Chapitre 144
< — La réception de fondation — > (4)
Trois jours s'étaient écoulés. Les événements scandaleux provoqués par le « Chien fou » Krotin s'étaient rapidement propagés au sein de la haute société. Les nobles se pressaient pour obtenir des nouvelles de cet incident aussi inattendu que rare. Lorsqu'ils se retrouvaient entre eux, ils ne parlaient que de cela. Tout en qualifiant l'affaire de terrible avec un air faussement préoccupé, ils prenaient tous un malin plaisir à voir la maison d'autrui partir en fumée.
Roy avait été arrêté pour le crime de meurtre. Les chevaliers royaux dépêchés sur place craignaient de ne pas savoir comment réagir si Roy refusait de se laisser arrêter et tentait de s'enfuir, mais contre toute attente, il s'était montré docile et s'était laissé ligoter sans opposer de résistance.
Le salon privé de la princesse Katherine était devenu une scène de crime ; l'accès en était strictement interdit, à l'exception des parties concernées et de l'équipe d'enquête, qui avait passé la pièce au peigne fin à de nombreuses reprises.
Lucia était rentrée chez elle précipitamment, sans connaître la vérité sur l'incident de ce jour-là. Les gardes qui l'attendaient à l'extérieur du palais étaient entrés dans la salle de réception pour lui demander de rentrer au plus vite, et elle n'avait pu refuser. Une fois arrivée à la résidence ducale, elle avait été examinée une nouvelle fois par le médecin pour vérifier son état de santé, puis elle était restée confinée à l'intérieur pendant trois jours entiers.
La résidence ducale était soumise à des mesures de sécurité d'urgence si strictes qu'une goutte d'eau n'aurait pu s'y infiltrer. Avant que le Duc ne quitte la Capitale, le capitaine de la garde avait reçu les pleins pouvoirs en cas d'état d'urgence. La résidence était désormais placée sous une protection telle qu'on aurait pu croire à un état de guerre.
Le palais avait tenté à plusieurs reprises de convoquer la Duchesse en tant que témoin, mais le messager n'avait même pas pu apercevoir le visage de la Duchesse avant de devoir rebrousser chemin.
« La Duchesse ne peut se rendre seule au palais pour une affaire aussi déplaisante alors que le Duc est absent. »
Après avoir reçu ce refus catégorique de la part du capitaine de la garde, le Roi s'était montré quelque peu mécontent. Mais il n'avait pas d'autre choix. Pour faire venir la Duchesse, il aurait fallu affronter les chevaliers protégeant la résidence ducale, ce qui aurait signifié une guerre ouverte avec le Duc de Taran. Kwiz n'avait aucune intention de se mettre la famille Taran à dos.
Dès que Fabian eut appris l'incident, il envoya immédiatement un message urgent au Duc. Par la suite, chaque fois qu'il obtenait de nouvelles informations, il envoyait des messages complémentaires. Il s'assurait ainsi qu'à l'arrivée du Duc dans la Capitale, celui-ci serait parfaitement au courant de tout ce que Fabian avait découvert.
Actuellement, la division d'information de la famille Taran rassemblait des renseignements avec acharnement. Ils ne reculaient devant aucune dépense et utilisaient tous les contacts qu'ils pouvaient mobiliser.
Le quatrième jour après l'incident, Fabian se rendit à la résidence ducale. Il venait faire un rapport à la Madame sur la situation qui s'était développée entre-temps.
Fabian ne pouvait ignorer les messages que Jerome lui envoyait sans cesse, expliquant que la Madame ne parvenait ni à manger ni à dormir correctement, et qu'à ce rythme, cela deviendrait un problème majeur. Pour lui, c'était un coup dur pour Roy, mais au retour du maître, la santé de la Madame était bien plus importante que la vie de Roy.
La nuit dernière, Fabian avait obtenu une faveur spéciale du Roi et avait pu rencontrer Roy en secret, sans que personne ne le sache.
Dans le cachot, Roy semblait détendu, comme si sa cellule d'isolement était son lieu de villégiature. Il était allongé sur le sol, la tête appuyée sur son bras, et dès qu'il vit Fabian, il agita la main.<sup></sup>
« Yo. T'es venu ? » (Roy)
La tension artérielle de Fabian monta en flèche et il grinça des dents.
« Espèce d'abruti ! "T'es venu ?" Oui ! Je suis venu ! Qu'est-ce qui te rend si serein alors que tu fais courir tout le monde jour et nuit, hein ? » (Fabian)
« Tu veux que je pleure, peut-être ? » (Roy)
« Pff… J'aurais même pas dû demander. Je savais qu'un jour tu causerais ce genre d'ennuis. Mais si tu devais le faire, au moins, fais quelque chose de gérable, bon sang. » (Fabian)
Fabian maudit Roy à cœur joie, mais ce dernier se contenta de se nettoyer l'oreille avec une expression ennuyée derrière les barreaux. En voyant cela, Fabian s'énerva encore plus et dut se tapoter la poitrine pour se calmer.
Depuis le jour de son arrestation, Roy n'avait pas dit un seul mot sur l'incident. Si le Roi avait envoyé Fabian, c'était parce qu'il voulait que ce dernier persuade Roy de révéler ne serait-ce qu'un peu d'informations sur les faits.
Officiellement, Roy était emprisonné comme un criminel dangereux, mais en dehors de cela, il ne subissait aucun mauvais traitement. Il n'y avait pas encore eu d'interrogatoire approfondi, il était indemne, mangeait les repas servis en prison aux heures prévues et, en somme, se portait bien.
« Parle. J'ai vérifié, il n'y a personne aux alentours pour écouter. » (Fabian)
Roy raconta la situation à Fabian, telle qu'il l'avait vécue. C'était le travail de Fabian d'écouter, de déduire et de rassembler les pièces du puzzle.
« Pourquoi as-tu tué David ? Si tu l'avais laissé en vie, au moins, la situation ne serait pas aussi sombre, tu sais. » (Fabian)
« Si je l'avais épargné, ça aurait posé problème plus tard. Puisque si je l'épargne, c'est des ennuis, et si je le tue, c'est aussi des ennuis, alors autant le tuer. » (Roy)
« Espèce de monstre cruel. Une bête. C'est terrible qu'un type comme toi ait pu marcher librement sous le soleil jusqu'à maintenant. Espèce de sale type. » (Fabian)
Fabian fut à nouveau submergé par la colère et, après avoir fulminé, il reprit la parole.
« Pourquoi as-tu tué la Comtesse dans un endroit avec autant de témoins ? Tu aurais pu t'échapper facilement. À cause de ça, tu t'es mis dans une situation impossible et tu as été pris en flagrant délit. »
« C'est pour ça que je dis… »
« Quoi ? »
« Montre-moi la preuve que je l'ai tuée et je croirai que je l'ai fait. Il faut bien que ça ait l'air d'un acte de folie isolé pour qu'il n'y ait aucun lien avec la Madame et le maître, non ? »<sup></sup>
Ce type est un fou, mais un fou brillant, pensa Fabian.
« Il n'y a personne de sain d'esprit au service de mon maître. »
Cracha Fabian avec regret.
« Je pensais devoir tuer cette femme avant qu'elle n'ouvre la bouche. Mais wow. C'est vraiment incroyable. Le visage de cette femme a changé dès qu'elle est morte. Comment est-ce arrivé ? »
Fabian grogna bruyamment avant de répondre.
« Un outil magique. Une propriété de la maison du Duc de Ramis. Bien qu'ils prétendent maintenant qu'il a été volé dans leur résidence ducale. »
Il y avait beaucoup de points suspects concernant la défunte Comtesse de Falcon, alors la famille royale laissa Roy tranquille pour se concentrer d'abord sur la Comtesse.
Elle avait utilisé un outil magique censé avoir été perdu par la maison du Duc de Ramis, s'était fait passer pour une femme de chambre, avait utilisé le salon de Katherine sans autorisation, et des substances toxiques avaient été découvertes dans la bague qu'elle portait.
Ils n'avaient pas pu obtenir d'aveux puisqu'elle était déjà morte, mais ils fouillaient sans hésitation le manoir et les entreprises de la Comtesse de Falcon.
« Sais-tu quel est ton plus grand péché en ce moment ? » (Fabian)
« J'ai tué quelqu'un. »
« Exact. Je ne sais pas pour les autres, mais le fait d'avoir tué l'héritier du Duc est un problème énorme. Enfin, passons. Mais pourquoi as-tu utilisé ton arme pour tuer la Comtesse ? Tu as introduit ton arme en secret dans le palais sans autorisation. Ils peuvent t'accuser de tentative d'assassinat sur la personne du Roi. »
Roy se gratta le menton et dit :
« …Par habitude… »<sup></sup>
« …Meurs, tout simplement. »
FIN DU LIVRE 6.
Note du traducteur :
<sup></sup> Comme il s'agit d'un flashback, l'auteur n'utilise pas les « », mais les ' '. Cependant, pour éviter toute confusion avec les pensées, j'ai utilisé les "". Si vous préférez que j'utilise l'italique pour les dialogues afin de marquer une différence, dites-le-moi.
<sup></sup> Cela peut paraître confus, mais le texte original est exactement ainsi : « Montre-moi la preuve que je l'ai tuée et je croirai que je l'ai fait ». Je pense qu'il est sarcastique car, techniquement, il ne l'a pas tuée. Il a tué une femme de chambre.
<sup></sup> J'aurais traduit cela par « C'était juste par habitude… », mais l'auteur a utilisé « ?? » pour commencer les deux phrases. Je pense que cela montre l'agacement de Fabian face à la répétition du mot, j'ai donc voulu conserver cet effet.
Note : Fabian jure… ÉNORMÉMENT dans ce chapitre.