Chapitre 148
< — Négociation — > (2)
La cellule d'isolement du cachot du château était conçue selon une double structure. En franchissant les portes de pierre, on accédait à une pièce aux murs de roche, dotée d'une paroi grillagée qui confinait le prisonnier dans un espace restreint. Même si le détenu parvenait à s'extraire de derrière les barreaux, il lui faudrait encore affronter les chevaliers montant la garde devant les portes de pierre. C'était une prison destinée à retenir les criminels les plus dangereux.
Bien que Roy fût effectivement un individu dangereux, la raison pour laquelle Kwiz l'avait placé en cellule d'isolement était d'empêcher quiconque d'entrer en contact avec lui. Il existait un risque que le Duc Ramis tente d'assassiner le prisonnier pour assouvir sa vengeance.
Roy était allongé sur le sol de pierre, utilisant son bras comme oreiller, et lorsqu'il vit l'homme franchir la porte, il se redressa. La porte de pierre se referma, les laissant seuls à l'intérieur.
« Es-tu blessé quelque part ? » (Hugo)
« Je vais bien. » (Roy)
Roy se gratta la tête, embarrassé. Il ne s'attendait pas à ce que la première question de son maître concerne son état de santé.
« J'ai appris que tu avais raconté la situation à Fabian. Y a-t-il quelque chose que tu as omis de dire ? »
« Non, rien du tout. Vous êtes arrivé très vite, mon seigneur. Je pensais que cela prendrait plus de temps. »
Peut-être Roy pensait-il qu'il mourrait avant le retour de son maître.
« Vais-je mourir ? »
Roy posa la question calmement, comme s'il ne parlait pas de lui-même. Il savait que tuer David ne serait pas une affaire banale. Lorsqu'il avait brisé le cou de ce bâtard, il s'était déjà préparé à mourir.
Tuer Anita n'était pas son intention initiale. Mais dès qu'il avait vu la femme de chambre entrer dans la salle de repos, il avait décidé de l'éliminer.
La décision de Roy était la bonne. Si Anita était restée en vie et capturée, elle aurait calomnié la Duchesse avec toutes sortes de mensonges. Lucia aurait alors été inévitablement impliquée et se serait retrouvée au centre de toutes sortes de spéculations et de rumeurs.
Hugo fronça les sourcils.
« Tu ne mourras pas. »
Hugo réfléchit un instant avant de poursuivre.
« Si tu veux garder la tête sur les épaules, tu dois mettre ton honneur de côté. Ton honneur est-il plus important que ta vie ? »
« L'honneur ? »
Roy esquissa un sourire narquois.
« Je n'ai jamais possédé une telle chose. »[1]
Hugo laissa échapper un rire étouffé.
« Dans ce cas, c'est parfait. Tiens bon encore un peu. »
Hugo observa Roy un instant, puis lança une brève phrase.
« Tu as bien fait. »
Roy rit avec espièglerie et interpella Hugo, qui était en train de se retourner.
« Avec ceci, ai-je remboursé ma dette envers vous ? »[2]
Une lueur traversa le regard d'Hugo.
« Toi... »
En observant Roy qui affichait un large sourire, Hugo esquissa un faible sourire.
« Tu me devras encore la vie, alors nous sommes loin du compte. » (Hugo)
« Quoi... Wow, comment ai-je pu finir dans une situation pareille ? J'aurais dû m'enfuir dès que j'ai réalisé que vous étiez un escroc. » (Roy)[3]
Hugo quitta la cellule d'isolement, écoutant les murmures plaintifs de Roy derrière lui. Une fois hors du cachot, il appela Fabian et lui donna un ordre secret.
« Trouve un condamné à mort. Quelqu'un ayant une carrure et une couleur de cheveux similaires à celles de Roy. Le physique est la priorité absolue. »
Les yeux de Fabian brillèrent. Il inclina la tête en signe d'acquiescement et s'exécuta rapidement. Hugo regarda la silhouette de Fabian s'éloigner, puis tourna son regard vers le Palais intérieur, situé à quelque distance. À présent, il était temps de négocier avec le roi.
* * *
Katherine fit un saut au palais de la Reine.
« Comment va Son Altesse Royale ? »
« Son Altesse est alitée. Elle ne peut même plus manger. »
La femme de chambre répondit avec un air soucieux. Katherine poussa un léger soupir avant d'entrer dans la chambre de la reine.
Beth avait été profondément choquée par la mort atroce de son frère cadet et était restée alitée pendant plusieurs jours. Le personnel du palais craignait qu'un malheur n'arrive au fœtus durant cette période de deuil, et ils s'affairaient donc avec diligence.
« Vous devez reprendre des forces. Vous attendez un enfant. »
Katherine prit la main de Beth pour la réconforter. Beth, l'air abattu, esquissa un faible sourire.
« Je n'ai pas fait grand-chose pour mon frère. Je ne lui disais que des choses désagréables à chaque fois que nous nous voyions. »
Beth n'aurait jamais imaginé que son frère cadet partirait si soudainement. Ce n'était pas un frère dont elle était pleinement satisfaite, mais il restait son seul frère de sang. Elle le sermonnait à chaque rencontre parce qu'elle voulait qu'il réussisse. Après sa mort, elle n'était remplie que de regrets, regrettant de ne jamais lui avoir dit, ne serait-ce qu'une fois, qu'il avait bien fait.
Son père était un homme qui plaçait la famille au-dessus de son propre fils, et son mari ne semblait pas se soucier outre mesure de la mort de son beau-frère. Personne ne semblait sincèrement peiné par la disparition de son frère, ce qui brisait encore plus le cœur de Beth.
« Sir Krotin est quelqu'un que je connais bien également. Je sais qu'il a sauvé la vie de Sa Majesté à maintes reprises. Mais alors, pourquoi ferait-il cela ? Pourquoi infligerait-il une telle chose à mon frère ? » (Beth)
« La vérité sera révélée. Il y aura une conclusion, d'une manière ou d'une autre. Sa Majesté est également très inquiète de voir Votre Altesse Royale dans un tel état. » (Katherine)
Tandis que Katherine réconfortait Beth, elle se remémora la nuit de l'incident. Lorsqu'elle avait appris que le Roi la cherchait de toute urgence, Katherine s'était précipitée au Palais intérieur. En chemin, elle avait croisé Kwiz dans le couloir, alors qu'il se rendait à une réunion.
« La réception bat son plein, que faites-vous ici ? »
Dès que Katherine entendit les mots du roi, elle comprit que quelque chose clochait.
« Vous semblez occupé, Votre Majesté. Ce n'est pas une affaire urgente, je vous en parlerai plus tard. »
Elle avait juré avec colère de retrouver quiconque oserait falsifier un ordre royal et de leur faire payer chèrement leurs péchés. Et peu après son retour à la réception, l'incident s'était produit.
Katherine avait témoigné qu'elle revenait du Palais intérieur et qu'elle était restée avec la Duchesse durant tout le temps de son absence à la réception. Cela signifiait que la Duchesse n'avait jamais été seule durant la fête.
« Falcon. Je savais que cette garce venait de quelque chose de maléfique. Tu oses transformer ma salle de repos en un tel spectacle ? »
Katherine ne connaissait pas la vérité sur l'incident. L'affaire avait été traitée dans le secret et son frère aîné avait refusé de lui en révéler les détails précis. Cependant, Katherine pouvait deviner certaines choses.
Il ne faisait aucun doute que la Comtesse de Falcon avait tenté de nuire à la Duchesse et que les choses avaient mal tourné.
« Cette idiote devait encore avoir des sentiments pour le Duc de Taran. Elle ne connaît même pas sa place. »
Elle pouvait percevoir le ressentiment d'une femme qui avait autrefois aimé le Duc de Taran. Bien qu'Anita fût morte, Katherine ne voulait pas que ses petites manigances aient des conséquences, c'est pourquoi elle avait activement écarté la Duchesse de l'affaire. De ce fait, personne ne sut qu'Anita avait usurpé l'ordre royal pour envoyer Katherine au Palais intérieur.
Si Kwiz l'avait su, l'enquête aurait pris une direction légèrement différente. Les seules personnes utilisant la salle de repos privée étaient la Princesse Katherine et la Duchesse de Taran. Avec cette information, ils auraient pu conclure que, puisque Katherine avait été éloignée, la personne visée par le complot était la Duchesse de Taran. Cependant, cette possibilité ayant été écartée, l'affaire était restée plongée dans le brouillard.
Note du traducteur :
[1] Il dit qu'il n'a jamais eu une telle « carapace » (shell).
[2] Dans le flashback du chapitre 99.2, Hugo a sauvé Roy quand ils étaient jeunes, et Roy promet de lui rendre la pareille. C'est à cela qu'il fait référence. Hugo pensait que Roy ne se souvenait pas de ce qui s'était passé quand ils étaient enfants, mais cela prouve le contraire.
[3] Fait également référence au chapitre 99.2.