Chapitre 116
< — Réalisation — > (3)
Une fois la musique terminée, Lucia et l'homme avec qui elle dansait se saluèrent. Lucia était hypersensible à la douleur lancinante de son talon, si bien que les paroles de son partenaire entraient par une oreille et ressortaient par l'autre.
« Il faut que je demande à ma femme de chambre de m'apporter une autre paire de chaussures. »
En cas d'urgence, des objets tels que des gants, qui se salissaient facilement, ou des chaussures à talons susceptibles de se briser, étaient conservés dans la voiture pour un usage immédiat. Elle aurait dû aller se changer dès que ses pieds avaient commencé à la faire souffrir un peu plus tôt.
Les yeux de Lucia s'agrandirent lorsqu'elle vit l'homme (un autre) qui s'approchait rapidement d'elle.
« Quand es-tu arrivé ? » demanda Lucia.
Son partenaire de danse, le Comte Yungran, fut terrifié en voyant le Duc de Taran se diriger vers lui avec un regard féroce, et il s'éclipsa immédiatement.
Pour Lucia, son partenaire de danse, qui était là une minute auparavant, avait soudainement disparu. Elle était heureuse de retrouver son mari après quelques heures. Assez heureuse pour l'avoir serré dans ses bras si personne n'avait été là.
« À l'instant. Tu t'es blessée ? » demanda Hugo.
« Hein ? » fit Lucia.
« Tu ne marches pas normalement. »
Lucia se demanda comment il l'avait su.
« Ma chaussure est un peu... Je ne crois pas qu'elle soit à ma taille. Il faut que je la change. »
« Peux-tu marcher ? »
« Bien sûr. Ce n'est pas si grave. »
Elle saisit la main qu'il lui tendait, mais dès qu'elle fit un pas assuré, son pied vacilla sous l'effet de la douleur lancinante, et il l'aida à se stabiliser. Si elle avait été seule, elle aurait probablement marché comme si de rien n'était. Mais parce qu'il y avait quelqu'un sur qui s'appuyer à ses côtés, son cœur s'était ramolli. Lucia eut l'impression d'en faire trop et le regarda avec un sourire embarrassé.
« Ça ne fait qu'un peu mal. Je vais bien. »
Hugo la regarda en silence, puis il l'enlaça. Lucia sentit plusieurs regards se poser sur elle.
« Je... Je t'ai dit que je vais bien. »
Lorsqu'il commença à marcher comme s'il ne l'avait pas entendue, Lucia, incapable d'affronter la foule, enfouit son visage dans sa poitrine.
Toujours dans ses bras, Hugo l'emmena devant le Roi et demanda à être excusé : « Ma femme est blessée. Je vais m'absenter un moment. »
« ...Allez-y », répondit Kwiz.
Les expressions des invités variaient en voyant le couple ducal quitter la salle de bal. C'était soit de l'étonnement, soit de l'envie.
Kwiz avait le sentiment que de tels actes inconvenants se produiraient de plus en plus souvent avec le Duc de Taran. Il n'était pas très enthousiaste à l'idée de ces variables imprévisibles, mais :
« Pourtant, ces derniers temps, le Duc semble un peu plus humain. »
Kwiz gloussa.
* * *
Hugo sortit de la salle de bal animée avec Lucia dans ses bras.
« Par ici, je vous prie. »
Une femme de chambre les guida. En la suivant, ils arrivèrent au salon de repos de la princesse, là où Lucia et Katherine se trouvaient plus tôt. Lucia comprit que c'était Katherine qui avait envoyé la femme de chambre, ce qui lui rappela la scène embarrassante de tout à l'heure et fit monter le rouge à ses joues.
Dès qu'ils furent entrés dans le salon, Hugo l'assit sur le plus grand canapé au centre de la pièce et s'accroupit à ses pieds. Avant que Lucia ne puisse lui dire de ne pas faire cela, il avait déjà saisi son pied droit, retiré la chaussure et examinait son talon. Du sang apparaissait sur la peau écorchée.
*Tsk*, il claqua la langue, fit un geste pour appeler la femme de chambre et lui donna un ordre bref.
« Des médicaments. »
La femme de chambre s'inclina rapidement et disparut aussitôt.
« Pourquoi cette chaussure est-elle dans cet état ? »
Hugo trouva là une nouvelle justification pour rompre son contrat avec Antoine. Dans son esprit, le contrat qu'il avait signé avec Antoine était déjà mis en pièces.
« Ça arrive parfois. On ne peut pas savoir si une chaussure est bien ajustée tant qu'on n'a pas marché un peu avec. »
« N'est-ce pas pour éviter ce genre de désagrément qu'on engage un créateur coûteux ? »
Remarquant son intention de critiquer Antoine, Lucia garda le silence. Comme elle s'y attendait, il était clair qu'il n'aimait pas la robe. Peu importe la façon dont on regardait les choses, il cherchait la petite bête. Lucia se sentit étrange face à sa réaction excessive concernant sa tenue. Elle n'avait jamais pensé qu'il était un homme conservateur. Toutes les femmes qu'elle avait vues dans ses rêves portaient des vêtements qui révélaient leur poitrine, comme si elles cherchaient à attirer l'attention. Comparée à elles, la robe de Lucia était très pudique.
Lorsque la femme de chambre revint avec des médicaments et des bandages, suivie par sa propre femme de chambre, Lucia ne put rester silencieuse. Elle ordonna à sa femme de chambre d'aller à la voiture chercher ses chaussures de rechange.
« Ça ira ? Veux-tu retourner là-bas ? »
Hugo appliqua soigneusement le médicament sur sa plaie, puis il lui posa la question alors qu'il lui bandait le pied.
« Ce n'est pas au point de ne plus pouvoir marcher. Et puis, tu viens à peine d'arriver. Je n'ai même pas encore salué Sa Majesté. »
Quoi de neuf à saluer le roi ? Ils le faisaient à chaque fois qu'ils le voyaient. Hugo voulait juste l'emmener à la maison. Mais ce n'était pas un problème qui pouvait se résoudre ainsi. À l'avenir, il y aurait de nombreux événements où elle devrait apparaître devant les gens, et il ne pourrait pas l'accompagner à chaque fois. Il se sentait anxieux, comme s'il était traqué. Il voulait l'enfermer au sommet d'une haute tour où personne ne pourrait la voir. Peu importait qu'elle ne sache rien du monde extérieur. Il voulait être le seul à voir son sourire limpide.
« As-tu terminé ? Lève-toi, vite », dit Lucia.
Voyant la porte fermée, elle était agitée, craignant que quelqu'un n'entre. Hugo était mécontent de la voir constamment préoccupée par le regard des autres. Était-ce parce qu'elle ne voulait pas montrer leur intimité ? Il se sentait secrètement vexé et voulut l'agacer un peu. Il prit son pied bandé et le souleva.
Lorsque son centre de gravité bascula soudainement vers l'arrière, Lucia soutint son corps pour ne pas tomber. Surprise, elle le regarda avec de grands yeux.
Hugo plongea son regard dans le sien et embrassa le dessus de son pied. Elle avait l'air adorable avec ses yeux et sa bouche grands ouverts d'étonnement. Son visage était complètement rouge.
« Hugh ! »
Il ne sembla pas s'en soucier ; au contraire, il rit malicieusement, souleva la traîne de sa robe jusqu'à ses genoux, puis embrassa son mollet et le mordilla.
« Ah ! »
Lucia poussa un cri de frustration.
« Qui est-ce ? »
« Qui ? »
« L'homme de tout à l'heure. Le menuet. »
« Quoi ? Ah... Je ne sais pas vraiment. Ils ont dit que c'était le Comte Yungran ou quelque chose comme ça. »
« Tu es en train de me dire que tu as dansé avec un homme que tu ne connais pas ? »
« Les gens dansent souvent avec des inconnus. Ce n'est pas comme si tu ne le savais pas. »
Lucia lutta pour retirer son pied de son emprise.
« Refuse-les à l'avenir. »
« Très bien. J'ai compris, alors laisse-moi partir. »
Il lâcha sa cheville, mais elle n'eut qu'un moment de répit avant qu'il ne s'assoie juste à côté d'elle et ne passe ses bras autour de sa taille. Puis il approcha ses lèvres de son oreille et murmura :
« Ton pied va-t-il vraiment bien ? Veux-tu que je te porte ? »
« Tu es sérieux... Je t'ai dit de regarder où tu es et quelle heure il est ! »
Même si elle avait répondu « Veux-tu ? » pour plaisanter, si c'était cet homme devant elle, il l'aurait vraiment fait. Lucia, alarmée, repoussa sa poitrine. Plus elle poussait, plus il serrait fermement sa taille. Ses avances ignoraient de plus en plus les convenances. Il y avait longtemps que cela ne se limitait plus à la chambre à coucher.
Hugo la serra plus fort alors qu'elle se tortillait pour essayer de s'échapper, puis il saisit son menton et embrassa ses lèvres. Il plongea son regard dans ses yeux remplis de surprise et sourit. Il envahit promptement sa petite bouche avec sa langue, explorant ses recoins les plus profonds. Lorsqu'il retira ses lèvres, elle était rouge jusqu'au cou et le regardait, hébétée. Elle était si mignonne qu'il se pencha de nouveau vers ses lèvres tendres, suçant tour à tour sa lèvre supérieure et inférieure.
Lucia, prise au piège, avait abandonné à mi-chemin, mais lorsqu'elle entendit la porte bouger, elle sursauta et le repoussa de toutes ses forces.
« Quelqu'un arrive », dit Lucia.
Hugo, agacé, fixa la porte entrouverte.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
Lorsque Hugo éleva la voix, la porte s'ouvrit prudemment et un serviteur entra avec hésitation. Le serviteur avait demandé la permission d'entrer depuis l'extérieur à plusieurs reprises, mais comme il n'y avait pas de réponse, il avait ouvert la porte, passé la tête à l'intérieur et fait un bond en arrière, surpris. S'il avait été un serviteur du Duc, il aurait abandonné en l'absence de réponse et serait reparti.
« Sa Majesté était préoccupée par l'état de la Duchesse et a envoyé un médecin impérial. » (1)
Quelle interruption inutile. Hugo était agacé par la prévenance excessive du Roi.
« C'est inutile. Il n'y a pas besoin de médecin impérial. Dites à Sa Majesté que j'arrive bientôt », ordonna Hugo.
Le serviteur acquiesça et se retira tandis que la femme de chambre de Lucia entrait avec une paire de chaussures. Hugo regarda Lucia changer de chaussures avec une expression désapprobatrice. Il voulait vraiment rentrer chez lui. Y avait-il une ruse qu'il pouvait utiliser pour sortir d'ici rapidement ? Il y réfléchit intensément.
« Milady. Un vieux noble m'a confié un objet à vous remettre. »
La femme de chambre observa prudemment l'expression d'Hugo en informant sa maîtresse. Hugo fronça les sourcils.
« Vous êtes en train de dire que vous livrez quelque chose provenant d'une personne dont l'identité est inconnue ? Faites-vous toujours les choses ainsi ? » demanda Hugo.
La femme de chambre, critiquée, rentra la tête dans les épaules. Elle s'attendait à se faire réprimander. Cependant, le regard du vieux noble, suppliant une simple servante, était si sincère qu'elle n'avait pu l'ignorer.
« Ce n'est pas une enfant imprudente, je veux entendre ce qui s'est passé », dit Lucia.
Hugo demanda à la femme de chambre de poser l'objet sur la table. L'objet que la femme de chambre sortit de sa poche intérieure était un mouchoir. L'expression d'Hugo se dégrada alors qu'il regardait cet objet suspect : un mouchoir d'homme.
« On m'a demandé de vous demander si, par hasard, vous connaissiez ceci. »
La femme de chambre déplia le mouchoir et en montra un côté. Hugo le ramassa pour l'examiner. Le sceau d'une famille noble était imprimé sur le tissu. La tête d'un aigle.
Hugo ne se souvenait d'aucune famille portant un tel sceau. Il s'assura qu'il n'y avait rien de suspect dans le mouchoir, puis le tendit à Lucia.
En voyant le sceau, les yeux de Lucia tremblèrent violemment.
« Ceci... un noble vous a demandé de me le remettre ? A-t-il dit autre chose ? »
« Il a dit qu'il était le Comte de Baden. » (2)