Chapitre 143
< — La fête de fondation — > (4)
Lucia retourna dans la salle de réception et se mêla aux nobles dames. Elle n’avait pas le temps de réfléchir posément et, à cause de l’enchaînement soudain et incompréhensible d’événements, son cœur battait la chamade et ses paumes étaient moites.
Mais même ainsi, elle affichait un sourire de façade envers la noble dame qui lui parlait. Son expérience dans le rêve, où elle devait socialiser tout en arborant un faux sourire jusqu’à en avoir la nausée, lui fut d’une grande aide.
Katherine revint dans la salle de réception bruyante, emplie du brouhaha des conversations et de la musique. Elle s’approcha rapidement de Lucia sans dissimuler son expression soucieuse.
Dès que Lucia vit Katherine, son esprit, qui était dans un état de confusion totale, commença à retrouver un peu de clarté. Toute cette situation avait débuté au moment où elle s’était rendue au salon de repos après avoir entendu une femme de chambre dire que Katherine la cherchait.
« Princesse. Êtes-vous… de retour du Palais intérieur ? »
« Vous savez, j’ai fait un trajet pour rien. Sa Majesté ne m’a jamais cherchée. Je vais découvrir qui, bon sang, a colporté ces absurdités et je les punirai sévèrement pour cela. »
Katherine exprima son mécontentement avec fureur.
En voyant cela, Lucia comprit qu’elle avait été victime d’un complot. Quelqu’un avait d’abord attiré Katherine avec des mensonges, puis s’en était servi pour l’attirer, elle, jusqu’au salon de repos.
« Pourquoi ? Qui ferait une chose pareille ? »
Sans l’intervention de Sir Krotin, cela aurait pu tourner au désastre. Lucia repensa à la scène dans le salon de repos un peu plus tôt. L’homme que Sir Krotin tenait à la gorge était sans aucun doute le Comte de Ramis.
« Je ne sais pas comment cette situation a pu se produire. Le Comte Ramis a-t-il essayé de me faire du mal ? »
Plus que tout, la plus grande inquiétude de Lucia était de savoir ce qui arriverait à Sir Krotin.
« Duchesse. Le médecin impérial vous attend. »
Une femme de chambre s’approcha d’elles et annonça.
« Le médecin impérial ? Duchesse, ne vous sentez-vous pas bien ? »
« Oui. J’ai un peu mal à la tête… »
« Oh non. Vous devriez rentrer chez vous et vous reposer. Je ne pense pas que la Duchesse soit faite pour les activités qui se prolongent tard dans la nuit. »
Soudain, les gens commencèrent à s’agiter. Dans le couloir menant à la vaste salle de réception, les chevaliers royaux se frayaient un chemin, et le fracas de leurs armures résonnait alors qu’ils se déplaçaient rapidement. Réalisant que les chevaliers se dirigeaient vers le salon de repos privé de la princesse, le visage de Lucia se décomposa et elle se raidit.
Une situation où un mouvement collectif de chevaliers venait gâcher l’atmosphère joyeuse d’une fête était extrêmement rare. Les gens commencèrent à bruisser, se demandant quel incident majeur avait pu se produire.
« Allez découvrir ce qui se passe. »
Katherine envoya sa femme de chambre. Le bruit des armures des chevaliers s’éloigna et Lucia se rendit au salon de repos public pour se faire examiner par le médecin impérial. Entre-temps, l’atmosphère de la fête revint lentement à la normale.
Les nobles dames se rassemblèrent autour de Katherine. L’une d’elles prit la parole.
« S’il vous plaît, montrez-nous votre salon de repos un jour, Princesse. »
« Je suis d’accord. Je sais que peu de gens peuvent y entrer en même temps, mais je suis triste de ne pas avoir eu l’honneur d’être invitée à la première ouverture du salon de repos de la princesse. »
« Qu’entendez-vous par ouverture de mon salon de repos ? »
« Plus tôt, la femme de chambre n’a-t-elle pas escorté plusieurs dames au salon de repos de la princesse, sur vos instructions ? On nous a dit que la Princesse organisait une inauguration et qu’elle avait choisi les premières visiteuses. »
« Je n’ai jamais donné de telles instructions. Voulez-vous dire qu’il y a maintenant des gens à qui je n’ai jamais donné la permission d’entrer dans mon salon de repos ? »
Lorsque Katherine répliqua sèchement, les nobles dames furent déconcertées et se regardèrent les unes les autres.
***
Après que le médecin impérial lui eut assuré qu’elle n’avait rien, Lucia retourna dans la salle de réception. Au même moment, la femme de chambre que Katherine avait envoyée en mission revint et murmura quelque chose à Katherine avec une expression très rigide. Après avoir entendu ses paroles, le visage de Katherine se figea également.
« Duchesse, un instant, je vous prie. »
Katherine entraîna Lucia loin de la foule vers un endroit isolé.
« Duchesse. Ne vous alarmez pas et écoutez-moi. J’ai enquêté sur ce que faisaient les chevaliers, et il semble qu’un accident se soit produit. En fait, plutôt que d’appeler cela un accident… »
Katherine fut incapable de terminer sa phrase.
Lucia essaya intentionnellement d’afficher une expression calme, mais ses poings serrés tremblaient. Elle avait un pressentiment sinistre. Un froid glacial lui parcourut l’échine.
*S’il vous plaît.* Lucia murmura pour elle-même. Son cœur battait la chamade, rongé par la peur qu’il soit arrivé malheur à Sir Krotin.
« Il y a eu un meurtre. Le coupable est l’escorte de la Duchesse. Le chevalier Krotin. »
***
Le seigneur a changé.
« Pour le moment, nous utiliserons ce village comme campement. » (Hugo)
« Oui, mon seigneur. »
En observant Boris, qui regardait leur seigneur avec des yeux brillants et criait de toute la force de ses poumons, Dean fit cette réflexion. Boris était le plus jeune participant parmi les chevaliers de la campagne de soumission du Nord cette fois-ci. Et il s’était remarquablement bien comporté lors de la bataille contre les barbares.
Bien que le capitaine Elliot ne soit pas porté sur l’expression de ses sentiments, il semblait satisfait de la croissance de son fils. Et l’expression de Boris était pleine de fierté à l’idée de participer à une mission importante en tant que chevalier de la famille.
Dean avait prédit qu’il ne serait pas facile pour Boris de se remettre du choc de sa première bataille, mais Boris avait déjoué ce pronostic. La raison en était que leur seigneur avait changé.
Durant la bataille contre les barbares, le seigneur les commandait principalement. Il ne se contentait plus de prendre uniquement les chevaliers d’élite pour massacrer les barbares sans discernement comme auparavant. Les chevaliers qui gardaient la frontière étaient intégrés aux rangs et participaient également à la guerre.
Il rassemblait les chevaliers, élaborait des stratégies et utilisait diverses méthodes opérationnelles. Les chevaliers combattant les barbares sous le commandement direct du Duc entraient dans la bataille avec une résolution ferme et savouraient leurs fières victoires.
« Si ce n’est pas juste un changement temporaire… »
Dean regarda Boris, qui courait partout, affairé.
« Les ténèbres auxquelles seuls les chevaliers d’élite avaient accès vont maintenant disparaître. Boris sera le début d’une nouvelle génération d’élite. »
Hugo menait la soumission des barbares différemment de ce qu’il avait fait auparavant. Le but n’était pas de réduire adéquatement les effectifs par dizaines de milliers, mais de disperser les tribus qui commençaient à se rassembler, de réduire leurs forces et de les isoler. Il mobilisa autant de chevaliers que possible et mit en œuvre diverses stratégies. Il ne laissa aucune place aux problèmes futurs et traita la situation rapidement. Il avait fait de son retour à la maison sa priorité absolue.
Et contrairement à avant, Hugo ne ressentait aucune inclination à tuer les barbares, même lorsqu’ils étaient en vue. Comparé à son désir de serrer sa femme dans ses bras, le désir de massacre et d’effusion de sang n’était qu’une nuisance.
Les villages proches de la frontière étaient toujours exposés aux menaces de pillage des barbares, ils étaient donc très coopératifs. La raison pour laquelle les villageois ne quittaient pas leurs villages malgré les risques était leur attachement obstiné à leurs terres natales.
Lorsque tous les anciens mouraient, ceux qui avaient quitté le village dans leur jeunesse vieillissaient et revenaient chez eux. Ainsi, ils maintenaient obstinément l’existence du village.
Dans un village reculé, il y avait toujours une maison vide et abandonnée. Parmi celles-ci, il en choisit une assez solide, la nettoya sommairement et en fit leur quartier général. De toute façon, Hugo n’était pas du genre à se soucier des apparences, il ne s’agissait donc que d’épousseter et de préparer un grand bureau pour les réunions.
Alors qu’Hugo lisait un rapport détaillé provenant de divers secteurs, un chevalier entra.
« Mon seigneur, le médecin du village demande à vous voir. »
« Pourquoi ? »
« Il a dit que vous connaîtriez le nom "Philip". »
Hugo leva la tête. Et il laissa échapper un rire forcé. Il pensait que cet homme errait de lieu en lieu, mais il n’avait aucune idée qu’il séjournait ici par coïncidence. Philip n’était pas un visage qu’il souhaitait vraiment voir, alors il hésita à le recevoir ou non, puis décida qu’il n’y avait aucune raison de l’éviter.
« Faites-le entrer. »
Quelque temps plus tard, le chevalier fit entrer Philip. Hugo renvoya le chevalier. Il observa silencieusement Philip, vêtu de façon minable, alors que ce dernier s’inclinait respectueusement.
« Que voulez-vous ? »
« Sachant que vous étiez à proximité, je ne pouvais m’empêcher de venir vous présenter mes respects. »
« Inutile. Il n’y a rien de bon à se voir, alors faites comme si vous ne me connaissiez pas. Si c’est tout, fichez le camp. »
Philip étudia Hugo attentivement.
Hugo fronça les sourcils, manifestant son mécontentement. La seule personne qui fixait son visage aussi ouvertement et directement était ce vieil homme.
« Dois-je ordonner qu’on vous traîne dehors ? »
« Vous avez changé. »
« … Quoi ? »
« La façon dont vous me regardez est différente d’avant. Auparavant, vous exsudiez une soif de sang comme si vous étiez sur le point de tuer. »
Hugo n’avait jamais aimé écouter les conneries du vieil homme. Mais cette fois, en entendant ses mots, il pensa : « Est-ce vrai ? ». Il était vrai qu’en regardant le vieil homme maintenant, il ne se sentait pas aussi torturé intérieurement et nauséeux qu’auparavant.
Philip était une trace de tous les cauchemars d’Hugo. Il était un médium, un rappel qu’il était un monstre dégoûtant et terrible. Mais maintenant, il ne lui semblait plus si terrible.
« Vous ne devez pas changer. En tant que véritable maître du Nord, vous devez être calme et avoir le cœur froid. Le jeune maître est la véritable lignée Taran… »
Hugo baissa les yeux sur le rapport qu’il lisait avec un soupir. Comme prévu, le vieil homme ne disait que des absurdités dès qu’il ouvrait la bouche.
« Sortez. »
« … La Madame va-t-elle bien ? »
Les yeux rouges d’Hugo s’assombrirent vivement, virant au rouge sang. Son regard devint meurtrier alors qu’il fixait Philip et découvrit férocement ses dents.
« Ne prononcez même pas son nom avec votre bouche sale. Il n’y a nul besoin de votre sollicitude. »
« C’est juste mon inquiétude en tant que médecin, à savoir si les symptômes de la Madame sont toujours les mêmes qu’avant. Si vous avez encore besoin du remède… »
« Je n’en ai pas besoin. »
Hugo appela un chevalier et lui ordonna de traîner Philip dehors. En se laissant entraîner par le chevalier, Philip continua de jacasser.
« Je prévois de rester dans cette ville pour le moment. Si par hasard, vous avez besoin de mon aide pour traiter la Madame, appelez-moi. »
Hugo l’ignora. Philip sortit et laissa un dernier mot.
« Le jour où vous me chercherez viendra. »
Hugo renifla. Chaque fois qu’il rencontrait ce vieil homme, cela ne finissait jamais bien. La prochaine fois, il ne le verrait certainement pas.
« Mon seigneur. Nouvelles urgentes ! »
Un chevalier entra en hâte. Le petit récipient en bois que le chevalier lui tendit portait un sceau indiquant qu’il s’agissait de nouvelles de la capitale.<sup>[1]</sup>
Alors que l’expression d’Hugo se raidissait, il sortit précipitamment le message et le lut.
Après avoir lu le court message, Hugo abattit son poing sur le bureau et bondit sur ses pieds. Il ordonna immédiatement au chevalier stupéfait :
« Appelez Callis… Sir Elliot. Tout de suite ! »<sup>[2]</sup>
Note du traducteur :
[1] Je n’ai aucune idée de ce qu’est [나무통은]. Tout ce que j’ai pu trouver est « seau en bois », alors j’ai supposé qu’il s’agissait d’un récipient en bois…
[2] Le chevalier qu’il appelle, son nom complet est Callis Elliot. Je crois qu’il est le capitaine des chevaliers.