Chapitre 107
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« C’est le Chien fou. »
« Le Chien fou Krotin. »
Lorsqu’un homme au physique marquant fit son entrée, l’atmosphère agréable de la salle de bal fut troublée par un sentiment de malaise. Roy s’avança avec une expression très crispée, observant les alentours lentement, tel un chien sauvage à la recherche d’une proie. Les gens devinrent livides et détournèrent le regard, terrifiés à l’idée de croiser ses yeux.
Roy avait progressivement acquis une certaine notoriété alors qu’il servait d’escorte au Prince héritier, l’accompagnant lors de fêtes ou de réunions. Désormais, il était célèbre dans les cercles mondains. Parce qu’il se tenait aux côtés du Prince héritier en tant qu’escorte, il se retrouvait pris dans le jeu sanglant du pouvoir, qu’il le veuille ou non. N’étant pas habitué à la manière de parler fleurie des nobles, il ne se rendait même pas compte, au début, qu’il cherchait la bagarre. Même lorsqu’il tenait des propos cyniques, la plupart des gens préféraient battre en retraite sans mot dire. Ainsi, durant la première phase de son service, les choses furent plutôt calmes. Puis, peu à peu, ils commencèrent à ignorer Roy et à le ridiculiser. Son nom célèbre sur le champ de bataille ne lui était d’aucune utilité dans la haute société. Bien que le Duc de Taran lui ait octroyé le titre de Baron, il était à l’origine un roturier.
Pour les aristocrates, qui ne considéraient pas comme des êtres humains ceux qui n’étaient pas de sang noble, ces chevaliers de bas rang, ignorants et simples d’esprit, étaient parfaitement ridicules. Il arriva alors que des nobles opposés au Prince héritier se frottent à Roy et lui jettent leur gant. Roy répondit en les rouant de coups avec joie. Le stress de Roy était à son comble à cause de ce travail d’escorte qui ne correspondait pas à ses aptitudes. Cependant, une fois son épée en main, son stress s’évaporait complètement. Ayant pris goût à la chose, c’était désormais lui qui les provoquait en premier.
Comme la plupart d’entre eux appartenaient à des factions opposées au Prince héritier, ce dernier se contentait d’observer, tandis que sa faction encourageait discrètement le comportement de Roy. Ce dernier se déchaînait avec enthousiasme, allant parfois jusqu’à livrer plusieurs duels en une seule journée.
Au début, ceux qui ne savaient rien acceptaient son défi, et ce n’est que lorsque leurs propres chevaliers étaient battus à moitié morts qu’ils réalisaient que Roy était un fou furieux. Après avoir vaincu les chevaliers d’un Marquis, il avait déclaré que les chevaliers n’étaient que les chiens de leurs maîtres, et cette tirade avait bouleversé le cercle social. Depuis, Roy était surnommé le Chien fou. Même si les victimes grinçaient des dents de rage, elles n’avaient aucun recours, car il s’agissait d’affrontements légaux. De plus, derrière Roy se trouvait le Prince héritier, et plus loin encore, le Duc de Taran. Les gens restaient extrêmement prudents pour ne pas marcher sur la queue du Chien fou.
Après le décès du précédent Roi, Roy avait arrogamment abandonné sa mission d’escorte et s’était caché pendant un certain temps, craignant les répercussions. Après avoir erré et s’être amusé à sa guise, il s’était lassé. Avec le temps, le simple d’esprit qu’était Roy avait pratiquement oublié la peur qu’il avait ressentie lorsqu’il s’était fait réprimander par son Maître.
Aujourd’hui, comme beaucoup de gens se rendaient à la fête du couronnement, il s’était demandé s’il y aurait quelque chose d’amusant, et après avoir flâné, il était venu. S’agissant d’une occasion formelle, aucun chevalier n’était venu à la fête en armure comme Roy. Ils auraient dû l’arrêter à l’entrée, mais la Garde royale n’avait pas stoppé le désormais célèbre Roy.
Alors qu’il passait, Roy bouscula quelqu’un. Il tourna la tête pour s’excuser, mais soudain, le noble d’âge mûr perdit son sang-froid.
« Es-tu aveugle ou quoi ! Où penses-tu être pour porter une armure ? Ei. Tsk tsk tsk. »
« Hoh. »
Les yeux de Roy se plissèrent. Cela faisait un moment que quelqu’un ne l’avait pas cherché, c’était rafraîchissant. Le noble d’âge mûr avait quitté la Capitale depuis un moment et n’était revenu que récemment ; il n’avait donc pas entendu parler du tristement célèbre Chien fou Krotin.
« Et vous alors ? N’avez-vous pas d’yeux ? Pourquoi devrais-je vous éviter ? Si vous êtes aveugle, alors je vous présenterai mes excuses. »
« Quoi... quoi !! Espèce de bâtard impoli- ! »
L’homme d’âge mûr ne vit pas les gens autour de lui se reculer. Le fait qu’un simple chevalier l’insulte lui fit monter le sang à la tête.
« Bâtard ? Vous venez de me traiter de bâtard ? Je vois que vous aimez l’ouvrir. Combien de cous avez-vous ? Hm ? » (Roy)
« Quoi... Quoi... Quoi- espèce de déchet- ! Comment oses-tu ! Sais-tu qui je suis ! Penses-tu que tu t’en sortiras indemne après ça ?! »
« Qui êtes-vous ? Et alors ? »
Allez, dépêche-toi de me défier. Roy espérait que quelqu’un le provoquerait. L’homme d’âge mûr avait eu la malchance d’être la cible. Lorsqu’il sourit comme un délinquant et fit un pas soudain en avant, le noble recula.
« Oh mon Dieu. » (Inconnu A)
« Tsk tsk. Parmi toutes les personnes présentes. » (Inconnu B)
L’attention de l’assemblée fut attirée par l’agitation. Il était terrible de croiser le Chien fou Krotin, mais tant que le malheur frappait quelqu’un d’autre, c’était un spectacle fascinant. Tandis que les gens cliquaient de la langue face au Chien fou, ils espéraient secrètement qu’il sème le trouble. Dans cette haute société où tout n’était que faux-semblants, personne n’offrait un spectacle aussi débridé que le Chien fou. Les gens ressentaient de la sympathie pour le bouc émissaire du jour, mais en même temps, ils étaient excités à l’idée de regarder le spectacle.
Kwiz sentit les regards se poser sur lui et s’éclaircit la gorge. C’était la fête célébrant son accession au trône. S’il laissait l’incident se dérouler ainsi, cela nuirait à la dignité du Roi. Il ne pouvait pas laisser faire, mais la question était de savoir si Roy l’écouterait s’il intervenait. Par le passé, il avait fait semblant de ne pas entendre ceux qui lui demandaient de servir de médiateur ; son intervention maintenant semblerait ridicule.
« Ahem. Taran Gong. »
Pourquoi ne l’arrêtes-tu pas ? C’est ton subordonné. Kwiz délégua la résolution du problème à Hugo et se lava silencieusement les mains de cette affaire. À vrai dire, Hugo se moquait bien que Roy sème le chaos ici. Son intérêt se portait uniquement sur sa femme, qui était absente. Il trouvait qu’elle était partie depuis trop longtemps, alors il avait envoyé une femme de chambre à sa recherche. Il venait à peine d’envoyer la servante, mais il grommelait déjà sur sa lenteur. Hugo cliqua brièvement de la langue et commença à se déplacer. Tous les regards se tournèrent vers le Duc de Taran en mouvement.
« Peut-il vraiment arrêter le Chien fou ? »
« C’est son subordonné, n’est-ce pas évident ? »
« Mais c’est le Chien fou. »
Le Chien fou était imprévisible. Les opinions étaient partagées. Les gens s’attendaient à ce que le Duc aille immédiatement arrêter Roy, mais il bifurqua vers une table voisine. Il ramassa un couteau sur la table. C’était un couteau émoussé pour couper la salade.
Pourquoi ça ? La foule s’interrogea, et pour une raison inconnue, ils observèrent le Duc avec anticipation. Hugo fit légèrement sauter le couteau dans sa main à quelques reprises. Puis, il le lança vers le dos de Roy.
Tout se passa en un instant.
« Hak !! » (Gasp)
« Kyaaa ! »
De courts cris éclatèrent ici et là.
Roy jouait avec le noble d’âge mûr comme un chat avec une souris. L’homme, incapable de résister à la stature menaçante de Roy, avait hésité et reculé jusqu’à ce que son dos soit contre une colonne. Il n’arrivait pas à croire que personne ne vienne l’aider. Roy pressa son bras contre la colonne et menaça l’homme comme un voyou. Le fait que l’homme soit trop terrifié pour oser lancer un défi était une erreur de calcul de la part de Roy.
Le couteau lancé par Hugo effleura la joue de Roy et s’enfonça dans la colonne. Par coïncidence, l’endroit où le couteau s’était logé se trouvait juste à côté de l’œil de l’homme d’âge mûr, qui tremblait contre le pilier. L’homme écuma de la bouche et s’évanouit.
Juste avant que l’homme ne perde connaissance, Roy sentit sa joue le brûler et la toucha, pour découvrir sa main maculée de sang rouge.
« Aish ! Qui a fait ça ! »
Roy hurla de fureur et tourna la tête. Et là, il se figea. Les alentours étaient silencieux. Tout le monde était pétrifié.
Leurs regards se croisèrent et Hugo leva un doigt vers Roy, lui faisant signe de s’approcher.
« Je suis mort. »
Note du traducteur :
Jeter le gant : lancer un défi.
1. Ici, Roy demande son nom de famille.
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