Chapitre 142
< — La fête de fondation — > (3)
Après avoir confirmé que Madame avait complètement quitté la salle de repos, Roy s'adressa à David d'un ton glacial.
« Vous n'avez pas vu Madame ici aujourd'hui. Vous comprenez ? »
David grinça des dents, furieux. Il allait assurément faire vivre à ce bâtard une existence pire que la mort. Il ne se contentait pas d'être impoli. Un simple chevalier d'origine roturière insultait un Comte, héritier d'un Duc.
Lorsque David tenta furieusement de passer devant Roy, ce dernier lui barra le chemin.
« Quoi ! »
« Répondez avant de partir. Ma maîtresse n'est jamais venue ici. »
David renifla avec dédain.
« Ne m'avez-vous pas entendue ? Je suis venue ici après avoir été invitée par la Duchesse. »
« Ce fils de… »
Roy grogna. David tressaillit, puis fut envahi par l'indignation, furieux d'avoir été intimidé par l'attitude d'un chevalier ignorant.
« Et si je garde le silence ? Penses-tu pouvoir dissimuler le fait que la Duchesse était ici ? Que feras-tu des chevaliers qui montent la garde à l'extérieur ? »
« Il me suffit de leur dire de ne jamais en parler. »
« Comment sais-tu que personne d'autre que les chevaliers et moi ne sommes au courant ? »
Les yeux de Roy prirent un éclat particulier. David, désireux d'énerver encore davantage Roy, continua de provoquer.
« Bientôt, des gens vont arriver ici. Je suis dans la salle de repos de la princesse et le chevalier garde du corps de la Duchesse est avec moi. J'ai hâte de voir comment je vais expliquer cette situation. »
« ...Quelqu'un va venir ? »
« Le chevalier garde du corps de la Duchesse a quitté sa maîtresse pour se battre avec le Comte à cause d'une histoire d'amour. Ça va être très intéressant. »
Toute expression disparut du visage de Roy. Des yeux sans vie, dénués d'émotion comme ceux d'une bête sauvage, croisèrent le regard de David.
« ...Je vois. C'est un complot de ta part. »
Roy sourit. C'était un sourire immaculé et éclatant.
David fut parcouru de frissons. C'était une sensation instinctive de survie, répondant à la menace de mort. David tenta de dire quelque chose, mais il était déjà trop tard.
Les deux mains de Roy saisirent la tête de David et la tordirent. *Crac*. Avec ce bruit, la conscience de David s'éteignit. Roy déposa le corps inanimé de David sur le sol et se redressa. Il observa la salle de repos avec une froideur contenue dans le regard. Il était totalement différent de son apparence habituelle, frivole et insouciante. Telle une bête retenant son souffle, accroupie juste avant de bondir, une énergie calme mais féroce émanait de Roy.
Roy était redevenu un chasseur. Il retrouva les sensations de l'époque où, dans le Nord, il traquait et tuait les barbares.
« Madame est certainement venue ici avec sa femme de chambre. »
Roy inspecta chaque recoin de la salle de repos. Il découvrit les deux femmes inconscientes sur le sol des toilettes. La première qu'il vit n'était vêtue que de ses sous-vêtements, et l'autre était la femme de chambre de Madame. Les lèvres des deux femmes étaient sombres, présentant les symptômes typiques d'un empoisonnement. Leurs chances de survie ne semblaient pas très élevées.
« Je ne peux pas laisser la femme de chambre derrière moi. »
S'il avait été seul, il aurait pu sortir d'ici sans laisser de trace, quoi qu'il arrive. Mais emmener une femme inconsciente rendait les choses difficiles. Cependant, abandonner la femme de chambre avec le cadavre du successeur du Duc signifiait que Madame se retrouverait mêlée à cette affaire.
« De plus, il y a un complice. »
David avait dit que des gens arrivaient. Cela signifiait qu'il y avait une promesse ou un accord pour que cela se produise.
« La personne qui a amené ce bâtard ici. Elle reviendra certainement. »
Roy se souvint de la femme de chambre qui était passée devant lui un peu plus tôt et de cette femme désagréable qui ne cessait de lui taper sur les nerfs. Ces deux personnes à l'apparence différente dégageaient la même odeur. Il y avait une sorte de lien entre elles.
« Qui visent-ils ? Madame ? Ou le Seigneur ? »
En escortant le Prince héritier pendant plus d'un an, Roy avait appris beaucoup de choses. Il avait été témoin des batailles entre aristocrates, où ils inventaient des rumeurs et les répandaient pour éliminer leurs ennemis.
Au début, il pensait : « Un homme devrait prendre son épée et se battre loyalement, quel genre d'acte minable est-ce là ? ». Mais il finit par réaliser que, parfois, l'effet d'une rumeur était bien plus fatal que celui d'une épée.
« Madame est une femme. Une rumeur n'est pas une bonne chose pour une femme. »
Peu importait leur cible, s'ils s'en prenaient à la Madame, le résultat reviendrait à nuire à son seigneur.
« Le complice doit être éliminé. »
Roy renonça à s'enfuir. Il pensa plutôt à faire le ménage. Il décida d'effacer toute trace du passage de la Madame en ces lieux. Un vrai chasseur ne doit laisser derrière lui ni empreintes, ni motifs d'inquiétude pour l'avenir.
Il devait commencer par se débarrasser des témoins. Il brisa la nuque de la femme de chambre et de la servante, les tuant sur le coup. Il éprouva un léger regret pour la femme de chambre qu'il connaissait un peu.
« Désolé. Je demanderai pardon en enfer plus tard. »<sup>[1]</sup>
Il traîna les chevaliers qui gisaient sur le sol à l'entrée. Ils avaient été témoins de l'entrée de la Madame dans la salle de repos. Comme prévu, il les tua également et les adossa contre le mur, dans un angle mort discret.
Tout le processus fut expédié en un clin d'œil. De nombreuses vies furent perdues en un instant, mais pour Roy, il ne s'agissait que d'une chasse. Il ne ressentait ni peur ni culpabilité après avoir assassiné ces gens ordinaires.
Roy s'assit sur le canapé, ferma les yeux et attendit patiemment. Ses sens aiguisés captèrent le bruit d'un groupe de personnes se dirigeant vers lui. Les pas, qui se rapprochaient progressivement, s'arrêtèrent devant la porte de la salle de repos.
Au moment où la porte s'ouvrit avec un léger clic, Roy ouvrit les yeux. La porte centrale s'entrouvrit. Une douzaine de nobles dames s'engouffrèrent dans la salle de repos, découvrirent Roy et s'immobilisèrent.
Les yeux de Roy brillèrent. Il vit le regard de la servante trembler sans relâche alors qu'elle se tenait là, agrippée à la poignée de la porte.
Anita avait trouvé la situation étrange dès l'instant où elle n'avait pas vu la garde de la Duchesse dans le couloir, et en constatant l'absence de chevaliers devant la salle de repos, elle avait senti que quelque chose clochait.
Cependant, elle ne pouvait refuser d'obtempérer aux nobles dames qui la suivaient et la pressaient d'ouvrir la porte. Si elle s'enfuyait ainsi, ce serait beaucoup trop suspect. Elle se dit que, quoi qu'il soit arrivé, une fois les nobles dames entrées, elle saisirait l'occasion pour s'éclipser naturellement.
Les nobles dames n'ouvriraient jamais une porte de leurs propres mains. Anita était agacée, bien qu'elle fût elle-même une telle noble dame. Dès qu'elle ouvrit la porte centrale, Anita se retrouva face à face avec Roy, qui la fixait droit dans les yeux. Elle ne put bouger d'un pouce, comme si elle était devenue une grenouille devant un serpent.
« Alors, c'est toi. »
Roy jugea instinctivement que cette femme était au centre de tout ce qui s'était produit. Suivant son tempérament de chasseur, qui se fiait davantage aux sens de son corps qu'à la raison, il tira le poignard dissimulé qu'il portait toujours sur lui et le lança immédiatement vers la gorge de la femme.
Coin du traducteur :
[1] Cela ressemble davantage à « Je demanderai pardon quand j'irai en enfer plus tard ».
N/E : Waouh, je ne m'attendais pas à un tel bain de sang ici, héhé, mais il faut reconnaître à Roy sa façon de gérer les choses. Ce chien approuve, les morts ne parlent pas. XD
*J'espère que les commentaires de l'éditeur ne vous dérangent pas. Je les ai laissés car c'est la fin du chapitre de toute façon et vous pouvez les considérer comme un commentaire.