu'il devait déployer pour dissocier totalement son épouse de cette affaire. Il voulait la protéger comme une fleur cultivée sous serre. Il ne voulait pas qu'elle subisse ne serait-ce qu'une égratignure.
Son épouse était la Duchesse et la maîtresse de la Maison Taran, dont chaque geste et chaque conduite attiraient l'attention. Tant que l'on était célèbre dans les cercles mondains, les rumeurs qui suivaient votre nom étaient infinies. C'était une chose à laquelle il fallait se résigner, à moins qu'il ne s'agisse d'un scandale fatal, mais Hugo prévoyait de bloquer systématiquement toute raison pour que sa femme reçoive des réprimandes publiques ou fasse l'objet de commérages à cause d'un incident déplaisant.
« Hm ? Vous voulez dire que ce roi ne saura pas pourquoi Sir Krotin a agi ainsi ? »
Hugo ignora les grognements de Kwiz, trop curieux pour en trouver le sommeil.
« Je m'entretiendrai avec le Duc de Ramis et j'informerai Votre Majesté du résultat. »
* * *
Hugo rencontra le Duc de Ramis dès le soir même. Les deux hommes s'assirent face à face dans un club aristocratique privé de la ville. Après de brèves salutations, Hugo en vint immédiatement au sujet principal.
Il remit au Duc de Ramis les trois documents qu'il avait apportés.
« Le premier document contient des informations sur le jour de l'incident, selon le témoignage de mon chevalier actuellement emprisonné. Vous pourrez comprendre pourquoi votre fils a fini ainsi. »[1]
Hugo avait jugé qu'il ne pouvait pas utiliser l'argent pour négocier avec le Duc de Ramis. Ce n'était pas un homme capable d'échanger la vie de son fils contre de l'or.
Il observa le visage du Duc de Ramis s'assombrir et se troubler à la lecture du document.
Le Duc de Ramis pensait que la mort de David était suspecte, mais il n'aurait jamais imaginé qu'elle fût liée à la Duchesse.
Il ne pouvait pas interroger son fils défunt, et il ne parvenait pas à comprendre ce que ce dernier cherchait à faire dans la salle de repos de la princesse, ni pourquoi il avait donné cet outil magique à la Comtesse. Il ne pouvait que se réveiller en sursaut, le cœur serré par la frustration.
Basés sur le témoignage de Roy, les documents présentaient un certain nombre de preuves circonstancielles, incluant le relevé des rencontres continues entre David et Anita, des informations obtenues auprès d'individus infiltrés dans le bar, ainsi que l'historique des avances faites par David à la Duchesse, et ainsi de suite.
« Cet idiot de garçon. Comment a-t-il pu... »
Hélas, le Duc de Ramis ne pouvait défendre son fils en prétendant qu'il n'aurait jamais fait une telle chose. Il ne pensait pas qu'ils avaient inventé de fausses preuves pour calomnier son fils ; il pensait plutôt que ce genre d'agissements était tout à fait dans ses cordes.
En réalisant cela, le Duc de Ramis ressentit une profonde honte d'avoir mal élevé son fils. Les années qu'il avait vécues jusqu'ici lui parurent soudain vaines.
Cependant, le Duc de Ramis était un politicien expérimenté. Il ne laisserait jamais transparaître ses pensées.
« Je ne dirai pas que le contenu de ceci est une invention. J'admets les erreurs de mon fils. Mais je ne pense pas que cela justifie qu'un héritier ducal subisse une mort aussi misérable et soit la risée de tous. »
Le coin des lèvres de Hugo se releva légèrement.
« Une erreur ? Vous devriez remercier vos ancêtres que votre fils soit mort si inopinément. Si ce bâtard était encore en vie, je lui aurais coupé les membres pour en faire de la pâtée pour cochons. »
S'il n'avait pas pu tuer le bâtard pour des raisons pratiques, et qu'avec le temps, celui-ci avait fini par hériter du titre de Duc, Hugo aurait utilisé toute sa puissance pour détruire la famille Ramis. Il était juste de considérer que la mort de cet individu était en réalité la guidance de leurs ancêtres, veillant sur l'avenir de la famille Ramis depuis les cieux.
« Je vous en prie, lisez le document suivant. Je me demande si l'on peut encore appeler cela une erreur. »
Le document suivant contenait des informations sur l'association de jeunesse qui faisait l'objet d'une surveillance constante. Il apportait la preuve que David était responsable du financement de cette association, ainsi que les résultats de l'enquête sur la dangerosité des individus qui la dirigeaient.
Bien sûr, l'association de jeunesse n'était encore qu'une petite organisation et les cadres dirigeants commençaient à peine à sortir de l'ombre.
Les nombreuses preuves plausibles faisant d'eux des éléments extrêmement dangereux étaient l'œuvre de la Division d'Information du Duc de Taran.
Pour vérifier l'authenticité du document, il aurait fallu beaucoup de temps et d'efforts. Aux yeux de ceux qui le lisaient, il ne pouvait s'agir que de la vérité.
Le contenu détaillait comment la famille Taran se méfiait d'une organisation dangereuse et, au fil de l'enquête, une racine immense avait été révélée. En creusant davantage, ils avaient découvert que David était la figure clé finançant l'organisation.
En lisant le document, les yeux du Duc de Ramis tremblèrent violemment. Il connaissait lui aussi l'Association de la Jeunesse de la Nouvelle Nation[2]. Il avait cru son fils lorsqu'il lui avait dit qu'il avait pris ses distances, mais il n'avait aucune idée que son fils lui mentait pour continuer à les financer.
« Ce vaurien est déterminé à détruire notre famille. »
La déception et la colère envers son fils montèrent en lui. La famille qu'il avait protégée et cultivée toute sa vie était plus importante pour le Duc que sa propre vie, et encore plus que celle de son fils.
Pour le Duc, sa famille était ce qu'il y avait de plus précieux. La raison pour laquelle il pouvait rester aussi lucide face à la mort de son fils était que ce dernier avait été relégué bien bas dans la liste des priorités du Duc.
Il y avait un autre fils pour perpétuer la lignée. Il n'y avait aucun risque que la succession soit rompue. Ce qui préoccupait le Duc de Ramis, c'était que la mort de son fils ne porte atteinte à l'honneur de la famille.*
« Je suis certain que vous pouvez prédire la réaction de Sa Majesté s'il devait prendre connaissance du contenu de ce document. » (Hugo)
Le Duc de Ramis ferma lourdement les yeux.
Le Roi avait un côté impitoyable. Il n'épargnerait jamais quelqu'un qu'il considérait comme un ennemi. Il avait tué plusieurs de ses frères, défendu sa position de Prince héritier, et finalement, il était monté sur le trône sans hésiter à verser le sang pour le conserver.
Si le Roi apprenait le contenu de ce document, même s'il l'ignorait pour l'instant, il continuerait à nourrir des doutes dans son cœur. Il avait besoin de la puissance du Duc de Ramis pour le moment, alors il laisserait les choses en l'état, mais un jour, lorsque le pouvoir de ses beaux-parents royaux deviendrait un fardeau, ses doutes se transformeraient en méfiance et il frapperait le Duc.
Notes du traducteur :
[1] NdT : Vous saurez pourquoi votre fils a fini mort.
[2] NdT : Comme mentionné précédemment, le problème ici est « Nouvelle Nation ». Le terme utilisé ici représente l'idéologie d'une nation meilleure, divine. C'est généralement lié à l'idée de renverser le règne actuel pour un meilleur, c'est-à-dire une rébellion.
* NdT : Bon sang. Et ils traitent Hugo de cœur de pierre.