Chapitre 251
Hélios continua d’avancer avec son groupe pendant plusieurs heures. Ils affrontèrent parfois quelques abominations qui tentaient de leur tendre des embuscades, mais grâce aux capacités des treize Éveillés, Hélios parvenait sans trop de difficulté à gérer une ou deux abominations de rang Ascendant, de classe 2, simultanément.
Ils progressèrent ainsi sans rencontrer de difficultés majeures, même si Hélios dut ralentir son rythme pour permettre à ses compagnons de le suivre.
Finalement, il s’arrêta et créa une plateforme de cristaux gris d’environ dix mètres de diamètre. Il s’y installa, puis observa les alentours.
L’une des Éveillées s’approcha de lui. Elle possédait la capacité de détecter les mouvements à plusieurs centaines de mètres autour d’elle. Après avoir retiré son casque, elle dévoila une coupe au bol ainsi qu’un visage rond et attachant. Elle s’était présentée sous le prénom d’Ania.
Elle s’approcha davantage d’Hélios avant de lui demander :
« Monsieur, y a-t-il un problème ? »
Hélios tourna les yeux vers elle.
« Non. Mais nous devons faire une pause. Certes, nous ne pouvons pas nous permettre de nous détendre complètement ici, mais continuer ainsi reviendrait à courir droit vers notre perte. »
Ania acquiesça.
« Vous avez raison, monsieur. À vrai dire, nous sommes tous épuisés, mais nous ne voulions pas devenir un poids pour vous. »
Hélios ne répondit pas immédiatement. Il s’assit sur les cristaux, baissa la tête, puis déclara :
« Je vais dormir un moment. Au moindre signe inquiétant, au moindre mouvement ou bruit suspect, prévenez-moi. Il n’existe pas de menace insignifiante ni de fausse alerte. »
« Je comprends, monsieur Hélios. Nous monterons la garde à tour de rôle et nous vous préviendrons si nécessaire. »
Hélios hocha la tête, puis ferma les yeux.
Ce n’était pas qu’il fût incapable de continuer. Il ne voulait simplement pas prendre de risques inutiles.
Avant de retrouver les membres de Sinister, il avait couru seul pendant près de vingt-huit heures, sans véritable pause, avant de s’arrêter uniquement pour manger et boire. Après avoir rencontré le groupe, il avait encore couru pendant quinze heures sans s’accorder de repos.
Cela faisait donc près de quarante-trois heures qu’il n’avait pas fermé l’œil.
À cela s’ajoutaient les différents combats auxquels il avait participé. Même lui commençait à ressentir les effets de la fatigue.
Il se souvenait parfaitement des leçons de Dave sur l’importance du repos. Ariana et Lola lui avaient également fait la morale à plusieurs reprises à ce sujet.
Cette fois, il décida donc de suivre leurs conseils.
Hélios s’endormit.
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Environ deux heures plus tard, il entendit quelqu’un prononcer son prénom et ouvrit les yeux.
Ania était accroupie devant lui.
« Monsieur Hélios, il se passe quelque chose d’étrange. J’ai jugé préférable de vous réveiller. »
Hélios la regarda, encore légèrement ensommeillé.
« Quel est le problème ? »
Avant qu’Ania ne puisse répondre, des cris de détresse retentirent au loin.
« Au secours ! À l’aide ! Aidez-moi, s’il vous plaît ! Je m’enfonce dans cette chose ! Je vous donnerai tous mes fruits ! À l’aide ! »
Hélios fronça les sourcils.
La voix semblait appartenir à une humaine, plus précisément à une femme.
Ania prit la parole :
« C’est la voix d’une Éveillée appartenant à une petite guilde. Je l’ai rencontrée avant d’entrer dans l’arbre. »
Elle marqua une pause avant d’ajouter :
« Bien sûr, nous n’avions pas prévu de la sauver, mais récupérer ses fruits pourrait être une bonne chose. »
Hélios regarda dans la direction d’où provenaient les cris.
« Quel est son rang ? »
« Elle était de rang Grand Maître. »
Hélios secoua immédiatement la tête.
« Oubliez ça. Même pour vingt fruits, je ne veux pas aller là-bas. Ignorez-la et reposons-nous encore un peu. »
Ania hésita un instant, mais finit par accepter la décision de son supérieur.
Quant à Hélios, il referma les yeux.
Il ne s’était jamais considéré comme un héros vertueux. Il ne ressentait aucune envie particulière de venir en aide à son prochain. S’il avait sauvé les membres de Sinister, c’était uniquement parce qu’ils étaient ses alliés, rien de plus.
Mais, cette fois, il avait une raison supplémentaire de ne pas intervenir.
Lorsqu’il avait regardé dans la direction des cris, ses Yeux d’Éther lui avaient permis de percevoir une quantité d’énergie démoniaque bien trop importante pour appartenir à une personne de rang Grand Maître.
Bien sûr, il était possible que cette femme ait considérablement progressé grâce aux fruits de l’arbre. Cependant, Hélios n’avait aucune envie de prendre le risque de tomber sur une mauvaise surprise.
Il préférait donc se reposer.
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À environ deux kilomètres de la position d’Hélios, un groupe de trente Éveillés se rapprochait de l’endroit d’où provenaient les cris.
Lorsqu’ils arrivèrent à proximité, ils aperçurent le visage d’une femme progressivement entraîné dans le marécage par des racines rouges.
L’un des hommes s’avança et lui cria :
« Nous sommes là pour te sauver ! Mais tu devras nous donner tes fruits. Ensuite, tu pourras rejoindre notre groupe. Nous sommes composée d’Éveillés indépendants. »
Le visage de la femme se tourna vers eux.
« Merci d’être venus… Approchez… J’ai besoin d’aide… Au secours… »
L’homme acquiesça et fit quelques pas dans sa direction.
« D’accord, attends, nous arrivons. »
Il s’apprêtait à poursuivre lorsqu’il s’immobilisa brusquement.
Quelque chose ne collait pas.
« Attends une seconde… Comment as-tu fait pour te retrouver dans cette situation ? Je pensais que les racines de cette zone ne s’attaquaient qu’aux cadavres. »
Le visage de la femme perdit soudain toute expression.
Elle cligna lentement des yeux avant de répondre d’une voix hésitante, entrecoupée de pauses étranges :
« Je me suis… fait… Tu aurais dû… juste… au… secours… »
L’homme sentit un frisson lui parcourir l’échine.
À cet instant, des mains jaillirent du marécage dans toutes les directions. Elles formèrent une sorte d’enclos monstrueux qui s’étendait sur plus de trois cents mètres.
Dans le même temps, un épais brouillard se leva, enveloppant rapidement les environs.
Le visage de la femme émergea alors du liquide rouge, s’élevant à plus de dix mètres au-dessus de sa surface.
Mais ce n’était que la partie supérieure de la créature.
Sous ce visage se dressait un corps monstrueux constitué d’un immense amas de racines rouges et de matière organique sombre. Des dizaines, peut-être des centaines de bras humains en sortaient, certains pendant mollement, d’autres s’agitant dans toutes les directions comme des appendices vivants. Des racines noueuses s’étendaient depuis son corps central pour former de longues pattes difformes, semblables à celles d’une araignée gigantesque. Des mains pâles, arrachées à leurs propriétaires, étaient incrustées dans cette masse et se tendaient vers les proies prises au piège.
L’ensemble évoquait une abomination née de l’assemblage macabre de nombreux corps, dont le visage féminin constituait le leurre destiné à attirer ses victimes.

L’homme leva les yeux vers la créature, le visage déformé par l’horreur.
« Par tous les dieux disparus… Qu’est-ce que cette chose abominable?! »
Il se retourna vers ses compagnons et hurla :
« Préparez-vous au combat ! »
L’abomination laissa échapper un rire inhumain, dont les échos se propagèrent dans le brouillard.
« Essayez donc de vous débattre. Cela ne rendra votre mort que plus divertissante. »
Une multitude de mains surgirent alors du marécage et se ruèrent sur les trente Éveillés.
Le combat fut bref.
Quelques minutes plus tard, l’abomination avait tué tous les membres du groupe. Elle récupéra leurs corps, puis les incorpora à sa masse centrale, ajoutant de nouveaux membres à son assemblage monstrueux.
Une fois son festin achevé, elle replongea lentement dans le marécage rouge et disparut sous la surface, ne laissant derrière elle que les eaux agitées et un brouillard persistant.