Chapitre 418
90e jour – Tard dans la nuit, auberge du Bizarre Blanc
J’ai commis une erreur. Peut-être mon sens du danger s’était-il émoussé après avoir réussi à éblouir et captiver les Filles avec de magnifiques Illusions avant de prendre une fuite héroïque ? J’imagine que la victoire écrasante de la veille, obtenue grâce au pouvoir de « Mutation », a également contribué à mon manque de vigilance aujourd’hui.
Mais existe-t-il un lycéen capable de résister si deux beautés époustouflantes, vêtues de mini-robes moulantes, s'asseyaient à ses côtés pour se blottir contre lui avec coquetterie tout en le frôlant ici et là ? Non, il n'en existe point ! Ou plutôt, s'il en est un, il devrait être déchu de son titre de lycéen et banni pour l'éternité.
De ravissantes jambes interminables gainées de bas reposaient sur mes genoux, tandis que de généreux et fermes attributs de chair diaphane changeaient de forme à mesure qu'ils se pressaient contre mes bras. Même le plus austère des lycéens se serait retrouvé totalement impuissant face à cette offensive ininterrompue menée sur deux fronts ! Ou plutôt, un tel spécimen de lycéen austère n'existe tout simplement pas ! Eh oui, j'avais été dépouillé, mon équipement m'avait été retiré et j'étais immobilisé de part et d'autre, ne laissant pas la moindre échappatoire au lycéen que j'étais.
La sagesse des prestidigitateurs et des magiciens, affinée au fil des millénaires, recèle d'innombrables techniques exploitant les mécanismes de la perception humaine pour duper le cerveau lui-même. Un résultat inévitable de la psychologie et des sciences cognitives, une forme de manipulation mentale. C'était bien cela : ils avaient retourné leur art de la diversion contre moi !
Non, je veux dire, comment aurais-je pu ne pas regarder ? Et à l'instant même où je l'ai fait, je suis tombé dans une sorte de transe, mes pensées totalement figées. Certes, mais au moment où j'ai repris mes esprits, j'étais entièrement désarmé et entravé, ce pauvre lycéen impuissant se faisant caresser, lécher, frictionner et tirer de haut en bas, me plaçant dans une situation des plus complexes et délicates, face à laquelle je n'eus d'autre choix que de capituler dès qu'elles y portèrent leurs bouches. Ce fut une reddition fort plaisante, ce qu'elles ne raconteront assurément pas aux générations futures, et pourtant, c'était la vérité. Bon sang, elles m'ont eu !
À un moment donné, j'étais devenu dépendant de son équipement, tributaire de celui-ci, et vulnérable dès l'instant où il m'avait été retiré. Dans le feu de l'action, j'avais oublié ce qu'était le véritable combat.
« Sérieusement, comment un lycéen ordinaire est-il censé survivre à un deux contre un face à des adversaires de classe Empereur de Donjon ? Laissez-moi au moins garder le collier… (*nomf, squelch squelch*) …urghh ! Non, attendez, au moins la cape ou quelq… (*squelch, splash splash*) …gaaah ! »
Il était désormais évident que toute tentative de raisonnement était vaine. À partir de cet instant, seule la voie du carnage s'offrait à eux ; les mots n'avaient plus leur place, seuls les actes pouvaient encore parler !
Un postérieur doux, souple, aérodynamique et rebondi se balançait devant moi. Une taille fine aux lignes séduisantes, suivie de pêches blanches et ambrées, à la fois toniques et charnues. Chaque mouvement les faisait rebondir et osciller, avant qu'ils ne reprennent leur place dans un clapotis léger. De longues jambes prolongeaient cette courbe, leurs cuisses épaisses s'alignant sous mes yeux dans un spectacle glorieux.
Là où mes mains furent guidées et posées, je rencontrai une surface arrondie, à la fois ferme et souple, qui débordait de mes paumes. Une peau lisse et délicate, presque élastique sous le toucher, mais si douce que mes doigts semblaient s'y enfoncer. Aucun lycéen n'aurait pu résister à la promesse que recelait une telle sensation.
Cependant, mes bras étaient pris au piège, coincés entre ces cuisses trompeuses, dans l'incapacité totale de bouger. Mon bas du corps se trouvait dans un état critique, m'empêchant de réfléchir sereinement à une réponse. Ces derniers temps, j'avais l'impression qu'elles avaient commencé à cerner les préférences de ce lycéen, s'habillant délibérément de manières charmantes et stupéfiantes qui me laissaient totalement vulnérable à leurs assauts. J'en étais parfaitement conscient, et pourtant, je ne pouvais m'empêcher de regarder ! Ouais, même en cet instant, je continue de fixer, n'est-ce pas ?
・ ・ ・
Côte à côte, deux visages dormaient paisiblement, un sourire aux lèvres. Dans une bataille entre hommes et femmes, même si l’on se retrouve sans aucun équipement, il existe toujours des moyens de se battre. J’avais même perfectionné mes techniques et appris leurs points faibles. Mais face à des combats au corps à corps basés sur la force physique et les prises de soumission, suivis de techniques spéciales à base de langue, il n’y avait aucune résistance possible. Cela s’était transformé en un ravage à sens unique, une violation totale qui ne prit fin qu’une fois chaque once de « Régénération » épuisée. Ce n’est qu’après cela que la véritable bataille commença. Elle bascula dans ce qu’on pourrait appeler un combat monté, un acharnement sur cadavre. Un instant, je me demandai même sérieusement s’il ne s’agissait pas d’une punition divine pour avoir brutalisé la « petite jument » dans le donjon, mais les deux qui m’avaient chevauché avaient également participé au « horse-surfing », elles n’étaient donc pas de simples collaboratrices, mais des complices à part entière ! En réalité, elles l’avaient monté plus longtemps que la coupable, ou plutôt, que moi-même ; on pourrait donc les qualifier d’instigatrices principales.
Elles rêvaient avec des sourires gracieux, leurs beaux visages endormis ressemblant presque à des œuvres d’art. J’essuyai la substance blanchâtre qui coulait au coin de leurs lèvres et m’assis lentement. Hélas, le lycéen avait brûlé tout son carburant, ne laissant aucune énergie pour une vengeance. Alors, à la place, je me mis tranquillement au travail.
Je m’occupais régulièrement de l’armure de mes camarades de classe, la réparant et l’inspectant à l’aide de « Rajingan ». Chaque combattant présente des points de tension différents selon son style de combat, ses forces et ses faiblesses. Ces points de tension révélaient les zones soumises à une pression constante ou les endroits susceptibles de recevoir des coups. Pour les zones d’impact, je renforçais l’armure et utilisais l’« Alchimie » pour augmenter la dureté de la surface ; c’était la partie simple. Le plus délicat était de renforcer les pièces mobiles soumises à rude épreuve. Augmenter trop largement la mobilité pouvait nuire à la durabilité ou à l’intégrité structurelle. Je peaufinai donc l’amplitude de mouvement de chaque composant, ajustant les angles et les positions en fonction des caractéristiques de l’utilisateur.
Après avoir fait l’expérience directe de l’esquive et de la déviation d’épées et d’attaques, je pouvais affirmer sans crainte que ma compréhension des armures s’était considérablement accrue. J’appliquai ces connaissances pour améliorer la conception des armures, privilégiant des courbes profilées qui déviaient l’impact plutôt que de l’absorber, et intégrant des contours aérodynamiques qui empêchaient l’épée de porter un coup net.
Et travailler sur l’armure de cette façon rendait les choses d’autant plus évidentes.
« Comparés aux filles, les gars ne se donnent vraiment pas à fond. Pas la moindre bosse sur eux. »
Il y avait quelques entailles et éraflures, surtout sur l’armure des Idiots. Mais ces éraflures étaient celles qu’ils autorisaient intentionnellement, laissant l’armure absorber les coups, les rediriger, utilisant les parties les plus épaisses et les moins vulnérables pour dévier et encaisser. Quant aux Geeks, leur armure était pratiquement immaculée.
En revanche, les filles avaient beaucoup trop de marques de frottement. Elles frôlaient la limite de trop près, esquivant à la toute dernière seconde. C’est ainsi que la surface de leur armure finissait couverte de profondes éraflures dues à des effleurements superficiels lors d’esquives de justesse. Elles réduisaient trop leur marge de sécurité. Un minuscule faux pas à cette distance pouvait signifier un coup fatal. Elles se poussaient trop fort, plongeant au cœur de l’action et esquivant avec le strict minimum nécessaire.
« Sont-elles encore nerveuses ? Je veux dire, allez, je suis toujours en vie, non ? Je ne suis même pas mort une seule fois ! Pourquoi êtes-vous toutes si anxieuses ? D’après les résultats passés, mon taux de mortalité est littéralement de zéro. Je ne suis jamais mort, après tout. Enfin, techniquement, chaque personne vivante a un taux de mortalité de 0 %, jusqu’à ce qu’elle meure. Donc, d’une certaine manière, jusqu’à ce moment-là, on est en quelque sorte "immortel" ? Enfin, façon de parler ? »
En réalité, j’adorerais recouvrir de mithril au moins l’armure de la Présidente en Armure et de la Danseuse. Mais plus l’équipement est de haut niveau, plus il nécessite de mithril, et si j’en alloue à leur équipement, cela mettra sérieusement en péril les réserves de mithril. Je veux garantir la plus grande marge de sécurité possible, mais plus nous nous enfonçons dans les donjons, plus les risques augmentent.
« Je dois en déterrer davantage, mais je n’ai encore trouvé aucune zone prometteuse, alors jusqu’à ce que ma Détection capte quelque chose, je n’ai pas d’autre choix que de creuser à travers toutes les montagnes environnantes. »
Eh bien, j’ai découvert quelques filons de fer. Si je creuse des galeries de mine dans cette direction, je pourrais tomber sur du mithril en chemin. C’est sans doute plus judicieux que de creuser au hasard sans but précis. Cependant, sortir tard dans la nuit risquerait d’inquiéter la Présidente en Armure, la Danseuse et même le Slime. En réalité, ces trois-là n’ont même pas besoin de dormir, alors ils essaieraient probablement de m’accompagner.
Ils commencent tout juste à pouvoir dormir paisiblement, avec le sourire. Je ne veux pas troubler cela. Ils ont probablement passé des lustres dans ce donjon plongé dans les ténèbres, terrifiés et seuls, incapables de trouver le sommeil, hantés par des cauchemars. Je ne devrais pas interrompre cette paix. Ouais… de toute façon, je ne suis toujours pas en état de songer à la vengeance.
Ce qui me préoccupe également, c’est l’objet lâché aujourd’hui par le Maître de Donjon, le « Gardien de la Mort Niv. 100 » : l’« Œil des Abysses – Vision du Futur, Œil de la Sagesse, Vision à rayons X, Satori, Mort Ultime ».
D’accord, il y a déjà des chevauchements avec « Vision du Futur » et « Œil de la Sagesse », qui sont déjà couverts par le « Rajingan ». Le problème, c’est la « Vision à rayons X ». Cela réduit à néant tous les efforts que ce lycéen a déployés pour résister à la tentation et maintenir ce bandeau sur les yeux afin de protéger son Score d’Affection ! Attends, maintenant que j’y pense, y avait-il vraiment une utilité à ce bandeau ? Parce que celles qui sont le plus obsédées par l’idée de m’ouvrir les yeux sont précisément celles qui sont chargées de les couvrir ! Qui a bien pu choisir ces deux-là, d’ailleurs ?!
Celui qui semble pouvoir être intégré au Rajingan est le « Satori ». Comparé à la Vision du Futur, il semble plus mental ou spirituel. Peut-être est-ce une variante visuelle de la Détection d’Émotions de la petite sœur elfe ? Dans le folklore japonais, le « Satori » est un yōkai capable de lire dans le cœur des gens, et de nombreuses histoires à son sujet circulent à travers tout le pays. Il apparaît même dans le recueil d’illustrations de yōkai de l’époque d’Edo de Toriyama Sekien, le « Hyakki Tsurezure Bukuro »[1].
Et puis, il y a le dernier : « Mort Ultime ». Rien que d’entendre ce nom, j’ai l’impression que mes yeux vont devenir encore plus effrayants, et ça ne me plaît pas. Maintenant que j’y pense, le « Gardien de la Mort » n’avait-il pas ce genre de regard sinistre, lui aussi ? Enfin, ce n’est pas comme si j’avais déjà croisé un monstre au regard doux.
Le vendre est évidemment hors de question, c’est beaucoup trop dangereux. Même parmi mes camarades de classe, des compétences comme « Vision du Futur » ou « Œil de la Sagesse » seraient difficiles à maîtriser sans une forme d’accélération de la pensée ou de soutien au traitement mental. Avoir les yeux inondés de toutes sortes d’informations visuelles superflues est étonnamment difficile à gérer. Et puis, il y a cette « Vision à rayons X ». Cela signifie que les garçons sont automatiquement disqualifiés ! Attends, les filles ne valent guère mieux !
Je pourrais tourner en rond à force d’y réfléchir, mais pour l’instant, le mieux est probablement de sceller cet objet. J’ai l’impression d’accumuler les objets scellés ces derniers temps, mais peu importe, il sera scellé. Tout ce qui menace mon Score d’Affection est scellé, sans exception. La « Vision à rayons X » et le « Satori » sont bien trop risqués. Ces compétences débordent d’une intention trop marquée d’envahir l’intimité des femmes.
Quoi qu’il en soit, une fois que j’aurai terminé ce lot d’armures, j’irai dormir. Les préparatifs du festival m’ont épuisé, mais les choses se sont calmées maintenant. Je devrai être parfaitement reposé d’ici demain matin… Bien sûr, je dormirai en équipement complet. Héhéhé…
[Notes du traducteur : [1] Le Hyakki Tsurezure Bukuro (百器徒然袋) est le quatrième ouvrage de la célèbre tétralogie Gazu Hyakki Yagyō de l’artiste japonais Toriyama Sekien. Une version annotée et traduite en anglais de cette tétralogie a été publiée en 2016. Le titre est un jeu de mots ; « hyakki », normalement écrit avec les caractères signifiant « cent » et « oni », est ici écrit avec ceux signifiant « cent » et « récipients ». Cela suggère que la majorité des yōkai représentés dans ses pages appartiennent à la variété connue sous le nom de tsukumogami, des objets fabriqués par l’homme ayant pris vie.]