Chapitre 137
< — Pour toujours — > (4)
N/T : On m'a rappelé dans les commentaires qu'aujourd'hui, c'était le premier avril. J'ai été tentée... mais non.
La loge d'honneur était une pièce fermée où personne dans le public ne pouvait entrer, à l'exception d'eux deux. Grâce à cela, Lucia n'avait pas besoin de se soucier des regards des autres et riait à cœur joie.
Bien qu'il soit venu pour voir une pièce, Hugo prenait bien plus de plaisir à regarder Lucia rire, et il passa en réalité plus de temps à observer sa femme qu'à suivre le spectacle.
La pièce était assez longue. Pendant l'entracte, Lucia décida de passer par le salon de repos. À peine eut-elle franchi le seuil qu'elle entendit les rires bruyants de plusieurs femmes. En apercevant Lucia, le groupe, qui riait aux éclats, la salua à quelques pas de distance.
« Duchesse, vous êtes venue à un rendez-vous avec votre mari, n'est-ce pas ? »
« Un mari qui vous accompagne voir une comédie ! N'est-ce pas merveilleux ? »
Malgré les salutations envieuses des nobles dames, le groupe réuni sur le côté éclata de rire.
« On dirait que vous avez toutes apprécié la pièce. » (Lucia)
« Ah... en fait, nous rions pour une autre raison. Par hasard, la Duchesse a-t-elle déjà lu le livre intitulé "L'Amour au clair de lune" ? »
« Je ne crois pas. »
Quelqu'un sur le côté commença à expliquer la situation à Lucia, qui n'était pas très au fait du sujet. « L'Amour au clair de lune » était un roman sentimental très populaire parmi les nobles dames ces derniers temps. Il dépeignait l'histoire comique d'une noble qui se targuait d'être la plus belle femme du monde malgré une apparence peu attrayante, et qui tombait amoureuse de son chevalier garde du corps.
Mais quelque chose de similaire à l'intrigue du roman s'était réellement produit. Les protagonistes étaient la Comtesse Wickson, devenue veuve il y a quelques années, et son chevalier garde du corps. La Comtesse Wickson avait une apparence étrange en plus d'être d'un âge avancé, tandis que le chevalier était un jeune homme d'une beauté rare.
Lorsque les deux firent leur apparition au théâtre aujourd'hui, les nobles dames s'étaient rassemblées pour les railler en riant.
« Ah... je vois. »
Lucia répondit en forçant un sourire. Le fait que ces nobles dames prennent plaisir à ridiculiser quelqu'un d'autre montrait que leur conduite laissait à désirer.
Lucia passa aux toilettes et quitta rapidement le salon. En chemin vers les gradins, elle croisa le sujet de toutes les discussions : la Comtesse Wickson.
Lucia n'avait échangé que quelques salutations avec la Comtesse, et c'était il y a longtemps, mais elle ne pouvait oublier cette femme tant son apparence était singulière. Lucia prévoyait de la saluer brièvement et de poursuivre son chemin, mais en voyant le garde qui suivait la Comtesse, elle fut surprise et s'immobilisa.
« Hanson... ? »
Oh mon Dieu. C'était l'escroc qui l'avait piégée dans son rêve. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait de l'homme dont elle avait cru être amoureuse autrefois. Lucia s'éloigna rapidement pour éviter de trahir son trouble. Et tandis qu'elle marchait, elle éclata de rire malgré elle. Comme la pièce du jour était une comédie, la femme de chambre qui la suivait ne s'étonna pas de ce rire soudain.
« Dire qu'il a été renvoyé de l'ordre des chevaliers pour déshonneur. Était-ce à cause d'un scandale avec la Comtesse ? »
Hanson était un homme à la belle apparence. Il souriait doucement avec ses yeux bleus et murmurait des mots tendres à l'oreille. Dans son rêve, Lucia était tombée éperdument amoureuse de ses paroles affectueuses.
Lucia ignorait si Hanson partageait réellement ses sentiments avec la Comtesse, ou s'il avait fait subir à cette dernière ce qu'il lui avait fait, poussant la Comtesse à le mépriser au point de lui faire perdre son honneur de chevalier. Mais elle ne tenait pas à le savoir.
Dans la vie de Lucia, Hanson n'était rien de plus qu'un vent de passage. La blessure causée par la trahison de l'homme qu'elle croyait aimer dans son rêve n'avait même plus laissé de trace. Il n'y avait plus de place pour que les ténèbres rampent dans son cœur désormais.
Lucia retourna aux gradins et, dès qu'elle vit son mari se tourner vers elle, elle fut frappée d'admiration. Dans son rêve, elle pensait qu'Hanson était un homme très beau. Mais même en le regardant objectivement, son mari devant elle était bien plus séduisant.
Cet homme magnifique était son mari. Lucia était très satisfaite. Elle l'attrapa et l'embrassa, exprimant pleinement ses émotions. Mais ce fut une erreur. À cause de son geste, il s'excita et transforma cela en un long baiser, ce qui lui fit manquer le début de la pièce à la reprise.
* * *
Après avoir profité de la pièce, Lucia rentra chez elle d'humeur festive. Mais lorsqu'elle entendit ce que Hugo lui dit alors qu'elle se préparait à aller au lit, son bonheur s'effondra.
« ...Tu dois aller dans le Nord. »
« Quand tu es allée au Palais, un chevalier est arrivé avec un message du Nord. »
Aujourd'hui, au bureau, Hugo s'était occupé des affaires concernant son territoire qui avaient été mises de côté. Jusqu'à ce matin, il n'avait aucun projet de départ pour le Nord. Il avait l'intention de n'envoyer que ses chevaliers pour la soumission cette fois-ci.
Mais après avoir pris connaissance du message de Callis, il semblait qu'il doive se rendre sur place pour évaluer la situation lui-même.
« Combien de temps cela prendra-t-il ? »
« Je ne suis pas sûr. Même en déduisant le temps de trajet, cela prendra au moins un mois. Et cela pourrait durer plus longtemps. »
Il ne faut pas alourdir les pas de celui qui part travailler. Lucia le savait, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir triste. Les événements oniriques du mois dernier avaient été éphémères. Mais un mois sans lui serait une éternité.
« Alors, m'as-tu emmenée voir une pièce aujourd'hui pour m'amadouer ? »
« Pas exactement... peut-être un peu. Est-ce mal ? »
« Non. Tu essayais de me faire plaisir. »
Lucia savait que son attention était dirigée uniquement vers elle. Personne n'aurait jamais imaginé le Duc de Taran emmener sa femme au théâtre pour la cajoler.<sup>[1]</sup>
« Quand pars-tu ? »
« Demain à l'aube. »
« Si tôt... »
« La situation là-bas semble grave, alors je pense que je devrais partir au plus vite. »
« Je viendrai te dire au revoir... »
« Ne fais pas ça. Dors bien. Je ne me sentirai pas bien de te laisser derrière moi. »
Lucia n'insista pas davantage. Tout comme il ne se sentirait pas bien de la laisser, il lui serait difficile de le voir partir. Il valait mieux qu'elle ouvre les yeux le matin et qu'il soit déjà parti.
Elle ne pouvait cacher sa tristesse et Hugo l'attira dans ses bras. La pensée qu'il ne pourrait pas tenir son corps doux pendant longtemps le bouleversait. S'il avait pu faire à sa guise, il l'aurait emmenée dans le Nord.
Mais il savait qu'elle ne pourrait pas suivre la vitesse à laquelle ils devaient se précipiter vers le Nord à cheval. De plus, il ne voulait même pas l'emmener dans les régions frontalières dangereuses.
Coin du traducteur :
[1] L'expression « butter her up » (amadouer/cajoler) me semble un peu déplacée, mais je n'ai rien trouvé de mieux. Quelqu'un a une meilleure alternative ?
< — Pour toujours — > (4)
« Pendant mon absence, Roy sera chargé de ta protection. »
« Sir Krotin ? »
« Bien qu'il cause beaucoup de problèmes, ses compétences sont incontestables. C'est pourquoi je l'ai choisi, même s'il risque d'être impoli avec toi. »
« Je suis consciente de l'attitude de Sir Krotin, qui traite les gens avec une certaine désinvolture. Mais je ne pense pas qu'il soit une mauvaise personne, alors je ne comprends pas pourquoi il a un surnom aussi effrayant. C'est aussi un chevalier en qui vous avez confiance. »[1]
Le jour où Lucia était allée le demander en mariage, elle avait vu Roy et Hugo ensemble, et d'après ce qu'elle avait observé, elle avait senti que la relation entre eux était plus franche et confortable que la relation rigide entre un seigneur et son chevalier.
« Ce type est un sacré personnage. »
Hugo se remémora un vieux souvenir.
Sa première rencontre avec Roy eut lieu lorsqu'il était un esclave mercenaire appelé Hue. Certaines tribus barbares kidnappaient souvent des gens pour les réduire en esclavage ou les libérer contre une rançon. Le mercenaire à qui Hue appartenait reçut une demande pour secourir le fils kidnappé d'un noble.
Alors que Hue accomplissait sa mission sous les ordres de son maître, il vit d'autres enfants capturés. Il n'avait pas le cœur tendre, mais le jeune garçon aux yeux inhabituellement haineux attira son attention. Il était le seul à être enchaîné et enfermé en isolement, pourtant il refusait de se soumettre.
Hue s'infiltra secrètement à l'aube, alors que son maître dormait, et libéra le garçon. Il ne savait pas pourquoi il avait fait cela. C'était juste un caprice.
Hue brisa les cordes qui liaient le garçon sans dire un mot, et le garçon se contenta de fixer ce que faisait Hue, sans rien dire non plus. Une fois libéré, le garçon sourit à Hue.
[Je te revaudrai ça.]
Et après une longue période, Hue retrouva le garçon. C'était à l'époque où le couple ducal avait péri aux mains de son frère ; Hue était devenu Hugo et, en tant qu'héritier du Duc, il surveillait la frontière à cause des pillages fréquents des barbares. Alors qu'il parcourait les régions frontalières, il reçut un rapport disant qu'un homme tuait les barbares à vue.
[Il a de grandes compétences. Mais peu importe s'il ne s'en prend qu'aux barbares, il n'interagit avec personne et pourrait être dangereux, donc je n'ai pas pu l'approcher imprudemment.]
[L'homme est réapparu ! Il est en plein combat contre plusieurs barbares.]
Hugo se rendit dans la zone où le combat faisait rage et observa l'homme se battre à distance. Les trois ou quatre barbares ne faisaient pas le poids face à cet homme seul.
Hugo trouva l'homme familier, mais il ne se rappelait pas où il l'avait vu. Malgré les avertissements de son entourage sur le danger, il s'approcha. L'homme resta simplement là à regarder Hugo s'avancer. En se rapprochant, Hugo se souvint de lui. C'était le garçon qu'il avait libéré de la prison barbare quand il était jeune. Ses cheveux roux l'avaient profondément marqué à l'époque et étaient toujours aussi intenses.
[Pourquoi tues-tu les barbares à tour de bras ?]
[Ces bâtards ont tué ma famille.]
[Vas-tu continuer ?]
[Je n'ai rien d'autre à faire.]
[Si tu as besoin d'une occupation, aimerais-tu venir avec moi ?]
[Ce sera amusant ?]
[Bien plus que ça.]
Tout comme le sourire qu'il avait eu étant jeune, Roy lui adressa un large sourire. Contrairement à Hugo, Roy semblait incapable de se souvenir de leur lien d'enfance.
Après avoir reçu la tragique nouvelle de Roam, Hugo partit rapidement pour Roam, et Roy le suivit. Alors qu'il réglait frénétiquement la situation, il oublia Roy. Entre-temps, le type s'était installé confortablement sans vergogne et s'en sortait bien. Après l'avoir remis à sa place par la force quelques fois, le type était devenu un peu plus obéissant. Et quand il réalisa qu'il ne pouvait surpasser Hugo par ses compétences, il se sentit lésé et lui fit part de ses plaintes.
[Tu avais dit que ce serait amusant ! Espèce d'escroc !]
Même s'il râlait, Roy ne s'enfuit pas. Il apprit le sens minimal de la bienséance pour vivre parmi les gens et s'entendit bien avec certains chevaliers de la famille. Et à un moment donné, Roy devint un chevalier de la famille.
Hugo ne pouvait pas tout lui dire, mais il lui raconta quelques parties de sa relation avec Roy. Lucia écouta avec fascination et fut émerveillée.
« Alors Sir Krotin est une personne spéciale pour vous. »
« ...Est-ce le cas ? »
« Bien sûr. Si Sir Krotin est en danger, vous irez le secourir, n'est-ce pas ? »
Hugo ne pouvait imaginer Roy en danger. Le type semblait capable de survivre même en enfer. Qui sait ? Il pourrait même sauter dans un brasier, cherchant le danger parce qu'il croyait trop en sa force. Si c'était un cas aussi pathétique, il pourrait claquer la langue et le laisser souffrir. Mais il ne pensait pas pouvoir rester les bras croisés et le laisser mourir.
« Mm. Je suppose que oui. »
« Vraiment, plus j'en apprends sur vous, plus je suis émerveillée. Beaucoup de choses autour de vous sont extraordinaires. Et qu'en est-il du majordome ? Comment vous êtes-vous rencontrés ? »
Hugo faillit succomber à l'attaque de ses yeux pétillants. Toujours en l'étreignant, il changea de position et l'allongea sur le lit, se plaçant au-dessus d'elle.
« Je t'ai dit de ne pas parler d'un autre homme au lit. »
« Je me demande qui a commencé. »
« Même si je le fais, toi tu ne peux pas. Ne montre pas de curiosité non plus. »
« Vraiment déraisonnable. »
Ses lèvres se posèrent doucement sur les siennes.
« Alors, tu détestes ça ? »
Lucia rit et passa ses bras autour de son cou.
« Comment pourrais-je ? »
Le son de son rire à son oreille réchauffa son cœur.
« Aie toujours ton garde avec toi, peu importe où tu vas. Ne sois jamais seule nulle part. »
« Je m'inquiète plus pour toi que pour moi-même. Tu vas sur le champ de bataille. »
« Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi du tout. Tout ce que tu as à faire, c'est bien dormir et bien manger. »
« Même si tu étais la personne la plus forte du monde, je m'inquiéterais toujours pour toi. Tu dois faire attention, ne te blesse pas. »
Hugo la serra plus fort, comme pour répondre à ses paroles. Quand il était avec elle, il se sentait comme une existence plus précieuse et plus importante que tout le reste.
Peut-être que si c'était elle, elle pourrait aimer le Hue qui n'était pas Hugo. Peut-être qu'un jour, elle serait capable d'imprégner son enfance sombre, profondément cachée comme scellée, de sa couleur lumineuse. Il sentait qu'un jour, il serait capable de lui révéler tous ses secrets.
« Tu seras de retour avant la fin de l'année, n'est-ce pas ? »
Il ne restait que deux mois avant la fin de l'année.
« Je passerai la matinée du Nouvel An avec toi. »