Chapitre 147
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Après avoir partagé la joie de ses retrouvailles avec son mari après une longue absence, Lucia s'était appuyée contre son torse et s'était endormie dans ses bras alors qu'ils échangeaient quelques mots. Depuis l'incident, elle souffrait d'insomnie, se tournant et se retournant jusqu'à l'aube, mais son retour avait dissipé toute sa tension.
Lorsque Hugo redescendit du deuxième étage après avoir installé sa femme endormie dans leur lit, Fabian était déjà arrivé et l'attendait.
« La situation ne semble pas très bonne. »
Fabian lui remit son rapport. Hugo avait continué à recevoir des informations sur la situation pendant son trajet de retour, il était donc globalement au courant. Le seul regret était le fait que cette garce et ce bâtard soient déjà morts[1]. S'ils avaient été en vie, il leur aurait offert la pire agonie qu'ils aient jamais connue.
Une semaine s'était écoulée depuis l'incident. Si Hugo avait été présent au moment des faits, il aurait trouvé tous les moyens possibles pour étouffer l'affaire, mais trop de temps avait passé.
Les actes commis par Roy étaient déjà devenus un fait établi ; il était trop tard pour contrer les rumeurs. La mort du beau-frère du Roi, le Comte Ramis, n'était pas un sujet dont les gens se désintéresseraient facilement. Au contraire, ils surveillaient de près la résolution de cette affaire. Certains allaient même jusqu'à formuler des hypothèses hasardeuses, se demandant si cela allait mener à une guerre entre les deux ducs.
La raison pour laquelle la situation était devenue si complexe était qu'elle excluait totalement la Duchesse. Hugo ne voulait même pas que le nom de sa femme soit mentionné dans cette histoire.
Les rumeurs au sein de la haute société étaient une étiquette qui vous collait à la peau toute votre vie. S'ils devaient résoudre l'affaire en utilisant des preuves montrant que David et Anita avaient comploté pour nuire à la Duchesse, les dommages pour son épouse seraient trop importants. Les gens la piétineraient sous toutes sortes de remarques spéculatives.
« Y a-t-il un moyen de le sortir de là ? »
« Nous avons examiné plusieurs méthodes, mais c'est impossible. »
Roy n'avait pas expliqué la situation sur le moment et n'avait pas plaidé sa cause. Il n'avait donné aucune raison pour justifier son crime. Pour expliquer ce qui s'était passé, Roy aurait dû mentionner la Duchesse, il ne pouvait donc jamais ouvrir la bouche.
« Que faire... »
Hugo songea à la solution la plus extrême. À savoir, faire porter le chapeau à David. Le seul crime qui pouvait justifier le meurtre du fils aîné d'un duc était la trahison.
« Non. Le roi ne coopérera pas. »
L'échelle était trop grande. S'ils voulaient orienter l'affaire vers la trahison, il leur suffirait de fabriquer des preuves. Il se trouvait justement qu'il y avait une proie idéale pour cela. Ils n'auraient aucun mal à faire passer l'organisation de jeunes financée par David pour des traîtres souhaitant renverser le pays.
Cependant, David était l'héritier du Duc de Ramis. La trahison de David équivalait à celle de la famille Ramis, et ce n'était pas un problème qui se limiterait à la mort de David. Son entourage ne serait pas épargné.
À l'apogée de sa puissance, le Duc de Ramis avait autant d'ennemis politiques que d'alliés. Ces ennemis ne laisseraient pas passer cette occasion et traîneraient le Duc vers sa ruine avec ténacité. Et si cela arrivait, la Reine et les princes seraient entraînés dans la tourmente. Il n'y aurait plus de fin.
Actuellement, le Duc de Ramis était une victime. Il était le beau-père du roi et son bras droit. Kwiz ne resterait pas les bras croisés à laisser le Duc de Ramis, qui venait de perdre son fils, être accusé à tort de trahison.
« N'y a-t-il aucun moyen de le faire sortir secrètement... ? »
Ils pouvaient aussi aborder le problème en partant du principe que la libération de Roy était impossible et tenter de l'exfiltrer. Cette méthode ferait inévitablement de lui un ennemi du Duc de Ramis. Le roi ne l'approuverait pas et, à terme, il se retrouverait en opposition avec lui.
Hugo ne craignait pas de combattre le roi. Il possédait une force bien suffisante cachée dans le Nord.
Cependant, la guerre nécessitait une justification. Pour inspirer le moral de ceux qui y participeraient, il fallait leur fournir une raison de se battre. C'est ainsi qu'ils seraient prêts à combattre courageusement pour la famille Taran.
Si une guerre était déclenchée pour sauver l'un des chevaliers du Duc ayant commis un meurtre atroce, même si les soldats faisaient semblant d'obéir, ils ne pourraient l'accepter intérieurement, et cela se solderait inévitablement par un échec.
Même s'il choisissait de rester dans le Nord sans jamais mettre les pieds dans la Capitale, Kwiz ne fermerait pas les yeux tranquillement. Ce n'était pas dans la nature de Kwiz de laisser un ennemi dans son dos. Sa nature était d'éliminer par tous les moyens tout élément susceptible de devenir instable.
Hugo pourrait toujours assurer sa propre sécurité, mais sa femme était vulnérable. Elle ne pouvait pas vivre dans l'angoisse constante que quelque chose ne s'infiltre dans la moindre faille de leurs défenses. Il ne pouvait pas lui infliger cela.
Pour sauver Roy, il avait besoin de la coopération du roi. Hugo croisa les bras, s'adossa à son siège et se plongea dans une profonde réflexion.
Fabian restait debout, attendant la décision de son maître, le souffle court. Il était curieux de voir comment le Duc allait résoudre cet incident.
Peu importe ses réflexions, il n'y avait pas d'autre choix que de subir une perte en abandonnant Roy. Si l'on pouvait régler cet incident en sacrifiant un chevalier qui avait assassiné l'héritier d'un duc, c'était un marché rentable.
Le bureau était silencieux, chargé d'une étrange tension.
« Je vais me rendre au palais. Va informer Sa Majesté que je sollicite une audience privée. »
« Oui, Votre Grâce. »
Fabian partit le premier vers le palais et, peu après, Hugo se mit également en route.
* * *
Hugo entra secrètement dans le palais, sans être vu des autres. Le fait que le Duc de Taran soit de retour finirait par se savoir par le biais des commérages, mais il valait mieux gérer les choses discrètement si possible.
« Hoho. Avez-vous volé jusqu'ici, Gong ? J'ai entendu dire que vous étiez à la frontière il n'y a pas si longtemps. »
Kwiz parla d'un ton enjoué dès qu'il vit Hugo. Ne pas paraître trop sérieux en toute circonstance était un masque que Kwiz utilisait. S'il affichait la même attitude, quoi qu'il arrive, il devenait difficile de lire ses intentions.
« À peine de retour, j'ai été accueilli par un incident plutôt déplaisant. » (Hugo)
« Que comptez-vous faire ? » (Kwiz)
Sans perdre de temps, Kwiz aborda le sujet principal. La situation était à son comble et il ne restait plus de marge de manœuvre. Le simple fait que Kwiz n'ait pas touché à Roy, enfermé dans le donjon jusqu'à présent, témoignait d'une certaine bonne foi. La Reine était un torrent de larmes tandis que son beau-père rendait visite chaque jour pour exprimer sa tristesse.
Après enquête sur les circonstances, de nombreux points restaient suspects. Pourquoi la Comtesse de Falcon possédait-elle un objet magique appartenant à la maison ducale de Ramis ? Pourquoi avait-elle conduit les nobles dames vers la salle de repos de Katherine ? Même en supposant que la Comtesse ait tué la femme de chambre de la princesse pour voler ses vêtements, pourquoi avait-elle tué celle de la Duchesse par la suite ? Il y avait beaucoup de zones d'ombre.
Il existait de fortes suspicions quant à un accord entre la Comtesse et David, mais aucune preuve concrète. Il n'était pas non plus clair ce qu'elle projetait exactement. Même après avoir passé au peigne fin la maison et les affaires de la Comtesse, rien n'était ressorti. David passait souvent à son bar, mais ce n'était pas un crime.
Le Duc de Ramis affirmait que l'objet magique de la famille avait été volé et niait catégoriquement tout lien avec la Comtesse.
Il insistait sur le fait que David, qui se trouvait sur le domaine, avait reçu une autorisation spéciale de sa part, son père, pour passer du temps à la maison à l'occasion du jour de la fondation, et qu'il était donc venu à la Capitale pour entrer au palais dans le seul but d'assister à la fête.
Roy avait tué toutes les personnes impliquées, et la seule partie concernée, Roy lui-même, gardait le silence. Il n'y avait aucune preuve pour réfuter les affirmations du Duc de Ramis. Par conséquent, David avait été assassiné injustement, et Roy était un meurtrier vicieux.
« J'ai entendu dire que la situation n'était pas très bonne. » (Hugo)
« Elle ne l'est pas, en effet. Sir Krotin doit dire quelque chose pour que nous puissions assembler les pièces du puzzle. Même cela est déjà trop tard. À ce stade, il est difficile d'inverser la tendance, peu importe ce qu'il dit. Mais étant donné que le Duc Ramis ne présente pas la mort de David comme un complot délibéré du Duc de Taran, on peut voir qu'il se retient beaucoup. La requête de mon beau-père est simple. Il veut que Sir Krotin soit exécuté selon la loi. Avec cela, il laissera couler. À vrai dire, ce Roi est surpris, car il a fait preuve d'un grand sang-froid face à la mort de son fils. » (Kwiz)
« ... »
« Libérer Sir Krotin est difficile. Il y a aussi le problème du fait que Sir Krotin portait une épée dans le palais. Si nous traitons la mort de son fils aîné de manière superficielle, mon beau-père en fera un problème. S'ils prétendent que son but était d'assassiner ce roi et qu'ils rallient l'opinion publique, cela mènera à une controverse politique et la famille Taran sera également entraînée dedans. Ce roi ne veut pas que les choses évoluent ainsi. »
Les forces d'opposition au roi retenaient encore leur souffle. En ce moment, alors qu'ils n'avaient pas encore été correctement neutralisés, si les deux plus grandes forces du roi s'affrontaient, cela leur exposerait une faille. Comme cette situation se transformerait en une guerre de boue, Kwiz choisirait d'exécuter Roy.
« Pourquoi, bon sang, Sir Krotin agit-il ainsi ? Incident mis à part, je suis tellement curieux que je n'en dors plus. » (Kwiz)
« Puis-je le voir ? » (Hugo)
Notes du traducteur.
[1] David & Anita