Chapitre 44
« Salut à tous, on va abréger le protocole étant donnée la situation, dit Tohil d'un ton bourru, son col d'Amiral relâché. Rav, un point sur la situation. »
L'Amiral Ravzan était aux côtés de Tohil, depuis la salle de communication de Polyphème, un gros Tyger surarmé qui croisait non loin de Tybalt. Si la plupart des interlocuteurs avaient le visage défait de ceux qui n'avaient pas dormi depuis deux jours, il semblait plein d'énergie. Du désespoir ? Face à lui, sur un écran, une dizaine de capitaines qui avaient rescapé à l'assaut de l'Aleph, chacun dans la salle de communication de leurs navires respectifs.
- « Euh...donc, il y a deux jours un individu, un humain ou un Xeno à l'apparence humaine, disposant de pouvoirs égaux voire supérieurs à ceux des Transients, a pris d'assaut le siège du Conseil de la SH, et contrôle depuis ce lieu et cette date cette même SH. Dans l'opération, nous avons perdu un nombre indéterminé de vaisseaux et d'hommes, mais nous comptons au moins la perte de l'Endymion Romulus et de l'Endymion Rémus, habituellement affectés à la protection de la Terre et de la route Terre - Mars. À noter que selon l'individu, qui se fait nommer Aleph, ces pertes sont dues à des manœuvres de Transients. L'Aleph a ensuite établi ce que nous avons appelé une zone de contrôle qui est de l'ordre d'un système solaire, mais cette zone s'étend à travers les portes intriquées, ce qui fait qu'il étend son influence sur les Big Five, La Terre, Prospero, Antioch, Alonso, Titus, mais aussi Lennox, qui rappelons-le produit de l'antimatière. Par ailleurs son « contrôle » passe aussi par les portes intriquées minuscules qui sont dans nos Dérives et qui permettent la synchro EV.
- "Contrôle", ça veut dire quoi, Rav, précisez, poussa Tohil.
- On est quasi sûrs qu'il peut probablement comme un Transient lire les pensées et modifier la psyché des individus.
- Vous avez entendu ? Considérez qu'il sait tout de nous.
- À l'heure où nous vous parlons, nous avons développé des trésors technologiques pour que nos Dérives soient isolées de la SH, et encore, nous ne sommes pas certains que l'Aleph n'ait pas un œil ou une oreille dans nos vaisseaux. Nos cartes de Dérive ont été effacées. On est en train de les reconstruire, certaines de mémoire.
- Parlez nous de la Flotte Stellaire.
- 99% de notre flotte, suite à la crise, a décidé soit de Dériver vers la Terre soit de fuir, et dans les deux cas, s'est retrouvée bloquée et incapable de sauter à cause justement de la perte des Cartes. Cela dit, quelques officiers connaissent des coordonnées de Dérive par cœur mais personne ne s'y est risqué dans l'urgence et c'est quasiment la règle numéro 1 à ne pas enfreindre.
- Tous les vaisseaux qui ne sont pas présents dans ce conseil de guerre sont considérés entre les mains de l'ennemi, affirma Tohil d'un ton sinistre.
- Chers capitaines et Amiraux, j'aimerais que vous preniez en compte une donnée. La Flotte Stellaire est le bras armé de l'humanité. Mais justement, une grande partie de cette humanité a rejoint l'Aleph. C'est le cas du reste entre autre du Conseil de l'Amirauté qui a fait en partie sécession pour rejoindre ce nouveau leader.
- Des traîtres ! ragea Tohil. Des couards ! Indignes de l'uniforme. Gardons notre calme. Je veux vous rassurer. On ne va pas faire de mission suicide. Vous savez quo i? On va peut-être même d'un commun accord faire comme les autres et ce ranger à cet Aleph, là, même si j'ai surtout envie de lui tordre le cou. Nous sommes des militaires. Nous sommes la Flotte Stellaire. Alors quoi qu'on fasse, on va le faire dans les règles, et pas parce qu'on a les foies, vous voyez ce que je veux dire ? Dans la dignité et l'honneur de la Flotte. Mais d'abord je veux vous connaître. Alors présentez-vous les gars. »
Une invitation qui provoqua un silence étonné dans ce contexte puisque le premier capitaine de navire était une femme.
- « Capitaine Miroslava Ivet, de l'Endymion Alké. Capitaine depuis deux jours. L'ancien capitaine, Ancalor Vlasto, est actuellement en aile médicale sous traitement mental. Toute sa famille servait à bord du Rémus. Nous sommes pleinement opérationnels et disposons de trois mille hommes.
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- Capitaine Kenny, juste Kenny, de l'Anicroche Tisiphone. À toutes fins utiles je vous informe que le Tisiphone a été réhabilité comme vaisseau de tourisme pour les militaires trop âgés pour servir. Cela dit, mes passagers sont prêts à se battre si vous les mobilisez et je crois qu'ils partagent le sentiment de l'Amiral Tohil sur l'Aleph.
- Capitaine Margarita Lieke de l'Endymion Deimos, dit une femme au visage épuisé. Je vous informe que nous revenons d'une mission de cinq ans en dérive cinq et je suis à sec de ravitaillement pour mes trois mille hommes. Dans deux jours, soit on se rend, soit on mange des matelots.
- Capitaine chirurgien Sindri du vaisseau hôpital Fuxi de classe Invictus. C'est un bon vieux vaisseau qui date de 2500 mais qui tient bien la route. Capitaine Lieke, j'ai des réserves pour vos hommes mais pas de quoi vous faire tenir plus de dix jours. Pour situer, les Invictus sont les anciens modèles Endymion. On a beaucoup de place et une bonne propulsion, mais aucune arme et un équipage minuscule composé uniquement de médecins.
- Capitaine Sirius, fit un Androïde à la voix robotique. Je suis un ancien Capitaine, passé par l'After, mais qui a jamais décroché de l'armée. Je commande un modeste Ozy appelé le Kairos, qui est bourré de missiles. Si vous cherchez un type qui peut se jeter sur une cible et exploser avec, je suis la recrue parfaite. »
C'était une plaisanterie, mais personne ne rit. Sirius se dit que l'assemblée réfléchissait peut-être sérieusement à l'employer en mission suicide.
- « Capitaine Miltiades, dit un vieil homme aux yeux brillants. Ici aussi un modeste Ozy appelé le Keres. Je suis en mission secrète mais elle est sans objet aujourd'hui. J'ai une bonne nouvelle pour vous. Je transporte une paire de Portes Intriquées de deux mètres de diamètre que je devais ramener sur Terre. »
Tohil émit un sifflement d'admiration. Il s'imaginait faire chuter une porte sur un endroit et envoyer l'escadron Eulabée au travers.
- « Alors ça, c'est un atout de premier plan.
- J'ai aussi une ou deux tonnes d'antimatière, rajouta Miltiades. Ça fait un chargement de quoi, deux ou trois trillions de thalers ?
- Tout ça dans un seul Ozy ? demanda Rav.
- Quand on doit transporter des éléments précieux sur des routes fréquentées, la discrétion fait loi.
- Capitaines Roman, Evgeniv et Tena de la flotte de la Ligue d'Antioch, tonna une voix dans un coin. La Ligue nous a appris à vous détester, Tohil, mais notre leader Shasho a décidé de se rendre à cet Aleph. Nous avons immédiatement fait mutinerie et nous sommes venus avec un escadron d'élite de vaisseaux de type Alexandrite. Ils sont l'équivalent Antiochien des Ozymandias et capables de missions éclairs en atmosphère. Ils sont également dotés de rayons thermiques haute puissance et ont la meilleure accélération en grappin de la SH. Nous sommes le commando des Moires : les vaisseaux Atropos, Lachesis et Clothos. On va tuer cet Aleph, et après je vais tuer Sashko moi-même.
- On vient de signer un traité de paix avec Antioch, pour information, précisa Ravzan.
- Je vais l'égorger et ça n'aura rien de politique, ajouta Roman avec le flegme traditionnel antiochien.
- Capitaine Andreï de l'anicroche Alecto. Notre vaisseau n'a pas d'armes montées mais...»
Tohil avait dit « un instant » et avait brutalement coupé la conversation. En privé, il demanda à son partenaire :
- « Rav, c'est quoi ces conneries ? Ce tocard d'Andreï ? Il dirige encore l'Alecto ?
- Oui. Il a même mené les négociations de paix entre la Ligue et la SH. Brillamment à ce qu'on...
- Rav, j'ai demandé à ce qu'il soit viré. Vous l'avez maintenu dans mon dos ?
- Pas du tout. Il a les faveurs de la présidente.
- De la présidente de la SH ?
- Et, vous savez, tous les Endymions ont des psis à bord maintenant.
- Vous avez toujours eu un œil sur lui, pas vrai ? J'ai vu un jour un rapport sur lui traîner sur votre bureau.
- Je le surveille comme je surveille toutes les anomalies.
- Fait chier. Bon, c'est pas comme si la situation était pas déjà totalement pourrie. »
Il réactiva la conférence à distance, prit une inspiration, et s'aperçut qu'une nouvelle fenêtre venait de s'ouvrir. C'était un Wau en armure qui apparaissait dans l'écran.
- « Euh, le Wau, vous avez un truc à nous dire ?
- Merci de bien vouloir excuser mon intrusion, dit le Wau de sa voix égale. Comme vous le savez, l'Ordre Wau a une mission de protection de l'humanité. Si jamais cette réunion devait avoir pour objet de mener un assaut contre l'Aleph, alors je serai des vôtres.
- Euh...attendez...vous avez des codes d'accès aux communications militaires ?
- Vos protocoles sont remarquablement sécurisés, mais pas hors d'atteinte de nos possibilités.
- Écoutez, le Wau, gueula Tohil déjà bien énervé. C'est un conseil de guerre de la FLOTTE STELLAIRE. Ça ne vous regarde pas. SORTEZ D'ICI !
- Je reste, que vous le vouliez ou non. Nous sommes en des temps où personne n'a le luxe de se passer d'un coup de pouce. Je tiens à faire valoir deux points. Lors de la crise de la semence de vie de Lennox, un Wau s'est opposé à l'arrivée de vos Endymions en orbite. À lui seul il a pénétré la coque et désactivé la source d'énergie principale. Un seul Wau est plus fort que le plus puissant de vos navires. Deuxième point, j'ai confronté personnellement celui que vous avez appelé Aleph, qui a essayé de me tuer, et j'ai survécu. Je suis dans votre camp; sans espérer de remerciements qui seraient toutefois de bon aloi, je pense que ma présence est ici légitime sinon précieuse. »
Tohil respirait si fort que tout le monde l'entendait et Andreï fit un petit geste de la main qui invitait à dire « pourquoi pas ? » et Rav opina.
Un silence passe, puis Tohil reprend :
- « Nous sommes dans une situation de type Hiroshima et Nagasaki...à part que nous sommes les japonais survivants. Nous sommes face à une démonstration de puissance qui nous dépasse, et qui plus est, notre armée est réduite à une poignée de combattants que je n'enverrais même pas pour régler un conflit sur une planète Xeno médiévale. Les trois autres membres de l'Amirauté se sont déjà rendus à l'ennemi, ces traîtres. Aujourd'hui nous avons peu d'options. Nous pouvons contre-attaquer, avec un bon plan. Mais objectivement, nous sommes des guerriers avec des fusils ou des lances face à une bombe nucléaire. Et si j'ai une réputation de batailleur, je respecte la vie de mes hommes. Nous pouvons aussi nous rendre dans l'honneur, en négociant notre reddition. Ou même nous saborder. Rav et moi nous trancherons, mais nous sommes à l'écoute de vos points de vue.
- J'ai le problème de la survie de mes trois mille matelots, dit Margarita. À moins de reprendre magiquement une planète de la SH, et pas un trou perdu comme Fang, ils mourront si on ne se rend pas.
- Nous ne vous avons pas rejoint pour nous rendre, dit fermement le leader de l'escadron de la Ligue, Roman. Nous nous désolidariserons de vous si c'est votre choix.
- Saborder un Endymion pour qu'il ne passe pas à l'ennemi, pourquoi pas, fit remarquer Sindri. Saborder un navire hôpital, c'est ignorer ce qui est en face de nous : des humains, tout simplement. »
Tohil fulminait. Il se sentait terriblement impuissant, et confronté à des avis divergents qui affaiblissaient une situation déjà désespérée.
Andreï leva la main et ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Tohil frappa sur la table qui lui faisait face et se leva pour partir. Le silence se fit alors qu'il disparaissait de l'écran. On entendit des bruits sourds, comme s'il tapait sur un mur. Rav se leva aussi et il y eut un échange indistinct. Puis les deux amiraux vinrent se poser à nouveau devant la table.
- « Capitaine Andreï ? demanda l'Amiral Ravzan.
- J'ai une solution. »
Sa voix posée, certaine, douce, qui parlait comme d'évidence, imposa un silence d'espoir attentif.
- « Négocier la paix ? demanda ironiquement Tohil avec de la haine dans la voix.
- Avec l'Aleph ? C'est impossible. Ma solution est : On se replie, on panse nos blessures, on trouve une faille dans l'armure, on contre-attaque sans merci. Et on gagne.
- Bordel Andreï, vous êtes la lumière dans ces putains de ténèbres ! Enfin sans les détails, votre plan, c'est de la merde ! éclata Tohil.
- Mes hommes...dit Margarita.
- Si vous me permettez ? Ne m'interrompez pas, il y a beaucoup de problèmes évoqués et j'essaie de me concentrer pour trouver des solutions à tous. Donc, voilà ce qu'on va faire. Vous allez demander à vos officiers de bord de vous mettre en relation dans une salle de comm secondaire avec Pallas. »
Il se poussa et montra à l'écran une femme, broche psi au col.
- « J'ai besoin de vos coordonnées à tous. On va vous donner des instructions de Dérive pour rejoindre un petit monde sans nom à l'atmosphère tout à fait respirable pour nous. Tiens, on va l'appeler Camerone. On sera absolument hors de la portée de l'Aleph pour quelques mois...si je comprends bien son mode de fonctionnement. Il y fait un peu chaud et c'est en gros un désert de roches mais il y a de grandes rivières.
- Excusez-moi Andreï, vous nous avez demandé de ne pas vous interrompre, dit Rav, mais d'où vous connaissez cette planète et comment vous pouvez calculer des coordonnées de Dérive à la volée sans l'aide de Leonardo.
- Est-ce qu'on a vraiment le temps d'en parler ? Chaque seconde compte.
- Ouais plutôt, rétorqua Tohil. Quand je programme une Dérive, je préfère savoir d'où viennent les infos, histoire de pas me retrouver dans le vide intergalactique.
- Soit. J'ai été affecté à l'orbite de Valentine ces sept dernières années. Une punition du haut commandement pour divergence d'opinion. Il n'y avait pas grand chose à faire alors je me suis intéressé aux expéditions Xenos. Certaines civilisations Xenos sont comme nous et envoient des explorateurs sur d'autres mondes, et on a un accord d'échange d'information. Vous allez rire, mais les rapports des civilisations Xenos sont très brefs et disent en gros « monde viable » ou « monde non viable », et on le prend pour argent comptant. Et les EV les prennent pour argent comptant. Personne ne s'est dit qu'un monde non viable pour un Xeno peut l'être tout à fait pour nous. On ne s'est jamais posé la question parce qu'on a déjà trop de planètes sous la main à coloniser, vous voyez ? Mais je me suis dit, un jour ça sera utile. J'ai donc dans ma salle des cartes plus de quatre cent planètes viables pour l'humanité et qui pour les EV sont considérées comme inhabitables. On peut continuer ?
- Non, dit Ravzan. Je veux savoir comment vous allez faire les calculs de Dérive. Ne me dites pas que vous avez un protocole sécurisé avec Leonardo.
- Vous avez déjà rencontré il y a sept ans Doux Soleil, mon Xeno mathématicien, celui qui a cent milliards de neurones hyperconnectés. Il adore ce type de calcul.
- OK, fit Tohil dans un état second. Poursuivez.
- On panse nos blessures. Margarita, je ne vous oublie pas. Il y a sept ans déjà on faisait des expérimentations très prometteuses sur les plantes, et j'aime la botanique moi-même. On a réussi à développer ici des plantes aussi magiques que celles de Prospero, capables de produire des fruits à la chaîne. On va bouturer tout ça rapidement, et si votre équipage accepte de manger des légumes et de se serrer un peu la ceinture quelque temps, et puis après de se mettre au jardinage sur Camerone, personne ne mourra de faim.
- Merci, capitaine, merci, déclara Margarita au bord des larmes.
- On va aussi bouturer Doux Soleil. Son espèce se reproduit par mitose. Vous allez en avoir un bout chacun et vous aurez votre propre ordinateur à bord. Nous avons une magnifique salle des cartes. On va repartir sur une approche géographique de l'univers en quadrillant tout à partir de Camerone, monde par monde. On va passer sous eux comme des sous marins de l'époque des guerres marines sur la Terre Mythique. Pallas, allez-y, on a pas de temps à perdre. »
L'officier se releva en le saluant, et les autres capitaines donnèrent des ordres à leurs seconds respectifs.
- « J'ai plusieurs stratégies mais je ne vais pas les dévoiler ici et maintenant. Si demain l'Aleph vous capture, c'est prendre un risque trop grand. Mais voici en gros l'idée : repli sur Camerone. Stabilisation de la situation. On joue quelques jokers. Et dans trois ans au plus tard, on lance notre contre-attaque. C'est encore très flou dit comme ça, mais on a de bonnes chances.
- Pourquoi trois ans ? demanda Tohil, désormais captivé par celui qu'il méprisait il y a dix minutes.
- Ça ne sera pas moins de deux ans et un jour, fit Andreï avec un petit sourire. Mais trois ans est une bonne fourchette haute. Je ne peux pas encore révéler pourquoi. Oh, je vois que nos vaisseaux ont entamé la Dérive, parfait. J'ai également un service à vous demander. J'avais un plan global mais il me manquait un élément fiable et notre ami Wau ici peut nous aider. Je vais devoir m'absenter un peu du théâtre des opérations pour préparer la fameuse contre-attaque et il faut quelqu'un pour placer les jokers dont je vous ai parlé. Je pense que le Wau, s'il l'accepte, est tout indiqué.
- Il ne fait pas partie de la Flotte Stellaire, dit l'amiral Ravzan. C'est un inconnu avec un masque. Je me propose à sa place.
- Ravzan, vous serez le pilier de notre résistance et vous aurez un rôle à jouer. Nous vivons des temps désespérés, celui des alliances de gentlemen aventuriers, des alliances qui dépassent les normes habituelles. Ce Wau a tenu tête à Garen Antor, et s'il est capturé, notre plan est protégé, j'en suis sûr.
- Qui est Garen Antor ? demanda Tohil.
- C'est l'Aleph, dit le Wau. De mon côté, j'accepte cette charge. Et du vôtre ?
- Donnez nous une minute, » dit Tohil en coupant encore la communication.
Déboussolé mais pas désespéré, Tohil dit en privé, d'une voix apaisée à son camarade :
- « Andreï, vous le connaissez, vous avez lu tous ses dossiers, etc...c'est ça ?
- Oui.
- Vous lui faites confiance ?
- En toute franchise, il est instable psychiquement, mais difficile de nier après son exposé que c'est un grand stratège qui sait garder la tête froide.
- Un grand stratège ?
- Je vais vous dire quelque chose d'incroyable, mais il bat les IA aux échecs.
- C'est impossible. Même avec un énorme cerveau il ne pourrait pas. Je veux dire, il paraît que l'IA a déjà gagné avant même qu'on pousse un pion.
- Je l'ai vu faire. C'est un enfant du projet Lodovico. Ils ont fait des trucs avec son cerveau. Nous devons être très prudents, mais s'il a un plan, nous pourrions le suivre. Mais la prudence doit être de mise.
- Et pour le Wau ?
- Je n'ai aucune confiance dans le Wau. Je n'aime pas la tournure que ça prend.
- C'est le meilleur plan, pourtant. Mais j'ai une bonne intuition concernant ces deux là. Dites moi Rav, je suis un fils de pute d'avoir fichu Andreï dans un placard pendant sept ans ?
- Le monde était dans un placard, mon vieux. Pour l'instant Andreï a parlé. Regardons le agir avant de tirer des conclusions.
- Vous êtes sympa, mais non. La vérité, c'est que je suis un fils de pute. »
Il rétablit la communication.
- « OK pour donner les manettes au Wau. Mais on veut aussi connaître votre plan. Il vous faut bien un plan B si notre ami masqué se fait attraper.
- Je ne comptais pas faire autrement, Amiraux. Chers capitaines, nous allons vous laisser. À tout à l'heure sur Camerone. »
Ils le saluèrent tous avec le plus grand respect.
Et Andreï congédia tous les autres sauf le Wau et les Amiraux pour discuter de ses plans. Tohil s'aperçut alors qu'à aucun moment il n'avait formellement approuvé le plan du Capitaine au nom de la Flotte. Il s'était imposé à tous sans bataille.