Chapitre 15
Ce hibou ?
Ce hibou de la légende du Sorcier ?
Son esprit s'emballa, tentant de saisir la gravité de la situation. Son sang sembla se glacer.
C'était pire que de faire face au monstre à trois visages.
Après tout, ce n'était plus un rêve. C'était la réalité.
Même si mourir en rêve menait à la même issue dans la réalité, l'impact psychologique était différent.
Que dois-je faire ?
Aurore sera-t-elle impliquée ?
…
Tandis que Lumian se creusait la tête pour trouver une parade, le hibou restait immobile, l'observant d'un regard perçant.
Après quelques secondes, l'oiseau déploya ses ailes et s'envola vers la forêt lointaine.
Son vol gracieux l'emporta plus bas, toujours plus bas, jusqu'à ce qu'il disparaisse dans Cordu.
Ce n'est qu'une fois le hibou totalement volatilisé que l'esprit de Lumian revint au présent.
Il s'affaissa sur une chaise et porta une main à son front.
Il était trempé de sueur.
Est-ce vraiment le hibou de la légende du Sorcier ?
A-t-il vraiment vécu toutes ces années ?
Quoi qu'il en soit, il ne ressemblait à aucun autre hibou aux yeux ternes. Il avait presque l'air humain…
Si c'est vraiment ce hibou, pourquoi a-t-il choisi de voler juste devant ma fenêtre ? Est-ce parce que je veux découvrir la vérité sur la légende du Sorcier ? Mais nous avons déjà abandonné…
Il est parti après quelques instants d'observation…
Je me demande s'il va revenir et causer des ennuis à Aurore…
Bien qu'il ait voulu observer la situation davantage puisque rien ne s'était produit, Lumian savait qu'il ne pouvait plus le cacher à sa sœur.
En sortant de la chambre, il vit qu'Aurore dormait encore. Il descendit préparer le petit-déjeuner, ne cuisinant que les plats préférés de sa sœur.
Œufs au plat, meringues, pain grillé ordinaire avec de la confiture…
Il faut que je fasse des pâtes plus tard. Cette fois, j'ajouterai de la sauce à la viande… Lumian nota mentalement que le compartiment à pâtes était vide et décida de le remplir dans les deux prochains jours.
C'était le plat préféré d'Aurore.
Aurore descendit l'escalier dans une nuisette fluide, ses boucles dorées ébouriffées. Le petit-déjeuner était prêt.
« Matin », marmonna-t-elle en étouffant un bâillement.
Lumian lui adressa un sourire. « Il n'est pas si tôt.
— Ne dis-tu pas toujours que la planification d'une journée commence au petit matin ? »
« C'est vrai. Mon plan, c'est de dormir. » Aurore s'installa à sa place et attaqua son petit-déjeuner avec un verre de lait.
Lumian s'assit en face d'Aurore, à la table qui pouvait accueillir six personnes. Tout en grignotant une crêpe, il lança nonchalamment : « J'ai passé ces derniers jours dans le village à essayer de découvrir la vérité sur ces légendes. »
« Pourquoi ? » demanda Aurore.
Lumian fut très franc.
« Tu ne voulais pas m'aider à obtenir des super-pouvoirs, alors j'ai décidé de trouver ma propre voie. Ces légendes pourraient contenir des indices. »
« C'est presque impossible », commenta Aurore, d'un ton désinvolte. « Les légendes ont été déformées au point d'être méconnaissables au fil des ans. Ou alors inventées par un fou. Ça ne veut rien dire. Oui, il est aussi possible que quelqu'un ait monté une histoire de toutes pièces pour servir d'excuse. Hé hé, et avec la contribution de curieux comme toi. »
« Quoi ? » Lumian ne comprit pas ce qu'Aurore voulait dire par « curieux ».
Ce n'était même pas de l'intissien.
« Ça veut dire les gens qui ne peuvent pas s'empêcher de se mêler de drames qui ne les regardent pas », expliqua simplement Aurore. « Et à en juger par la façon dont tu abordes soudainement ce sujet, je devine que tu as causé des ennuis et que tu n'as plus d'autre choix que de rentrer à la maison pour demander de l'aide à ta sœur. »
« On peut considérer ça comme un accident, mais ça n'est pas allé jusqu'à causer des ennuis », répondit Lumian, imperturbable.
Lumian organisa ses pensées avec soin.
« Ma première cible était la légende du Sorcier. »
« Quelle légende du Sorcier ? » La confusion d'Aurore était palpable.
Lumian n'en revenait pas. « Tu n'en as jamais entendu parler ? Il y a longtemps, un homme du village est mort subitement. Quand on l'a enterré, un hibou a survolé les lieux et s'est posé près de son lit. Il n'est parti que lorsque le cadavre a été soulevé. Après ça, le corps est devenu très lourd.
Il a fallu neuf bœufs pour tirer le cercueil. C'est seulement là que les villageois ont su que l'homme était un Sorcier de son vivant. »
Aurore écoutait attentivement.
« Je n'étais vraiment pas au courant d'une telle légende. »
Ça n'a aucun sens… Lumian était incrédule.
Aurore était peut-être casanière, mais elle prenait toujours le temps de socialiser avec les autres vieilles dames de la ville. Elle adorait raconter des histoires aux enfants et était toujours au courant des derniers potins de Cordu. Il était difficile de croire qu'elle n'avait jamais entendu parler de la légende du Sorcier qui circulait depuis des années.
Mais ce qui était encore plus intrigant, c'était le fait que sa maison avait été construite à l'endroit même où se trouvait autrefois la demeure du Sorcier.
Lumian avait eu l'intuition dès le début que la décision d'Aurore de s'installer à Cordu était motivée par l'attrait du trésor du Sorcier, la clé pour débloquer un pouvoir extraordinaire.
« Et ensuite ? » demanda Aurore calmement.
Lumian répondit honnêtement : « Nous avons fouillé un peu et nous avons obtenu confirmation auprès des anciens du village. Ce n'était pas une affabulation. Le Sorcier a vraiment existé, mais c'était il y a des décennies. L'Église a brûlé la maison, et maintenant le terrain t'appartient. »
« C'est vrai ? » Aurore était visiblement un peu surprise. « Je le savais. Il y a toujours un piège. Pourquoi m'auraient-ils vendu ce terrain à un prix inférieur à la normale, sinon ? Je pensais que c'était grâce à mon bagout avec les vieilles dames… »
Elle réfléchit un instant et demanda : « Donc, l'Église a brûlé le corps du Sorcier ? »
Lumian hocha la tête. « Oui. Ses cendres sont enterrées dans le cimetière à côté de la cathédrale. »
Il poursuivit : « Nous avons abandonné cette affaire parce que toutes les pistes menaient à une impasse. Mais ce matin, j'ai vu un hibou devant ma fenêtre. Il ressemblait exactement à celui de la légende. »
L'expression d'Aurore devint sérieuse. « Tu en es certain ? »
« Je ne peux pas l'affirmer, mais il ne ressemblait pas à un hibou ordinaire », répondit Lumian objectivement.
Aurore réfléchit un moment avant de dire lentement : « Ne quitte pas le village pour l'instant. Et après la tombée de la nuit, ne sors pas avant que j'aie fini d'enquêter sur la situation. »
Elle esquissa un sourire amer. « Je t'ai déjà mis en garde contre les dangers de la recherche de pouvoirs surnaturels. Mais regarde, les ennuis t'ont déjà trouvé.
« Heureusement, il semble que l'autre partie n'ait pas de mauvaises intentions. Le problème devrait se résoudre relativement facilement. »
Je suis content que tu sois sur tes gardes… Lumian baissa la tête et dit franchement : « Grande Sœur, j'avais tort. »
Il changea de sujet.
« Tes correspondants ont répondu ? »
« Comment ça pourrait être aussi rapide ? On n'envoie pas des e… Euh, du courrier ! » Aurore ricana.
Lumian était perplexe. Le courrier ne désigne-t-il pas déjà les lettres et colis envoyés par la poste ?
Il ne s'en préoccupa pas trop. Après tout, Aurore utilisait souvent des mots étranges.
......
À l'entrée de la Vieille Taverne.
Lumian se tenait là et inspectait les environs.
Il savait que la femme qui lui avait donné la carte de tarot ne serait pas encore réveillée, alors il cherchait les trois étrangers : Ryan, Leah et Valentine.
Comme prévu, le trio profitait d'un copieux petit-déjeuner à une table à l'intérieur de la taverne.
Lumian les observa quelques secondes, notant les roulés à la truite, le vin et le pain à la mayonnaise, avant de partir sans les déranger.
Quelque temps plus tard, alors que Ryan et les autres se préparaient à continuer de flâner dans Cordu et à « discuter » avec les habitants,
Lumian s'approcha d'eux les bras ouverts et un sourire éclatant aux lèvres.
« Bonjour, mes choux. »
Le visage de Valentine se crispa, et entre Ryan et Leah, l'un parut légèrement embarrassé tandis que l'autre semblait amusé.
Euh, ils sont habillés exactement de la même façon… Ils n'ont pas emporté beaucoup de vêtements de rechange malgré leur voyage ? Lumian remarqua que Leah portait toujours une robe ajustée en cachemire plissé, un petit manteau blanc et une paire de bottes marseillaises, chacune ornée d'une petite clochette en argent. Son voile, qui lui servait aussi de chapeau, était également agrémenté de clochettes.
Ryan arborait toujours un duffle-coat terne et un pantalon jaune pâle, surmonté d'un chapeau melon sombre et rugueux.
Et Valentine avait toujours de la poudre et du maquillage sur le visage.
« Bonjour, Lumian. Qu'est-ce qui t'amène ? » demanda Ryan calmement.
Lumian prit un air navré et répondit : « Eh bien, vous êtes mes amis, et je n'ai rien à faire. Je me suis dit que je viendrais vous voir. »
Il les interrogea ensuite : « J'ai remarqué que vous discutiez avec les gens du village ces derniers jours. Y a-t-il quelque chose que vous voulez demander ?
« Vous pouvez venir me voir si vous avez des questions, mes choux. Je suis votre ami. »
« Nous ne pouvons pas faire confiance à tes réponses », intervint Valentine.
Ryan lui lança un regard pour lui signaler de se calmer.
Lumian sourit.
« Alors vous pouvez faire entièrement confiance aux autres ? »
Leah resta sans voix, tandis que Ryan réfléchit un moment avant de répondre : « En réalité, nous ne pouvons faire entièrement confiance à personne. Nous devons porter un jugement global basé sur les réponses que nous obtenons de différentes personnes et sur la situation que nous observons. »
« Ça, c'est mieux. » Lumian écarta les mains. « Eh bien, ça ne ferait pas de mal d'entendre ma réponse. Au moins, ça servira de référence. »
Ryan resta silencieux un moment avant de jeter un coup d'œil autour de lui.
Le petit matin à Cordu était animé par les gens se dirigeant vers les terres agricoles, mais il n'y avait pratiquement personne près de la Vieille Taverne.
« Voilà le topo », finit-il par dire. « Nous sommes ici pour trouver quelqu'un. »
« Le père ? » demanda Lumian avec un sourire.
Ryan secoua la tête.
« Non. Nous avons rendu visite au père pour trouver cette personne. »
« Qui est-ce ? » demanda Lumian avec intérêt. « Je connais tout le monde dans le village. Je devrais pouvoir aider. »
Ryan ne montra aucune joie.
« En fait, nous ne savons pas qui est cette personne, quel âge elle a, ni à quoi elle ressemble.
« Nous avons reçu une lettre anonyme il y a quelque temps, et nous essayons de trouver l'auteur. »
Lumian ne put s'empêcher de se demander si la lettre provenait d'un informateur.
Il feignit la perplexité.
« La personne qui a écrit la lettre ne vous a pas contactés après votre arrivée au village ? »
« Non », répondit Leah à la place de Ryan.
« Peut-être qu'elle ne se sent pas en sécurité et qu'elle ne vous fait pas confiance ? » suggéra Lumian avec empressement. « Vous ne pouvez pas tirer d'indices du contenu de la lettre ? »
Lumian était curieux de connaître le contenu de la lettre.
Si elle visait l'équipe du père, il serait heureux de les aider. Mais si cela impliquait Aurore, il presserait sa sœur de déménager. Après tout, Aurore communiquait fréquemment avec ses correspondants, et si l'un d'eux était pris, elle pourrait être impliquée. La lettre pourrait être un indice crucial.