Chapitre 425
Jour 92 – Matin, Auberge du Bizarre Blanc
Les esprits passèrent la nuit entière à me murmurer à l’oreille grâce à la bénédiction « Murmures des Esprits », m’expliquant tout avec une patience infinie, tout en s’effondrant les uns après les autres au cours du processus. Pourtant, de plus en plus d’esprits continuaient d’affluer, attirés par l’intense énergie magique, jetant un coup d’œil curieux avant de s’écrouler au sol. Dans la Frontière, avec son essence magique dense imprégnant l’air et ses innombrables esprits, le résultat fut une véritable catastrophe, formant une montagne littérale d’esprits évanouis.
Le tourbillon intense de joie et de frénésie extatique pulsait en vagues de magie à travers l’air. Apparemment, les esprits sont attirés et assommés par ce phénomène à chaque fois, si bien qu’ils y sont déjà habitués.
Peut-être les rumeurs sur le Tueur de Donjons sont-elles vraies après tout. Quoi que ce fût, cette chose qui est arrivée, et cette autre chose qui a été si cruellement « machinée »… si c’était bien cela, alors même un Maître de Donjon n’aurait aucune chance. Je suis désormais encore plus curieuse de savoir comment le Maître de Donjon a réellement été vaincu. Mais cette densité pure de magie est anormale. Et cela se produit chaque nuit ! Les esprits continuent de tomber comme des mouches, mais reviennent-ils pour regarder chaque nuit ?
Le torrent boueux d’une étrange énergie magique continua de couler toute la nuit, et tandis qu’ils marmonnaient leurs descriptions ligne après ligne, les esprits tombaient les uns après les autres. Bien que je sois reconnaissante pour leur hospitalité, toute cette situation est tout simplement trop, et avec tout ce qui se passe, il est vraiment difficile de dormir, surtout avec ce commentaire en direct des esprits, rapportant la situation en temps réel… Oui, on dirait bien que la Frontière était vraiment un enfer magique. Jungle de tentacules ? Serpents lubriques à cent têtes ? Banquet de folie ?… (*Plouf*)
(En train de dormir)
Je n’ai pas beaucoup dormi à cause de cette présence absurdement écrasante la nuit dernière, mais lorsque j’ai été appelée à la table à manger par tout le monde, celui qui cuisinait n’était autre que le responsable lui-même. Un homme mystérieux connu sous le nom de Haruka-san. Le même homme que le seigneur de la Frontière craint et respecte profondément, le qualifiant de « Calamité » avec un mélange de crainte et de gratitude. Les citadins le saluent avec désinvolture, mais dans leurs yeux brille une révérence qui frise l’adoration. Entouré de compagnons qui sourient doucement tandis que des enfants courent vers lui pour l’enlacer à chaque apparition, il n’agit pourtant pas avec la moindre arrogance ou suffisance. Il se comporte comme une personne tout à fait ordinaire. Cet homme même, qui se trouve au centre d’innombrables rumeurs propagées aux quatre coins de la Frontière.
Un étranger inconnu. Le personnage du « Tacticien aux Cheveux Noirs » de la pièce de théâtre ne lui ressemble en rien. Au contraire, il est tout l’opposé : au lieu de commander aux beautés aux cheveux noirs, il se fait traîner par elles. Et il était levé tôt pour préparer le petit-déjeuner. Les rumeurs sur le Tueur de Donjons, le dépeignant comme un monstre musclé semblable à un démon cannibale, n’ont également rien à voir avec la réalité. C’est un type svelte, à l’air distrait, qui ne pourrait être plus éloigné de cette image. Et le « Magnat aux Cheveux Noirs » qui commanderait des gardes du corps d’élite et aurait pris le contrôle de la Frontière pour la diriger d’une main de fer, la pillant et l’extorquant à sa guise, n’a rien en commun avec lui, puisqu’il erre seul, sans se soucier du monde.
Bien qu’il soit à l’origine de toutes ces rumeurs contradictoires, il ne ressemble à aucune d’entre elles, et est tout aussi éloigné de l’image présentée dans chacune. En tant que personne ayant beaucoup voyagé comme messagère de l’Église, rencontrant des gens de tous horizons, de toutes races et de tous métiers, il est le seul à ne ressembler à personne d’autre. Je ne peux imaginer ce qu’il fait ; ses actions, son attitude, sa présence, sa façon de parler, il n’y a personne avec qui le comparer. Je ne peux même pas concevoir ce qu’il pense, ou deviner ce qu’il fera ensuite. C’est une personne énigmatique.
Des sourires authentiques. Pas forcés. Pas faux. Ni polis, ni moqueurs. Ni manipulateurs, ni insincères. Un sourire né de la force, de la fierté, de la gentillesse et d’une profonde compassion. Le genre de sourire que seul quelqu’un de la Frontière pourrait offrir, et le genre de sourire que seule une personne comme lui pourrait recevoir.
Bien qu’il soit techniquement un étranger à la Frontière, Haruka-san semble, d’une certaine manière, plus « Frontalier » que quiconque, tout en donnant l’impression d’être originaire d’un endroit qui n’est pas ici et de pouvoir partir pour un lieu tout aussi lointain à tout moment. Il ressemble à quelqu’un qui pourrait être partout et nulle part à la fois, ses yeux toujours fixés sur un horizon lointain. Même lorsqu’il marche en ville, au centre de l’attention de tous, il regarde au loin, tout seul.
Avec ces yeux qui semblaient avoir contemplé un enfer plus profond que la mort elle-même et ce sourire féroce, j’ai eu l’impression qu’il scrutait mon âme, si bien que j’ai perdu connaissance. Et pourtant, il me traite comme une fille ordinaire, sans colère ni mépris. Mais il semblerait qu’il ne se souvienne pas de mon nom.
« Euh, c’est la Sœur Ari-Ari qui fait "Ahn-Ahn" en faisant ceci et cela, c’est bien ça ? »
« « « Arianna-san, vous avez compris ?! Et pourquoi la partie surnom est-elle si ridiculement longue et si suspecte ? » » »
« Haruka-sama, mon nom est Arianna. Je vous l’ai dit une cinquantaine de fois maintenant. Enchantée de vous revoir. »
Son regard est le plus perçant et le plus effrayant que j’aie jamais vu, pourtant ses yeux sont aussi plus doux que ceux de n’importe qui d’autre. Je me demande quel genre de monde se reflète dans ces pupilles d’un noir d’encre.
« C’est ça, c’est ça, AriAri, la Sœur qui a fait tout ce ceci-et-cela. Bref, le petit-déjeuner ! L’orphelinat a passé commande, donc c’est okonomiyaki ce matin. C’est votre perte si vous commencez à vous demander pourquoi des okonomiyaki et comment les demandes de l’orphelinat arrivent jusqu’ici, mais s’ils en veulent, alors ils se régaleront de mon okonomiyaki ultime ! Au fait, des tabous religieux ? Genre pas de vieux, pas de chauves, ou de barbes dans la nourriture ? »
« « « Même s’il n’y a pas de tabous religieux, n’ajoutez pas de vieux ou de chauves dans la nourriture ! Ni de barbes non plus ! Ou plutôt, ce vieux monsieur est une personnalité importante pour les gens de l’Église, alors ne pensez même pas à le cuisiner ! Et puis, toute cette histoire de flashbacks de type "ceci-et-cela" ne fait PAS partie du nom d’Arianna-san ! » » »
« Nous, de l’Église, mangeons tout ce qui nous est servi, nous n’avons pas de règles diététiques. Cependant, si ce n’est pas trop demander, je préférerais quelque chose de modeste. Le repas de la nuit dernière était si riche et extravagant, merci beaucoup, mais je serais parfaitement heureuse avec ce que mangent les enfants de l’orphelinat. S’il vous plaît, ne vous donnez pas cette peine pour nous. »
« « « C’est la même nourriture que celle de l’orphelinat, vous savez, hier comme aujourd’hui. » » »
« … A-Attendez… L’orphelinat reçoit une nourriture aussi luxueuse à chaque repas ? »
« Hein ? Ils ont même eu plus de viande que nous, donc si quoi que ce soit, la leur est plus chic… et voilà que vous me dévisagez comme des folles ! Écoutez, ils sont en phase de croissance, alors qu’une croissance supplémentaire ici serait un problème, donc vous êtes dans la phase "une-série-de-plus-sinon-les-jupes-ne-feront-plus", donc le volume total est plus élevé ici, mais proportionnellement, la leur était plus riche. Aussi, ils n’ont eu qu’un seul smoothie chacun et se sont comportés comme des anges, alors que certaines filles coquines ici ont fait une razzia, transformant l’endroit en bar à volonté. Pourquoi tout le monde siffle et regarde ailleurs ! Et pourquoi le groupe entier siffle soudainement "Pomp and Circumstance" d’Elgar ? Vous avez répété ça ou quoi ? Parce que ce choix de chanson crie que vous n’êtes pas désolées ! »
La nourriture ordinaire de l’étranger, l’okonomiyaki, était délicieuse. À tel point que je n’ai pu m’empêcher d’exprimer mes doutes sur l’existence d’un pays où n’importe qui peut manger un plat aussi incroyable comme repas normal, pour m’entendre dire qu’il s’agissait d’un plat bon marché pour les gens ordinaires. J’étais stupéfaite. Rester ici va briser mon sens de la réalité. Si des mets comme celui-ci sont considérés comme de la nourriture pour le commun des mortels, je vais oublier tous les idéaux d’ascétisme humble de l’Église. Pourtant, lorsque j’ai posé des questions sur les ingrédients, il s’est avéré que tout était bon marché et ordinaire, à l’exception des œufs, qui sont également peu coûteux dans la Frontière grâce à l’élevage de poulets à grande échelle. Même les assaisonnements scandaleusement savoureux sont faits maison… Alors ce plat céleste coûte en réalité moins cher que les repas frugaux de l’Église ?
Puis, après avoir été escortés jusqu’au manoir du Seigneur, tout le monde est parti vers les donjons. Des garçons et des filles ordinaires, portant encore les traces de l’immaturité enfantine, tout à fait normale pour leur âge, se sont dirigés avec désinvolture vers des donjons grouillant de monstres. Il est facile d’oublier, dans un endroit aussi abondant, paisible et magnifique, qu’il s’agit de la Frontière. Entourée de forêts regorgeant de monstres qui se multiplient à l’infini, et constamment menacée par des donjons toujours plus nombreux, cette terre, à la limite extrême de la civilisation, est l’endroit le plus rude pour tout être humain. Un royaume de cauchemar, où les gens avec qui vous riiez quelques instants auparavant pourraient être engloutis par cet enfer l’instant d’après.
Ce sont des gens beaux, doux, serviables et joyeux. Après avoir passé la matinée à jouer et à manger avec les orphelins, ils ont revêtu des armures d’acier, attaché des épées dans leur dos, se sont armés et sont partis. Comme si le bonheur paisible d’il y a quelques instants n’avait été qu’un mensonge. Et pourtant, leurs silhouettes étaient galantes et dignes, comme des héros de contes épiques. Pour ne pas laisser ce bonheur paisible devenir un mensonge, même de jeunes garçons et filles sont là-bas à combattre des monstres.
Même l’armée de la Théocratie n’envoie des soldats que pour réduire le nombre de monstres, subissant des pertes massives et faisant constamment face à une menace d’anéantissement. Et pourtant, ces gens plongent dans le Donjon chaque jour. Ils mettent leur vie en jeu dans la lutte contre les donjons pour le bien du bonheur de cette Frontière. Des gens gentils, joyeux et merveilleux, pas de simples brutes comptant sur leur force, ni des rustres sans éducation. Ce sont des filles qui aiment s’amuser et des garçons doux. Et pourtant, ce sont ces personnes qui doivent risquer leur vie quotidiennement, combattant et défendant contre le domaine des monstres.
« Comte-sama, pourquoi ces gens sont-ils si gentils… et pourtant, pourquoi s’infligent-ils des batailles si rudes ? Combien de personnes pourraient-ils rendre heureuses en restant en vie ? Et pourtant, ils choisissent la façon de vivre la plus dangereuse… Pourquoi ? »
« C’est ce que personne ne comprend, et pourquoi tout le monde est si déconcerté. Ils n’ont aucune obligation de protéger la Frontière, aucun lien ou attache avec cette terre, et pourtant ils font tant pour nous. Et même ainsi, ils ne se vantent pas et n’agissent pas avec arrogance. Ils ne cherchent ni gratitude, ni honneur, ni pouvoir, ni richesse, ils vivent simplement comme des citadins ordinaires. Bien qu’ayant la force et les richesses suffisantes pour s’emparer de la Frontière ou même du Royaume lui-même, ces garçons et ces filles ne demandent rien. Ils nettoient simplement les Forêts du Mal et détruisent les donjons. C’est pourquoi tout le monde est perdu. S’ils disaient simplement : "Adorez-nous" ou "Payez-nous", les gens les adoreraient volontiers et leur offriraient or et trésors. Mais il semble qu’ils ne veuillent pas non plus se faire remarquer, ni rien demander de particulier, alors ils gagnent de l’argent grâce au commerce, plongent dans les donjons et vivent des vies humbles… »
Sans demander de compensation, sans chercher la louange ou l’honneur, ne donnant que ce qu’ils ont gagné, n’offrant que ce qu’ils peuvent donner par leur propre force… Une façon de vivre exactement telle que décrite dans les anciennes écritures saintes.
Ces gens, qui semblent incarner la vie que Dieu a autrefois demandée, sont appelés ennemis de l’Église. Traités comme de graves pécheurs, faisant même l’objet de tentatives d’assassinat, désignés pour être soumis en tant qu’ennemis de Dieu. Le sage roi du Royaume de Diorer, Sa Majesté Diarusez Di Diorer, a fermement refusé de livrer le rebelle aux cheveux noirs et aux yeux noirs, refusant toute punition. Et pourtant, ce rebelle même semble incarner le mode de vie que Dieu a autrefois établi dans les temps anciens.
« J’ai aussi entendu dire que l’Église complote pour détourner l’attention de son propre échec en exécutant Haruka-sama et les autres, en prétendant que toute cette affaire n’a jamais eu lieu. J’ai aussi entendu dire qu’ils les ont déjà marqués comme de grands pécheurs et les ont déclarés ennemis du divin. Il est certain qu’ils exerceront une pression politique à la fois sur le Royaume et sur la Frontière. Si nous avions le pouvoir, nous pourrions peut-être arrêter une telle folie, mais tout ce que nous pouvons faire, c’est relayer l’information. La Théocratie… l’Église, j’ai entendu dire qu’ils envisagent même de lancer une nouvelle expédition juste pour couvrir leur échec et protéger leur propre autorité. »
« Peu importe les stratagèmes qu’ils inventent, le Roi Diarusez ne donnera jamais son approbation. Pas plus que moi, d’ailleurs. Je n’ai aucune intention d’accepter les revendications de l’Église, et je ne vois aucun sens à le faire. Supposons que le Roi ou moi-même obéissions à l’Église, que se passerait-il alors ? Qui, exactement, délivrerait ce prétendu châtiment divin aux tueurs de donjons ? À moins qu’ils ne puissent faire descendre Dieu Lui-même, aucun châtiment divin ne sera délivré. Et si Dieu devait effectivement descendre… je me demande quel camp resterait réellement debout. Peut-être l’Église a-t-elle l’intention de tester si les nombreux miracles de leur dieu transmis à travers le continent peuvent résister à la calamité connue sous le nom de joie de la Frontière, qui peut même massacrer un grand donjon ? Mais cela ne serait possible qu’après avoir invoqué Dieu. Si leur Église était vraiment assez grande pour appeler Dieu, je préférerais de loin qu’ils se plaignent directement à Lui plutôt que de déposer des plaintes auprès de notre Royaume. »
Il souriait en disant cela, mais il semble que cette affaire ait grandement irrité le Comte. Bien qu’il ait parlé sur le ton de la plaisanterie et avec bonne humeur, ses mots portaient une menace voilée : s’ils souhaitent invoquer le nom de Dieu, alors ils feraient mieux de traîner Dieu lui-même ici aussi. Non seulement irrévérencieux, mais une déclaration qu’il est prêt à se battre même si cela signifie devenir lui-même un ennemi du divin. Il a clairement déclaré que si quelqu’un levait le petit doigt sur Haruka-sama et les autres, même si ce quelqu’un est un dieu, il s’y opposera. Si aucun des deux camps ne recule, alors le conflit est inévitable. Et pourtant, nous ne possédons aucun pouvoir pour arrêter l’un ou l’autre camp. Les mots seuls ne peuvent rien changer.
« L’Église… pourrait même recourir aux rites interdits des jours anciens, sortant follement les armements sacrés autrefois scellés par le décret de Dieu lui-même. Certains murmurent même qu’ils fouillent dans les tabous mêmes dont on dit depuis longtemps qu’ils reposent dans l’ombre de l’Église… Libérant des désastres scellés parce qu’ils ne peuvent être contrôlés par les humains, ils pourraient exposer les recoins sombres de l’histoire de l’Église dans leurs tentatives de mettre la main sur les pouvoirs des temps mythiques passés. Si personne ne les arrête, cela pourrait signifier un désastre ? »
« Nous sommes habitués aux désastres. Quiconque est né et a grandi dans la Frontière vit et meurt entouré d’eux, nous pourrions être qualifiés d’experts en désastres. Et pourtant, s’il devait exister un désastre plus terrible que la calamité absurdement incompréhensible et répandant le bonheur dont même les gens de la Frontière parlent d’une seule voix comme étant "au-delà de toute compréhension", eh bien… j’aimerais assez le voir de mes propres yeux avant que la Frontière ne périsse. »
Le niveau de résolution qu’ils possèdent permet au Comte de dire avec confiance que même si cela signifiait la destruction, ils ne céderaient pas, et même le peuple ne le permettrait pas. Bien sûr, la faute incombe entièrement à l’Église ; chercher des concessions de la Frontière ou du Royaume dans de telles circonstances est un désir ridicule et éhonté, qui n’aurait jamais dû être évoqué. Et pourtant, si le comportement imprudent de l’Église n’est pas arrêté, un désastre se produira. Et ceux qui souffriront seront les citoyens innocents des deux nations.
« Ah, en parlant de cela, je soupçonne que les genres de choses dont vous vous inquiétez ne se produiront pas réellement. Peu importe le scénario terrible que vous imaginez, la situation sera résolue d’une manière bien pire. Peu importe l’ampleur du mal et des dommages que vous supposeriez, ils retomberont de manière bien plus sévère entièrement sur les responsables, étroitement compressés. Cependant, je ne peux parler pour les dévots de la Théocratie et de l’Église. C’est là, je le soupçonne, la question dont vous devriez vous inquiéter. Si nous protégeons la Frontière et le royaume, alors naturellement, c’est la Théocratie, qui serait jugée comme l’agresseur, qui en subira les conséquences. Pourquoi quiconque penserait-il que des gens qui conquièrent des donjons ne conquerraient pas aussi la Théocratie ? Si la Théocratie avait une force plus puissante que les Tueurs de Donjons, alors la Théocratie aurait dû conquérir les donjons elle-même. Cela leur aurait rapporté des pierres magiques, des armements, et aurait même renforcé leur foi. Mais ils ne l’ont pas fait. S’ils réfléchissaient à la raison pour laquelle ils ne l’ont pas fait, alors sûrement réaliseraient-ils la folie de transformer ces jeunes gens en leurs ennemis. »
La délégation officielle de la Théocratie a déjà transmis non pas des excuses, mais une condamnation au Roi Diorer, exerçant des demandes oppressives sur lui. Commençant par la remise de l’Archevêque, ils ont exigé des excuses officielles et des réparations de la part du Royaume, le transfert des droits sur les pierres magiques de la Frontière, ainsi que toutes sortes de privilèges supplémentaires, le droit de l’Église d’interférer dans les affaires de la famille royale… et enfin, la reddition du stratège aux cheveux noirs et des princesses aux cheveux noirs. La torture et la violation appelées Inquisition, l’humiliation cruelle et la disgrâce au nom de Dieu… Je ne peux permettre que ces gens soient soumis à quelque chose comme ça ! Et pourtant, les hauts rangs de l’Église ont déjà commis des erreurs si graves qu’ils ne peuvent plus reculer. Leur emprise sur le pouvoir leur échappe, et dans leur désespoir de le protéger, ils ne reculeront devant rien, entraînant tout le monde autour d’eux dans la mêlée, plongeant le monde dans le chaos.
Je dois parler. Même si ces gens gentils se mettent en colère, même s’ils me maudissent, me frappent, me donnent des coups de pied et finissent par me haïr, je dois les informer de la vérité sur l’Église… La pensée d’être haïe par ceux qui ont été si gentils avec moi est si douloureuse, j’ai l’impression d’être déchirée, mais s’ils devaient tomber en danger, sans rien savoir de ce qui arrive… Je ne pourrais pas me le pardonner. Je dois leur dire correctement… En tant que l’une des fidèles de l’Église, je dois les informer du danger qu’elle représente, et de sa nature réelle, corrompue et dégénérée.