Chapitre 417
90e jour – Nuit, ville d’Omui
Le festival touchait à sa fin. Plus la fête avait été joyeuse, plus le silence qui lui succédait paraissait lourd. Le tumulte d’il y a quelques instants s’était évanoui comme un mensonge, ne laissant derrière lui que les gens en train de remballer leurs étals dans les rues désormais calmes. Les lanternes rouges, qui luisaient doucement, derniers vestiges du festival, s’effaçaient tel un rêve. Et maintenant que les festivités étaient terminées, il était temps pour les orphelins de déménager vers leur nouvel orphelinat.
Le nouvel orphelinat disposait d’une véritable école et de gardiens qui seraient toujours là pour eux ; c’était bien mieux que de rester à l’auberge pour surveiller les lieux ou donner un coup de main toute la journée. Les orphelins s’étaient déjà intégrés à la ville, ils seraient donc certainement plus heureux là-bas. Et même s’ils déménageaient, nous restions dans la même ville, nous pourrions nous voir à tout moment.
Tout le monde se tenait par la main, quelques larmes coulant sur nos joues alors que nous nous dirigions vers l’auberge… pour découvrir qu’un nouvel orphelinat avait été construit juste derrière… Ouais, il était évident de savoir qui était le coupable, même sans poser la question.
« Regardez, l’ancien orphelinat est devenu un lieu de mémoire et de recueillement, n’est-ce pas ? Et avec le nombre d’orphelins qui a presque doublé, l’ancien bâtiment était devenu trop exigu. Alors, on m’a demandé de construire un nouvel orphelinat et, eh bien, je l’ai fait ? Parce que je suis un lycéen travailleur et industrieux qui fait de son mieux avec ses petits boulots, donc je n’ai absolument rien fait de mal, d’accord ? Je veux dire, les petits enfants qui sont trop jeunes pour travailler aideront toujours à l’auberge, et vivre dans le même quartier est plus pratique, non ? De plus, les bâtiments sont secrètement reliés, donc c’est un peu comme être sous le même toit ? Bon, d’accord, techniquement ce sont des bâtiments séparés, mais en tant qu’installations, nous sommes voisins de palier, alors j’offre des soba pour l’occasion ? Même si je ne sais pas pourquoi je suis coincé à fabriquer des nouilles à la main pour ceux qui déménagent, alors que je vis toujours à l’auberge. Mais hé, vous en voulez ? Il y a des additifs, mais j’ai réussi à mettre la main sur de la farine de sarrasin ? Donc, en gros, je ne suis franchement pas responsable ici ? »
« « « « « On va en manger ! Mais tu aurais dû nous le dire avant ! On a tous pleuré un peu, tu sais ! » » » » »
Aspirer des nouilles soba ne laissait aucune place aux réprimandes. Pendant ce temps, le coupable continuait : « Allez, l’ancien orphelinat s’est transformé en un lieu semblable à une église, alors bien sûr qu’ils devaient déménager, non ? » comme si c’était une évidence, mais non, il était coupable. « Et puis, être proche est plus pratique pour déposer ce petit raton laveur, et, Gyaaaah !! Tu pourrais arrêter de me mâchouiller la tête tout en aspirant tes soba avec les nouilles encore dans la bouche ?! Si mes cheveux finissent tout détrempés et ondulés comme des soba, je vais être convoqué au bureau du professeur pour avoir enfreint le règlement sur les permanentes ! Quoique, je suppose que le bureau du professeur devrait d’abord se téléporter ici, hein ? Depuis ce lycée, quel qu’il soit ? » se plaignait-il, sans le moindre remords, si bien que personne ne l’empêcha de lui mordre la tête.
Sait-il seulement à quel point la vice-présidente C était triste ?! Mais c’est pour cela que le nouvel orphelinat a été construit juste derrière l’auberge… Il a dû demander aux anciens résidents de déménager, leur a même construit de nouvelles maisons et a passé tout ce temps à préparer le terrain. Et une fois qu’il a vu qu’il pourrait y arriver, il s’est lancé dans la piscine et le festival… Depuis son retour à la frontière, il planifiait tout cela. Mais comme il a gardé le silence, elle a bien le droit de le mordre !
Il se montre très insatisfait du fait que les soba ne soient pas purs, mélangés à de la farine de blé pour le volume, et sans flocons de bonite, mais c’est délicieux malgré tout. La gourmet de cuisine japonaise, la bibliothécaire, a également approuvé en disant : « Même si c’est peu orthodoxe, si c’est délicieux, c’est la justice », donc le résultat est très réussi.
Après un repas léger et un dessert à l’auberge, les enfants s’installent dans l’orphelinat. Les bagages avaient déjà été transportés, il ne leur restait donc plus qu’à apporter leurs couvertures. Après tout, ce n’était qu’au bout du couloir.
« « « « Bonne nuit ! À demain~ ! » » » »
Guidés par Murimuri-sama, les enfants se dirigent vers l’orphelinat, ou plutôt vers l’aile de l’orphelinat, et nous leur faisons signe tandis qu’ils s’éloignent.
« « « Bonne nuit~. À demain. » » »
Oui, demain, et le jour suivant, et tous les jours qui suivraient, nous pourrions encore nous voir. Même s’ils faisaient bonne figure, les enfants ne pouvaient pas être totalement sereins. Ils n’étaient encore que des enfants. Pourtant, ils faisaient de leur mieux pour paraître forts afin de ne pas causer de problèmes. Certes, Haruka-kun n’aurait jamais accepté cela sans broncher. S’il avait pensé qu’ils étaient tristes, il aurait soit refusé de les envoyer à l’orphelinat, soit emménagé avec eux. Mais il n’avait rien fait, ce qui signifiait que tout allait bien. Ou, pour être plus précis, il avait forcé les choses pour qu’elles aillent bien. Physiquement et géographiquement.
Alors, maintenant, il allait avoir droit à un sermon ! Il y avait encore beaucoup de raisons de le réprimander, comme le fait de n’avoir prévenu personne de ses intentions, sans parler de tout ce qui s’était passé durant la journée. Il s’était encore lancé dans quelque chose de dangereux.
Nous déployâmes la Formation d’Encerclement pour Sermon. Mais le coupable fit tournoyer sa cape noire avec théâtralité et détala, s’évanouissant comme une brume tandis qu’il s’échappait ; d’innombrables ombres dansèrent et vacillèrent, se transformant en clones pour se faufiler hors du cercle.
Si seulement je ne m’étais pas laissé distraire par ce dessert au pudding et que je n’avais pas manqué le signal pour refermer le piège… Si seulement je n’avais pas demandé une autre portion… si seulement je m’étais arrêté à quatre.
Sa silhouette drapée se fragmenta en plusieurs ombres qui s’éparpillèrent dans la salle à manger. Lorsque nous tentâmes de lui couper la route, l’image éclata en une nuée de corbeaux et disparut.
Il savait pertinemment qu’il allait se faire gronder. Il avait clairement l’intention de fuir. Ce n’était pas seulement à cause de l’orphelinat, mais parce qu’il avait combattu en solo un Maître de Donjon de niveau 100. Un monstre doté de la Vision du Futur et de la compétence létale Mort Ultime, et il l’avait affronté tout seul.
Même après avoir poussé son corps au-delà de ses limites, au point qu’il commençait à lâcher prise et à s’affaiblir en conséquence… Haruka-kun avait réussi à tricher pour s’en sortir, masquant les dégâts, feignant de retrouver sa force par des artifices brutaux. Et comme toujours, pas le moindre remords, débitant ses habituelles excuses absurdes, comme si cela pouvait justifier quoi que ce soit.
« J’ai travaillé dur et j’ai fait de mon mieux, et ça a marché, alors je suppose que je suis du genre "si j’essaie (de tuer), je peux le faire" ? Mieux vaut agir (tuer) et partager l’expérience que de regretter de ne pas l’avoir fait (tué) du tout ? Vous voyez ce que je veux dire ? »
« « « Ça ressemblait à quelque chose qu’un enfant travailleur et bien intentionné pourrait dire, mais il est juste obsédé par l’idée de tuer des trucs !! » » »
Il détala. Il s’en était sorti. Il avait maintenant de nouvelles compétences, ce qui signifiait qu’il avait multiplié les épisodes téméraires ! Peu importe à quel point nous nous inquiétions, il balayait tout d’un « Oups, je me suis fait gronder », sans rien comprendre. Il semblait même penser que c’était la faute de son taux d’affection. Il ne montrait aucun signe de remise en question !
L’encerclement partiel fut mis en pièces par ses clones et ses illusions, et en se faufilant à travers ces brèches, il disparut. Nous l’avions laissé s’échapper… mais, je veux dire, c’était du pudding, non ?
« Alors, il va faire de son mieux pour trucider tout ce qui bouge, hein. »
« Il y a quelque chose de vraiment effrayant dans la manière dont il l'a dit ! »
« Il va assurément rendre son meurtre public ! »
« Plutôt, il regrettera de ne pas avoir tué ?! À quel point ce type a-t-il soif de sang ?! »
Il prononça ces mots avec un air suffisant, comme s’il venait de débiter une citation inspirante, mais à y regarder de plus près, cela ressemblait davantage au manifeste démentiel d’un tueur en série particulièrement dangereux.
« Il est plus fort qu’auparavant, et plus stable, qui plus est. Sa manière de combattre était bien plus solide, puis il a abattu le tout avec une attaque totalement incompréhensible ? »
« C'était injuste. Le Maître du Donjon était puissant. Mais son adversaire était bien trop corrompu. »
Tous deux n'étaient pas réellement en colère. Cela signifiait qu'il leur avait prouvé sa force. Peut-être pas suffisamment pour leur offrir une totale tranquillité d'esprit, mais assez pour les convaincre que tout irait bien. Il avait combattu en utilisant des méthodes conventionnelles pour démontrer sa stabilité, avant de recourir à une ruse pour terrasser le Maître du Donjon. Certes, c'était tricher, mais il l'avait fait pour les rassurer. Pour leur prouver qu'il était capable de se battre.
Plus tôt, il s'était déjà faufilé à travers un encerclement de vingt et une personnes comme si de rien n'était, disparaissant sans que personne ne puisse l'effleurer. C'était d'une telle grâce que nous avions demandé à Angelica-san et Nephertiri-san de révéler quel genre de technique il avait utilisé ; il s'est avéré qu'il avait distrait tout le monde en utilisant « Clone », « Illusion », « Clone d'ombre » et « Corbeau d'ombre », et pendant que nous avions les yeux rivés sur tout cela, il s'était glissé sous la table pour s'échapper… Ce n'était qu'un tour ! Un simple tour de passe-passe !
Lorsque nous avons posé la question, il s'est avéré qu'il ne s'agissait que d'une simple diversion. Ce genre de manœuvre est typique de quelqu'un de discret et subtil, mais grâce à l'impact visuel tape-à-l'œil des clones d'ombre se transformant en une nuée de corbeaux pour se disperser, les vingt et une personnes perdirent momentanément sa trace. Nous ne l'avions pas vraiment quitté des yeux, mais dans cet instant de flottement où l'attention de chacun vacilla, le véritable individu échangea sa place avec un clone d'ombre et se dissimula sous la table. Il s'y faufila littéralement en rampant. Pas très gracieux, n'est-ce pas ?
Comme les orphelins n'étaient pas dans les parages, le bain public devint un peu morne ; il se transforma donc naturellement en une assemblée exclusivement féminine. Et, bien entendu, le sujet de conversation portait sur la menace ultime : la « Mutation ». Certes, le nom de la compétence criait déjà au danger, mais l'arme réellement maniée s'avérait encore plus maléfique… Il n'était pas très clair si cette atroce méchanceté provenait de la puissance destructrice elle-même ou de l'imagination débordante de son utilisatrice, mais il semblait qu'il s'agît d'un déchaînement frénétique qui s'était achevé dans une dévastation totale.
Toutes, vivement intriguées, se déshabillèrent à la hâte, se précipitèrent dans le bain et se couvrirent d'une mousse onctueuse, hydratant et polissant leur peau jusqu’à ce qu’elle en brille, avant de plonger dans la baignoire, impatientes d’entendre chaque détail de ce récit terrifiant.
« Attends, qu-qu-qu'est-ce que c'est que ça ?! Un truc pareil… qui entre à l'intérieur… (*Plouf !*) »
« Ça, ça change de forme à l'intérieur, avec des bosses et des renflements qui se tortillent… ? (*Glou glou glou*) »
« Et le mucus qu'il sécrète… décuple la sensibilité, non seulement en surface, mais aussi à l'intérieur ! (*Ploc !*) »
« Un champignon mutant qui change de forme… un champignon qui se tortille, vibre et se métamorphose à l'intérieur… (*Plouf !*) »
À l'extérieur, les « Gants de la Main Empoisonnée » infligeaient divers effets de statut anormaux en appliquant des poisons sur la peau, décuplant la sensibilité et plongeant les victimes dans un état de frénésie. À l'intérieur, les effets du mucus produit par le nouvel équipement « Collier Aberrant – Mutation, Aberration, Mucus (Toutes résistances, Application de tous les maux de statut), +DÉF » accroissaient encore davantage cette sensibilité, les faisant sombrer dans l'extase. Et avec la transformation de « Mutation », le champignon maléfique métamorphosé se déchaînait en eux. Une combinaison menaçante dont les effets étaient difficiles à décrire, un déferlement incessant et brise-esprit de sensations si intenses que le corps ne pouvait même pas perdre connaissance, se poursuivant dans une folie sans fin.
« Ceci est un SOS. Nous réclamons des renforts. Épouse légitime, vite !! »
« Pas le temps de ranimer, ou… de régénérer ! Nous ne pouvons pas gérer ça à deux ! Il nous en faut au moins cinq, idéalement dix, pour avoir ne serait-ce qu'une chance ? »
« Pourquoi me regardez-vous touuuus ?! Non, non, NON, c'est impossible ! Être rendue folle de l'intérieur comme de l'extérieur ? Non, non, c'est hors de question ! Je... je veux dire, euh, eeeh, creuser et bouger là-dedans ? Fondre tout en étant attaquée de la sorte, eeeeeeeh, pas question, absolument pas ! Ou plutôt, pourquoi me désignez-vous sans la moindre hésitation ? Je ne peux pas faire ça, c'est impossible ! Ces choses verruqueuses et bosselées qui s'enfoncent dans vos parois internes, et cette chose grumeleuse et pulsante qui plonge à l'intérieur, vibrant et tournoyant, À L'INTÉRIEUR ? À l'intérieur, c'est impossible, non ?! » (*Plouf !*)
【En cours de traitement, miam-miam】
Le plus terrifiant, le plus infâme, le plus redoutable, le plus dément des souverains aux techniques obscènes : le « Roi du Sexe ». Même les plus puissants Empereurs de Donjon d'un autre monde, combattant à deux contre un, ne purent rien y faire ; ils sombrèrent dans la folie et s'effondrèrent. Une calamité qui provoque un paroxysme de démence ! Extrayant les filles à moitié noyées de cette conversation provocatrice, nous les enveloppâmes dans des serviettes à séchage rapide flambant neuves, séchâmes leurs cheveux, puis retournâmes tous dans la chambre.
« Mais… si tu possèdes la « Régénération », même si tu meurs ou que tu perds la raison, tu te régénères simplement et tu es instantanément de retour sur la ligne de front, n'est-ce pas ? »
« Ne pourrait-on pas aussi avoir une sorte d'officier chargé du contrôle des dégâts ou quelque chose du genre ? Juste pour garder un œil sur la situation ? »
« Ou alors, nous mettons tous la main à la pâte avec des sorts de Soin et de Régénération pour la ramener à chaque fois, et voilà : un bouclier de viande infini ? »
« Chaque fois qu'elle s'effondre, nous lui remettons, euh, le champignon dans la bouche, nous gardons un médecin en attente, et elle devient la Combattante Éternellement Inébranlable ! »
« Pourquoi suis-je le seul à être désigné volontaire pour cette formation de chair à canon suicidaire ?! »
Le corps tout entier était impitoyablement malmené, chaque parcelle de peau caressée et tripotée, plongeant l'être dans les profondeurs d'un plaisir enivrant. Pris pour proie par les tentacules, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, il y avait là de quoi pousser quiconque dans une euphorie maniaque, mais cette violation totale était en outre exacerbée par cette terrifiante nouvelle compétence ! C'était… Apparemment tout à fait prodigieux.
« Chaque nerf de ton corps entre en ébullition, ton cerveau donne l'impression d'être en proie aux flammes, et tu sombres dans la folie. Et même après avoir perdu la raison… cela continue de plus belle. »
« Encore, encore, encore, encore, encore, encore, encore, encore… Tant de fois que l'on en perd le compte, et pourtant, cela ne finit jamais ! »
Le plus terrifiant, c'est que même sa langue pouvait s'allonger, changer de forme et suinter de mucus ; il était capable de transformer chaque partie de son corps en arme ! Naturellement, ses dix doigts s'allongeaient, se métamorphosaient et vibraient également… le nombre pur et simple d'armes était écrasant ! C'est pourquoi ajouter dix personnes de plus ne ferait que rétablir l'équilibre, sans pour autant suffire à prendre l'avantage !
« « Nous attendons des renforts. Épouse officielle, entrée d'urgence, retournement miraculeux ! Si nous ne l'achevons pas rapidement, il ne fera que devenir plus fort ! Honnêtement… la situation est déjà critique. » »
Angelica-san et Nephertiri-san revêtirent des robes moulantes dénudant leurs épaules, le tissu épousant chacune de leurs courbes séduisantes, leurs longues et magnifiques jambes gainées de bas, et s'en allèrent pour vaincre le Roi du Sexe. Elles avaient probablement l'avantage si elles l'empêchaient d'équiper son attirail, mais avec son équipement complet, il pourrait s'avérer invincible.
Il est probablement l'être le plus puissant de ce monde. Un héraut de la mort pour les jeunes filles, contre qui même le nombre ne garantit aucune victoire… À la piscine, il avait rougi et laissé son regard vagabonder partout face aux bikinis ; plus tôt, en yukata, il s'était tortillé tandis que les filles l'assaillaient, et pourtant, il était le Roi du Sexe. Même à présent, alors que les filles se pressent contre lui, il se fige, et même lorsqu'une jeune fille nue se tient devant lui, il garde désespérément les yeux clos…
Mais même s'il est un lâche timoré, sa puissance d'attaque est absolument démoniaque !