Chapitre 54
Ada n'avait pas d'amour particulier pour les universités, d'ailleurs elle ne s'était nourrie intellectuellement que de banques de données en ligne comme la majorité des gens, mais elle savait voir une situation qui se dégradait vers le désespoir quand c'était le cas.
La dernière fois qu'elle était passée, les professeurs parlaient fort en évoquant une lutte ou dressaient des barricades. Maintenant, il y avait des trous au sol et dans les murs, des traces suspectes de sang et d'impact de projectiles partout; les pièces étaient vides, les soldats patrouillaient sur le campus et l'entrée principale était gardée par un énorme robot qu'ils avaient fait venir d'un quartier industriel.
Elle entra dans un bureau aux parois recouvertes de livres, dans lequel le vieil universitaire qui l'avait aidé rassemblait hâtivement des archives avant de les fourrer dans un grand sac sombre. Il lève les yeux vers elle :
- « Notre exploratrice de planètes Xeno, dit Aloysius. Vous avez trouvé votre bonheur ? »
À l'attention qu'il lui accordait, on devinait qu'il n'en a rien à fiche de ses réponses.
- « Ouais. Les coordonnées de Dérive fonctionnent.
- Sur la monographie ? Le truc déclassifié de la Flotte ? Ils ont calculé toutes les Dérives de toutes les planètes ? Mais comment ? Fichtre. C'était quoi déjà ? demanda-t-il en se retournant sur l'étagère en question.
- Mondes habitables et inhabitables d'après des expéditions Xenos, par Andreï, capitaine de la Flotte Stellaire. Je crois que je connais ce type. »
Il tire l'ouvrage, qui est en un exemplaire, et le fourre dans le sac avec les autres. Elle lui colle un terminal sous les yeux, avec une photo, diverses données.
- « Je veux aller sur cette étoile.
- Quelle étoile ?
- J'en sais que dalle, elle a pas de nom !
- Et vous savez quoi sur elle, à part que c'est...»
Il regarda l'écran en plissant les yeux.
- «...une géante bleue ?
- J'ai ses coordonnées relatives par rapport à un autre monde Xeno.
- Elle est dans la monographie d'Andreï ?
- Non, personne y est jamais allé. Aucun humain quoi.
- Et vous voulez les coordonnées ?
- Ouais. »
La tension d'Aloysius retomba et il ricana. Puis, après un instant d'immobilité, il reprit sa collecte d'ouvrages.
- « Ma chère, il y a trois façons de procéder : vous le faites au pif, en croisant les doigts, comme nos bons vieux pionniers de la Dérive des années 2000 et vous avez une chance sur un million d'y arriver. Ou alors vous louez un ordinateur quantique et vous le faites tourner huit ans. Ou alors vous faites comme tout le monde, vous demandez à Leonardo. Mais je vous préviens, la liste d'attente est longue et la Flotte verrouille tout.
- C'est quoi Leonardo ?
- La planète ordinateur, petite. Demandez à votre EV. Un artefact Transient, idéal pour calculer une Dérive. Elle fait ça toute la journée depuis qu'on l'a découverte, pas un instant de repos. Mais je n'ai pas envie de vous lâcher dans un piège : il faut un permis pour atterrir sur Leonardo. Pas de permis, et ils prennent votre vaisseau et vous mettent dans leurs foutus centres de rétention administrative. Je ne vous le souhaite pas.
- Je connais bien, merci. »
Il zippe son sac et hisse la bandoulière sur son épaule.
- « Les soldats vous ont laissé entrer ? demande-t-il en réalisant enfin. - Je leur ai pas demandé.
- Meilleure façon de discuter avec l'armée. Enfin, si on a pas peur de mourir. Mademoiselle, je dois partir.
- Vous allez où ?
- Lodovico.
- Vous allez pas travailler pour l'Aleph quand même ?
- T'en penses quoi, de l'Aleph ?
- Je pense que c'est un bouffon et je vais lui régler son compte. »
Aloysius s'approcha et lui saisit l'épaule.
- « Sois prudente. Quand tout se sera calmé, tu repasses ici ? J'ai des tas de trucs à t'apprendre. Et vice versa.
- Sur les nombres premiers ?
- Ah, les piliers de la cathédrale des nombres. Un domaine fascinant. On pourra en parler si tu veux. Mais il faut que tu sois vivante. Alors une fois encore...sois prudente. Ne dis pas de mal de l'Aleph. Si tu veux hurler, fais le dans ta tête...enfin, fais le assez loin de la Terre. »
Il franchit la porte, sursaute en voyant Alpha, puis poursuit sa route. Ada regarde Alpha.
- « Le monde part en couille mon ami Alpha. Tu sais quoi ? On va aller trouver un ex ami à moi. Il m'en doit une énorme et j'ai besoin qu'on me paye ma dette. »
Il n'y avait pas de nouvelles régulations depuis l'arrivée de l'Aleph, en fait, il y en avait moins. Les lois sautaient une par une. Les citoyens expérimentaient leurs nouveaux espaces de liberté avec la prudence d'un chat explorant un jardin inconnu. Tous les fonctionnaires et autorités furent subitement occupés à autre chose (et notamment à discuter de leur avenir) et tout était confié aux drones. C'était une libération hors normes du marché, qui menait à de l'insécurité et à tous types « d'entreprises ».
Des établissements divers appelés « les maisons longues » et qui étaient des lieux de rencontre payants où on pouvait trouver de tout fleurissaient à l'avant dernier étage de Prospero, là où la luminosité de la lave du dernier niveau filtrait à travers le sol, constituant la seule lumière dans une obscurité et un vacarme de machines industrielles propices aux secrets. Cette maison longue n'avait pas de nom, elle était tenue par un ancien pilote disposant de prothèses chromées aux jambes et aux bras. Elle était remplie d'autres pilotes et de gens qui cherchaient des pilotes, et taillée dans une ancienne coque de Colossus, ce qui lui donnait mille alcôves isolées où tout pouvait se passer. Même si on y venait pour du business, on y trouvait aussi bien nourritures que distractions et plaisirs. Fumées denses industrielles se mêlant aux narguilés Xenos. Musiques hypnotiques, datant de 2200, le siècle de la mélancolie.
Dans une alcôve, Sky faisait face à un couple de bourgeois du secteur 888, yeux en amande et recouverts d'or et de rouge. Ils avaient avec eux un Xeno gros et rond comme un rocher, couleur pomme de terre.
- « C'est une époque où on peut se faire une montagne de fric si on a des capitaux et un vaisseau, déclara Sky en tirant sur un cigare illégal fait avec des feuilles de palétuviers de Valentine. Et il se trouve que j'ai un vaisseau. La route la plus profitable, c'est Tybalt - Ur - Booz - Jerimadeth - Prospero - Francisco - Lennox. On l'appelle la route du million de thalers. C'est long mais si on a le bon timing, on peut la faire en trois jours. Sur Tybalt, je vous prends des artefacts fractaux, j'en remplis mon Adventura. Sur Lennox, on fourgue ça à des gars qui vont ensuite le vendre à l'armée. Et l'armée, c'est le client le plus solvable de la SH avec ces conneries d'Aleph, et vous savez quoi ? Ils veulent des artefacts fractaux. »
La femme du couple parlait un dialecte du secteur 888 presque incompréhensible, mais une EV portable traduisit :
- « Tous les vaisseaux se font voler par la Confrérie des deux mondes sur la route de Booz.
- Ben dans ce cas je perds la vie, et vous juste votre fric. Je trouve que la répartition des risques est plutôt à mon désavantage non ?
- Combien on donne et combien ça nous rapporte ?
- Je prends 50% du bénef. Vous donnez un million de thalers, je pense en tirer 10. Donc vous gagnez quatre cinquante en 3 jours. Enfin non, attendez le temps d'y aller...dix jours.
- Pourquoi vous êtes ici dans ce bouiboui minable si vous avez ce type de deal ?
- Parce que c'est possible depuis que l'Aleph a foutu la merde partout.
- On est intéressés. »
Le canon d'un fusil à accélération magnétique se pointe sur la table, faisant loucher les convives. Ada, Alpha, et Kukth.
- « Cassez-vous », ordonne-t-elle.
L'EV traduit et le couple se lève d'un mouvement et manque de trébucher entre les hôtes de l'endroit tant ils courent vite. Leur gros Xeno roule derrière eux.
Ada prend leur place. Sky semble ravi :
- « Ada, tu es devenu une vraie femme. Toujours avec le bon Alpha, salut mon vieux, et ton petit lézard de Clélia. Et ta petite peluche mignonne.
- Et un fusil, fils de pute.
- Tu es venue me remercier de t'avoir sauvé de Clelia ? Oublie ça. On est quittes ma belle.
- Tu me dois énormément d'argent, et tu n'as pas idée de combien je suis bonne en maths.
- Ah ouais, je croyais que c'était de l'histoire ancienne. Tu m'as cherché toutes ces années ?
- J'ai mis dix minutes à te trouver, avec l'aide d'un technicien sur Orion Prime. Ils m'aiment beaucoup sur Orion Prime, surtout depuis que j'ai tué personnellement des dizaines de soldats pour la libérer.
- D'accord, t'es une vraie dure. Et tu vas faire quoi, me tirer dessus ? Ici c'est Prospero. Bon c'est pas la tour de la Préfecture mais les policiers rigolent pas avec les agressions.
- Ah ouais ? »
Elle opine du menton et Alpha passe une de ses mains aiguisées entre les doigts de Sky et lui sectionne l'annulaire. Il hurle de terreur, puis de douleur, mais c'est à peine plus fort que la musique et les machines. Un Androïde serveur se tourne vers eux avec un regard absent et Ada lui répond un sourire innocent.
- « J'adorerais te découper en petits morceaux comme ça.
- Putain je vais tellement te foutre à nouveau dans ce centre de rétention pour le reste de ta vie, salope.
- La liberté de culte mon vieux Sky. La SH a cette obsession bizarre. Et il y a cette religion du Transient des plaines de Gobbo. »
Elle fait rouler son doigt sectionné sur la table.
- « Pour grimper dans le culte, il faut couper des morceaux de son corps et les offrir à leur dieu. Mon pote t'a inscrit dans leurs registres. Moi je trouve que c'est une religion débile, mais là, toutes les EV sont persuadées que c'est ta vraie religion et que t'y crois dur comme fer.
- Tu vas pas me couper en morceaux, non ? Merde, je t'ai sauvée ! Merde, même Alpha, ton pote à la vie à la mort, c'est moi qui te l'ai apporté.
- Très discutable tout ça. D'ailleurs, tu l'as trouvé où, Alpha ? Tout le monde me demande d'où il vient.
- Si je te le dis, tu me fous la paix ? J'ai pas ton argent.
- Si tu me le dis, personne ne te coupera de doigt dans les trente prochaines secondes..
- T'es vraiment conne, tu aurais pu me demander tout gentiment, je t'aurais tout donné. Donne moi ce verre, je vais désinfecter...putain. Alpha, je l'ai trouvé dans les débris d'un Colossus hors d'âge qui s'est écrasé sur le continent sauvage de Titus. Le Colossus revenait d'une expédition à l'autre bout de l'univers.
- D'accord, dit Ada, presque douce. J'ai pas besoin d'argent. J'ai adopté ta philosophie : quand je veux un truc, je le prends. J'ai besoin que tu m'accompagnes sur Leonardo.
- Putain j'ai tellement mal...Leonardo ? On peut pas atterrir sur cette foutue planète.
- Si, on peut, c'est juste qu'ils nous arrêtent une fois qu'on s'est posés.
- Et ça nous avance à quoi ?
- C'est pas ton problème.
- Leonardo, c'est une planète MILITAIRE, secret défense, comme Lodovico. Comme c'est un artefact Transient on peut la voir de loin dans un vaisseau de tourisme, mais s'y poser, c'est rester en CRA toute sa vie. Super. Dans deux mois je retrouve ma citoyenneté pour info. Deux mois, Ada. Steup.
- T'étais en train d'arnaquer des tocards à coups de millions et tu pleures pour ta carte de citoyenneté ?
- Les millions, ça passe vite. Je veux que mon After soit sécurisé. Surtout avec le nouveau boss de la SH qui semble changer d'avis tous les quatre matins. Qu'est ce que je vais faire avec un doigt en moins, bordel...
- Tu te couperas la main et t'en mettras une synthétique. Avec un peu de chance celle-ci ne volera pas l'argent des autres.
- Écoute Ada, oublie Leonardo. Tu veux des coordonnées de Dérive ? No problemo. Je peux te trouver un Transient qui sait faire ça.
- Il est où ce Transient ?
- Sur Booz.
- Sur Booz, la belle affaire. Alpha, tranche lui un autre doigt.
- NON ! NON ! hurlait Sky, espérant être plus fort que la musique, en vain, alors qu'Alpha s'approchait.
- Sur Booz où se trouvent tous tes petits copains de la Confrérie, Sky ? Tu me prends pour une tocarde mon pote ? Tu sais que tous les Xenos de Booz m'ont à la bonne ? Alors d'une je sais que y a pas de Xeno là bas capable de faire des calculs de Dérive, et de deux, tu vas essayer de me doubler et ils vont tous te tuer.
- Je t'en supplie me coupe pas de doigt...j'ai juste pas envie d'aller en prison...putain t'y as été toi...
- Pour Leonardo, voilà ce qu'on va faire. Tu vas dire la vérité. Tu vas dire que je te tiens en joue avec mon fusil. C'est un détournement de vaisseau. Comme ça ils m'enferment moi et toi tu t'en sors avec un interrogatoire.
- C'est ton plan, c'est ça ? Jusqu'à ce que tu changes d'avis.
- Sinon on peut rester là et te couper des bouts un par un, c'est toi qui vois. »
Sky ferma les yeux, trempa son moignon de doigt dans un verre d'alcool de nébuleuse, et le vida d'un trait.
- « Allez, on y va. La Dérive de Leonardo c'est tous les jours à l'aube. »
Il partirent de la maison longue comme s'ils étaient bons amis - ce qui était plus ou moins le cas maintenant qu'ils parlaient le même langage. Sur la passerelle qui menait à l'ascenseur inter étages, éclairée par le magma, ils croisèrent le couple qui était à leur table. Tenant sa main ensanglantée et plutôt pâle, Sky leur lança : « Ah, je règle une affaire rapide et je reviens ici, on pourra se voir ce soir. Pensez à ma proposition. » et ils le regardèrent comme pour le scruter.
Dans l'ascenseur, accompagnés uniquement de drones qui erraient dans les étages inférieurs pour collecter des déchets exploitables, Ada lança à Sky :
- « S'ils reviennent vers toi après avoir vu ta main, ils méritent totalement de se faire arnaquer.
- Tu n'as pas idée, Ada. Plus ils sont riches, plus ils sont bêtes quand il s'agit de gagner de l'argent. Demain ils me fileront le million. Tu sais avec mon sourire et ta violence aveugle, on pourrait se faire suffisamment d'argent pour se payer une Polylife. »
Ada pensa au Wau des séries de la Ligue d'Antioch, qui brassait ses thalers dorés avec un sourire de dément, et qui causaient sa perte. Ces tocards, et Sky...ils avaient la même maladie.
Arrivé à l'étage de l'astroport, Sky la guida vers un magnifique Adventura, vaisseau de tourisme dodu peint de rouge et de jaune, avec un immense soleil sur le nez, portant le nom : Phébus. Prospero ne dormait jamais, et alors que l'aube se devinait, l'activité était toujours intense.
Les Adventuras, mini vaisseaux de croisière, disposent de tout un pont autonome (d'ailleurs capable de se séparer du vaisseau en cas d'accident) réunissant chambres, piscine-boule en 0G, cuisine gastronomique, bibliothèques et expériences en VR. Le pont supérieur, en bois, dédié au pilotage, était suffisamment large pour accueillir une dizaine de matelots - et en principe, il devait les avoir. C'était bien une idée de Sky, de faire du transport de marchandises dans un vaisseau de tourisme...
Décollage souple d'un pilote expérimenté. Ada se souvint de leur dernier décollage ensemble. Silence. Puis, la Dérive s'enclenche et le système de Leonardo apparait par l'immense baie d'observation.
Une naine rouge, brillant calmement au centre d'un système sans aucun autre astre...quelques gros Adventuras de tourisme et quelques Ozy custom de gens riches qui viennent observer une merveille absolue : Leonardo - 1, que la SH appelait la planète ordinateur.
La bouche tordue, Sky vire de bord et plonge sur celle-ci; Ada découvre petit à petit l'étonnant artefact. Gros comme une géante gazeuse, mais sans roche ni gaz, c'est un maillage, un squelette de métal qui donne l'impression d'une pelote de laine. Avec des outils grossissants, elle peut voir la structure : de simples rails de fer, charriant des boules de métal.
L'EV de bord explique à Ada que Leonardo est un simple ordinateur mécanique utilisant sa propre gravité pour fonctionner. Il est essentiellement vide, car le maillage apparent, de près, constitue l'enchevêtrement de quintillions de rails sur lesquels poussent, tombent, remontent, des boules en alliage inaltérable grosses comme une tête. On a même pas pu vraiment analyser une de ces boules, car s'il en manque une seule, qui sait si les calculs seraient justes ?
Probablement opéré à distance par des Transients, les humains l'ont investie et ont créé une base en orbite basse où la gravité est présente, mais est à peu près celle d'une lune. Cette base s'interface numériquement avec le centre mécanique des « questions » mathématiques de la SH, et la planète travaille à plein temps.
C'est aussi une zone militaire, d'ailleurs les communications résonnent :
- « Adventura Phebus, je ne sais pas ce que vous faites mais vous arrivez en zone militaire, déclara une voix sévère. Encore une heure lumière et on vous tire dessus. Faites demi-tour.
- Euh, non, me tirez pas dessus ! répond immédiatement Sky, un œil sur Ada. J'ai pris un passager pour une course et cette personne vient de devenir folle et me braque un fusil dans le dos pour que j'aille sur la planète. Ne tirez pas !
- Décrochez votre grappin et faites demi-tour, Phebus. Nos missiles vous ont en joue.
- Bon sang, je ne sais pas qui vous êtes mais je suis carrément une victime dans cette histoire ! Laissez moi me poser, et vous vous arrangerez avec la preneuse d'otage...on peut s'en sortir sans tuer personne ! »
Ada approuva du menton et la voix resta silencieuse.
- « Peut-on parler à votre preneur d'otage ? » demande une autre voix.
Ada fit non de la tête.
- « Non, par contre elle enfonce son fusil dans mon dos.
- Pouvez-vous identifier cette personne ?
- Ouais. Elle s'appelle Ada. C'est une ancienne de la Ligue, qui a été dans vos CRA. Je crois qu'elle a une dent contre vous, les gars.
- Est-ce que Ada m'entend ?
- Ouais, allez-y.
- Ada, vous avez trois options. Soit vous rebroussez chemin immédiatement et vous vous en tirez avec un signalement aux EV et la justice de la SH. Soit vous vous posez et j'ai un commando d'Élite ici qui va vous cueillir. On a des personnes dérangées qui essayent de faire ce que vous faites de temps en temps. Ils ne quittent jamais Leonardo, si vous voyez ce que je veux dire. Enfin, si vous avez un explosif à bord, nous avons des satellites de scan dans quelques minutes lumière, ou si votre vitesse d'approche est jugée dangereuse, croyez-moi que nous ferons feu sans merci contre vous. Nous n'avons jamais manqué aucune de nos cibles. Vous êtes prévenue. »
Et il se tut.
Le Phebus descendit sur la base en très basse orbite, seulement cinq cent mètres d'altitude, de Leonardo, vers un pas de tir dégagé où clignotait une délimitation d'atterrissage. Le type aux comms n'avait pas menti : trente six soldats, exosquelettes, armures noires, fusils AM, attendaient en cercle tout autour.
Ils s'engouffrèrent dans l'Adventura dès que celui-ci ouvrit ses portes, investissant tous les quartiers qu'ils avaient déjà scannés avec les satellites.
- « Où est votre preneur d'otage ? gueula le chef du commando à Sky qui attendait sans bouger face à la baie d'observation, les genoux à terre et les mains en l'air.
- Juste là », répondit-il en se tournant et en montrant l'arrière du vaisseau.
Mais il n'y avait plus personne.