Chapitre 130
< — Je t'aime — > (3)
Traduit par : Miss Ruby
Édité par : ShadowDog
Lucia s'enfonça dans le canapé de sa chambre et remonta calmement le fil de ses souvenirs d'enfance. Son cœur se réchauffa à la pensée de sa mère. Auparavant, évoquer sa mère la rendait triste, mais désormais, seuls des souvenirs heureux lui restaient. C'était grâce au fait que Lucia était, à présent, heureuse dans sa vie.
Sa mère plaçait habituellement le pendentif au fond de son tiroir et, de temps à autre, elle le sortait pour le contempler. Parfois, elle était si absorbée par l'objet qu'elle ne remarquait même pas Lucia s'approcher d'elle. Lucia pensait que sa mère chérissait vraiment ce pendentif.
« Maman devait regretter sa famille et penser à eux lorsqu'elle regardait le pendentif. Et en même temps, elle devait être triste de ne pouvoir rentrer chez elle à cause de sa situation. »
Sa mère serait probablement retournée dans sa ville natale si elle n'était pas tombée enceinte. Mais elle ne s'était jamais montrée pessimiste quant à sa vie, et elle n'avait jamais blâmé Lucia.
Sa mère devait toujours travailler pour assurer leur bien-être. Elle travaillait généralement à l'épicerie locale et, si elle avait du temps, elle s'occupait d'un petit potager pour couvrir leurs frais de nourriture. Malgré tout, sa mère était toujours souriante. Elle serrait souvent Lucia dans ses bras et la portait contre son sein doux.
Sa mère exprimait toujours son amour avec affection, l'appelant « ma fille bien-aimée » et lui disant : « Je suis heureuse parce que je t'ai ». Lorsque Lucia perdit sa mère, le désespoir qu'elle ressentit fut tel que le ciel semblait s'être effondré, mais elle parvint à surmonter ces moments difficiles en se remémorant l'amour de sa mère.
« Je pensais que Maman avait dû mettre le pendentif au clou parce qu'elle avait désespérément besoin d'argent quand je me suis blessée. »
Cependant, sa mère n'avait jamais laissé le pendentif au prêteur sur gages. Si le propriétaire de la boutique disait vrai, alors le souvenir de Lucia était erroné.
« Disons que mon souvenir d'enfance est faux. La raison pour laquelle j'ai pu rencontrer mon oncle plus tard, c'était grâce au pendentif. Alors, comment le pendentif est-il arrivé à la maison de vente aux enchères ? A-t-il été volé ? »
Le pendentif revêtait une importance capitale pour Lucia. C'était l'objet qui l'avait aidée à retrouver ses racines.
« Je crois que j'avais huit ans quand c'est arrivé. »
Lucia se remémora l'accident survenu durant sa jeunesse. Elle avait été gravement blessée lors de cet incident.
Il y avait un grand arbre à l'entrée du quartier, et la jeune Lucia, garçon manqué, avait fait un pari avec les enfants du voisinage pour grimper jusqu'en haut. Ne connaissant pas la peur, elle était montée jusqu'au sommet avant de regarder en bas, triomphante. Mais un oiseau nichait au sommet de l'arbre. La mère oiseau, se sentant menacée, attaqua Lucia, ce qui la fit s'agiter de surprise et chuter.
« L'endroit qui a été blessé ce jour-là était... »
Les yeux de Lucia tremblèrent légèrement lorsqu'elle vérifia sous son genou droit. Il n'y avait aucune cicatrice. La zone où la blessure était censée se trouver était parfaitement lisse. La plaie était trop importante pour prétendre qu'elle avait complètement guéri et disparu avec la croissance. Mais, aussi attentivement qu'elle cherchât, elle ne trouva pas la moindre trace.
« N'a-t-elle jamais existé ? Ou a-t-elle disparu ? »
Lucia n'avait jamais examiné de très près la cicatrice sur sa jambe. Elle aurait continué à l'ignorer si le pendentif ne l'avait pas poussée à repenser à cet accident survenu durant son enfance.
« Le souvenir de ma blessure est-il faux, lui aussi ? Non. Il est impossible que je me souvienne mal d'un accident aussi grave avec autant de détails. »
Elle continua de réfléchir jusqu'à ce que sa tête lui fasse mal. Elle prit un médicament, s'allongea sur le lit et finit par s'endormir.
Tandis qu'elle dormait, Lucia rêva de son enfance. Les temps innocents où elle ne pensait qu'à ce qu'elle allait faire le lendemain défilèrent rapidement. Bientôt, elle se retrouva à pleurer toutes les larmes de son corps à côté du corps froid de sa mère. Les gens du quartier lui tapotaient le dos pour tenter de la consoler. Ils étaient attristés par le décès de sa mère, laissant une si jeune enfant seule au monde. Une tante, amie proche de sa mère, essuya les larmes de Lucia. Alors que Lucia pleurait, submergée par le chagrin, elle serra le pendentif de sa mère contre elle, comme s'il s'agissait de sa mère elle-même.
Soudain, la Garde royale fit irruption et bouleversa tout le quartier. Personne ne put empêcher la Garde royale d'emmener Lucia, et les voisins ne purent que regarder de loin. La jeune fille aux yeux vides ne se rebella pas et suivit simplement, obéissante.
Elle était aveugle au luxe du palais. Elle ne ressentit aucune émotion en regardant l'homme qu'on appelait père, qu'elle voyait pour la première fois. Le palais distant dans lequel elle allait séjourner était froid et lugubre. Dans une chambre désolée, allongée, sanglotant et appelant sa mère à maintes reprises, se trouvait une jeune fille tenant un pendentif dans sa main.
Lucia se réveilla en sursaut. Il semblait qu'elle avait dormi longtemps, car il faisait sombre dehors. Elle s'assit sur le lit, l'expression vide.
« Ce n'était pas un rêve... »
Le rêve qu'elle venait de faire n'était pas une fantaisie, mais un fragment de sa mémoire.
« Pourquoi l'avais-je oublié ? »
Le souvenir, qui semblait avoir été recouvert d'un voile, se révélait lentement.
« J'avais le pendentif avec moi. »
Après la mort de sa mère, Lucia avait constamment porté le pendentif autour de son cou. Elle l'avait également avec elle lorsqu'elle était entrée au palais. Même lorsque les femmes de chambre lui avaient retiré ses vieux vêtements pour lui en faire porter de nouveaux, elle avait refusé de se séparer du pendentif, craignant que quelqu'un ne tente de lui prendre le seul trésor qui lui restait en souvenir de sa mère.
De plus en plus de nouveaux souvenirs commencèrent à s'animer dans son esprit. Dans ses souvenirs d'enfance, il y avait une contradiction. Cette contradiction était l'accident majeur où elle était tombée d'un arbre dans leur petit quartier et s'était blessée. À ce moment-là, Lucia n'avait pas été la seule à être blessée. Lorsque Lucia était tombée, elle avait brisé une branche et un autre enfant était tombé avec elle. Cet enfant s'était blessé à la tête et, par la suite, était décédé.
« ...Rossa. »
C'était le nom de l'enfant. Elle était l'amie d'enfance de Lucia. La famille de Rossa avait déménagé quelque temps après la mort de cette dernière. La tante, c'est-à-dire l'amie proche de la mère de Lucia, était la mère de Rossa. La mère de Rossa était dans la pièce avec Lucia lorsque sa mère était décédée. Peut-être avait-elle appris la nouvelle de loin et était-elle revenue ? Cependant, dans la même pièce, il y avait une fille du même âge que Lucia qui pleurait aux côtés de Lucia, près de la tante. Cette fille, c'était Rossa.
[Lucia. Tu dois manger, d'accord ? Si tu tombes malade, ta tante sera triste au paradis.]<sup>1</sup>
Lorsque Lucia avait refusé de manger pendant deux jours ou plus après la mort de sa mère, Rossa lui avait mis une cuillère dans la main et l'avait réconfortée.
« Rossa est morte quand elle était jeune, n'est-ce pas ? »
Lucia réalisa qu'elle avait deux souvenirs de son enfance et que ces souvenirs s'étaient mélangés.
« Supposons que le propriétaire de la boutique dise la vérité. Je n'ai pas eu d'accident quand j'étais jeune et Rossa n'est pas morte. Ma mère n'a pas laissé le pendentif au prêteur sur gages et je suis entrée au palais avec le pendentif. »
Le dernier souvenir que Lucia avait du pendentif remontait au jour où elle était entrée au palais pour la première fois. Lorsqu'elle s'était endormie en pleurant et qu'elle s'était réveillée le lendemain, le pendentif avait disparu, et elle avait vu le futur. Et ses souvenirs s'étaient mélangés. Peut-être que cette confusion était due au fait qu'elle n'était encore qu'une enfant, ou peut-être était-ce à cause du pouvoir du pendentif.
« Un outil magique... »
Il existait beaucoup de choses dans ce monde qui provoquaient des phénomènes étranges et bizarres. Lucia avait vu un outil magique une fois, le jour où elle avait été amenée au Palais royal. L'outil magique destiné à déterminer la lignée semblait être un dispositif composé de deux coupes en verre placées côte à côte. De l'eau claire et pure était versée dans les deux coupes, et les deux personnes souhaitant prouver leur lien de parenté devaient y déposer leur sang. S'ils n'étaient pas liés par le sang, l'eau ne changeait pas, mais s'ils étaient apparentés, l'eau devenait rouge comme le sang.
« Le pendentif pourrait-il être un outil magique ? »
Son oncle disait que le pendentif était un héritage transmis dans la famille du Comte Baden depuis des générations. Un outil magique était un trésor de premier ordre, si bien que la plupart d'entre eux étaient des trésors nationaux. Ce n'était pas un objet qu'une famille en ruine comme celle du Comte Baden aurait pu posséder. Un outil magique pouvait se vendre une somme colossale ; si son oncle l'avait su, il l'aurait vendu depuis longtemps pour favoriser la famille.
« Mon oncle ne le savait pas. Mon grand-père ne semble pas le savoir non plus. »
En supposant que le pendentif fût un outil magique, Lucia commença un nouveau raisonnement.
« Ce que le pendentif m'a montré... ce n'était pas le futur, mais une autre de mes vies. »
Dans une autre vie, Lucia avait été gravement blessée durant son enfance, sa mère avait mis le pendentif au clou, et plus tard, elle avait rencontré son oncle grâce à l'apparition du pendentif lors d'une vente aux enchères. Même s'il s'agissait d'une autre vie, cela ne différait en rien de voir le futur. Si Lucia était restée docilement au palais, elle aurait épousé le Comte Matin et le futur se serait déroulé de la même manière.
« Les choses commencent à diverger à partir du moment où je me suis blessée enfant. Cet incident a créé un autre futur pour moi. »
En réalité, Lucia ne s'était pas blessée. Sa mère n'avait pas mis le pendentif au clou. La raison restait inconnue, mais l'outil magique s'était activé pour Lucia et lui avait montré un long rêve.
« Je dois découvrir si Rossa est en vie. »
Très probablement, Rossa était en vie.
Notes du traducteur :
1. Elle fait référence à la mère de Lucia ici et l'appelle « Ahjumma ». La traduction littérale est « la défunte Ahjumma/tante sera triste », ce qui sonne faux.
< — Je t'aime — > (3)
« Si le pendentif est un outil magique, pourquoi n'a-t-il pas été éveillé par ma mère ? Y a-t-il certaines conditions à remplir ? »
« Vivian. »
Lucia fut arrachée à ses pensées. Elle était assise sur le lit, les bras enroulés autour de ses genoux, le corps recroquevillé en boule. En entendant sa voix, elle leva la tête. La chambre était désormais beaucoup plus sombre qu'au moment où elle s'était réveillée. Elle ne savait pas quand il était entré, mais il était assis juste à côté d'elle.
« Hugh. Quand es-tu arrivé ? »
Hugo caressa doucement ses cheveux de sa main.
« À l'instant. J'ai appris que tu dormais depuis ton retour. »
Lorsque Hugo avait ouvert la porte silencieusement pour entrer dans la chambre sombre, il avait été surpris de la trouver assise sur le lit. Il ignorait à quoi elle réfléchissait si intensément, alors il avait fait un peu de bruit pour ne pas l'effrayer, mais elle ne l'avait même pas remarqué.
« Quelque chose s'est-il passé à la réception ? » (Hugo)
« ...Non. » (Lucia)
« J'ai entendu dire que tu avais eu mal à la tête. C'est la deuxième fois ce mois-ci. Pourquoi continues-tu à tomber malade s'il n'y a rien qui cloche avec ton corps ? »
Hugo pouvait difficilement croire les paroles du charlatan qui prétendait qu'une migraine n'était pas un problème grave. On appelait cela une maladie parce que quelque chose n'allait pas.
« Je vais bien maintenant. Je réfléchissais à quelque chose. » (Lucia)
À quoi réfléchissait-elle si intensément dans une chambre sombre pour ne même pas remarquer quelqu'un qui entrait ? Hugo voulait connaître ses pensées. Il voulait tout posséder d'elle, autant que possible. Il hésita un instant avant de demander avec précaution.
« La chose à laquelle tu penses, est-ce quelque chose que je ne suis pas censé savoir ? »
« Non, c'est juste... un peu absurde. Tu ne pourras pas t'empêcher de rire quand tu l'entendras. »
« Je ne rirai pas. »
« Te souviens-tu du pendentif dont j'ai parlé à mon grand-père ? »
« Je m'en souviens. »
« Je me disais que le pendentif pourrait être un outil magique. »
« Pourquoi ? »
Lucia expliqua ce qui s'était passé à la boutique de prêt sur gages, le souvenir qu'elle avait d'avoir apporté le pendentif au palais après la mort de sa mère, et le rêve qu'elle avait fait après être rentrée chez elle. Cependant, elle ne révéla pas qu'elle avait vu un autre futur en rêve. Elle n'en était pas encore sûre elle-même, et même si ce n'était qu'un rêve, elle ne voulait pas expliquer les choses douloureuses qu'elle y avait vécues.
« Mais je pense que je pourrai te le dire un jour. »
Lucia pensait que son expérience onirique de voir le futur était un secret qu'elle emporterait dans la tombe. Cependant, sans même s'en rendre compte, son esprit avait changé.
« Ma mère n'a jamais vendu le pendentif. Je pense que le pendentif a déformé quelque chose dans ma mémoire et a disparu. Je ne l'ai pas vu disparaître personnellement, cependant. »
Hugo réfléchit quelques instants et réalisa qu'ils allaient discuter un moment, alors il alluma les lumières de la chambre.
« La distorsion de la mémoire est-elle grave ? »
« Pas vraiment. C'est juste que, si c'est vraiment un outil magique, pourquoi ma famille maternelle ne le sait-elle pas ? »
« Ils pourraient ne pas le savoir. On ne sait pas grand-chose sur les outils magiques. »
Hugo savait, d'après les archives secrètes de sa famille, que les outils magiques étaient des objets courants à l'époque de l'Empire Madoh. Cependant, après une longue période, les équipements magiques avaient été détruits et il était devenu impossible de connaître la fonction originale de la plupart d'entre eux.
« Peuvent-ils disparaître soudainement ? »
« Certains outils magiques ont des capacités extraordinaires et peuvent être détruits ou brisés. Ils peuvent aussi disparaître. »
« La plupart des outils magiques sont des trésors nationaux, n'est-ce pas ? Une famille noble peut-elle en posséder un ? »
« Il y a beaucoup de familles qui possèdent des outils magiques ; c'est juste que ceux désignés comme trésors nationaux sont plus largement connus. Quel genre d'outil magique une famille possède et quelle fonction il possède est généralement un secret de famille. Certains outils magiques détenus par des familles nobles sont connus pour être cachés. »
Les outils magiques se vendaient à des prix extrêmement élevés, quelle que soit leur fonction. C'était parce qu'il y avait beaucoup de collectionneurs morbidement obsédés par ces objets. Le prix d'un outil magique ayant une fonction claire et utile dépendait des caprices du vendeur.
« Alors, la famille Taran possède-t-elle aussi un outil magique ? »
« Nous en avons beaucoup. »
Il y avait beaucoup de choses diverses dans la pièce secrète de la famille Taran. Quelque temps après être devenu Duc, Hugo avait voulu savoir ce que contenait cette pièce et avait examiné les objets qui s'y trouvaient. La plupart n'étaient que des détritus. L'outil magique de communication qui permettait aux gens de converser tout en étant séparés était quelque peu utile.
La distance de conversation ne dépendait que de la portée visuelle dans un champ ouvert. Il avait été utilisé pour protéger Damian et était toujours utilisé actuellement. Les outils magiques restants du même type avaient été apportés à la capitale. La valeur d'un outil magique aussi utile que celui de communication était énorme.
Cependant, Hugo avait organisé un convoi pour protéger sa femme et leur avait confié les outils magiques comme s'ils n'étaient rien. Une telle somme d'argent n'était pas un problème lorsqu'il s'agissait de la sécurité de sa femme. Il préférait que les chevaliers la protègent précieusement comme s'il s'agissait de leur propre vie.
« Je te les montrerai quand nous serons de retour à Roam. » (Hugo)
« Les outils magiques ont-ils vraiment un tel pouvoir ? J'ai entendu dire qu'il existait un outil magique capable de faire tomber la pluie. » (Lucia)
Hugo gloussa.
« Ce ne sont que des absurdités. La plupart des outils magiques sont inutiles. Ce sont simplement des objets de curiosité. La raison pour laquelle l'outil magique d'identification de lignée de la Famille royale Xenon est si bien connu, c'est parce qu'un outil magique avec une fonction aussi utile est extrêmement rare. Le trésor national de certains pays se présente sous la forme d'un bâton, mais il brille simplement dans le noir. Il peut être utilisé pour quelque chose, mais ce n'est pas assez bon pour le qualifier de trésor national. »
Lucia réfléchit à la signification de son pendentif disparu. Si le pendentif avait la capacité de montrer une autre vie, c'était un trésor colossal qu'on ne pouvait trouver nulle part ailleurs dans le monde.
« Es-tu intéressée par les outils magiques ? Y a-t-il quelque chose que tu veux ? »
L'opération de collecte des outils magiques dispersés à travers le monde pouvait commencer à tout moment. Cela dépendait entièrement de la réponse de Lucia.
« Non. J'étais seulement un peu confuse. »
Si c'était le pendentif qui avait montré le futur à Lucia, elle lui en était reconnaissante. C'était grâce à son rêve qu'elle était ici maintenant. Et elle réalisa qu'un incident trivial pouvait diviser le futur, et que le futur pouvait changer en fonction de ses choix.
« Mon choix, c'est toi. Et je souhaite que ton choix soit moi aussi. »
Hugo fut assez déçu d'apprendre que son plan pour retrouver secrètement le pendentif et lui faire la surprise ne se réaliserait pas.
« A-t-il simplement disparu ? Tu as dit qu'il avait déformé ta mémoire, cette partie est-elle réglée ? »
« J'étais confuse parce que j'avais deux souvenirs de mon enfance, mais après y avoir réfléchi, j'ai mis de l'ordre là-dedans. »
« Si le pendentif te préoccupe vraiment, nous pouvons faire venir ton grand-père ici et l'écouter. C'est un héritage de sa famille de Comte, il pourrait donc en savoir quelque chose. »
Lucia était sur le point de dire que ce n'était pas la peine, mais elle changea d'avis. De toute façon, le temps qu'elle avait passé avec son grand-père était court et elle en était restée triste. De plus, elle était aussi curieuse au sujet du phénomène causé par le pendentif. Selon son mari, son grand-père pourrait en savoir quelque chose.
« D'accord. J'aimerais beaucoup faire cela. »
« Je veillerai à ce qu'il soit escorté. »
Sa main caressa doucement la joue de Lucia. Lucia se sentit étrangement émue par son toucher affectueux.
« A-t-il été emporté par mon choix ? »
Lucia l'avait choisi et s'était créé un nouveau futur. Mais c'était déloyal. Personne ne devrait avoir la chance de faire le choix d'éviter, en connaissant le futur malheureux qui l'attend. (1)
Lucia craignait que son futur, bien plus heureux, ne soit dévié à cause d'elle. C'était si cruel pour lui, qui avait été entraîné là-dedans sans rien savoir.
« Ce n'est pas grave même si le monde entier me condamne et me traite d'égoïste. Je l'aime. Je veux qu'il m'aime aussi. Que pense-t-il de moi ? À quel point m'aime-t-il ? Si je lui dis que je l'aime, s'enfuira-t-il ? »
« T'es-tu déjà demandé ceci : "si j'avais fait un choix différent à l'époque, quelque chose aurait changé" ? » (Lucia)
« À quoi bon avoir de telles pensées ? C'est dans le passé, de toute façon. »
[Je n'ai aucun attachement aux choses du passé. Il est inutile de s'accrocher à quelque chose qu'il est impossible de changer.]
Ce n'était pas très différent de la réponse qu'il avait donnée lorsque Lucia lui avait demandé : « As-tu déjà regretté une décision que tu as prise ? » le lendemain de leur mariage. Lucia esquissa un sourire ironique. C'était le genre d'homme qu'il était. Quelqu'un qui ne regarde pas en arrière.
Elle pensait qu'il était un homme sans cœur. Sa vision de la vie n'avait pas changé. Mais la vision qu'avait Lucia de lui, elle, avait changé. Maintenant, elle ne pensait plus qu'il était une personne sans cœur. Au contraire, il était excessivement affectueux.
Son affection avait toujours causé des tempêtes dans le cœur de Lucia. À mesure que son bonheur augmentait, son angoisse en faisait autant. Elle ne pouvait pas renoncer à lui. Ses attentes ne cessaient de croître et elle craignait qu'à ce rythme, elle finisse par lui en vouloir.
« J'ai parfois ce genre de pensée. Et si je ne m'étais pas mariée avec toi ? Je serais toujours dans le palais isolé. Et après un certain temps, j'aurais été mariée à quelqu'un qui aurait payé la dot à la famille royale. » (Lucia)
Hugo la fixa et tenta de comprendre le sens caché de ses paroles.
« Parfois... je pense que je suis dans une position qui dépasse largement ce que je mérite. » (Lucia)
« Pourquoi penses-tu cela ? » (Hugo)
« Ne penses-tu jamais que c'était une décision irréfléchie ? De m'épouser, je veux dire. »
Hugo regarda Lucia sans dire un mot, puis il poussa un soupir.
« Qu'ai-je encore fait de mal ? »
« ...Hein ? »
« Dis-le-moi simplement au lieu de tourner autour du pot comme ça. »
Les yeux de Lucia s'écarquillèrent et elle le regarda. L'homme qui était toujours confiant et fier, en tout temps et en tout lieu, avait une expression décontenancée sur le visage. Il s'inquiétait parce qu'il pensait avoir pu faire quelque chose de mal sans s'en rendre compte.
Il agissait comme s'il voulait tout lui céder et faire tout ce qu'elle désirait. Chaque fois qu'elle était submergée par son amour, Lucia avait l'impression que quelqu'un lui avait saisi le cœur et l'avait serré fort. L'homme aux allures de bête, que les autres craignaient, était si adorable, et elle ne pouvait le supporter. Le nez de Lucia picota et elle serra le poing.
« Tu n'as rien fait de mal. C'est ma mauvaise conscience. »
« Que veux-tu dire par mauvaise conscience ? »
« Notre mariage présentait une disparité assez importante. J'étais une princesse inconnue qui ne différait en rien d'un enfant illégitime. Tu étais le Duc renommé, célèbre dans le pays et à l'étranger. Tu as vraiment fait un mariage perdant. »
Hugo fronça légèrement les sourcils. Il n'aimait pas quand elle se qualifiait d'enfant illégitime. Un mariage perdant. Il ne savait pas qu'elle pensait ainsi.
Hugo détestait toute raison qui la rendait le moins du monde réticente à rester à ses côtés, peu importe ce que c'était. Comment pouvait-il expliquer que le concept de perte et de gain ne pouvait pas être introduit dans sa relation avec elle ?
Il glissa sa main autour de sa taille, l'allongeant doucement et se penchant au-dessus d'elle.
« Rien ne s'est vraiment passé à la réception ? »
« Rien du tout. »
« Alors, qu'est-ce qui ne va pas ? »
« Je parais un peu idiote, n'est-ce pas ? »
Hugo la regarda sourire timidement et embrassa le coin de ses yeux.
« Ne parle pas comme ça, Vivian. Tu n'es pas idiote et je n'ai pas fait un mariage perdant. »
Lucia prit une inspiration. C'était comme si ses mots enveloppaient doucement son cœur.
« Je l'ai déjà dit. Si c'est difficile, ne le garde pas pour toi. Il n'y a pas besoin de te tourmenter. Fais seulement ce que tu as envie de faire. »
Lucia leva une main et enveloppa son visage. Tandis qu'elle caressait sa joue, elle fut captivée par le sentiment qui menaçait de la réduire en cendres. Il ne murmurait pas de mots d'amour à son oreille, mais ses paroles étaient terriblement douces.
« J'imagine que je ne suis pas si fiable à tes yeux. » (Lucia)
« Ce n'est pas que je ne te trouve pas fiable, je dis simplement de ne pas te blesser. » (Hugo)
« Qui va me blesser ? »
« Le corps n'est pas la seule chose qui peut être blessée. »
Le cercle social était un endroit où les gens étaient tués par les mots. Il y avait toujours des gens pour dire des choses invraisemblables. Il ne pouvait garantir que le soutien d'une famille ducale puisse protéger complètement sa femme. Hugo pouvait ignorer totalement ce que les gens disaient de lui. Cependant, sa femme était petite et fragile. Alors, il s'inquiétait toujours pour elle.
Les yeux de Lucia s'ouvrirent en grand. Il lui disait de ne pas blesser son cœur. La délicatesse qu'elle percevait parfois chez lui était vraiment surprenante. Avait-elle jamais reçu une telle affection depuis la mort de sa mère ? Cela dépassait les soins obligatoires d'un mari envers son épouse.
« Peut-être que lui aussi... moi... » (2)
Son cœur battait et s'emballait à cette conjecture. Elle avait l'impression d'avoir saisi quelque chose de justesse, mais cela lui échappait entre les doigts. Lucia parvint à contenir ses émotions qui semblaient vouloir déborder à tout moment et tendit ses bras vers lui.
Il la serra en retour et elle enfouit sa tête dans son torse.
« Je ferai attention à ne pas me blesser. »
Notes du traducteur :
2. J'ai traduit cela aussi littéralement que possible car je n'avais aucune idée de ce qu'elle essayait de dire. C'est davantage une barrière linguistique. En coréen, l'objet dont on parle vient généralement à la fin, donc l'hypothèse ici est qu'elle pense « Peut-être qu'il m'aime ».