Chapitre 117
< — Réalisation — > (4)
TN : Encore un chapitre avant le tome 6 ! Aussi, je vous prie de m'excuser, je me suis assoupi.
Gio Baden, chef de la famille du Comte Baden et noble de la frontière sud, consacra sa vie entière à redresser sa famille en pleine déchéance. Le foyer ne connaissait pas de telles difficultés durant l'enfance du Comte. Comme il s'agissait d'une famille à l'histoire profonde, ils maintenaient leur influence locale et vivaient en exerçant une autorité modeste sur leur région.
Son défunt père s'était épuisé à tenter de faire des affaires, mais tout avait mal tourné, entraînant une chute drastique de leur situation financière. Rongé par les remords d'avoir détruit les fondations de la famille, son père, le cœur affaibli, finit par s'éteindre en laissant la responsabilité du règlement des dettes à son fils. L'héritage recueilli par le Comte de Baden se résumait à un titre, un vieux manoir transmis depuis des générations et une dette colossale.
Conserver le titre coûtait une fortune. Il devait verser chaque année une taxe considérable au roi. La dette augmentait sans qu'il ne fasse rien. Mais en pensant à son père, mort avec des regrets, il ne pouvait se résoudre à abandonner son titre.
Le Comte s'affaira à tenter de sauver sa famille. Courant ici et là, il n'avait plus le temps de s'occuper des siens. Il réduisit la dette et ne sortait que pour la renaissance de la famille. Son épouse soutenait silencieusement son mari, élevant seule leurs deux fils et leur fille.
Un jour, sa femme s'effondra soudainement. Le Comte n'était même pas au chevet de son épouse malade et ne put la protéger comme il l'aurait dû. Il pensa qu'elle se rétablirait rapidement, mais elle quitta ce monde peu de temps après. L'absence de cette femme qui avait toujours été là était trop lourde à porter. Ses deux fils comprenaient leur père dans une certaine mesure, mais sa jeune fille lui en voulait pour la perte de leur mère.
Ce qui le fit se relever, alors qu'il se noyait dans le chagrin de la perte de sa femme, fut, ironiquement, la dette familiale. Il croyait qu'il serait bénéfique pour ses enfants, à l'avenir, que la famille retrouve sa prospérité. Le Comte n'avait pas le temps de consoler le cœur blessé de sa fille. Il pensait que son fils aîné prendrait bien soin de ses cadets, en remplacement de leur mère.
Alors qu'il était en déplacement pour une affaire importante et qu'il ne pouvait rentrer chez lui pendant un certain temps, sa plus jeune fille s'enfuit. Ses fils, ne voulant pas inquiéter leur père, ne lui dirent rien. Lorsqu'il demanda où se trouvait l'enfant immature, ils lui répondirent qu'elle dormait chez une amie pour quelques jours ; il ne la chercha donc pas et laissa les choses en l'état. Lorsque ses frères ne purent la retrouver après avoir passé au peigne fin chaque endroit qu'ils pouvaient imaginer, ils réalisèrent enfin qu'il s'agissait d'une affaire grave. Le Comte n'apprit la disparition de sa plus jeune fille qu'un mois après qu'elle se soit volatilisée.
Seul avec son fils, le Comte chercha sa fille pendant près d'un an, mais il ne trouva aucune trace d'elle nulle part. Pour ne rien arranger, l'entreprise haut de gamme dans laquelle il avait investi fit faillite. La famille, qui s'était un peu relevée, retomba au plus bas. Dans l'état actuel des choses, il aurait voulu simplement serrer ses fils dans ses bras et mourir, mais il finit par renoncer à retrouver sa fille.
Au cours des 20 années qui suivirent.
Le Comte de Baden mena une vie diligente. Il pouvait affirmer avec assurance à quiconque le lui demandait qu'il avait travaillé dur. Mais les cieux ne récompensaient pas selon les efforts fournis. Tout ce qu'il entreprenait finissait par dévier de sa trajectoire. Lorsqu'il pensait que les choses s'amélioraient, elles revenaient à leur état initial.
Durant le paroxysme de la guerre, le sud jouit de la particularité du conflit car il n'était pas si éloigné du champ de bataille. Tout le monde gagnait de l'argent, mais le Comte Baden faisait partie de la minorité qui en était incapable.
Sa dette augmenta. Le manoir transmis dans la famille depuis des générations était sur le point de s'effondrer. Le Comte, qui n'avait jamais demandé de faveur à quiconque bien qu'il ait mené une vie difficile, prit une grande décision. Il résolut de demander de l'aide à son ami dans la capitale.
Le Comte avait vécu dans la capitale pendant un certain temps lorsqu'il était enfant. Il y avait un ami avec qui il était resté en contact depuis cette époque. C'était la seule corde à laquelle il pouvait se raccrocher.
Ne pouvant se permettre d'emprunter la coûteuse porte menant à la capitale, le Comte de Baden rassembla ses vieux os et arriva à destination après plusieurs mois de voyage. À son arrivée, la capitale était en pleine effervescence pour le couronnement du nouveau Roi. Lorsqu'il retrouva son ami, il fut accueilli avec une grande joie et reçut une chambre où séjourner. Il n'avait pas encore pu demander de l'aide à son ami.
Son ami était le fils d'un Comte ayant une influence décente. Même s'il n'avait pas hérité du titre, il fut en mesure de recevoir une invitation pour la fête de célébration au Palais intérieur. Grâce à son ami, le Comte de Baden put entrer au palais pour la première fois.
À la fête de célébration, le Comte put voir des personnalités de haut rang dont il n'avait entendu parler qu'auparavant. Il vit même le visage du Roi. Tout en profitant d'une fête luxueuse pour la première fois de sa vie, le Comte mit son nez ici et là et entendit les gens parler du couple ducal de Taran. Le Comte était curieux, car le Duc de Taran était une personne célèbre dont il avait également entendu parler.
Le Comte se faufila dans la foule rassemblée à la nouvelle de l'arrivée du couple ducal de Taran. Et dès que le Comte vit la Duchesse, son cœur s'arrêta.
Il y avait là une noble dame, ressemblant à la fois à sa pauvre femme enterrée au plus profond de son cœur et à sa plus jeune fille disparue, comme s'il regardait les deux réunies en une seule personne.
Comment quelqu'un pouvait-il se ressembler autant ? Le Comte ne cessait de jeter des coups d'œil furtifs à la Duchesse, puis il interrogea son ami et fut informé à son sujet.
[J'ai entendu dire qu'elle était une princesse. Je crois qu'elle est mariée au Duc de Taran depuis un peu plus d'un an ? Ce n'était pas il y a si longtemps. Elle est célèbre dans les cercles mondains. Que ce soit ma femme ou ma fille, dès qu'elles ouvrent la bouche, elles parlent de ce genre de choses, c'est très agaçant.]
Une princesse, qui plus est. L'espoir qui montait dans le cœur du Comte retomba avec un bruit sourd. C'était un statut qui n'avait aucun lien avec sa fille. Son cœur souffrait et, peut-être parce qu'il se souvenait de sa fille après une longue période, cette nuit-là, il la vit en rêve. Elle ressemblait à une jeune dame, exactement telle qu'il se souvenait d'elle.
Mais à son réveil, il ne pouvait dire s'il avait vu sa fille en rêve ou s'il avait vu la Duchesse plus tôt dans la journée. Le souvenir de sa fille, assez vif pour qu'il puisse en dresser un portrait, était mélangé dans sa tête. La Duchesse ressemblait à sa fille à ce point.
[Peux-tu obtenir une invitation pour le bal d'aujourd'hui aussi ?]
Demanda le Comte à son ami. Son ami accepta joyeusement, déclarant que ce n'était pas une affaire difficile.
En revoyant la Duchesse aujourd'hui, le Comte sentit son cœur s'arrêter, à nouveau. Elle ressemblait davantage à sa fille aujourd'hui qu'elle ne l'avait fait la veille. Une étrangère ne ressemblerait pas autant à sa fille. Il passa par là à quelques reprises, observant secrètement la Duchesse qui discutait avec d'autres nobles dames.
Elle était l'image exacte de sa fille lorsqu'elle souriait. La couleur de ses yeux, qu'on ne pouvait distinguer de loin, était d'un ambre clair. On disait que les filles de la famille Baden aux yeux ambrés étaient des symboles de bonne fortune, et elles recevaient donc beaucoup d'amour. Le Comte était tombé amoureux de la couleur des yeux de sa femme, et fut ravi à la naissance de sa fille qui ressemblait à sa mère et possédait cette couleur d'yeux porte-bonheur.
La Duchesse avait les mêmes yeux ambrés que sa femme et sa fille. Le Comte se sentit submergé et son cœur lui fit mal, comme s'il était transpercé.
Serait-ce possible ? Ce ne peut pas être ça. Peut-être ? Il n'y a aucun moyen. Le Comte était en proie à l'agonie et à l'indécision. Même s'il voulait l'approcher et lui parler, il n'y avait aucune chance. Les gens étaient densément rassemblés autour d'elle et l'atmosphère ne permettait pas à un vieil homme inconnu de l'aborder. Il vit la Duchesse danser dans la salle et son cœur fut ému. Cela se superposait à la scène de sa fille dansant lors de son premier bal.
Plus tard, le Duc entra, embrassa la Duchesse et quitta le lieu de réception. Le Comte suivit à distance. Alors que le couple ducal se dirigeait vers une zone de plus en plus isolée, il ne put les suivre plus longtemps. Il fouina dans le couloir où le couple ducal avait disparu et fit les cent pas pendant un moment. Puis il découvrit une femme de chambre familière qui sortait et ses yeux s'écarquillèrent. Il avait vu la Duchesse parler à cette femme de chambre à plusieurs reprises, tant aujourd'hui qu'hier.
Il prit son sceau dans la poche de sa poitrine, l'imprima sur son mouchoir, puis le glissa dans la main de la femme de chambre en lui faisant une requête. Si la Duchesse avait un quelconque lien avec sa fille, elle pourrait connaître la famille Baden. C'était une infime lueur d'espoir.
La femme de chambre eut l'air troublée, mais elle prit heureusement le mouchoir. Après un moment, elle revint en portant un sac, s'inclina devant le Comte qui se tenait toujours là, puis entra dans la pièce. Le Comte était anxieux et ne pouvait détacher son regard de la direction où la femme de chambre était partie.